Marie Zolamian, invitée du festival Voix de Femmes

Marie Zolamian est l’invitée du Festival Voix de Femmes 2015 et expose au Manège Fonck, rue Ransonnet, 2, à Liège.
Vernissage de l’exposition « No borders » Marie Zolamian / Alice Jarry / Julie Kern Donck / Françoise Gamma, ce jeudi 15 octobre à 18h

La première soirée du festival s’ouvre dans la douceur apparente des oeuvres de Marie Zolamian qui nous parlent d’exils, d’êtres, de fragilités.
On passe au bar, on se promène sous le lustre cinétique d’Alice Jarry, on s’assied dans le monde tranquille de Julie Donck, on s’arrête devant le GIF Wall de Françoise Gamma… Avant d’assister à deux courtes performances : la voix numérisée du bout des doigts de Laurence Moletta d’abord, l’œuvre plurielle, troublante et joyeuse des Soeurs H ensuite.
Puis, les concerts : Rocío Márquez, flamenco contemporain, touches d’électro, chant pur, sans appel – un must ! Et Récital Boxon : slam, chant, spoken word, guitares, saxophones, contrebasse, accordéon, percussions. Nuances de klezmer, balkanique, latino… Hors frontières.

Marie Zolamian

Marie Zolamian, Je suis un homme maintenant, que veux-tu de plus?, acrylique sur carton entoilé, 26 x 21 cm

le site du festival

Charlotte Lagro, The art-shaped hole in my heart, les images (3)

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro,I don’t know if it’s a car, photo, digital print, 2015, 90 x 135 cm

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, The universe gave me that gift, photo, digital print, 2015, 135 x 90 cm

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, It was like a unicorn or something, photo, digital print, 2015, 90 x 135 cm

Benjamin Monti, Méçant garçon, les images (1)

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre, 2015
Encre de chine sur papier, 21 x 42 cm

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Diatomacées Diatomées)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Tradescantia Virginica)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Protococcées : Chlorella Viridis)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Coloration par l’iode)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Renonculacée : Renonculus)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Taxacée : Taxus)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Ascomycètes : Péziza)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Infusoires parasites de la grenouille)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Chlorophytum monodylée)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (microspores du pin)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

(…)

Cette fois, il investit les fiches finement dessinées au crayon noir (et parfois rehaussées d’une couleur) d’un cours de biologie, des histoires naturelles et des dessins sans date tracés par une main studieuse, précise, appliquée et relativement douée, ainsi qu’un ensemble d’anciennes cartes perforées produites par la Société Anonyme « Courage – Organisation », active à Liège dès 1948. Premières « mémoires de masse » dès les origines de l’informatique, ces cartes satinées sur leurs deux faces ne pouvaient qu’intéresser Benjamin Monti. Il est féru d’illustrations en tous genres – on l’aura compris – et son travail consiste à continuellement réorganiser un corpus encyclopédique de dessins et motifs qu’il s’approprie, recopie, interprète et subvertit, en un singulier système de pensée. Dès lors, avec courage, Benjamin Monti y réorganise son monde en un système qui n’a rien de binaire. On pourrait ici dresser une liste savante des perles bibliophiliques, des encyclopédies, des Curiosa ou des ouvrages anciens illustrés que chine et collecte Monti, ce qu’il copie avec l’agilité d’un gymnaste qui aurait délaissé la magnésie au profit de l’encre de chine, corpus dont, en un même temps, il s’affranchit au plus vite. Citer les sources serait toutefois déflorer la virginité même de chaque opus. On y reconnaîtra surtout un fonds d’images inscrit dans notre conscience collective, appartenant tant au patrimoine populaire que savant. Benjamin Monti isole ces dessins, leur assigne espace et composition, les hybride et les associent parfois comme le ferait un collagiste. Surgissent ainsi, en ce continuel recyclage, les visions et l’expression d’un monde particulier où se côtoient le réel et le merveilleux, l’onirique, l’ésotérique, l’enfantin, le populaire, le savant, l’obscur, l’absurde, l’indécent, l’insolent. Chaque dessin devient ainsi un commentaire de l’image par l’image, chacun lorsqu’on les associe, participe à de nouvelles logiques sémantiques.

Les dessins de la série « Courage – Organisation » investissent la surface lisse et claire du carton : les perforations ainsi que la numérotation en abscisse et ordonnée deviennent ainsi marges, bordures et prédelles qui rappellent la destination première, mécanographique, de ces cartes perforées. Dans le cas des feuillets de ces leçons de biologie, le jeu est évidemment autrement subtil. Monti réinterprète en ce cas le principe même du cadavre exquis, en trichant bien sûr, puisqu’il interagit avec les dessins et notes déjà tracés. A la reproduction sexuée des diatomacées, du chlorella viridis, à la croissance du Renonculus ou de l’ascaris megalocéphale, il répond par ses propres reproductions tout aussi prolifiques. Monti intègre les crayonnés, les ingère, leur réplique et tiendrait même compte, ça et là, des notices, produisant dès lors une nouvelle et surprenante encyclopédie d’histoires aussi naturelles que surnaturelles. C’est là bien plus qu’espièglerie d’un « méçant garçon ».

