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Maen Florin, Benjamin, Luxembourg Art Week – The Fair

Benjamin, oeuvre de Maen Florin, commande publique installée au Zeepreventerium de  De Haan, dans le cadre de la triennale Beaufort 2021, est l’invitée de la Luxembourg Art Week et campe dans l’espace public de la capitale grand ducale. 

Maen Florin, Benjamin, bronze peint, 2021. Triennale Beaufort, De Haan. H. 300 cm x L 175 cm x l. 175 cm. Photo : Copyright Maen Florin, Beaufort 2021, De Haan 

Benjamin est plongé dans ses pensées. Profondément introspectif, les genoux relevés, les sourcils froncés et les mains tendues, dont l’une est remarquablement plus grande que l’autre, il semble attendre. Le spectateur attend également. Son regard scrute la sculpture, mais Benjamin ne lui accorde pas même un regard. Une gêne s’installe, c’est le propre de bien des œuvres de Maen Florin.  Ses poupées féeriques se situent entre marionnettes et êtres humains ; il est difficile de trancher.

Ce sont surtout les oreilles d’âne de Benjamin qui soulèvent des questions. Au siècle dernier, les enfants étaient parfois affublés d’oreilles d’âne après s’être mal conduits. Benjamin est-il puni et attend-il qu’on le délivre ? Joue-t-il à l’entêté ou est-il, au contraire, fort et sage, humble et affectueux comme un âne ? Dans le regard de ce garçon, qui incarne une ‘altérité’ solitaire, se cache un jeu de faute et d’innocence qui explique en partie notre malaise.

Ce jeu se retrouve bien souvent dans les contes de fées, nouvel indice pour les oreilles d’âne, ce qui nous renvoie à l’Unheimlichkeit, ce sentiment d’étrangeté tirant son origine des anciens contes populaires allemands.

Les contes de fées sont souvent bienvenus. Le Zeepreventerium du Coq (De Haan), un centre de revalidation construit il y a une centaine d’années pour traiter les enfants atteints de tuberculose et d’autres maladies respiratoires, là où campe désormais Benjamin, organise depuis 1960 des Nuits du conte de fées pour les enfants malades, au cours desquelles des chanteurs ou des acteurs se produisaient et veillaient à ce que, pendant un moment, les enfants malades ne se sentent pas « différents ». Avec sa sculpture, Maen Florin nous demande de ne pas éviter notre malaise face à l’Autre, mais de l’affronter. L’Autre n’est-il pas le miroir de ce que nous n’osons pas reconnaître en nous-mêmes ? Peut-être que Benjamin attend cette reconnaissance.

Benjamin zit diep peinzend in elkaar gedoken. Met zijn opgetrokken knieën, fronsende wenkbrauwen en uitgestoken handen, waarvan de één opvallend groter is dan de ander, lijkt hij diep in zichzelf gekeerd te wachten. Ook de toeschouwer wacht af. Zijn blik tast de sculptuur van Maen Florin af, maar die gunt op zijn beurt hem geen wederblik. Dat brengt –  net als in de andere sculpturen van Maen Florin – veel ongemak met zich mee. Haar sprookjesachtige poppen situeren zich als sculptuur tussen marionet en mens: we krijgen er maar moeilijk grip op. 

Vooral Benjamins ezelsoren doen vragen rijzen. In de vorige eeuw werden kinderen soms met ezelsoren getooid na wangedrag. Zit Benjamin op straf en wacht hij op verlossing? Speelt hij de koppige ezel of is hij sterk en wijs, deemoedig en aanhankelijk als een ezel? In de aanblik van de jongen die een eenzaamheid belichaamt omwille van een anders-zijn zit er een spel van schuld versus onschuld die deels ons onbehagen verklaart. Dit spel zit dikwijls ook in sprookjes vervat – een nieuwe hint naar de ezelsoren. In de oude Duitse volkssprookjes ontstond ‘Unheimlichkeit’: eenbevreemdend gevoel dat we als mens niet goed kunnen duiden. Maar sprookjes vormen tegelijk een welgekomen afleiding. Zo werden in het zeepreventorium van De Haan ook ‘sprookjesnachten’ georganiseerd voor de zieke kinderen waarbij zangers of acteurs optraden en zorgden ervoor dat de zieke kinderen zich heel even niet ‘anders’ voelden. 

Met haar hybride sculptuur vraagt Florin om ons ongemak ten opzichte van de Ander niet uit de weg te gaan, maar onder ogen te komen. Vormt die Ander niet alleen maar een spiegel voor wat we niet in onszelf durven herkennen? Misschien wacht Benjamin vooral op die (h)erkenning.

Dans la verdure, entre les arbres, est assis un gigantesque garçon. Cela ressemble à une contradiction, mais c’est vrai : bien qu’il mesure trois mètres, une présence impressionnante, il est aussi modeste et jeune. Apparemment imperturbable, il est assis les yeux fermés. Il s’appelle Benjamin, et c’est une sculpture en bronze de l’artiste Maen Florin.

Benjamin est rose pâle et porte des oreilles d’âne. A-t-il été puni ? Est-ce pour cela qu’il est assis seul dans un coin reculé, où seuls les arbres lui tiennent compagnie ? Est-il une créature mythique ? Fait-il référence à Nick Bottom, le personnage comique du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare dont la tête, ensorcelée par le lutin Puck, se transforme en tête d’âne ? La tête de Benjamin, elle aussi, donne l’impression que l’on peut la retirer de son corps et l’échanger avec une autre.

