Jacques Lizène, une tentative de sourire, mais l’on sait le vécu quotidien de la plupart des gens

Jacques Lizène

« Et une tentative de sourire d’un petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle ». photographie argentique NB et texte imprimé. 73 x 57cm. 1974.

Janvier – février 1974, il y a donc tout juste quarante ans.  Quatrième et dernière exposition personnelle de Jacques Lizène à la galerie Yellow Now. Lizène présente ses 144 tentatives de sourire. Or plus précisément ses « 144 tentatives de sourire… mais l’on sait le vécu quotidien de la plupart des gens ». L’œuvre consiste en 144 clichés noir et blanc, en paysage, photographies du visage du Petit Maître tentant de sourire, durant une déambulation au travers des rues et quartiers de Liège. Ces 144 clichés et stations sont accompagné par une bande sonore : «  881 tentatives de rire, enregistrées sur cassette, tout d’une traite ». Pour l’occasion, la galerie publie une plaquette de huit pages, reprenant, sans commentaire aucun, un extrait des tentatives de sourire.

Quelques photographies en portrait on également été tirées durant cette déambulation souriante. Elles seront recyclées par le Petit Maître. L’une d’elle accompagne, comme une signature ou comme un contrepoint, « Documents rapportés d’un voyage au cœur de la civilisation Banlieue (Ougrée, banlieue industrielle liégeoise), par un Petit Maître pauvre pitre en art, artiste de la médiocrité, représentant de la Banlieue de l’Art » (collection Muhka, Anvers).  Voici un autre sourire solitaire, collé sur le même type de carton que celui utilisé pour « Conséquence du fait présenté ci-dessus (personnage photographié écrasant le bout de son nez contre la surface de la photo) : saignement de nez, traces récoltées sur mouchoir de poche… On ne joue pas impunément avec le mensonge et l’artifice ». Jacques Lizène colle une étiquette dont il rature les bords sous la photographie; elle agit comme un cartel sur lequel on peut lire : « Et une tentative de sourire d’un petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle »

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Edition Yellow, 1974. 8 pages, non paginé.

Sophie Langohr, Icones, BIP 2014, Liège

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Dans le cadre de la 9e biennale de la photographie à Liège, BIP 2014, Pixels of Paradise, Sophie Langohr participe à l’exposition « Icones » qui se tient au BAL à Liège. Elle y propose une nouvelle série de travaux intitulés « Drapery »

Sophie Langohr

Hugo Boss advertising campaign Spring/Summer 2012 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 34 x 26 cm, 2013.

DRAPERY

« Et fais peu de plis, sauf pour les vieillards en toge et pleins d’autorité » Léonard de Vinci.

Abordant cette nouvelle série de travaux de Sophie Langohr, série intituée « Drapery », me revient en mémoire cette singulière exorde de Léonard. « Et fais peu de plis, sauf pour les vieillards en toge et plein d’autorité ». Le conseil, émis par l’un des maîtres du plissé semble étonnant. Souvenons nous de cette « Draperie pour une figure assise » du Louvre, elle est en tout point remarquable. Au pinceau, à la tempera et avec des rehauts de blancs, Léonard, par le seul drapé, nous donne à voir un corps à peine indiqué, tant le peintre a étudié ce que l’on peut appeler le tombé des plis, la chute et la retenue de l’étoffe, par déploiements successifs, comme si l’impulsion du mouvement demeurait intacte même loin de sa source. Vasari lui-même en témoigne : « Léonard étudiait beaucoup sur nature, écrit-il, et il lui arrivait de fabriquer des modèles en terre glaise sur lesquels il plaçait des étoffes mouillées, enduites de terre, qu’il s’appliquait ensuite à peindre patiemment sur des toiles très fines ou des lins préparés : il obtenait ainsi en noir et blanc à la pointe du pinceau des effets merveilleux ; nous en avons des témoignages authentiques dans notre portefeuille de dessins ». Le conseil de Leonard, qui ajoute « imite autant que possible les Grecs et Latins dans leur manière de montrer les membres quand le vent presse les draps contre eux » tranche par sa singularité. C’est la reproduction de la nature des choses qui intéresse l’artiste, la nature même de la nature. Et cet art de la suggestion où le fait de cacher met en valeur, n’est pas véritablement un concept qui appartient à la nature. Il est le produit de la main humaine qui tisse. Il est artifice.

C’est bien cette notion d’artifice qui intéresse Sophie Langohr. « Drapery » s’inscrit dans une suite de recherches qui, revisitant une iconographie classique, réévalue nos perceptions d’un monde actuel, plus particulièrement celui du luxe et de la beauté. Après s’être intéressée aux Vierges, saintes et statues mariales, feuilletant « Vogue» ou tout autre revue de mode, c’est un peu comme si elle prêtait une attention particulière aux nymphes, ces divinités mineures irradiantes d’une véritable puissance à fasciner. Elles traversent l’histoire depuis l’antiquité, obsolètes, renaissantes, survivantes, nymphes drapées, souvent érotiques, parfois inquiétantes, Vénus et jeunes vierges de la Renaissance, Ménades chrétiennes, martyres baroques, nymphes hystériques de Charcot. A la suite d’Aby Warburg qui voyait dans la « Ninfa » un fantôme féminin sans cesse retrouvé, Geroges Didi Hubermann, les a poursuivies de ses assiduités, considérant au travers des siècles la draperie, ce drapé tombé, comme « un outil pathétique ». Jusqu’à jeter la robe de la nymphe, en tas, chiffonnée.