Charlotte Lagro, The art-shaped hole in my heart, les images (2)

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, And it was quiet (…), plywood with oak veneer and mahogany stain, 2015, 4 x 1,5 m

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, The grey refrigerator, sound, 2015, 00:42:24

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, I thought it was kind of Eggplanty, photo, digital print, 2015, 135 x 90 cm

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, Or maybe it’s like a plane, photo, digital print, 2015, 135 x 90 cm

(…) Vacuité de l’art ou trop plein de consommation visuelle et mar- chande, le film est d’autant plus singulier, par ces commentaires simples et directs, à propos d’un objet, somme toute, fort banal, que tout ceci se déroule dans un endroit dédié à la recherche, où l’on pourrait s’attendre justement à un trop plein du discours théorique ou à la mise en place de stratégies hyper productives. Non, loin de toute tentation parodique, Charlotte Lagro trans- forme un réfrigérateur en « conversation piece ». Ouvrant, refer- mant le frigo, les protagonistes du film le remplisse ou s’y servent au fil de leurs considérations. Ce réfrigérateur n’est pas une œuvre d’art, mais il catalyse l’art, le recèle, suscite des consi- dérations sur sa ligne, sa forme, sa couleur, son histoire, son uti- lité, son environnement. En fait, la situation est bien moins absurde qu’elle n’en a l’air.
L’exposition qui en découle fonctionne dès lors comme un tout. En contrepoint de la projection du film, Charlotte Lagro met en exergue cette phrase prononcée par Gary Hill en 1996 : « And… it was quiet. Actually it was a lot more quiet than i could stand ». La citation fonctionne comme un statement. Cinq grands tirages numériques complètent le dispositif : une aubergine pas trop violette, une étrange licorne, un cœur déposé sur la claie d’un ré- frigérateur, la carrosserie d’une voiture, un avion en vol. C’est un ancêtre déjà, au fuselage riveté, aux hublots rectangulaires enca- drés de rideaux, tels ceux d’une maison rustique. Cinq images qui font référence à autant de réflexions émises par les protagonistes du film : ce réfrigérateur est tel une licorne, hybride par sa remise à neuf. « It just was so, it was like a unicorn or something ». Il est couleur aubergine. « it was like a little eggplant-y but not with a lot of purple in it ». Sa carrosserie est comme celle d’un avion. « or maybe it’s a like a plane ». Ou comme celle de la portière d’une voiture, de couleur grise graphite. Quant au cœur, il fait bien sûr référence à la clé même de l’ensemble de l’œuvre : «The art-shaped hole in my heart ». Et l’on percevra, discret dans l’es- pace d’exposition, le ronron du réfrigérateur de Skowhegan, un ronronnement qui est comme le battement même de l’œuvre. (…)

Constance Guisset, Jacques Lizène, conversation au Palais de Tokyo, Paris

Constance Guisset. Trois conversations

Constance Guisset. Trois conversations

Constance Guisset. Trois conversations

Constance Guisset. Trois conversations

Dans la forêt de colonnes du Palais de Tokyo se dessine un passage haut, long et étroit, tel un cours d’eau qui sépare deux falaises. L’espace des « Trois Conversations » de Constance Guisset. Discuter, regarder ensemble, s’embrasser : trois escales dans le flux du public. Trois embarcations légères aux toits colorés et festifs. Amarrées ici ou là, elles proposent des voyages avec l’autre et des espaces de rêverie. Au dessus des surfaces confortables sont érigés des mâts retenant un tressage de lignes et de cercles. Des formes coniques qui se lèvent comme des voiles de bateaux et se métamorphosent dans une semi transparence graphique.

Pensée comme un lieu de convivialité, l’une des Trois Conversations est une assise équipée d’un écran de projection. Le Palais de Tokyo a invité Jacques Lizène (né en 1946, vit et travaille à Liège) à y diffuser certaines de ses œuvres vidéos :

1.
Puisque les visiteurs sont invités à se coucher sur les coussins de l’œuvre de Constance Guisset (et peut-être s’embrasser s’ils se couchent en couple), il est bon de leur déconseiller de procréer. (D’une manière générale, les choses étant ce qu’elles sont, Jacques Lizène ne procréera pas…Hopla ! Il subira volontairement la vasectomie, stérilisation par coupure des canaux déférents. Dès ce moment, il portera en lui une sculpture interne. 1970). Et parce qu’il est absurde de montrer un travelling sur un mur au plafond, Jacques Lizène propose :
Jacques Lizène
Travelling sur un mur (je ne procréerai pas), 1971
Titre initial : Jacques Lizène 1971, « Mur ». Film 8 mm transféré. 00 :02 : 56. Ed. Yellow.
La caméra balaie un mur de brique de gauche à droite, de droite à gauche, de gauche à droite. Le travelling est monotone, indigent et même un peu agaçant. On découvre en fin de séquence, tracé à la craie sur le mur, la phrase : « Je ne procréerai pas ». Un film manifeste, faisant référence au mythique mur de la clinique d’Ougrée, lieu de naissance du petit maître.

Jacques Lizène

2.
Puisque le visiteur est couché sur les coussins de l’œuvre de Constance Guisset, éteignons la lumière ! Si les visiteurs sont en couple (et que peut-être il s’embrasseront), le principe d’interruption leur rappellera le conseil lizénien de ne pas procréer. Jacques Lizène propose dès lors :
Jacques Lizène
Interruption de lumière, 1971
1971, NB, sans son, 8 mm, film transféré. 00 :03/39. Ed Yellow.
La caméra filme en plan fixe la prise électrique du projecteur qui éclaire le lieu de tournage. Après un très long moment, une main se glisse dans le champ et retire la prise de courant. Noir. Le générique sur panneau, tapé sur une Remington portative précise : « L’auteur n’apprécie pas vraiment son film. S’il l’a réalisé c’est parce qu’il se méprise un peu de temps en temps… (peut-être) ». Lizène ajoute aujourd’hui que les points de suspension sont céliniens et le (peut-être) référence à Beckett.

