Sophie Langohr, New Faces, Grand Curtius Liège

Sophie Langohr
New Faces
26 avril – 14 juin 2013
Vernissage le 25 avril à 18h.
Au Grand Curtius
En Féronstrée, 136
4000 Liège

Sophie Langohr éprouve et interprète  les codes iconographiques ; elle interroge, souvent en relation avec l’histoire de l’art, nos systèmes de représentation. Ainsi a-t-elle exhumé des réserves de ce musée une quinzaine de statues mariales et de saintes diverses. Issues de la tradition saint-sulpicienne, celles-ci n’ont pas pu monnayer leur popularité contre les spotlights muséaux. Condamnées à l’obscurité par Vatican II, elles sont coupables de représenter la plus pure bondieuserie kitsch et les débuts d’un art semi-industriel.  L’artiste propose une série de closes up sur leurs visages doux et surannés, au sentimentalisme éthéré. Elle a, d’autre part, glané sur internet autant de visages d’égéries, celles qui incarnent aujourd’hui des grandes marques de parfums, de cosmétiques ou de maroquinerie. Les incarnats sont charnels, les lèvres peintes, les maquillages sont sophistiqués sous des éclairages contrôlés ; le glamour est complet.

Entre les unes et les autres, le mimétisme est troublant. Avec un art consommé de la retouche, telle celle pratiquée dans le monde de la photographie de mode, Sophie Langohr a accentué les ressemblances jusqu’à confondre les visages en diptyques, transfigurant ainsi mannequins et actrices en Vierges et saintes. Le bistouri digital est précis, tandis que,  telle une adroite restauratrice, l’artiste laisse ça et là quelques indices de ses multiples interventions.  La transfiguration et le miracle tiennent ici, signe de du temps, à un logiciel de traitement de l’image.

La publicité pour le luxe et la beauté a aujourd’hui des prétentions culturelles ; elle se veut « arty », auréolée de toute la gloire et tout le mystère de la création. Sophie Langohr confronte  ces égéries au visage le plus médiatique de l’histoire de l’art, celui de la Vierge Marie, l’Immaculée. Qui mieux que celle-ci incarne gloire et mystère de la création, transcendance et ascension ? Elle est indémodable, évoquant référence, code, norme, affect,  figure tutélaire, histoire, rituel et culte, toutes notions que les communicateurs de la mode vivent comme des obsessions. L’art sulpicien témoigne d’une époque également matérialiste, qui tenta d’hédoniser la religion, de la rendre proche et plaisante. D’une dévotion à l’autre, le paradis est ainsi à portée de main.

Le coup de bistouri digital de Sophie Langohr évoque cette imposition d’une image féminine stéréotypée, comme si l’on passait de Saint Sulpice au sain supplice, cette banalisation de la chirurgie esthétique, cet entretien par le matraquage de normes inatteignables. Sublimation, culpabilité et mortification, le travail de Sophie Langohr évoque un questionnement idéologique fondamental, celui de l’image de la femme dans notre société, soumise à l’obsession des apparences. Elle le fait de façon incisive.

L’image:

Sophie Langohr
Vierge polychrome conservée au Grand Curtius de Liège,
Nouveau visage à partir de Marion Cotillard pour Dior, de la série New Faces 2011-2012,photographies couleurs marouflée sur aluminium, (2) x 50 x 40 cm. (Ed 5/5)