La publicité pour le luxe et la beauté, arty, sophistiquée, piochant d’ailleurs sans cesse dans les réserves des musées, happant le regard sur ce qui est rare et donc précieux a bien sûr perçu tout le potentiel de désir qu’un plissé peut contenir. Sophie Langohr a arrêté son regard sur les mains, celles qui dans l’image publicitaire retiennent un drapé prêt à tomber, qui froissent le voile, le drap, l’étoffe. Ces mains caressent, dévoilent, protègent, étreignent, retiennent, s’alanguissent ou se crispent, incarnant l’éros et le langage du corps. Et l’artiste accentue le trouble que ces images suggèrent, déroutant notre regard. Car comme Léonard plaçait des étoffes mouillées sur ses modèles de terre glaise, Sophie Langohr froisse, fripe, lisse et drape le papier glacé, singulières manipulations où chairs, draps et plis sur papier satiné finissent par se confondre dans la chute, la retenue, la crispation et l’étreinte. Entre consumation et consommation, elle renoue avec l’incarnation de l’icône et désincarne à la fois l’image de ces voiles et étoffes vides de corps, papier chiffonné, défroque de l’industrie de la consommation. Sophie Langohr entretient le trouble, l’ambigüité et l’équivoque. La frontière est en effet ténue, illustrant l’irrésistible attraction de la fabrique des images, sa force persuasive capable d’emporter notre adhésion, la publicité s’investissant de l’étoffe de l’art.

Sophie Langohr

Chopard advertising campaign de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 43 cm, 2013.

Au Musée des Beaux-Arts de Liège – BAL, la programmation de BIP2014 rentrera en dialogue avec les collections permanentes du Musée. Peintures classiques et modernes, figuration et abstraction, pièces contemporaines, Trésors de la Fédération Wallonie-Bruxelles et collection Graindorge seront réorganisés pour répondre à la sélection de BIP2014 sur le mode de la distanciation, du reflet et de la résonance. La vaste question de la représentation artistique, de son champ d’action et de ses effets sur le sens donné par l’homme au monde à travers les âges, sera interrogée par la photographie. Le pictural y sera relayé par l’image mécanique et vice-versa, grâce à de subtils effets multiplicateurs et de retournements. Les catégories admises de l’histoire de l’art, les consécrations et les acquis seront revisités par le petit bout de la lorgnette.

Au 3e étage, en présence de pièces des XVIIe, XVIIIe et XIXe et d’une sélection spéciale opérée pour l’occasion, la question du portrait et du corps sera mise en perspective, à l’intersection du pictural et du photographique. Les représentations symboliques et mythiques, notamment dans leurs enjeux d’élévation spirituelle, seront également revisitées par la présence d’oeuvres contemporaines qui les réexaminent sous un angle différent, proche et lointain à la fois.

Le 2e étage, consacré aux Trésors, à la modernité et au contemporain, verra là aussi s’établir un dialogue inédit entre les occurrences actuelles de la photographie et les mouvements artistiques reconnus. Impressionnisme, surréalisme, courants abstraits et minimalistes se verront inscrits dans leur devenir, à travers des relectures et des poursuites qui s’inscrivent étonnamment au détour des évolutions de l’histoire de l’art et des techniques.

Les Trésors des Collections de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec parmi eux les célèbres tableaux de la vente de Lucerne, seront quant à eux présentés dans un préambule distancié où la figure de l’artiste maudit, du chef-d’œuvre, de l’original et de l’unique, seront réinterprétés, avec humour et néanmoins profondeur.

Enfin, plongée dans l’obscurité, la Salle Saint-Georges au rez-de-chaussée accueillera des installations vidéos où l’élévation et la chute, le mouvement et l’immobilité, l’image et sa disparition se croiseront en résonance.

Le parcours au BAL se terminera par l’Espace Jeune Artiste qui sera investi par de jeunes photographes sélectionnés spécialement pour l’occasion.

Paul Pierart, Capitaine Lonchamps, Vue de l’Esprit, BIP 2014, Liège

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Dans le cadre de la 9e biennale de la photographie à Liège, BIP 2014, Pixels of Paradise, Capitaine Lonchamps et Pol Pierart participent à l’exposition : Vue de l’Esprit.

Présentée à la Maison Renaissance de l’Emulation et au Cercle des Beaux-Arts voisin, l’exposition Vues de l’Esprit est un projet de l’asbl Les Brasseurs – Art Contemporain (commissariat : Emmanuel d’Autreppe, Dominique Mathieu, Yannick Franck).

Outil par excellence, depuis ses origines, de la retranscription du réel – ou du moins de la transcription du visible –, la photographie a toujours entretenu une fascination et mêmes d’évidentes affinités avec ce qui la dépassait, lui échappait : l’invisible. La photographie a d’emblée oscillé entre deux pôles, finalement moins contradictoires que complémentaires : le positivisme et certaines formes, parfois élaborées, de « pensée magique ». Voir mieux, voir « entre », voir plus loin, plus près, au travers ou au-delà : la soif de voir de la photographie était inextinguible et, en soixante ans d’existence (1840-1900), elle accompagnait sans cesse de nouveaux usages, des perfectionnements techniques, des croyances inédites. La fin du XIXe siècle cherchera à capter les auras et les fluides, les ondes et les pensées, les états-limites, le paranormal, les images mentales

Surfant sur le succès crédule et mondain du spiritisme et de l’occultisme, la photographie spirite, quant à elle, profitera des accidents du hasard et des imprévus de la technique pour entretenir avec l’au-delà des liens prétendument privilégiés, faisant apparaître les fantômes, s’élever les tables et les âmes, s’allumer les ombres…

Nombre de travaux actuels, qu’ils réfèrent explicitement ou non aux essais historiques en la matière, continuent de s’intéresser à cet invisible qui toujours bordera la photographie, à ces croyances obscures ou lumineuses qu’elle perpétue en son sein, à la capacité de l’image, par transfert argentique ou numérique, à nous mettre en contact avec « l’âme humaine » ou avec les mystères du magnétisme psychique… Il s’agit alors d’envisager la photographie aussi et peut-être avant tout comme image mentale, comme l’expression visuelle d’une forme de pensée, comme le dévoilement du monde par-delà ses « simples » apparences : instrument privilégié d’une introspection ou d’une rêverie, aire de déploiement d’un imaginaire et d’une poésie dont les contours mal définis, de raison en déraison, d’illusion en hallucination, ne cessent d’être repoussés.