Jacques Lizène

3.
Afin de répondre aux « transitions colorimétriques douces et explosives qui éclatent dans le bâtiment », Jacques Lizène propose une suite de visages en quatre quarts, comme des sculptures génétiques, sur fond de paysages en quatre quart, une projection sur un rythme soutenu et un fond musical de musique génétique en sampling.
Jacques Lizène
AGCT (Acides de bases), Sculptures génétique, 1971, musique génétique 1987, en remake 2001
2001, vidéo couleurs, son, 00 :01 :16. Infographie et montage numérique : Dominique Castronovo. Mixage et son numérique : Bernard Secondini. Pré-mixage : Jean Marc Sulon. Réalisation AVCAN.

Jacques Lizène

4.
Afin de contempler dans le ciel des AhahahArchitectures gonflables avec ascenseur à vide d ‘air, exposition virtuelle de Jacques Lizène en son musée virtuel, Jacques Lizène propose cette œuvre auto-publicitaire :
Jacques Lizène
Ahahaharchitectures gonflables, musée virtuel, en remake 2012
Vidéo, couleurs, son, 00 :11 :48, 2012. Infographie et montage numérique : Dominique Castronovo. Bande son sur une musique de Jacques Lizène. Réalisation AVCAN.
Proposition pour une exposition virtuelle, 1983-1984 partout dans le monde, y compris au Palais de Tokyo, dans un musée gonflable avec ascenseur à vide d’air, gonflable qui n’a rien à voir avec le zeppelin de Panamarenko.

Jacques Lizène

5.
Parce que la position couchée est particulièrement indiquée pour assister à un concert et singulièrement à un concert de musique à l’envers, Jacques Lizène propose :
Jacques Lizène
Pièce pour musique à l’envers, 1979 en remake 2012, performance. Edaneres de Navnevohteeb Giwdul, pour violons et contrebasse.
Vidéo HD, couleurs, son, rushes 1 prise de la performance, 00 :17 :32. Réalisation AVCAN, 2012. Production galerie Nadja Vilenne.

Jacques Lizène

Npuveau cycle d’expositions au Palais de Tokyo à partir du 21 octobre.

Mise à jour ce 13 octobre :
Nous apprenons que l’assise du siège doit subir une restauration urgente. Les vidéos de Jacques Lizène seront mises en place début décembre ! Un petit ratage qui n’est pas pour déplaire au Petit Maître, hop !

Charlotte Lagro, The art-shaped hole in my heart (1)

Invited to speak at the Skowhegan School of Painting and Sculpture in 1996, artist Gary Hill began his lecture by referring to his very arrival on the school campus, an old farmhouse situated in the heart of a vast rural area of 350 acres in Maine. ‘Well, hi, ah, he said, I don’t really know what I’m gonna do here.’ Hill then talks about his arrival the day before, at around 11 pm, he talks about Seattle, where he lives and works, about Philadelphia, where in that same year, 1996, he exhibits Withershins at the Contemporary Art Institute of the University of Pennsylvania. And about Bangor, near Skowhegan; this is probably where he landed. And he stresses the quietude of the area of Skowhegan, the break with the urban fast-pacedness. ‘It was so quiet, he said, much more quiet than I could bear.’ Quiet, yes, but that’s precisely it. In the studio where he lives, there is a refrigerator. Gary Hill even describes its contents: prepared meals, a bottle of white wine, a six-pack of Coke bottles, mineral water, cheese and even some desserts. And the noise this refrigerator makes fills the whole space, in an overbearing, obsessive manner. An agonizing struggle ensues: should the refrigerator be unplugged? Or not. Certainly, unplugging will bring about the certain return of tranquillity, in harmony with the natural setting of the place. It would even be an environmentally responsible gesture. By not unplugging it, he will obviously preserve its contents and the next day’s lunch. Unable to fall asleep, Gary Hill will finally decide to unplug the fridge: ‘I turned it off.’ Cheers from the audience.

During a residency in Skowhegan in the summer of 2015, Charlotte Lagro discovered the sound archive of the conference as well as the kitchen of one of the oldest houses in the area, the Red Farm. Rustic and timeless, there sits, in-between window, dresser and sideboard, a hefty refrigerator. Incongruous in the setting, hieratic, polished, this modern and purring storeroom will quickly become the object of her attention, to the point of becoming the main focus of her artistic concerns. During the nine weeks of residency, she will invite the artists present, invited theorists and passing guest speakers to talk about it. And they, facing the camera, will join the game, scrutinizing the refrigerator from every angle. Its graphite grey, its mahogany handles with chrome fittings, its seventies look. Is it original, was it refurbished, customized, entrusted to a bodywork craftsman to be painted? Yes, its colour is industrial, but what type of spray gun did they use? And what kind of spray can, for the finishing details? Its ‘opalescence is boring,’ says one. ‘Its smell is peculiar’ remarks another. ‘All that wood is a little crazy, its colour is amazing, aubergine but with not too much purple, says Ryan Trecartin. Theaster Gates does not beat around the bush: ‘it’s a refrigerator that simply blows you away,’ he says, before making an inventory of its contents: wine, beer, olives, peaches and whipped cream. Michelle Grabner remarks upon its haptic qualities, the perception of this singular body in the environment: that which touches, that which is touched, the imprint of the place and the fingerprints, which are surprisingly not to be found on the streamlined and polished surface of the Red Farm fridge. No one mentions the history of art. Neither the avatars of the readymade nor the appropriation or recycling into art object of many a refrigerator. So much for Bertrand Lavier, Jean Tinguely, Jimmy Durham and Jean-Michel Basquiat. No, it is this particular refrigerator that interests them all. And Neil Goldberg wonders: ‘You’re interested in how the refrigerator exists in the lives of others, but to what extent does it interest you, you personally,’ he asks the artist. At a party organized between the residents, a costume party, Charlotte Lagro appears as a cardboard refrigerator. Her answer is clear: she is fully devoted to her fridge and definitely attracts interest. Hence Jonathan Berger’s enthusiasm: this refrigerator is exceptional, it is even better than any of the artworks he has seen in the past six months. And he concludes: ‘I have this sort of art-shaped hole in my heart, and it is only filled by this.’ ‘The art-shaped hole in my heart’, that will be the title of the film.