Commedia

Maen Florin a un faible pour les têtes ; elle en a toujours fait, dans des matériaux divers. Tout est dans votre tête, dit-elle, au sens propre comme au sens figuré. Rembrandt a capturé toute la condition humaine en un visage – en particulier dans ses autoportraits. On y descelle désillusion et douleur. J’admire cette excellence à montrer une vie entière en un portrait. Maen Florin conçoit ces têtes en céramique depuis 2015. Je peux peindre mes céramiques, ce qui me permet de plonger beaucoup plus profondément dans mes personnages. Mais ce ne sont pas des portraits, ce sont des archétypes.

A toute une série de ces céramique, elle donne le titre de Commedia, le monde est une scène. Et ce n’est pas un hasard si de nombreux personnages de Maen Florin semblent porter des masques, comme s’ils pouvaient changer de tête, comme ça. Une personne a plusieurs facettes, elle est plusieurs personnes à la fois. Nous jouons tous des rôles différents. D’où le titre de sa dernière exposition : Jouer à être humain. Les choses ne sont pas toujours comme on les croit, il y a un acteur dans chaque être humain. Regarde, tu ne vois pas ce que tu vois.

Après les têtes viennent les bustes, accrochés au mur. Comme des trophées de chasse. Mais mes bustes ne sont pas des trophées. Ce ne sont pas les histoires à succès, mais des êtres humains laborieux et exposés.

Les premières poupées de Maen Florin datent de 2007. J’avais lu un article sur une personne autiste qui fabriquait des poupées et communiquait à travers elles. J’ai aimé cette idée, des poupées qui aident à créer du lien. Cette tentative de communication, le désir humain de contact réel, loin de la solitude fondamentale, est présent dans toute son œuvre.

Les personnages de Florin ont souvent les yeux fermés et le regard tourné vers l’intérieur, et tout aussi souvent, ils sont marginaux, comme de beaux monstres. Beaucoup d’entre eux semblent souffrir, mais dégagent aussi une grande force. D’autres sont des figures clownesques, des bouffons qui, comme le veut la tradition, énoncent la vérité en riant. Spectateur, vous restez vous-même outsider, tentant d’accéder aux images ; celles-ci sont à la fois attractives et repoussantes.

Frankenstein

Comme Benjamin, une sculpture basée sur une œuvre de 2014. Maen Florin : J’ai réalisé We belong to Paradise, à partir d’un mannequin que j’ai scié en morceaux puis recomposé. Les bras étaient à l’origine deux saucisses de chiffon, bourrées de laine et enveloppées de textile, une main a été moulée en caoutchouc, l’autre en polyester. Benjamin est beaucoup plus grand que sa forme originale et a été entièrement coulé en bronze. Son corps et son visage sont peints en rose pâle, les pieds sont gris, l’intérieur des oreilles d’âne est blanc. Son corps est lisse et propre, tandis que les pieds ont quelque chose de très réaliste, avec des rides et des ongles. Maen Florin s’est inspirée des pieds de son petit-fils. Les deux mains, également moulées, sont différentes : l’une est celle d’un nain, l’autre – un peu plus petite – d’une jeune fille. Les bras sont trop longs pour être anatomiquement corrects et ont toujours la texture du textile, comme la sculpture d’origine.

Maen Florin a assemblé toutes les pièces comme un Dr Frankenstein des temps modernes. Dans le célèbre roman gothique de Mary Shelley, Victor Frankenstein crée une créature avec des parties de corps provenant de cadavres : c’est vivant ! – et crée un être humain, à l’instar de Dieu, un marionnettiste au plus profond de son esprit. Mais il est choqué lorsqu’il ne peut pas contrôler sa création. L’homme qu’il a créé est considéré comme un monstre par le monde extérieur. On ne devient humain que dans les yeux d’un autre.

Cela nous ramène à Benjamin. Que fait-il ici, caché entre les arbres à Wenduine, juste en dehors de la civilisation ? A-t-il été chassé comme la création de Frankenstein parce qu’il est différent ? A-t-il peur et cherche-t-il un abri ici ? Il est difficile d’évaluer l’expression de son visage. Bien qu’il ferme modestement les yeux, ses mains sont ouvertes, réceptives. C’est donc à vous, le visiteur, d’établir une relation avec lui. Est-il un monstre ou un être humain à la recherche d’un contact ? La beauté n’est pas seulement dans l’œil de celui qui regarde.

Jozefien Van Beek

Maen Florin, We belong to paradise, 2014. Mixed media. H. 77 cm

In het groen tussen de bomen zit een gigantisch jongetje. Dat klinkt als een tegenstelling, maar toch klopt het: hoewel hij drie meter hoog is, een indrukwekkende aanwezigheid, is hij ook ingetogen, jong. Schijnbaar onverstoorbaar zit hij met de ogen dicht. Benjamin heet hij, en het is een bronzen beeld van kunstenaar Maen Florin.

Benjamin is lichtroze en draagt ezelsoren. Is hij gestraft? Zit hij daarom in zijn eentje in een uithoek, waar enkel de bomen hem gezelschap houden? Is hij een mythisch wezen? Verwijst hij naar Nick Bottom, het komische personage uit Shakespeares A Midsummer Night’s Dream wiens hoofd – betoverd door de elf Puck – verandert in een ezelskop? Ook het hoofd van Benjamin ziet er namelijk uit alsof je het van zijn lichaam kan halen en kan verwisselen met een ander.

Schouwtoneel
Maen Florin heeft iets met koppen, ze heeft ze altijd gemaakt, in verschillende materialen. ‘Alles zit in je hoofd,’ zegt ze, ‘letterlijk en figuurlijk. Rembrandt legt het menselijke zijn vast in een gezicht – vooral in zijn zelfportretten zie je ontgoocheling en pijn. Hoe hij in een portret een gans leven kan tonen, daar kijk ik naar op.’ In 2015 begon Florin koppen te maken uit keramiek. ‘Mijn keramiek kan ik beschilderen, waardoor ik veel dieper in mijn personages kan duiken. Maar het zijn geen portretten, het zijn allemaal archetypes.’