Capitaine Lonchamps

A propos de la contribution du Capitaine Lonchamps :

– J’ai le sentiment qu’il y a comme un rituel dans bon nombre des travaux que vous menez. Je pense à cette vidéo que vous avez mise en scène dans une clairière à la tombée de la nuit. Vous y apparaissez assis à même le sol, cagoulé, habillé de noir, mais couvert de neige. Devant vous, une couette enneigée sur le sol et une marmite dans laquelle vous allumez un feu. Et vous semblez prononcer des incantations tandis que le feu grandit. Vous appelez la nuit. Fait extraordinaire, la nuit tombe en effet au fur et à mesure que le temps passe. C’est comme un sorcier indien qui, dansant, réussirait à faire tomber la pluie.

– C’est à peu près cela. (Rires.) Mais je n’ai pas créé ce personnage de Snowman, cagoulé et enneigé, pour me glisser dans la peau d’un chaman ! Au contraire, il y a un côté comique à la chose. Je me souviens d’ailleurs qu’au moment du tournage, j’ai failli prendre feu : mon costume était synthétique et j’étais trop proche de la marmite de feu. Cette vidéo fait partie d’une préoccupation plus ample : ce sont les litanies qui m’intéressent, le fait de répéter sans cesse ce mot « nuit » comme si j’invoquais la nuit elle-même. Il existe aussi une œuvre, seulement sonore, de cette même « nuit », un simple enregistrement sur bande magnétique. Comme j’ai également psalmodié le mot « plâtre » de toutes les façons. C’est assez étonnant ; le mot évoque le blanc, le son va jusqu’à évoquer les croassements de quelque rapace nocturne. Il y a comme une angoisse qui surgit.

Extrait de : Capitaine Lonchamps, Ne Neige pas qui veut, édition L’Usine à Stars, 2008

Nuit, DVD 13.50″. couleurs, son. 1994-96 – 2004

Pol Pierart

A propos de Pol Pierart :

(…) Très singulières, ces photographies le sont tout autant. Ce sont, la plupart du temps, de petites mises en scène, appariant des mots et des objets. Des cartons, des écriteaux, parfois des inscriptions interagissent avec les objets posés dans le champ, voire, lorsque l’artiste quitte l’atelier, avec le paysage urbain ; ils donnent à lire de courtes phrases qui fonctionnent comme des énoncés aphoristiques, des petites sentences péremptoires ; ces courtes phrases résonnent comme des slogans, des lieux communs, des phrases de routine, des truismes proverbiaux ou des annonces publicitaires. Pol Pierart substitue une lettre, un phonème pour un autre, il remplace un mot par un autre qui lui est proche, phonétiquement ou sémantiquement. Il bouscule les isotopies, il cherche une efficacité toute perlocutoire, il détourne et modifie le sens ; plus simplement, il considère le langage comme une pâte à modeler, en toute irrégularité.
Bon nombre de ces courtes affirmations sont en effet des calembours, ces jeux de mots fondés sur une similitude de sons recouvrant une différence de sens. Je repense aux aphorismes de Paul Nougé. « On sait ce que parler veut rire ». « A l’humour à la mort ». « Le jeu des mots et du hasard ». « Il faut penser à travers tout ».
Paul Nougé, en effet, n’est assurément pas loin. Je retrouve dans ses « Notes sur la poésie », publiées dans « Les Lèvres Nues », ce passage sur le langage. Les œuvres de Pol Pierart m’en semblent, en effet, fort proches : « Le langage, estime Nougé, et particulièrement le langage écrit (est) tenu pour un objet, un objet agissant sans doute, c’est à dire capable à tout instant de faire sens, mais un objet détaché de qui en use au point qu’il devient possible dans certaines conditions de le traiter comme un objet matériel, une matière à modifications, à expérience. D’où l’intérêt, tout particulier des jeux qui ont pour élément principal le langage : jeux de mots, devinettes, charades, papiers pliés ; l’intérêt des démarches qui tendent à situer le langage en tant qu’objet, à l’analyser : grammaire, syntaxe, sémantique ; l’intérêt de ses manifestations naïves les plus détachées que puisse admettre le commun des esprits : réclames, anecdotes, fables, apologues ; ou pour mieux dire, là où le commun des esprits en use avec le plus de liberté, avec le seul souci, indépendamment de toute préoccupation d’expression ou de véracité, d’un effet à produire ». Oui, dans l’œuvre de Pol Pierart, le langage est un objet modifiable à la manière d’un objet matériel, un objet très concret, un carton, un écriteau, que Pol Pierart met d’ailleurs en relation avec d’autres objets matériels, un ours en peluche, un petit squelette, un crucifix, des espadrilles, une main, des clous, une mappemonde, un gant, une commode, un miroir, des objets courants et sans prestige, l’effet produit, créateur de sens, n’étant d’ailleurs pas sans conséquences.

Jacques Lizène, travaux sur le cadre (2)

Jacques Lizène

Petit maître liégeois ayant accroché sa cravate au cadre de la photo, 1971. Variante : Personnage dont la cravate s’est accrochée au bord du cadre de la photo, alors qu’il s’introduisait, par un petit bord, à l’intérieur de celle-ci. Photographie NB, tirage argentique vintage, 18 x 24 cm, 1971. Avec une impression du numérique du making of comme extension du perçu – non perçu.

Jacques Lizène

Making off. Archives Yellow.

Jacques Lizène

Petit maître liégeois hésitant à entrer dans le cadre de l’une ou de l’autre photo, 1971. 2 photographies NB, tirages argentiques vintage collées ensemble 24,5 x 18 cm.

Jacques Lizène

Petit maître liégeois s’introduisant dans le cadre d’une photo depuis une autre photo, 1971. Photographie NB, tirage argentique vintage, 18 x 24 cm, 1971. Avec une impression du numérique du making of comme extension du perçu – non perçu.

jacques Lizène

le making off. Archives Yellow.

Jacques Lizène

Petit maître liégeois s’introduisant joyeusement dans le cadre d’une photo, 1971. Variante : Petit maître liégeois entrant dans les limites du cadre d’une photo. Photographie NB, tirage argentique vintage, 18 x 24 cm, 1971.

Jacques Lizène

Petit maître liégeois s’introduisant joyeusement dans le cadre d’une photo, 1971. Variante : Petit maître liégeois entrant dans les limites du cadre d’une photo. 2 photographies NB, tirage argentique, collées ensemble, 17 x 8 cm, 1971.