Artfully vacuous or, contrarily, brimming with visual and commercial imagery, the film is all the more singular because of its simple and direct comments about an object which is, after all, highly banal, and the fact that all this occurs in a place dedicated to research, where one would rather expect an overflow of theoretical discourse or the introduction of hyper-productive strategies. No, far removed from any parodial temptation, Charlotte Lagro transforms a refrigerator in a ‘conversation piece’. Throughout their considerations, the protagonists of the film – opening and closing the fridge – fill it or take things out of it. This refrigerator is not a work of art, but rather, it catalyses art, conceals it, provokes considerations on its design, its shape, its colour, its history, its usefulness, its environment. In fact, the situation is much less absurd than it seems.

As such, the exhibition that results from it functions as a whole. As a counterpoint to the projection of the film, Charlotte Lagro highlights this sentence pronounced by Gary Hill in 1996: ‘And … it was quiet. Actually it was a lot more quiet than I could stand.’ The quote functions as a statement. Five large digital prints complete the set-up: a not-too-purple eggplant, a strange unicorn, a heart placed on the rack of a refrigerator, the bodywork of a car, an airplane in flight. It is an ancestor, with riveted fuselage, with rectangular windows framed by curtains, like those of a country house. Five images that refer to the reflections expressed by the protagonists in the film: this refrigerator is like a unicorn, hybridised through its refurbishment. ‘It was so, it was like a unicorn or something.’ It is eggplant colour. ‘it was like a little eggplanty but not with a lot of purple in it.’ Its body is like that of an airplane. ‘or maybe it’s like a plane’. Or like that of a car door, graphite grey. As for the heart, it is of course referring to the core of the whole work: ‘The art-shaped hole in my heart’. And one will perceive, discretely discernable in the exhibition space, the hum of the Skowhegan refrigerator, a purr that is like the heartbeat of the work.

Born in 1989, Charlotte Lagro lives and works in Maastricht in the Netherlands. Videographer, photographer and visual artist, graduated from the Academy of Fine Arts in Maastricht in 2011, she was awarded the prize for Visual Arts Hermine van Bers 2015. She was recently a resident at the Résidences Ateliers Vivegnis International (RAVI) in Liège and the Skowhegan School of Painting and Sculpture in Maine in the United States. This exhibition is her first solo at the gallery.

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, The art-shaped hole in my heart, vidéo HD, son, couleurs, 2015, 00:11:39

Olivier Foulon, Lauréat du prix Bernd Lohaus, LLS 387, Antwerpen

Olivier Foulon

Olivier Foulon
Chapeaux, 2006
Carrousel de 80 diapositives

La Fondation Bernd Lohaus et LLS387 espace d’art actuel
annonce la proclamation du Prix Bernd Lohaus, attribué à

OLIVIER FOULON

la remise du prix sera faite par Eva Wittocx, senior curator Musée M, Louvain, ce vendredi 9 octobre 2015 à 19 heures.

Vernissage à partir de 18 h., exposition jusqu’au 1 novembre 2015.
LLS387 Lange Leemstraat 387 2018 Antwerpen tel: 32 (0)497 48 17 27
heures d’ouverture: jeu-dim de 14 à 18 h. et sur rendez-vous.

Following the death of artist Bernd Lohaus in 2010, Anny De Decker and her children, Jonas and Stella Lohaus established the Bernd Lohaus Foundation on 21 August 2012. This purpose of this private foundation is to maintain and promote Bernd Lohaus’s art and ideas.
In addition to organizing exhibitions, lectures and symposia and inventorying and archiving Lohaus’s oeuvre, the Foundation also aims to support artists and art mediators. Thus the Bernd Lohaus Prize was created, an annual award of 10,000 euros to be presented to an artist in four successive years and to an art mediator in the fifth year. This last award reflects Lohaus’s ten years (1966-1976) as co-gallerist of the Wide White Space Gallery in Antwerp.

Le palmarès du prix Bernd Lohaus :

2015 : Olivier Foulon (Eva Wittockx)
2014 : Gert Robijns (Catherine De Zegher)
2013 : Maurice Blaussyld (Jan Hoet)
2012 : Lien Hüwels (Kasper Kônig)

Emilio Lopez Menchero, L’Homme Bulle à Héron

Après une longue absence et revalidation bien nécessaire, l’Homme Bulle d’Emilio Lopez Menchero reprend du service. Le voici en Hesbaye, à Héron, dans la région de Huy, à l’invitation de la Maison des Jeunes locale.