Een hele reeks keramieken koppen gaf ze de titel Commedia, de wereld is een schouwtoneel. En het is geen toeval dat het lijkt alsof veel van Florins figuren een masker op hebben, alsof ze zomaar van hoofd kunnen wisselen. ‘Een persoon heeft verschillende facetten, is meerdere mensen tegelijk. We spelen allemaal verschillende rollen.’ Vandaar ook de titel van haar meest recente tentoonstelling: Playing at Being Human. ‘De dingen zijn niet altijd zoals je denkt dat ze zijn, in ieder mens schuilt een acteur.’ Kijk maar, je ziet niet wat je ziet.

Na de hoofden kwamen de bustes, opgehangen aan de muur. ‘Zoals opgezette dieren uit de jacht. Maar mijn bustes zijn juist géén trofeeën.’ Niet de succesverhalen, maar het ploeteren van de mens tentoongesteld.

In 2007 begon Maen Florin begon poppen te maken. ‘Ik had een artikel gelezen over iemand met autisme die poppen maakte en via hen communiceerde. Dat vond ik een mooi idee: poppen die helpen met het maken van verbinding.’ Die poging tot communicatie, het menselijke verlangen naar echt contact, weg van de fundamentele eenzaamheid, zit in haar hele oeuvre.

Vaak hebben Florins figuren de ogen gesloten, is de blik naar binnen gekeerd, en even vaak zijn het outsiders, beautiful freaks. Veel van hen lijken te lijden, maar zien er tegelijk sterk uit. Anderen zijn clowneske figuren, de narren die, zoals de traditie het wil, lachend de waarheid vertellen. Als toeschouwer blijf je zelf ook buitenstaander, probeer je toegang te vinden tot de beelden, en tegelijk hebben ze een enorme aantrekkingskracht. Ze stoten af en trekken aan.

Frankenstein
Zo ook Benjamin, een beeld dat gebaseerd is op een werk uit 2014. Maen Florin: ‘Het originele werk, We belong to Paradise, heb ik gemaakt van een mannequin die ik in stukken zaagde en dan weer in elkaar zette. De armen waren oorspronkelijk twee voddenworsten, opgevuld met wol en omwikkeld met textiel, één hand was in rubber gegoten, de andere in polyester.’

Benjamin is veel groter dan zijn oervorm, en werd volledig uit brons gegoten. Zijn lichaam en zijn gezicht zijn lichtroze geschilderd, de voeten zijn grijs, de binnenkant van de ezelsoren wit. Zijn lijf is glad en clean, terwijl de voeten net van een echte mens zijn, met rimpels en nagels. Het is een uitvergrote afdruk van de voetjes van Florins kleinzoon. De twee handen, ook afgietsels, zijn verschillend: de ene is van een dwerg, de andere – iets kleiner – van een jong meisje. De armen zijn te lang om anatomisch correct te zijn hebben nog steeds de textuur van textiel die ook het originele beeld had.

Florin zette alle onderdelen in elkaar als een hedendaagse dokter Frankenstein. In de beroemde gothic novel van Mary Shelley stelt Victor Frankenstein een wezen samen met lichaamsdelen van lijken – ‘It’s alive!’ – en creëert hij een mens, zoals god, een puppet master in ’t diepst van zijn gedachten. Maar hij schrikt wanneer hij zijn creatie niet onder controle heeft. De mens die hij geschapen heeft, wordt door de buitenwereld gezien als een monster. Iemand wordt pas mens in de ogen van een ander.

Dat brengt ons weer bij Benjamin. Wat doet hij hier, verdoken tussen de bomen in Wenduine, net buiten de bewoonde wereld? Werd hij verjaagd zoals Frankensteins creatie omdat hij anders is? Is hij bang en zoekt hij hier beschutting? Zijn gelaatsuitdrukking is moeilijk te peilen. Hoewel hij ingetogen de ogen sluit, zijn zijn handen open, ontvankelijk. Dus is het aan u, de bezoeker, om een relatie met hem aan te gaan. Is hij een monster of een mens op zoek naar contact? Niet alleen schoonheid zit in the eye of the beholder.

Jozefien Van Beek

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Marie Zolamian, Bienvenue, KMSKA, revue de presse

Lu Dans la revue  H.ART n°217, cet entretien entre Marie Zolamian et Colette Dubois

En 2017, l’ancienne direction artistique du musée, Elsje Janssen et Manfred Sellink, a proposé à Marie Zolamian (Beyrouth °1975, vit et travaille à Liège) de réaliser un nouveau dessin de la mosaïque du péristyle du Koninklijk Museum voor Schone Kunsten d’Anvers. Réalisée dans l’atelier des mosaïstes Gino Tondat et Sarah Landtmeters, elle est à présent terminée et posée. Dans un an, le musée sera ré-ouvert après sa rénovation complète et chacun pourra déambuler sur la surface que l’artiste a conçue. Dans quelques jours, certains pourront déjà la voir. Une belle occasion de s’entretenir avec Marie Zolamian.

Colette Dubois : Il y a quelques années, tu m’as annoncé la commande d’une mosaïque pour le péristyle du KMSKA d’Anvers. Comment as-tu reçu cette commande et quel a été ton cheminement pour la concevoir ?