Sophie Langohr, Capitaine Lonchamps, Pol Pierart, BIP 2014 Liège. Pixels of paradise

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Sophie Langohr, Capitaine Lonchamps, Pol Pierart participent tous trois à la 9e édition de la biennale internationale de photographie de Liège, BIP 2014. Le thème de celle-ci: Pixels of paradise. Image et Croyance.

Voir et Croire seront les deux mots-clés de BIP2014, la 9ème édition de la Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège, intitulée PIXELS OF PARADISE. L’image est en effet toujours une ambigüe source de promesses. Elle ment et dit la vérité en même temps. Son pouvoir d’envoûtement et sa puissance de preuve vont de pair. C’est ce lien indéfectible que BIP2014 tentera d’explorer à travers une sélection artistique éclectique où la mystification tout autant que le sacré auront leur place, bien souvent noués l’un à l’autre…

Le voir et le croire sont profondément inscrits dans la tradition chrétienne et ce terreau culturel a des conséquences sur notre rapport aux images, que l’on soit croyants ou non. Malgré l’interdiction du deuxième commandement de la Bible, le christianisme a ainsi produit des images qui avaient statut d’icône et qui servaient comme telle dans le culte. Néanmoins, la querelle des iconoclastes et des iconodules (aux VIIIe et IXe siècles) montre que, lorsqu’il s’agit de croyance dans l’image, la frontière entre l’eikon (l’icône, où l’image est un médium pour atteindre la divinité irreprésentable et dont le statut est symbolique) et l’eîdolon (l’idole, où l’image est vénérée pour elle-même, comme si elle incarnait la divinité en vérité et en réalité) est mince.

Dans notre culture occidentale, cet ancrage religieux et métaphysique de l’image, a imposé au fil des siècles un imaginaire de « l’image non peinte », produite par impression, transfert ou empreinte, et dont la photographie – et à sa suite le cinéma et les autres moyens de reproduction mécanique du visible – est venue révéler l’immense puissance.

Sur base de cette attirance à laquelle il est bien difficile de résister, le pouvoir, qu’il soit clairement identifié ou plus nébuleux, utilise massivement la force de persuasion visuelle pour tenter d’emporter notre consentement, conscient ou inconscient. Le fanatisme de l’image et son cortège d’effets de croyance prend en effet de nos jours une dimension qu’elle n’a jamais atteinte auparavant, peut-être en contrepoint d’une société qui se prétend être rationnelle. Industries médiatiques et de la communication, prosélytisme religieux et spirituel de toute sorte, marketing et économie comptent parmi les champs d’action des images, lourdement convoquées pour nous pousser à les suivre.

Il ne s’agit bien entendu pas de jouer au “vrai ou faux” mais, au contraire, de prendre la pleine mesure de ce flottement immuable dans notre rapport aux images et à leur « vérité ».

Le paradis est pixelisé.

BIP 2014

A Liège, du 15 mars au 25 mai 2014. Divers lieux
Sophie Langohr propose ses oeuvres au BAL dans l’exposition « Icone »
Pol Pierart et Capitaine Lonchamps exposent dans « Vue de l’Esprit » au Cercle des Beaux-Arts

A Eupen, dans le cadre du BIP Off, on découvrira l’exposition « Glorious Bodies », un duo entre Jacques Charlier et Sophie Langohr à partir du 20 avril.

Jacques Charlier, Sophie Langohr, Jan Hoet, Le Grand Charivari

Un très bel entretien entre Pascale Seys et Jan Hoet dans « Le Grand Charivari »,réalisé en décembre 2013, à l’occasion de l’exposition Middle Gates Geel 2013 et récemment rediffusé à titre d’hommage. On y entendra Jacques Charlier en conversation avec Pacal Goffaux ainsi que Jan Hoet évoquant avec enthousiasme les « New Faces » de Sophie Langohr.

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Jacques Lizène, Beroepsdocumenten aan hun samenhang onttrokken, galerie S&S, Antwerpen

beroepsdocumenten

Een aspect van het Belgisch conceptualisme belicht via drukwerk van Marcel Broodthaers, CAP, Jacques Charlier, Leo Copers, Werner Cuvelier, Yves De Smet, Daniël Dewaele, Jef Geys, Jacques Lennep, Jacques-Louis Nyst, Panamarenko, Roland Van den Berghe, Philippe Van Snick en Mark Verstockt uit de verzameling van Johan Pas. Er is een catalogus beschikbaar.

Un aspect du conceptualisme belge éclairé par des oeuvres imprimées de Marcel Broodthaers, CAP, Jacques Charlier, Leo Copers, Werner Cuvelier, Yves De Smet, Daniël Dewaele, Jef Geys, Jacques Lennep, Jacques-Louis Nyst, Panamarenko, Roland Van den Berghe, Philippe Van Snick en Mark Verstockt. Collection de Johan Pas. Catalogue disponible.

Du 8/03 au 22/03/ 2014

Jacques Lizène, extension du domaine du perçu non perçu (2)

Jacques Lizène

Le perçu et le non perçu, 1973, photographies NB argentiques et texte imprimé, 65 x 50 cm, 1973-2011.
Derrière ces détails du paysage urbain, il y a la présence de la fatigue d’un ou de plusieurs individus. Et pour un seul, tous ou quelques uns d’entre eux la réalité vécue de la misère sexuelle et (peut-être) une certaine détresse difficilement supportable. Le perçu et le non perçu, 1973.

Jacques Lizène

Le perçu non perçu, 1973, 8 photographie NB, tirage argentique, texte imprimé, 65 x 50 cm. 1973–2011

Le deuxième portrait photographique est celui d’un postier…
Le troisième portrait photographique est peut-être aussi celui d’un postier…
La quatrième photographie est le portrait d’un policier…
La cinquième photographie est peut-être aussi le portrait d’un policier…
Peut-être le troisième photographique est-il aussi le portrait d’un policier…
Peut-être la quatrième photographie n’est-elle que le portrait d’un postier…
La deuxième photographie n’est finalement peut-être pas le portrait d’un postier ; pas plus que les sixième, septième, huitième qui sont peut-être toutes des portraits de policiers (aie aie aie !).
Sans aucun doute, la première photographie n’est ni le portrait d’un postier, ni celui d’un policier.