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez Menchero

Artiste belge d’origine espagnole, Emilio López-Menchero vit et travaille à Bruxelles. Plasticien pluridisciplinaire, il pose, quel que soit le médium qu‘il utilise, un regard lucide sur la société contemporaine, tout en envisageant l’individu dans la perspective d’une continuelle construction de soi. Il considère l’espace public comme un espace critique, un lieu d’action. Il y intervient régulièrement de façon temporaire ou pérenne. On lui doit, entre autres interventions urbaines, « Pasionoria », ce porte-voix monumental installé à proximité de la gare du Midi à Bruxelles. Orientée vers la gare, ce lieu de confluence, référence à un épisode de la Guerre d’Espagne, « Pasionaria » matérialise la parole publique. Hommage à une icône républicaine, Dolorès Ibárruri, la sculpture est dédiée à tous les migrants dans un lieu où se déroulent de régulières manifestations sociales et politiques.

L’Homme Bulle est un personnage anonyme. Il s’apparente à ces figures dessinées par Ernst Neufert, cet architecte allemand qui codifia les normes et mesures de toutes nos architectures domestiques et vernaculaires. De sa bouche s’échappe ce monumental phylactère que l’artiste vous invite à vous approprier le temps d’un instant, afin de vous exprimer librement. Oui, on peut graffiter la bulle, taguer, laisser son empreinte, une phrase, un message, le signer ou le laisser anonyme : l’Homme Bulle est un porte parole. Il absorbe, révèle et fixe l’intensité sociale, sa concentration en un point où le mouvement est le moteur d’une narrative sans fin, constituée d’une multitude d’anecdotes anonymes ou signées.

Raphaël Van Lerberghe, Les Mondes Inversés, BPS 22 (2)

Raphaël Van Lerberghe

Raphaël Van Lerberghe

Marguerite (Flowchart), 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

Cocrou, 2012-2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

Dos, 2015
bois et métal, 22,5 × 31cm

Raphaël Van Lerberghe

Entrada, 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

How long, 2015
graphite sur papier et collage, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

Input/output, 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Sur de vieilles cartes postales, emblèmes d’une vision stéréotypée des lieux, régions, fêtes et héros (y compris du Tiercé), l’artiste appose des cadres; les éléments ainsi isolés se déforment et se reforment, acquérant un sens nouveau, amplifié par leur inscription dans un réseau de chaînes sémantiques mentales. D’un recadrage à un autre, d’un détail isolé à une phrase, d’une photographie à un dessin décalqué, d’un agrandissement à une découpe, de l’un à l’ensemble, du tout à la partie, Raphael Van Lerberghe élabore des séquences significatives, suggère des associations, induit des questionnements, reformalise les événements et coïncidences de l’existence de tout un chacun. Réorganisant plutôt par suggestions que par assertions, il compose des petites cartographies mouvantes, aux réminiscences multiples (psychanalytiques, biographiques, poétiques, humoristiques, formelles, etc.) qui résonnent bien au delà de leur cadre et trouvent écho dans les autres œuvres de l’exposition.

Eleni Kamma, Yar bana bir eğlence. Notes on Parrhesia, avant première au Vrijthof, Maastricht

Eleni Kamma conclut le cycle qu’elle consacre au Théâtre d’ombres Karagoz, entrepris lors d’une résidence à Istanbul et déjà ponctué de divers chapitres qu’elle a ponctués de diverses interventions à Liège (galerie Nadja Vilenne), Nicosie (Nimac), Aalst (Netwerk) et Thessalonique (Biennale de Thessalonique). Avant première du film Yar bana bir eğlence. Notes on Parrhesia, au Théâtre du Vrijthof, Maastricht, ce mercredi 7 octobre à 17h.

Eleni Kamma

Yar bana bir eğlence. Notes on Parrhesia.
a single screen film by Eleni Kamma
duration: 37 min 24 sec (2015)

In her first cinematographic film, artist Eleni Kamma revisits the tradition of the Karagoz Theatre and its role in the creation of a political voice.
Although Karagoz is a local character symbolizing the “little man” within the limits of the Ottoman Empire, he belongs to a larger puppet theatre family. He speaks of what the people want to hear and what the people want to say.

Until 1870, despite the “absolute monarchy and a totalitarian regime”, Karagoz “defied the censorship, enjoying an unlimited freedom”. Through the use of empty phrases, the illogical, the surrealistic, extreme obscenity and repetition, Karagoz theatre was often used as a political weapon to criticise local political and social abuse.
By 1923, this multi-voiced empire gave way to a Turkish-speaking republic within which the caricatures of ethnic characters no longer made sense. With the rise of new media, the popularity of Karagoz and Orta Oyunu declined even further.

Yar bana bir eğlence. Notes on Parrhesia. reflects upon the term “parrhesia”, which implies not only freedom of speech, but also the obligation to speak the truth for the common good, even at personal risk, by questioning how the notion of entertainment relates to personal expression and public participation.
This is where the artist links to the Gezi Park protests in 2013, in which humor and creativity were key elements in mocking the political regimes. Filmic fragments from National Cypriot television archive alternate with the voices of Cypriot, Greek and Turkish Karagoz masters discussing language, history, the tools and the political role of the medium.

The film is a visual essay in which pressing contemporary political matters intertwine with history and abstraction; and in which meticulousness of research meets with poetics of associations. How to move forward? Can we learn something from the old masters? At times the gaze is directed back to the viewer. To speak your mind, you must first overcome fear by taking a deep breath.