Marie Zolamian : J’ai immédiatement commencé mes recherches au sujet de la mosaïque, son art et sa technique. Mais très vite mon champ de recherche s’est élargi aux arts de la tapisserie, à l’art byzantin, à l’art des grotesques, des arabesques, des enluminures et, bien sûr,  de la peinture des Primitifs. Parallèlement, je me suis naturellement intéressée à l’histoire du musée et de la ville d’Anvers, une ville que j’avais déjà approché lors d’une résidence de trois mois à Air Antwerpen l’année précédente. Ce qui m’importait aussi était de rencontrer et de dialoguer avec les artisans mosaïstes afin de voir et de comprendre comment ils travaillaient. J’ai pu ainsi adapter certains aspects du dessin en discutant avec eux pour avoir une fluidité dans le passage entre ce que je voulais et ce qui pouvait être fait. Un élément important a été de redessiner des vagues avec des lignes ondulées au lieu des motifs triangulaires.

En juillet 2018, l’asbl mòsso m’a invitée au Bénin dans le cadre de l’École doctorale d’été dont le thème était ‘Processus de patrimonialisation, usages et « muséification » du passé’. Les paysages et la végétation que j’ai pu rencontrer là-bas ont donné un coup ultime à la composition. J’ai eu envie d’injecter un maximum de variétés végétales, en croisant les plantes et en jouant avec toutes sortes d’adventices.

J’ai remis le dessin définitif en septembre 2018. Deux mois plus tard, je suis allée à Carrare avec les mosaïstes pour choisir une grande variété de marbres qui allait enrichir la palette des nuances surprenantes et parfois inattendues. J’ai pu y travailler comme une peintre qui sélectionne ses couleurs pour sa toile. La réalisation en atelier a duré environ deux ans et demi. J’ai suivi l’exécution de très près. Au fur et à mesure, j’ai vu chaque précieux détail prendre la forme que je souhaitais. Le 1erseptembre 2021, la mosaïque a été placée sur le sol du musée où elle est en train d’être finalisée.

CD Sur les photographies que tu m’as montrées, la mosaïque apparaît comme un grand collage d’éléments glanés, entre autres, dans les collections du musée lui-même. En même temps, le terme « collage » n’est pas le bon puisque tu as souvent réinterprété les éléments en question. Peux-tu m’expliquer comment ton choix de tel ou tel élément s’est fait et ce qui a guidé ton travail d’agencement et d’interprétation ?

MZ Oui c’est une sorte de gigogne, une mosaïque dans la mosaïque, elle-même dans une autre. En même temps, c’est une représentation des liens qui existent entre le tout : les arts, les époques, les espaces, les techniques, les éléments, etc. Les choix se sont d’abord fait d’après mes souvenirs des peintures et des traces qu’elles avaient laissées en moi avant l’aventure de la mosaïque : la main crispée de Saint-Jérôme de la copie de M. van Reymerswale, la lune timide de Sainte Barbe de J. Van Eyck, la ‘Madone’ de Jean Fouquet m’avait laissé un sourire intérieur et ‘La chute des anges rebelles’ de F. Floris que j’avais vu en dehors du musée m’avait retourné l’esprit. L’œuvre de Clara Peeters que j’avais aimée en 2016 au Rockoxhuis et la vision de ses peintures malicieuses m’a inspiré une chimère multi-genrée par exemple. D’autres œuvres m’ont encore guidée pour la composition : le Triptyque d’Antonius Tsgrooten de Goswin van der Weyden ou la fresque de la Dérision du Christ de Fra Angelico. Toutes les deux donnent à voir une hybridité de styles avec une perception de l’art cosmopolite.

 C.D. Comment les éléments que tu as extraits des peintures s’imbriquent-ils les uns dans les autres ?

M.Z. Expliquer tous les éléments serait très long. Mais par exemple, à droite on trouve la partie lumineuse, nourricière de la ville. La chimère inspirée de P. Van der Borght (‘Allegorie op de moeilijkheid van het besturen’, 1578) est composée de toute une série de fragments d’œuvres du musée (Rubens, Brueghel, Ensor, Magritte, Delvaux, Permeke, De Braekeleer, Van De Woestijn,…).Ce qui m’exalte aujourd’hui, c’est de voir tout cela prendre vie. En effet, lorsque j’ai conçu le projet, j’avais tenu compte de l’orientation du soleil et de la lumière naturelle frappant la mosaïque. Debout sur la mosaïque, au coucher du soleil, nous pouvons voir les rayons du soleil descendre de plus en plus, à travers les colonnes, en biais du drapé, révélant l’ombre qui entoure le drapé.

C.D. Le centre de la mosaïque est occupé par un ancien plan de la ville d’Anvers. Quelle relation établis-tu entre le monde, la ville et le musée ?

M.Z. Le cœur de la mosaïque est une représentation d’un des premiers plans de la ville, imprimé en 1565 par Plantin Moretus à Anvers et dessiné par Virgilius Bononiensis. Il renvoie à l’idée de port et au monde. Habituellement, le point culminant d’une scène figurative se trouve au centre ; ici tout le mouvement se passe dans la périphérie en indiquant des parcours possibles à suivre tout autour. Le plan est le milieu, le point de départ du regard et du champ de vision, le point d’arrivée également du visiteur.

L’ensemble donne à voir une grande scène similaire à une scène mythologique, une vision paradisiaque dont le centre est la vue topographique de la ville portuaire, abstraite et géométrique, en dentelle monochrome blanche à partir de laquelle nous assistons en direct à son enrichissement intellectuel, artistique et environnemental. La ville épurée et vide de ses habitants est alors en proie à une construction grandiose continue par les incorporations de fragments d’œuvres se trouvant à ses quatre points cardinaux. Une carte donne à voir une partie du monde, comme peut le faire un musée.

C’est aussi le premier point d’accès au musée, elle situe le visiteur ou le regardeur au seuil du monde de l’art ancien, moderne et contemporain. La carte schématique, minimale et abstraite m’a permis en même temps de trouver un compromis pratique pour la technique de la mosaïque. Les tesselles monochromes qui composent cette partie, tout comme la partie du fleuve, sont prédécoupées pour une composition moins complexe, à l’inverse des parties périphériques figuratives plus élaborées.