Jacques Lizène

Le perçu et le non perçu, 1973, photographies NB argentiques et texte imprimé, 50 x 35 cm, 1973-2011.
Derrière ces détails du paysage urbain, il y a la présence de la fatigue d’un ou de plusieurs individus. Et pour un seul, tous ou quelques uns d’entre eux la réalité vécue de la misère sexuelle et (peut-être) une certaine détresse difficilement supportable. Le perçu et le non perçu, 1973

Valerie Sonnier, Distant proximity, Centrale for contemporary Art, Bruxelles

A la Centrale for Contemporary Art, du 13 mars au 8 juin. Vernissage le 12 mars.

Ce projet au titre paradoxal (la distance proche) propose un plongeon dans le temps, ou plutôt dans « les temps » de l’oeuvre et du regard, ou plutôt « des regards ». Il rassemble des évocations de la réalité, de l’urbanité, des réminiscences du passé, du devenir du monde qui nous entoure,… comme autant de manières d’ « être au monde » (Martin HEIDEGGER). Comme autant de révélations de « la charge affective du réel » (Georges BACHELARD). Les artistes mis en présence, de différentes origines et générations, questionnent singulièrement la proximité et la distance au monde extérieur par le biais d’oeuvres d’une grande intériorité. Le dispositif de Distant proximity se déploie comme un scénario : les oeuvres s’imbriquent au sein d’une structure qui guide le spectateur à travers un processus visuel et sensoriel, cérébral et corporel. Tout en respectant la spécificité et l’impact de chaque démarche des artistes présents, les oeuvres forment des pièces d’un puzzle dont l’assemblage est l’unité du projet. A l’issue de cette déambulation qui évolue d’une vision claustrophobique à une survivance d’images en noir et blanc à la couleur, le spectateur aura rencontré « des regards » oscillant entre réel et imaginaire, présent et passé, proche et lointain, … comme autant d’errances de l’esprit dans la Distant Proximity.

ACM // Peter Buggenhout // Jeroen Hollander // Michel Mazzoni // Nicolas Moulin // Lauren Moffat // Françoise Schein // Valérie Sonnier // Wilmes et Mascaux

Valerie Sonnier

Valérie Sonnier, sans titre, crayon et cire sur papier, 210 x 123 cm, 2012-2013

Lorsque Valérie Sonnier entreprend son film « Des pas sous la neige » (2011) et retourne donc dans cette maison familiale de la rue Boileau à Versailles, elle a soin de laisser grand ouverts les battants de toutes les fenêtres. La maison est ainsi ouverte à tout courant d’air ou tout souffle, de quelque nature serait-il. La cinéaste a choisi la nuit tombante, la nuit tombée, le moment est incertain ; c’est un venteux soir d’orage et les rideaux, aux embrasures des fenêtres ouvertes, s’envolent. Avec ses pilastres, ses balustrades, le péristyle de la terrasse donnant sur un jardin où la nature a depuis longtemps repris ses droits, cette maison d’un autre âge, désuète et décrépie, conserve néanmoins une certaine noblesse. Sans doute, a-t-elle connu des jours fastes, une activité vivace. En fait, cette maison pourrait très certainement être un décor de film. La caméra de Valérie Sonnier explore des pièces de séjour désolément vides. L’image, naturellement dirais-je, est noire et blanche. Un fantôme apparaît dès les premiers plans du film, entré dans le champ de la caméra sur la pointe des pieds, sans doute par l’une des nombreuses fenêtres ouvertes. Ses discrètes apparitions, au détour d’un couloir, sur la terrasse, se font de plus en plus précises. Il est bien là, immatériel, intangible, impondérable. Il hante la maison et le jardin ; il hante une maison elle-même fantomatique. La neige étend son linceul sur le jardin ; le suaire du fantôme s’y confond. Celui-ci finit par disparaître derrières les frondaisons des arbres ployant sous la neige. Autant le ciel d’orage était noir, autant les dernières images du film sont blanches.
Volontairement, Valérie Sonnier renoue avec les chasses aux fantômes de l’enfance, avec cette magie illusionniste d’une apparition bien réelle qui exerce, de singuliers effets de fascination. Je repense au cinéma de Georges Mélies, à ses spectres comiques, aux fantômes évanescents et aériens qui surgissent par enchantement, ces œuvres d’une époque où la confrontation entre photographie spirite, spectacles de magie, pratiques médiumniques et celles du cinématographe laissent le spectateur littéralement sidéré, happé tant par ce qu’il voit que par la manière dont il voit, sans plus aucune mise à distance. on ne peut ici, qu’évoquer l’extrême similitude qui existe entre le film de Valérie Sonnier et cette célèbre photographie de Lartigue, prise en 1905, intitulée: « Mon frère Zissou en fantôme, Villa Les Maronniers, Château Guyon 1905 ». Il s’agit là d’une unique apparition d’un lointain, si proche soit-il », pour reprendre l’expression de Walter Benjamin. Avec la trace, nous nous emparons de la chose ; avec l’aura, c’est elle qui se rend maîtresse de nous ».

Lorsque Valerie Sonnier dessine cette maison de la rue Boileau, choisissant un point de vue qui confère des allures de petit Trianon à l’austérité des arrêtes de la façade flanquée de grands arbres, elle opte pour un format panoramique proche du cinémascope. Et dès le moment où elle entreprend de dessiner la maison et le jardin sous tous leurs angles, c’est l’imaginaire d’un story-board qui la conduit. Valérie Sonnier travaille sur d’anciens cahiers de comptes, se fixant des cadrages parcimonieux ; son dessin est minutieux, précis, comme s ‘il s’agissait de consigner –et les marges comptables restent apparentes – le moindre mouvement du vent dans les broussailles. Ce que nous voyons nous est proche, comme instantané, alors que ces œuvres nous semblent lointaines et hors du temps. Qu’elle filme, dessine, ou peigne les rosiers du jardin, les images de Valérie Sonnier sont bien souvent les fantômes d’elles-mêmes. C’est là la mise à jour d’un inconscient de la vision. Comprendre une image, c’est se mettre, en la regardant, à l’écoute de sa teneur temporelle. L’image, elle-même, a sa capacité de revenance.