Raphaël Van Lerberghe, Les Mondes Inversés, BPS 22 (1)

Raphaël Van Lerberghe

Raphaël Van Lerberghe
Divers
2012-2015
©Leslie Artamonow

Sur de vieilles cartes postales, emblèmes d’une vision stéréotypée des lieux, régions, fêtes et héros (y compris du Tiercé), l’artiste appose des cadres; les éléments ainsi isolés se déforment et se reforment, acquérant un sens nouveau, amplifié par leur inscription dans un réseau de chaînes sémantiques mentales. D’un recadrage à un autre, d’un détail isolé à une phrase, d’une photographie à un dessin décalqué, d’un agrandissement à une découpe, de l’un à l’ensemble, du tout à la partie, Raphael Van Lerberghe élabore des séquences significatives, suggère des associations, induit des questionnements, reformalise les événements et coïncidences de l’existence de tout un chacun. Réorganisant plutôt par suggestions que par assertions, il compose des petites cartographies mouvantes, aux réminiscences multiples (psychanalytiques, biographiques, poétiques, humoristiques, formelles, etc.) qui résonnent bien au delà de leur cadre et trouvent écho dans les autres œuvres de l’exposition.

Raphaël Van Lerberghe

1939, 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

La Cerdanya, 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

He-goat, 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

La cravate, 2015
bois et métal, 21× 40 cm

Raphaël Van Lerberghe

I saw you, 2015
graphite sur papier et collage, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe

Mon chevalier, 2015
graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Benjamin Monti, Méçant garçon

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre, 11 mai 2015
Encre de chine sur carte perforée de la « Courage-Organisation SA »
21 x 14,7 cm

Benjamin Monti
Sans titre, 13 mai 2015
Encre de chine sur carte perforée de la « Courage-Organisation SA »
21 x 14,7 cm

Certes, Benjamin Monti est un « Méçant garçon », cédille comprise. Il copie sur son voisin, il découpe dans les encyclopédies de la bibliothèque, il vole les cahiers d’écolier de ses petits camarades. C’est un apprenti fort peu sage, un brin iconoclaste et qui cultive l’étrangeté. N’essayez point de le mettre au coin, il aura le culot de vous tenir tête, dissertant de la qualité des châtiments corporels et de leur diversité. Il a d’ailleurs relu toute l’œuvre de la Comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine, préférant les ouvrages illustrés par Horace Castelli. Il teinte sa Bibliothèque Rose d’inquiétantes noirceurs, prendrait plutôt parti pour une « Education Culturelle » façon Roland Topor et lit en cachette des ouvrages aussi attrayants que l’« Insectorum Sive Minimorum Animalium Theatrum: Olim ab Edoardo Wottono, Conrado Gesnero, Thomaque Pennio inchoatum » du physicien et naturaliste Thomas Moffet, ou aussi lumineux que « Phantasmagoria: The Secret Life of the Magic Lantern » de Mervin Heard. Il vous recommandera la lecture du « Suicides. Passionnés, historiques, bizarres et littéraires » de Romi paru chez Serg en 1964 tout comme celle de « Moi, Âne premier » tout récemment réédité par Le Tripode, une histoire en vers d’un enfant capricieux élevé par des parents trop permissifs, qui se retrouve entouré de personnages terrifiants, illustré par Antonio Rubino, le grand maître de l’illustration italienne de l’entre-deux-guerres. Benjamin Monti compulse de façon compulsive (et son métier de libraire investi auprès des petits éditeurs n’arrange pas l’affaire) et dessine, fort souvent jusqu’à plus d’heure. Son intérêt pour Barnabé Gogo ne m’étonne pas. « Un génie incompris (M. Barnabé Gogo) » dessiné par Cham fut édité en 1841 dans la fameuse « Collection des Jabot ». Les pages, qui racontent la vie d’un jeune dessinateur au talent douteux que son père pousse aveuglément dans la carrière artistique, sont truffées de dessins à la manière des enfants. Rejeté par les beaux Arts, le héros finira par devenir caricaturiste… Oui, Benjamin Monti s’intéresse aussi aux dessins d’enfants. Et on dira également de lui qu’il a « de grandes dispositions » ; c’est souvent le cas des « Méçants garçons ».

L’actuelle exposition des travaux de Benjamin Monti fait la part belle à deux séries d’œuvres, toutes deux déjà initiées en 2010 mais qui ont plus récemment trouvé leur vitesse de croisière ; celle-ci fut même quotidienne pour l’une d’elles. On connaît tout l’intérêt que l’artiste porte aux papiers imprimés et manuscrits trouvés. Déjà, il y eut l’investissement de ce cours de droit anonyme et manuscrit, plus d’une centaine de pages d’une écriture délavée sur papier quadrillé et d’une involontaire beauté plastique. À l’encre de chine, au crayon, à l’encre sympathique, Monti en a investi les marges, les zones vierges, le texte. Il y eut également ces anciens blocs de papiers « Perspecta », papiers millimétrés en deux couleurs à fins de perspectives cavalières qu’elles soient en parallèle, avec horizon en dehors du dessin, en vue isonométrique ou axonométrique dont Benjamin Monti usa comme de véritables supports pour des projections et perspectives plus mentales que physiques. Cette fois, il investit les fiches finement dessinées au crayon noir (et parfois rehaussées d’une couleur) d’un cours de biologie, des histoires naturelles et des dessins sans date tracés par une main studieuse, précise, appliquée et relativement douée, ainsi qu’un ensemble d’anciennes cartes perforées produites par la Société Anonyme « Courage – Organisation », active à Liège dès 1948. Premières « mémoires de masse » dès les origines de l’informatique, ces cartes satinées sur leurs deux faces ne pouvaient qu’intéresser Benjamin Monti. Il est féru d’illustrations en tous genres – on l’aura compris – et son travail consiste à continuellement réorganiser un corpus encyclopédique de dessins et motifs qu’il s’approprie, recopie, interprète et subvertit, en un singulier système de pensée. Dès lors, avec courage, Benjamin Monti y réorganise son monde en un système qui n’a rien de binaire. On pourrait ici dresser une liste savante des perles bibliophiliques, des encyclopédies, des Curiosa ou des ouvrages anciens illustrés que chine et collecte Monti, ce qu’il copie avec l’agilité d’un gymnaste qui aurait délaissé la magnésie au profit de l’encre de chine, corpus dont, en un même temps, il s’affranchit au plus vite. Citer les sources serait toutefois déflorer la virginité même de chaque opus. On y reconnaîtra surtout un fonds d’images inscrit dans notre conscience collective, appartenant tant au patrimoine populaire que savant. Benjamin Monti isole ces dessins, leur assigne espace et composition, les hybride et les associent parfois comme le ferait un collagiste. Surgissent ainsi, en ce continuel recyclage, les visions et l’expression d’un monde particulier où se côtoient le réel et le merveilleux, l’onirique, l’ésotérique, l’enfantin, le populaire, le savant, l’obscur, l’absurde, l’indécent, l’insolent. Chaque dessin devient ainsi un commentaire de l’image par l’image, chacun lorsqu’on les associe, participe à de nouvelles logiques sémantiques.