C.D. La mosaïque a-t-elle un titre ?

M.Z. Oui : « Welkom-Bienvenue-Willkommen-Welcome ». Je la vois comme  une grande tapisserie posée sur le sol à l’entrée du musée, un tapis de bienvenue. Il s’agit d’un déroulement temporel et géographique qui renvoie à la fonction de l’édifice, reflète l’intérieur à l’extérieur, introduit au musée. Elle appartient à notre époque qui amasse les histoires et informations de divers horizons, sans hiérarchie de styles ou de genres. L’histoire y est évoquée comme une suite de combinaisons, le fruit de conquêtes, d’évolutions et d’influences. C’est un voyage dans l’histoire de l’art local, combinant l’art de la mosaïque, de la tapisserie et de la peinture, préfigurant un message humaniste de la rencontre et de la célébration du mélange, de l’hybridation et des croisements.

C.D. La mosaïque est à présent terminée. Comment imagines-tu la rencontre entre les spectateurs et l’œuvre ? Un voyage ? Une histoire ? Autant d’histoires qu’il y a de rencontres entre la puissance de ce sol et de visiteurs (dans le sens où un même visiteur pourrait faire un nouveau voyage à chaque visite, se raconter à chaque fois une nouvelle histoire) ?

M.Z. Oui c’est un peu comme cela que je l’ai envisagé : un grand voyage mythologique, et pourtant très terrestre, une vision orientale où on déambule dans le paysage, où on n’est pas devant une fenêtre. Je l’imagine comme une promenade qui donne à expérimenter une multitudes de voyages arpentant cependant un même sentier. Suivant la lumière, les pas d’à côté, les colonnes, les balustrades, les portes ouvertes ou fermées, les bruits, le sens d’orientation, etc.

C.D. Comment la mosaïque s’inscrit-elle dans ton travail artistique ?

M.Z. Il y a l’espace d’atelier et l’espace en dehors. La matière que je travaille reste la même, j’absorbe beaucoup de l’extérieur et j’injecte le tout dans un intérieur. Mais il me semble que c’est la manière de travailler qui diffère. Une grande différence tient dans la nécessité de tenir compte d’un cahier de charges et de contraintes plus ou moins importantes dans la commande ou le travail pour un espace public. Ensuite, il y a l’interaction qui m’intéresse beaucoup avec les corps de métier, les spécialités et domaines qui me sont inconnus et le résultat que nous pouvons mener à bon port malgré nos différents langages.

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Marie Zolamian, Bienvenue, une mosaïque in progress (3)

Une première visite aux ateliers Mosaico di Due, atelier qui réalise la mosaïque dessinée par Marie Zolamian, grand œuvre destiné à accueillir le visiteur au futur musée des Beaux-Arts d’Anvers en voie de rénovation. Les premiers mètres carrés posés que nous découvrons catalogue de la collection du musée en main.  Chapitre III. 

James Ensor, L’étonnement du masque Wouse. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Pierre Paul Rubens, Sainte Famille et perroquet
Maître de Frankfurt, le peintre et son épouse

Cette carte n’est ici, aux marches du musée, pas n’importe laquelle. Marie Zolamian s’inspire de la carte d’Antwerpen tracée par Virgile Bononiensis en 1565. Colorée à la main, monumentale lithographie imprimée sur vingt feuilles de papier fabriqué à la main – hand made -, cette lithographie est conservée au musée Plantin Moretus, ce haut lieu fondateur de l’histoire de la diffusion du savoir. Ainsi rend-elle indirectement hommage à cet autre Anversois, Abraham Ortelius (1527-1598) qui rassembla les meilleures cartes maritimes et terrestres de son temps, élabora le premier atlas de l’Histoire, son Theatrum Orbis Terrarum, son Théâtre du Monde. Gillis I Coppens de Diest, qui édita la carte de Virgile Bononiensis, imprima les premières éditions, suivi par Christophe Plantin lui-même. Quarante deux éditions de ce best seller cartographique du monde connu se succédèrent entre 1570 et 1612.

Virgile Bononiensis
Conrad Faber von Kreuznach, portrait d’une femme.

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Marie Zolamian, Bienvenue, une mosaïque in progress (2)

Une première visite aux ateliers Mosaico di Due, atelier qui réalise la mosaïque dessinée par Marie Zolamian, grand œuvre destiné à accueillir le visiteur au futur musée des Beaux-Arts d’Anvers en voie de rénovation. Les premiers mètres carrés posés que nous découvrons catalogue de la collection du musée en main.  Chapitre II. 

Abraham Janssens I, Antwerpen 1575 – Antwerpen 1632. Scaldis en Antverpia. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Gustave Van De Woestyne, Gustave et sa soeur, 1923, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Copie de : Pieter Bruegel I, Brueghel (Breda) 1526/ 1530 – Brussel 1569. La danse de la mariée. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Frans Floris I, Antwerpen 1519/ 1520 – Antwerpen 1570. La chute des anges rebelles. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Clara Peeters, Antwerpen 1594 – Antwerpen 1657, nature morte au poisson. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Pieter van der Borcht (Mechelen). Allegory on the difficulty to govern a diverse nation, 1578 16th-century 
Jan Brueghel I, Brussel 1568 – Antwerpen 1625. Blazoen van de rederijkerskamer «De Violiere». . Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen

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Marie Zolamian, Bienvenue, une mosaïque in progress (1)

Une première visite aux ateliers Mosaico di Due, atelier qui réalise la mosaïque dessinée par Marie Zolamian, grand œuvre destiné à accueillir le visiteur au futur musée des Beaux-Arts d’Anvers en voie de rénovation. Les premiers mètres carrés posés que nous découvrons catalogue de la collection du musée en main.