Née en 1967, Valérie Sonnier vit et travaille à Paris. Diplômée des Beaux-arts de Paris et licenciée en arts plastiques, elle est professeur de dessin et de morphologie aux Beaux-arts de Paris depuis 2003. Après avoir suivi le séminaire de Jeff Wall à l’université de British Columbia à Vancouver, elle a développé son travail personnel, jetant des passerelles d’un médium à l’autre. Dessins, peintures, photographies et films Super 8 tissent des liens entre souvenirs intimes et mémoire collective de l’enfance.

Jacques Lizène, travaux sur le cadre, extension du domaine du perçu et du non perçu, 1971

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Personnage assis dans le coin du cadre, 1971. Deux diapositives, dont la diapositive titre.

Jacques Lizène

Perçu non perçu 1973, Art de Banlieue, banlieue de l’art 1973, Petit maître regardant le bord de la photo, remake 1979. Photographie NB retouchée. 13 x 18 cm. Projet de carton d’invitation pour la présentation de Quelques séquences d’art sans talent

Jacques Lizène, Mur & Contraindre, 1972

En 1972, Wolfgang Becker invite Guy Jungblutt à la Neue Galerie d’Aix-la-Chapelle. Il projette de montrer les artistes de la galerie Yellow : « Lüttich, Galerie Yellow Now, ihre Künstler im Studio ». Jacques Lizène est bien sûr de la partie. En date du 15 mai, le petit Maître envoie son projet à Wolfgang Becker et lui demande s’il est possible de projeter une diapositive extraite des « Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de l’image » à côté du petit film noir et blanc titré « Mur » et daté de 1971. Il rehausse la lettre d’un petit dessin représentant deux écrans contigus sur un fond crayonné noir. Dans le premier écran, il écrit « dia », dans le second « film ». Singulièrement, le schéma rappelle la calligraphie  de la Trahison des Images magritienne. Jacques Lizène désire donc pour cette exposition recycler deux œuvres existantes en une nouvelle configuration.
Wolfgang Becker n’accédera par à sa demande. D’abord, parce que la diapositive arrive cassée à destination. Ensuite, plus prosaïquement, parce qu’il est sans doute difficile pour Wolfgang Becker de gérer la projection d’un film 8 mm en continu durant tout le temps de l’exposition. Que ce projet n’ait pas été réalisé importe peu, Jacques Lizène appréciant, comme on le sait, l’incomplétude des faits. Celle-ci fait partie de sa démarche d’attitude.

C’est donc aujourd’hui la première fois que cette configuration est présentée au public. Elle est intéressante à plus d’un titre, que l’on prenne pour point de départ l’un ou l’autre élément de ce binôme.

Les travaux sur le cadre, dont bien sûr font partie les « Contraindre le corps », envisagent le champ et l’hors champ, définis par les entrées et sorties du champ, soit l’une des spécificités du langage cinématographique. Or, l’on sait tout l’intérêt que porte Jacques Lizène à la spécificité du médium mis en œuvre (Art spécifique, 1967-1970). Contraindre le corps met en jeu un rapprochement progressif de l’objectif de la caméra face au sujet filmé, soit l’artiste lui-même se contortionnant pour rester dans le champ. Les contraindre mettent donc le zoom à l’œuvre. « Mur », par contre, est un long travelling sur un mur de brique, plusieurs travellings successifs même, un balayage de gauche à droite et de droite à gauche de ce mur aveugle. En juxtaposant ces deux œuvres afin de n’en faire qu’une, Jacques Lizène juxtapose donc deux éléments premiers du langage cinématographique : le zoom et le travelling, l’expérience de la largeur du champ et de sa profondeur. « Mur », que Jacques Lizène rebaptisera « travelling sur un mur » se termine par un dernier balayage où apparaissent les mots écrits à la craie « Je ne procréerai pas ». Le film agit comme un manifeste, « les choses étant ce qu’elle sont » (« D’une manière générale, les choses étant ce qu’elles sont, Jacques Lizène ne procréera pas…Hopla ! Il subira volontairement la vasectomie, stérilisation par coupure des canaux déférents. Dès ce moment, il portera en lui une sculpture interne. 1970 »). Juxtaposant ce manifeste au Contraindre, Lizène nous offre une seconde lecture de l’œuvre, le Contraindre évoquant une régression, jusqu’à un état quasi fœtal, jusqu’à cet inconvénient d’être né, pour paraphraser Emile Cioran.

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Travelling sur un mur (je ne procréerai pas). Titre initial : Jacques Lizène 1971, « Mur ». Ed. Yellow. NB, sans son, 02 : 56 , 8 mm transféré sur DVD.
Associé à une diapositive de : Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre, 1971. Projet proposé, mais non réalisé pour une exposition à la Neue Galerie, Aachen, 1972.

Emilio Lopez Menchero, 1 + 1 + 1 = 1080, 50 degrés Nord

Emilio Lopez Menchero évoque son travail avec Chantal Maillard à Molenbeek dans l’émission d’Arte Belgique, 50 degrés Nord. Capture.

 

Emilio López-Menchero est né en 1960 en Belgique. Artiste protéiforme, architecte de formation, il met en place des interventions et des installations qui questionnent nos habitudes, souvent avec humour, un certain décalage.Il est notamment l’auteur de la Pasionaria, le porte-voix au pied de la Gare du Midi à Bruxelles, et du “Checkpoint Charlie”, intervention urbaine performative lors du Festival Kanal en 2010 à la Porte de Flandre.