Les dessins de la série « Courage – Organisation » investissent la surface lisse et claire du carton : les perforations ainsi que la numérotation en abscisse et ordonnée deviennent ainsi marges, bordures et prédelles qui rappellent la destination première, mécanographique, de ces cartes perforées. Dans le cas des feuillets de ces leçons de biologie, le jeu est évidemment autrement subtil. Monti réinterprète en ce cas le principe même du cadavre exquis, en trichant bien sûr, puisqu’il interagit avec les dessins et notes déjà tracés. A la reproduction sexuée des diatomacées, du chlorella viridis, à la croissance du Renonculus ou de l’ascaris megalocéphale, il répond par ses propres reproductions tout aussi prolifiques. Monti intègre les crayonnés, les ingère, leur réplique et tiendrait même compte, ça et là, des notices, produisant dès lors une nouvelle et surprenante encyclopédie d’histoires aussi naturelles que surnaturelles. C’est là bien plus qu’espièglerie d’un « méçant garçon ».

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (Etoile de mer, organes internes)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Benjamin Monti
Sans titre (tige de renoncule dicotylée)
Encre de chine sur dessin trouvé (de la série des histoires naturelles)
22,7 x 14,5 cm
2010-2015

Charlotte Lagro, The art-shaped hole in my heart, vernissage ce 02.10

Charlotte Lagro

Invité à prendre la parole à la Skowhegan School of Painting and Sculpture en 1996, l’artiste Gary Hill introduit sa conférence en évoquant son arrivée même sur le campus de l’école, cette ancienne ferme sise au cœur d’un vaste domaine rural de 350 acres situé dans le Maine. « Well, hi, uh, dit-il, I don’t really know what I’m gonna do here ». Hill parle dès lors de son arrivée la veille, vers 11 heures du soir, il évoque Seattle, là où il vit et travaille, Philadelphie où en cette même année 1996 il expose « Withershins » à l’Institut d’art contemporain de l’Université de Pennsylvanie. Bangor, non loin de Skowhegan, aussi ; sans doute est ce là qu’il a atterri. Et il insiste sur le calme qui règne sur le domaine de Skowhegan, cette rupture avec la trépidance urbaine. « C’était si calme, dit-il, beaucoup plus calme que ce que je pouvais supporter ». Calme, oui, mais voilà. Dans le studio où il loge, il y a un réfrigérateur. Gary Hill en décrit même le contenu : des plats cuisinés, une bouteille de vin blanc, un pack de six bouteilles de Coca-cola, de l’eau minérale, du fromage et même quelques desserts. Et le bruit que fait ce frigo emplit tout l’espace, de façon entêtante, obsédante. S’ensuit dès lors un combat cornélien : faut-il débrancher le réfrigérateur ? Ou pas. Certes, le débrancher, c’est le retour assuré à la quiétude même, en accord avec le cadre naturel des lieux. Ce serait même un geste écologiquement responsable. Ne pas le débrancher, c’est évidemment préserver son contenu et le repas du lendemain. Incapable de s’endormir, Gary Hill décidera finalement de débrancher le frigo : « I turned it off ». Acclamations du public.