Pieter van der Borcht (Mechelen). Allegory on the difficulty to govern a diverse nation, 1578 16th-century
Dutch engraving depicting a fantastical animal with the heads of various other animals sprouting from its body: an allegory for the difficulty of ruling over a diverse nation. In the background, watching on, can be seen a small mob or leaders, both secular and religious. This work by Antwerp-based artist Pieter van der Borcht the Elder, with its image of a confused and troubled body politic, is perhaps just as relevant now as it was then.

(…)Et puis, il y a cette chimère monumentale, inspirée d’une gravure de Pieter van der Borcht l’Ancien, animal fantastique habité d’une foule de têtes d’autres animaux, bestiaire illustrant « la difficulté de gouverner les peuples ». Redessinée par Marie Zolamian, cette chimère transporte tant d’autres motifs et détails peints par Rubens, Breughel, Ensor, Wouters, Memling, Ziesel, Van Elst ou Delvaux, des masques et des visages, des fleurs et des animaux. Cette chimère – et c’est bien le sens même de son existence – se transforme en paysage mental, entre imagination et représentation. L’enfourcher sera l’occasion de contempler la terre depuis un point merveilleux situé hors d’elle, « comme porté soi-même aux ailes du coursier et survolant joyeux les peuples et la terre », pour reprendre les mots du poète L’Arioste. Oui, entrer au musée, c’est survoler la carte et son territoire façon Borgès, embrasser le monde d’un coup d’œil, se fondre enfin, au territoire, cheminant de salle en galerie, saisissant tout par le détail, dans la simultanéité, le passé, le présent et l’avenir, mais aussi tous les possibles.(…) (JMB)

Gustave Van De Woestyne, Gustave et sa soeur, 1923, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
James Ensor, Peintre squelette, 1896, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Hans Memling (Seligenstadt 1423/ 1443 – Brugge 1494), Anges jouant des instruments de musique, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
James Ensor, Nature morte aux chinoiseries, 1906. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
René Magritte, Le Cap des Tempêtes, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Constant Permeke, L’Heure des Vêpres, 1927 Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Paul Delvaux, les arches roses, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen

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Marie Zolamian, une mosaïque pour le Musée Royal des Beaux Arts d’Anvers (KMSKA), premières images

A l’occasion d’une visite du Ministre de la Culture de la Région flamande aux ateliers Mosaico di Due, atelier qui réalise la mosaïque dessinée par Marie Zolamian, grand œuvre destiné à accueillir le visiteur au futur musée des Beaux-Arts d’Anvers en voie de rénovation, le musée communique sur l’état d’avancement de cette réalisation.  Sur le site du musée d’une part, et par la diffusion d’un premier dossier de presse (voir extrait ci-dessous).  Quelques premières images surgissent enfin. Les voici également.

Rappelons que Bienvenue occupera une surface de 76 mètres carrés et pèsera trois tonnes. La mosaïque est composée de plus de 60 sortes de marbre de diverses provenances, mais essentiellement de Carrare, ainsi que de verre de Murano. Soit quelques  480.000 tesselles. Assemblée en atelier, elle sera posée in situ dans le courant de l’année 2021. Le nombre d’heures de mise en oeuvre afin de la réaliser est estimé à 60.000. C’est la plus grande mosaïque européenne de ces 20 dernières années.

Actuellement, à la galerie, il vous est possible de découvrir un ensemble de dessins et documents qui ont jalonné la recherche de l’artiste.

Le Communiqué du Musée :

FR.

(…) La mosaïque située en haut des escaliers devant l’entrée du musée a été remplacée par une nouvelle en 1977, à l’occasion de l’année Rubens. Basée sur un dessin original, et posée sur du béton. Elle ne peut être restaurée car les tesselles sont ancrées dans le béton. Ceci a ouvert la voie à une idée audacieuse : et si, cette fois, nous options pour un nouveau projet ? Marie Zolamian (Beyrouth, 1975) a été choisie pour proposer un concept original. Elle peint généralement à petite échelle, bien qu’elle ait également réalisé quelques projets monumentaux. C’est sa première mosaïque et c’est la plus grande mosaïque artistique européenne de ces 20 dernières années.
Marie Zolamian a étudié les arts visuels à l’Académie royale de Liège et à La Cambre à Bruxelles. Cette artiste aux racines arméniennes est fascinée par la mémoire, l’héritage et la tension entre la réalité et l’imagination. Dans sa conception de la nouvelle mosaïque du KMSKA, tous ces intérêts se rejoignent. Zolamian a cherché l’inspiration dans tout le musée, du bâtiment à ses collection, et bien sûr dans sa longue histoire. Peu à peu, elle a rassemblé une sélection d’œuvres qui l’attiraient instinctivement, afin de les réunir en un tout homogène. Zolamian appelle sa création un tapis de bienvenue, un grand puzzle de pièces de la collection, avec des têtes, des insectes, des mains, des couronnes. Les visiteurs avertis seront immédiatement informés de ce qui les attend dès qu’ils franchiront les portes du musée.
Pour le concept global de la nouvelle mosaïque, Marie Zolamian fait appel à l’héraldique anversoise. Tant les armoiries actuelles de la ville d’Anvers que l’écu attribué par Napoléon en déterminent les éléments essentiels : le château ou la tour, les mains et les abeilles. Zolamian a recherché ces trois éléments, ou ce qu’ils symbolisent, dans la collection. La tour se voit attribuer une place dans le dessin, symbolisée par la Tour de Babel de Jan Brueghel I, ou au sens figuré, comme symbole de la ville d’Anvers ou du gouvernement. Il n’y a pas d’abeilles dans la collection du musée : Marie Zolamian compense leur absence par l’introduction de nombreuses fleurs.
Deux pièces ne font pas partie de la collection du KMSKA, mais sont essentielles pour l’artiste : un plan d’Anvers de 1585 (Museum Plantin-Moretus) et l’estampe Allégorie de la difficulté à gouverner Pieter Van Der Borcht (Rijksmuseum Amsterdam). En plus de relier la ville et le musée, ces images donnent à Zolamian l’occasion de fusionner des parties séparées de manière homogène.
C’est le renommé atelier belge Mosaico di Due qui transforme cette composition en une peinture en pierres. Pour préparer sa création, Marie Zolamian s’est plongée dans le monde merveilleux de la mosaïque, soutenue par Gino Tondat et Sarah Landtmeters de Mosaico di Due; ils se sont tous les trois rendus dans les carrières de marbre de Carrare pour sélectionner sur place les couleurs et les types de marbre. Cela a permis à Marie Zolamian de mieux prendre en compte les possibilités et les limites du travail avec des matériaux qui ne sont pas disponibles dans toutes les couleurs. Oui, il y a des limites. Ainsi, Marie Zolamian découvre à Carrare combien il y a de nuances de blanc. Mosaico di Due utilise également du verre coloré lorsqu’une certaine couleur n’est pas disponible dans la nature et qu’elle est pourtant importante dans le dessin. Les mosaïstes utilisent également les veines spécifiques du marbre de façon inventive. Grâce aux veines, ils peuvent faire apparaître des ombres, des plis dans les vêtements ou des nuances de couleur. Cela crée de la profondeur et leur permet de modeler des figures, presque comme un peintre.