Pour l’exposition 1+1+1=1080, l’artiste nous parle de racines, de frontières, de temporalité. Molenbeek est filmé comme lieu de convergence entre le passé et le présent, entre l’ici et l’ailleurs, intersection physique de deux destins croisés d’immigrés sur une terre d’accueil de tous les rêves et difficultés. L’artiste a invité son amie la poétesse et artiste espagnole d’originie belge Chantal Maillard, qui ressuscite son enfance passée à Molenbeek avant d’émigrer en Espagne…

Jacques Charlier, Emilio Lopez Menchero, Sophie Langohr, Quai des Belges, Arte Belgique

Revoir le Quai des Belges consacré à Jacques Charlier et les pirates

quai des belges

Au cœur de cette soirée présentée par Hadja Lahbib, le documentaire réalisé par Jacques Donjean, « Jacques Charlier, pirate de l’art ». Portrait multi-facettes de l’inclassable artiste liégeois Jacques Charlier, ce documentaire interroge habilement le rapport d’un artiste à son œuvre. Une production des Films de La Passerelle, en coproduction avec Wallonie Image Production et la RTBF.
Artiste décalé, Jacques Charlier a un parcours singulier. Son humour est le fruit de son indignation, et sa jouissance ludique débridée l’entraine vers une multiplicité d’approches artistiques, à détourner des œuvres, ou à voir certaines œuvres interdites, comme à la Biennale de Venise.
Inclassable, son activité artistique abondante et ses nombreuses expositions internationales lui permettent de se lier d’amitié avec Daniel Buren, Bernard Venet, Gilbert et George et bien d’autres…
À travers ce film, c’est un artiste décalé, au parcours multiple qui se révèle dans différentes facettes de son œuvre. De la peinture aux installations, en passant par la photographie, la BD et l’art vidéo, chaque séquence du film dévoile un chemin parsemé d’humour décapant, de contradictions, d’autodérision sans concession, bref une œuvre corrosive sur le monde de la création.
Loin de tout parcours académique, le film révèle par diverses rencontres, avec Bouli Lanners, un ancien élève, Philippe Geluck dont il a fait le portrait, Plastic Bertrand et bien d’autres, l’homme dans ses contradictions, son humour et son talent.
Jacques Charlier présente à Hadja Lahbib des personnalités dont il apprécie particulièrement la démarche (jeunes artistes quelle que soit leur discipline, mais aussi un critique d’art et galeriste, une responsable de communication et d’expositions, etc…). Ceux-ci parleront de leur travail et de leur point de vue sur l’oeuvre de Jacques Charlier.

Autour de Jacques Charlier, trois artistes pirates de l’art comme lui et leur œuvre en chantier :
Sophie Langohr qui pervertit et triture les images à l’ordinateur dans sa résidence d’artiste du RAVI à Liège
Sophie Langohr poursuit un travail de photographie sur les codes et les genres artistiques. Ses images cultivent le paradoxe comme vecteur d’un sens nouveau. Elles surprennent par les pôles qu’elles unissent : le léger et le grave, le gracieux et le viril, le réalisme photographique et le travestissement infographique… Elle parle de sa prochaine expo avec Jacques Charlier, de son travail futur sur les nus, de celui plus ancien sur les vierges et les saints…

Emilio López-Menchero, architecte-plasticien subversif et protéiforme. Avec des extraits de ses performances : « Check Point Charlie » à Molenbeek et « Chantal enchantée ».
Dans le cadre de Molenbeek Metropole Culturelle 2014, 3 artistes contemporains de renommée internationale, qui entretiennent un lien fort avec Molenbeek, exposent des oeuvres originales créées sur mesure pour la Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeek-Saint-Jean. L’exposition « 1+1+1=1080 » nous parle de la notion de frontières, de limites, d’espace et de temps. L’installation d’Emilio López-Menchero, qui a travaillé avec l’écrivaine et poétesse Chantal Maillard, nous conte une histoire de destins croisés dans les rues de Molenbeek. Des portes spatio-temporelles activent des souvenirs enfouis dans l’inconscient collectif, grâce à des images, des lieux, et des sons recréés.

Daan
Il a enregistré un single vinyle avec Jacques Charlier. Face A : « Wainting For My Men » de Lou Reed, interprété par Daan. Face B : « Le rockeur du métro » par Jacques Charlier.
Daan posera également pour la prochaine sérigraphie « warholienne » que réalise Jacques Charlier.
Intervention également de Jean-Michel Botquin, critique d’art et galeriste, dans la galerie Nadja Vilenne à Liège. Mais aussi d’Eve Deroover, responsable de communication à la Maison des Cultures de Molenbeek, dans le cadre du projet Métropole 2014.

Agenda Mars 2014

Olivier Foulon
– Bonn (D), Villa Romana 1905–2013. Das Künstlerhaus in Florenz, Art and Exhibition Hall of the Federal Republic of Germany, 22 nov – 9 mars 2014.
– London (GB), The Hawker (group exhibition), Dependance @ Carlos /Ishikawa, du 14 mars au 12 avril 2014

Honoré d’O
-Antwerpen (B), El hôtel electrico, Mukha (curator Edwin Carels), du 21 février au 11 mai 2014

Jacques Halbert
– Liège (B), galerie Nadja Vilenne, du 17 jan au 30 mars 2014

Eleni Kamma
– Bonn (D), Villa Romana 1905–2013. Das Künstlerhaus in Florenz, Art and Exhibition Hall of the Federal Republic of Germany, 22 nov – 9 mars 2014.

Aglaia Konrad
– Ostende (B), Conversation Piece, MuZee, du 14 dec au 14 dec 2014
– Bonn (D), Villa Romana 1905–2013. Das Künstlerhaus in Florenz, Art and Exhibition Hall of the Federal Republic of Germany, 22 nov – 9 mars 2014.

Sophie Langohr
– Liège (B), Pixels of paradise, 9e Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels BIP2014, BAL, 15 mars – 25 mai
– Liège (B), Nudes, RAVI, 28-30 mars 2014.