En résidence à Skowhegan durant l’été 2015, Charlotte Lagro a découvert l’archive sonore de cette conférence ainsi que la cuisine de l’une des maisons les plus anciennes du domaine, la Red Farm. Rustique et hors du temps, y trône entre fenêtre, vaisselier et buffet, un réfrigérateur carrossé. Incongru dans le décor, hiératique, polissé, cellier moderne et ronronnant, celui-ci deviendra très vite l’objet de toute son attention, au point de devenir l’objet central de ses préoccupations artistiques. Durant les neuf semaines de résidence, elle invitera les artistes présents, les théoriciens invités et conférenciers de passage à s’exprimer à son sujet. Et ceux-ci, face caméra, se prêteront au jeu, scrutant ce réfrigérateur sous toutes ses coutures. Son gris graphite, ses poignées d’acajou aux fixations chromées, son look seventies. Est-il original, l’a-t-on remis à neuf, customisé, confié à un artisan carrossier afin de le repeindre ? Oui, sa couleur est industrielle, mais quel pistolet a-t-on utilisé ? Et quelle bombe aérosol, pour la finition des détails ? Son « opalescence est ennuyeuse », estime l’un. « Son odeur est particulière » constate l’autre. « Tout ce bois est un peu dingue, sa couleur est incroyable, couleur aubergine mais sans trop de violet, déclare Ryan Trecartin. Theaster Gates, lui n’y va pas par quatre chemins : « c’est un réfrigérateur qui t’en envoie plein la figure », dit-il, avant de faire l’inventaire de son contenu : du vin, de la bière, des olives, des pêches et de la chantilly. Michelle Grabner évoque, elle, sa force haptique, la perception de ce corps singulier dans l’environnement : ce qui touche, ce qu’on touche, l’empreinte du lieu et les empreintes de doigts, que justement on ne trouve pas sur la surface carrossée et polie du frigo de la Red Farm. Nul n’évoque l’histoire de l’art. Ni les avatars du ready-made, ni les détournements ou recyclages en objets d’art dont bon nombre de réfrigérateurs ont fait l’objet. Tant pis pour Bertrand Lavier, Jean Tinguely, Jimmy Durham ou Jean-Michel Basquiat. Non, c’est bien ce seul et unique réfrigérateur qui les préoccupe tous. Et Neil Goldberg s’interroge : « Tu t’intéresses à la manière dont le réfrigérateur existe dans la vie des autres, mais à quel point t’intéresse-t-il, toi singulièrement », demande-t-il à l’artiste. Lors d’une party organisée entre résidents, soirée costumée, Charlotte Lagro apparaît en réfrigérateur de carton. Sa réponse est claire : elle est totalement investie dans son frigo et suscite assurément l’adhésion. Ainsi, Jonathan Berger s’enthousiasme : ce réfrigérateur est exceptionnel, il est même mieux que n’importe laquelle des œuvre d’art qu’il a vues depuis six mois. Et il conclut : « J’ai cette sorte de creux en forme d’art dans mon cœur, il n’est rempli que de ça ». « The art-shaped hole in my heart », ce sera le titre du film.

Vacuité de l’art ou trop plein de consommation visuelle et marchande, le film est d’autant plus singulier, par ces commentaires simples et directs, à propos d’un objet, somme toute, fort banal, que tout ceci se déroule dans un endroit dédié à la recherche, où l’on pourrait s’attendre justement à un trop plein du discours théorique ou à la mise en place de stratégies hyper productives. Non, loin de toute tentation parodique, Charlotte Lagro transforme un réfrigérateur en « conversation piece ». Ouvrant, refermant le frigo, les protagonistes du film le remplisse ou s’y servent au fil de leurs considérations. Ce réfrigérateur n’est pas une œuvre d’art, mais il catalyse l’art, le recèle, suscite des considérations sur sa ligne, sa forme, sa couleur, son histoire, son utilité, son environnement. En fait, la situation est bien moins absurde qu’elle n’en a l’air.

L’exposition qui en découle fonctionne dès lors comme un tout. En contrepoint de la projection du film, Charlotte Lagro met en exergue cette phrase prononcée par Gary Hill en 1996 : « And… it was quiet. Actually it was a lot more quiet than i could stand ». La citation fonctionne comme un statement. Cinq grands tirages numériques complètent le dispositif : une aubergine pas trop violette, une étrange licorne, un cœur déposé sur la claie d’un réfrigérateur, la carrosserie d’une voiture, un avion en vol. C’est un ancêtre déjà, au fuselage riveté, aux hublots rectangulaires encadrés de rideaux, tels ceux d’une maison rustique. Cinq images qui font référence à autant de réflexions émises par les protagonistes du film : ce réfrigérateur est tel une licorne, hybride par sa remise à neuf. « It just was so, it was like a unicorn or something ». Il est couleur aubergine. « it was like a little eggplant-y but not with a lot of purple in it ». Sa carrosserie est comme celle d’un avion. « or maybe it’s a like a plane ». Ou comme celle de la portière d’une voiture, de couleur grise graphite. Quant au cœur, il fait bien sûr référence à la clé même de l’ensemble de l’œuvre : «The art-shaped hole in my heart ». Et l’on percevra, discret dans l’espace d’exposition, le ronron du réfrigérateur de Skowhegan, un ronronnement qui est comme le battement même de l’œuvre.

Née en 1989, Charlotte Lagro vit et travaille à Maastricht aux Pays-Bas. Vidéaste, photographe et plasticienne, diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Maastricht en 2011, elle a obtenu le prix pour les Arts plastiques Hermine van Bers, session 2015. Elle fut récemment résidente aux Résidences Ateliers Vivegnis International (RAVI) à Liège ainsi qu’à la Skowhegan School of Painting and Sculpture dans le Maine aux Etats-Unis. Cette exposition est son premier solo à la galerie.

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro, The art-shaped hole in my heart, vidéo HD, son, couleurs, 2015, 00:11:39

Eleni Kamma, SoundImageCulture – Installations, Argos, Bruxelles

Eleni Kamma

Opening Saturday October 3th 2015 // 18:00 – 21:00

The Brussels workspace SoundImageCulture l (SIC) coaches audiovisual art projects on the interface between anthropology and the visual arts. Every year, the various workshops in which professional artists and thinkers guide and advise the participants, result in some ten exciting film projects. It strikes us that in the past years the number of multiscreen works and installations has increased exponentially. For the first time, Argos presents six of these large-scale works. At the same time, SIC launches its online platform, where all the audiovisual works that were created in the period 2007-2015 can be viewed.

SoundImageCulture – Installations presents work by Piero Bisello & Maxime Le Bon, Sander Tas and Danja Cauwberghs, Margaux Schwarz, Eleni Kamma, Davide Tidoni and Eva la Cour.

dim. 04.10.2015 – dim. 18.10.2015
11:00 – 18:00
Location:
Argos
Werfstraat 13 rue du Chantier
1000 Brussels
info@argosarts.org
+32 2 229 00 03