NL.

De mozaïek die boven aan de trappen voor de museumingang ligt, werd in 1977, voor het Rubensjaar, vervangen door een nieuwe. Gebaseerd op het oorspronkelijke ontwerp, en gelegd op beton. De mozaïek kan niet zomaar gerestaureerd worden, omdat de steentjes verankerd zijn in het beton. Hierdoor lag de weg vrij voor een gedurfd idee: wat als we deze keer opteren voor een nieuw ontwerp? De keuze viel op Marie Zolamian (Beiroet, 1975) om een origineel concept uit te denken. Meestal schildert ze op kleine schaal, al realiseerde ze ook al enkele monumentale projecten. Het is wel haar eerste mozaïek. Het is meteen het grootste Europese kunstmozaïek van de laatste 20 jaar.
Marie Zolamian studeerde beeldende kunst aan de Koninklijke Academie van Luik en La Cambre in Brussel. Deze kunstenares met Armeense roots is gefascineerd door geheugen, erfgoed, en het spanningsveld tussen realiteit en verbeelding. In haar ontwerp voor het nieuwe mozaïek van het KMSKA vloeien al deze interesses samen. Zolamian zocht inspiratie in het volledige museum, van gebouw tot collectie, en natuurlijk zijn lange geschiedenis. Beetje bij beetje bracht ze een selectie werken bij elkaar die haar instinctief aantrokken. Om ze dan te verenigen tot een homogeen geheel. Zolamian noemt haar creatie een welkomsttapijt in steentjes, een grote legpuzzel aan onderdelen uit de collectie, met hoofden, insecten, handen, kronen. Alerte bezoekers krijgen meteen een introductie in wat hen te wachten staat eens ze de deuren van het museum binnenstappen.
Voor het totaalconcept van de nieuwe mozaïek vertrekt Marie Zolamian van de Antwerpse heraldiek. Zowel het huidige wapenschild van de stad Antwerpen als het schild toegekend door Napoleon bepalen de kernelementen: de burcht of toren, handen én bijen. Zolamian zocht in de collectie naar deze drie elementen, of wat ze symboliseren. De toren kan daarbij letterlijk een plek krijgen in het ontwerp, zoals De toren van Babel van Jan Brueghel I, of figuurlijk, als symbool voor de stad, Antwerpen of bestuur. Het gebrek aan bijen in de collectie compenseert de kunstenares door bloemen te gebruiken.
Twee onderdelen komen niet uit de KMSKA-collectie, maar zijn voor de kunstenares essentieel: een plan van Antwerpen uit 1585 (Museum Plantin-Moretus) en de prent Allegorie op de moeilijkheid van het besturen van Pieter Van Der Borcht (Rijksmuseum Amsterdam). Behalve dat ze stad en museum verbinden, verschaffen deze afbeeldingen Zolamian de mogelijkheid om aparte onderdelen homogeen samen te voegen.
Het vermaarde Belgische mozaïekatelier Mosaico di Due zet het ontwerp om van collage en tekening tot een schilderij in steentjes. Ter voorbereiding van haar creatie, dompelde Marie Zolamian zich onder in de wondere wereld van de mozaïek, gesteund door Gino Tondat en Sarah Landtmeters van Mosaico di Due. Met z’n drieën trokken ze naar de marmergroeven van Carrara om ter plaatse kleuren en soorten marmer te selecteren. Zo kon Zolamian beter rekening houden met de mogelijkheden en beperkingen van werken met materiaal dat niet in elke kleur beschikbaar is. Hoewel, beperkingen. Marie Zolamian ontdekt in Carrara hoeveel tinten wit er wel niet bestaan. Mosaico di Due gebruikt ook gekleurd glas als een bepaalde kleur niet voorhanden is in de natuur en die toch belangrijk is binnen het ontwerp. De mozaïekleggers weten bovendien ook de aders eigen aan marmer inventief te gebruiken in het ontwerp. Dankzij de aders kunnen ze schaduwen weergeven, plooien in kleding of kleurnuances. Zo ontstaat diepte en kunnen ze figuren modeleren, bijna zoals een schilder. Het van nature eerder vlakke medium wordt er veel levendiger door.