Jacques Lizène
– Liège (B), Musique à l’envers et doublement à l’envers. Extension du domaine du perçu/non perçu, galerie Nadja Vilenne, du 17 jan au 30 mars 2014
– Antwerpen (B), Beroepsdocumenten aan hun samenhang onttrokken, galerie S&S, la collection de Johan Pas, 8-23 mars 2014
– Jacques Lizène, Entre deux chaises, un livre (collection Galila Hollander- Barzilai), Villa Empain, fondation Boghossian, au 1 mars au 7 sept 2014

Capitaine Lonchamps
– Liège (B), galerie Nadja Vilenne, du 17 jan au 30 mars 2014
– Liège (B), Pixels of paradise, 9e Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels BIP2014, Cercle des Beaux-Arts, 15 mars – 25 mai

Emilio Lopez-Menchero
– Veurne (B), Grenzen/loos, Emergent, 22 dec – 09 mars 2014
– Liège, Checkpoint Charlie, galerie Nadja Vilenne, du 17 jan au 30 mars
– Bruxelles, 1 + 1 + 1 = 1080, Emilio Lopez Menchero, Peter Downsbrough, Beat Streuli, maison des cultures de Molenbeek, du 7 février au 15 mars 2014.

Jacqueline Mesmaeker
– Ostende (B), Conversation Piece, MuZee, du 14 dec au 14 dec 2014

Pol Pierart
– Liège (B), Pixels of paradise, 9e Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels BIP2014, Cercle des Beaux-Arts, 15 mars – 25 mai

Valerie Sonnier
– Bruxelles (B), Distant Proximity, Centrale for Contemporary Art, du 13 mars au 8 juin 2014.

Jeroen Van Bergen
– Venray (Nl), In de regel van het Bouwbesluit, Oda Park, jusqu’au 16 mars 2014.

Marie Zolamian
– Flémalle (B), inauguration d’une intervention permanente au Fort de Flémalle, dans le cadre des Commémorations de la Grande Guerre, 21 mars.

Jacques Lizène, personnage photographié écrasant le bout de son nez contre la surface de la photo & conséquences

Jacques Lizène

Personnage photographié écrasant le bout de son nez contre la surface de la photo & Conséquence du fait présenté ci-dessus (personnage photographié écrasant le bout de son nez contre la surface de la photo) : saignement de nez, traces récoltées sur mouchoir de poche… On ne joue pas impunément avec le mensonge et l’artifice. Démarche académique. Art sans mérite. Sans importance, hop ! mars 1973. Photographie NB, tirage argentique, 36 x 24 cm et technique 73 x 57 cm

Invité avec le groupe CAP à participer à la troisième triennale de Bruges en 1974 (commissariat de Willy Vandenbussche et Yves Gevaert), Jacques Lizène persiste dans le domaine du perçu non perçu. Il recycle « Personnage photographié écrasant le bout de son nez contre la surface de la photo », une œuvre qui appartient au domaine du perçu et du non perçu mais que l’on peut également rapprocher des travaux sur le cadre. Si le Petit Maître s’ingénie, en effet, dès 1971, à hésiter de rentrer dans le cadre de la photo, à s’y introduire « joyeusement », et ceci même depuis une autre photo, ou à se contraindre dans les limites du cadre, il était prévisible qu’il tenterait un jour d’en sortir, et pourquoi pas droit devant, se heurtant dès lors à la surface de la photo. A cette photographie, qu’il accompagne d’une légende descriptive et qu’il utilisera dans divers remakes, Jacques Lizène adjoint un mouchoir trouvé, à la propreté douteuse et taché de sang. Il l’étale et le fixe sur un carton. En fait, comme s’il marouflait une toile sur carton lui laissant un très large passe-partout. Il l’accompagne d’un descriptif tapuscrit : « Conséquence du fait présenté ci-dessus (personnage photographié écrasant le bout de son nez contre la surface de la photo) : saignement de nez, traces récoltées sur mouchoir de poche… On ne joue pas impunément avec le mensonge et l’artifice ». Avant de plastifier ce mouchoir sur carton accompagné de son cartel, il ajoute à la main : « Démarche académique. Art sans mérite. Sans importance, hop ! » et date précisément l’œuvre : mars 1973.
Nicole Forsbach, à qui Jacques Charlier, préparant ses « Photographies de Vernissage », a confié le soin de photographier celui de la Triennal 3, photographiera le Petit Maître ne s’écrasant pas le nez sur la surface de la photographie, mais posant simplement devant son diptyque.

L’œuvre a également été montrée à Reims, cette même année 1974, au Musée des Beaux-Arts dans une exposition consacrée à l’Art belge contemporain, comme en témoigne le plan de montage collé à l’arrière du carton. Sur ce « schéma d’accrochage pour Reims », Jacques Lizène installe à droite du même diptyque son cassettophone diffusant « 881 tentatives de rires enregistrées sur cassette tout d’une traite ».
Le cassettophone est également accompagné d’un carton. On soupçonne qu’il y est décrit l’œuvre en question, dont le titre complet est « 881 tentatives de rires enregistrées sur cassette tout d’une traite… mais l’on sait le vécu quotidien de la plupart des individus ». Ceci est également une extension du perçu non perçu.
On remarquera enfin que pour l’apposition de ce cartel sur la cimaise, Jacques Lizène recommande de « punaiser à côté du carton, pas dedans ». Et il ajoute : « Merci ».

Diable, redécouvrant toutes ces petites choses, on ne s’ennuie pas un seul instant, rebondissant d’œuvre en œuvre, constatant ce continuel recyclage d’images et d’idées, en remakes déjà, à chaque fois nouvelle configuration d’un même propos enrichi. Ainsi, je me dis que ce personnage écrasant le bout de son nez sur la surface de la photo préfigure les célèbres « 144 tentatives de sourire » que Lizène montre chez Yellow cette même année 1974 et que l’usage de ce mouchoir trouvé taché de sang (oui mais de qui ?) traité comme une toile abstraite accrochée au mur, n’est pas sans rappeler le drap taché de sperme (oui mais de qui ?), qui constitue une part des « Documents rapportés d’un voyage au cœur de la civilisation Banlieue (Ougrée, banlieue industrielle liégeoise), par un Petit Maître pauvre pitre en art, artiste de la médiocrité, représentant de la Banlieue de l’Art », œuvre aussi minable que magistrale, aujourd’hui conservée dans les collections du Muhka à Anvers.

Jacques Lizène

Jacques Lizène lors de Triennal 3, photographie Nicole Forsbach.

Jacques Lizène

Schéma d’accrochage pour l’exposition de Reims