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Emilio Lopez Menchero, Art public Liège 2020, Le Phylactère

photo Chuong Le Quan

Pour Art Public Liège, Emilio Lopez-Menchero propose une grande sculpture abstraite en béton architectonique blanc. Avant de lire son titre, on se prendrait à y sentir l’influence d’Henry Moore. Mais ensuite, on sera bien contraint de ne plus y voir qu’un phylactère, celui-là même que les auteurs de bande dessinée emploient pour attribuer des paroles ou des pensées à leurs personnages. Lopez-Menchero lui a donné une monumentalité et du volume pour l’inscrire dans l’échelle urbaine de la place du 20-Août. Sans explicitement inciter au passage à l’action, il a conçu Le Phylactère comme un catalyseur de traces, un forum ouvert à l’expression individuelle dans l’espace public suivant un principe de démocratie directe. Au vu du statut « sacré » de l’œuvre d’art, ce projet traduit encore l’intention sous-jacente de provoquer la profanation d’une sculpture abstraite qui, petit à petit, sera couverte de signes parasites.

Place du 20-Août

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Michael Dans, Art Public Liège 2020, Liège Love City

photo Dorothée Duvivier

Michael Dans conçoit Liège Love City comme « un diffuseur de bien-être, une borne à ondes positives ». L’idée de sculpter une main parlante lui est venue du langage des signes d’usage chez les plongeurs sous-marins, dont le plus connu unit le pouce à l’index pour indiquer que tout va bien. « Je l’ai transformé pour qu’il figure un cœur. Il est important pour moi d’utiliser les émotions suscitées par mes projets comme vecteurs pour délivrer un contenu, une pensée. Les émotions varient selon les propositions. Cette fois, j’espère inspirer la joie. La sculpture rappelle par ses reflets dorés les rayons du soleil. Elle évoque aussi les mudras des mains des Bouddhas géants qui apportent bonne humeur et amour. Mon message est simple : Liège est une ville de lumière, un lieu positif où il fait bon vivre. »

Place de la République française, Liège

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Pol Pierart, Art public Liège 2020, Tout seul on est rien, ensemble on est trop

photo Dorothée Duviver
Pol Pierart
Tout seul on n’est rien, ensemble on est trop, 2008
Photographie NB, tirage argentique sur papier baryté, 9,8 x14,2 cm. Edition 10/10

Choisie plusieurs mois avant le déclenchement de la pandémie qui restera inévitablement liée à l’année 2020, cette image est la reproduction d’une photographie argentique prise 10 ans plus tôt dans le centre de Liège. L’arrière-plan montre quelques groupes de personnes, statiques ou en déplacement, dans une artère commerciale. Dans une composition caractéristique de sa démarche, l’artiste observe la scène depuis le trottoir opposé. Il tend à l’objectif deux morceaux de papier dont les messages calligraphiés soulignent les tensions et ambiguïtés entre isolement et surpopulation, entre nécessaire solitude et besoin d’appartenance à une société. Selon le point de vue, le spectateur découvre une sentence et puis l’autre, comme les deux faces d’une même pièce. Il est aussi invité à continuer à réfléchir à domicile à cet inextricable paradoxe en emportant un autocollant qui reproduit l’œuvre.

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Michael Dans, Emilio Lopez Menchero, Pol Pierart, Art Public Liège, 1er Août – 31 Octobre

Michaël Dans, Liège Love City, bronze, ht. 220 cm, 2020

ART PUBLIC INVESTIT LA CITE ARDENTE POUR L’ETE-AUTOMNE 2020

01.08 > 31.10.2020

Charlotte Beaudry – Baloji – Marcel Berlanger – Blancbec – Claude Cattelain – Michael Dans – Alain De Clerck – DSCTHK – Maëlle Dufour – Emmanuel Dundic – Arnaud Eubelen – Eva Evrard – Emilio Lopez Menchero – Adrien Lucca – Pol Pierart – Adèle Renault – Adrien Tirtiaux – Laurent Trezegnies

La Commission des Arts de Wallonie, la Ville et la Province de Liège se sont associées pour organiser la quatrième édition d’Art Public qui, après Namur en 2011, Tournai en 2014 et Charleroi en 2017 prend cette année place au coeur de la Cité ardente. 18 artistes ont été invités à présenter des oeuvres intégrées au tissu urbain du centre-ville. Aucune thématique n’a été imposée, si ce n’est la nécessité de tenir compte de l’environnement architectural, urbanistique et surtout humain des espaces proposés. Ces derniers ont été choisis en fonction de la fréquentation des lieux et de leurs significations historiques et sociales. Le parcours cherche ainsi à éclairer ce que la cité peut signifier pour ses habitants, ses utilisateurs et ses visiteurs. Il s’agit en outre d’introduire des éléments de compréhension dans la géographie de Liège, de relever la qualité de son patrimoine et de mettre en perspective son redéploiement au moment où les travaux d’installation d’un tram marquent les espaces partagés.

Dans l’esprit de la politique de création et de promotion des talents impulsée par lespouvoirs politiques wallons, la sélection des participants a été opérée tant pour la signification contemporaine de leurs recherches que sur base de leur capacité à communiquer avec le grand public. Elle reflète la volonté de mettre en présence des « talents prometteurs » et des « valeurs sûres » dans une dynamique de savoir-faire, d’audace et d’innovation.

Exposition : du 1 août au 31 octobre 2020

Les publications : Dans la foulée de l’exposition plusieurs publications seront éditées : un guide du visiteur largement diffusé à partir de l’ouverture de l’exposition, des outils pédagogiques, un catalogue diffusé lors du dévernissage de l’événement.

VISITES GUIDEES INAUGURALES GRATUITES
Par les historiens de l’art de l’asbl Art&fact
Le 1er août
Dès 16h
Au départ de la place Xavier Neujean

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