Capitaine Lonchamps

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Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 1999
Acrylique sur couette, 127 x 193 cm

Avec la complicité de François de Coninck et avec Capitaine Lonchamps, Bertrand Carrière, Dominique Castronovo & Bernard Secondini, Aurore Dal Mas, Lila Maria de Coninck, François de Coninck & Guy Jungblut, Thierry Falisse, Benoit Félix, Jacky Lecouturier, Barbara & Michael Leisgen, Perrine Lievens, Justine Montagner, Benjamin Monti, Jacques Louis Nyst, Sébastien Plevoets, Armand Quetsch, Lucia Radochonska, Alain Rivière, Jean-Michel Sarlet, Guido van der Werve, Manon Vanderweeghde.

(I) A Wégimont du 3 octobre au 1er novembre 2015

(II) et au Churchill du 1er octobre au 31 novembre 2015

Et si notre trop complexe et retorse époque avait, au moins encore un peu, besoin de croire au Père Noël, aux cadeaux tombés du ciel, aux chimères impalpables, aux voeux furtifs que l’on ne peut s’empêcher d’adresser aux étoiles filantes ?… Non pas histoire de se repaître là de niaise superstition, d’espoirs naïfs, de rêverie infantile ou de fuite – trop adulte, celle-là – dans les éthers ou les paradis irrémédiablement artificiels… Mais bien plutôt de saisir les occasions de garder les yeux dans les airs, de décoller les pieds d’une terre trop terre-à-terre, de laisser nos imaginaires vagabonder dans des formes libres, indécises, imprécises ; de nourrir la conscience, somme toute, que le monde qui nous accueille est bien plus infini que ce que nous pouvons percevoir ou concevoir. De jouer aussi avec les mots, comme on jongle avec les nuages.
Tomber du ciel c’est s’inviter et s’inventer, s’ajouter et troubler, mourir et renaître, ne faire que passer. S’il est vrai, comme le disait Mallarmé, qu’un coup de dés jamais n’abolira le hasard, c’est aussi accepter que l’homme sur terre ou dans les airs ne maîtrise pas tout : la chance ou le coup du sort nous bousculent, le symbolique nous transcende, le spirituel nous fait pouffer ou éternuer, autrui nous happe, le temps nous avale, les meilleurs s’en vont, nos ombres nous précèdent et l’art, l’art, souvent nous dépasse.
Bonne veine ou infortune, bout de sonde ou coin de météore, foudre bénie ou pluie de grenouilles, oiseau chevrotiné ou arc-en-ciel, révélation mystique ou héritage d’Amérique : ce qui nous tombe de nulle part a souvent de quoi surprendre. Nous avons réuni ici des créateurs de tous ordres, provenances et générations. Ils n’ont en commun que le ciel, parfois un horizon, et c’est déjà beaucoup. Et s’il ne s’agit pas, nez en l’air, d’égrener patiemment le chapelet des béatitudes esthétisantes ou des joliesses de calendrier, il ne s’agit pas non plus de bouder son plaisir à voir passer au loin les nuages, les merveilleux nuages (même s’il faut bien convenir qu’il est rare qu’un nuage prenne la forme d’un nuage), et à récolter ce qui, de là-haut, descend questionner, nourrir ou éblouir notre regard, nos repères, nos certitudes. Chaque matin, il nous faut redescendre d’un cirrus, d’un stratus, d’un cumulus, chaque soir y remonter ; enfants, on n’en faisait pas tout un plat. Nous aurons donc l’âge de nos ailes, brûlées parfois à trop de désir.
Le ciel, c’est notre lieu commun et pourtant toujours lointain, étranger… Le ciel, bien malin qui peut prédire ce qu’il lâche, où il va, et quand il tombe.
Le mieux est encore de faire mine que le ciel, c’est nous.
Emmanuel d’Autreppe, commissaire de l’exposition

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titres (Marie Delex)
Encre de chine sur papier, 3 x 21 x 29,7 cm
2012

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Capitaine Lonchamps fait sa rentrée littéraire et illustre la couverture de « Les texticules du Diable et autres éjaculations psychotiques » de Jean-Luc Dalcq.

Le Liégeois (d’adoption) Jean-Luc Dalcq est né dans la seconde moitié du vingtième siècle. Depuis, il a inventé le conceptualisme subjectif, c’est-à-dire l’art de voyager autour de son chanvre ou de son chancre, selon les jours ; il a été rédacteur publicitaire mais s’est repenti ; il a écrit des textes en tous genres (nouvelles, roman, poèmes licencieux ou non, aphorismes, contes, chansons…) ; il est compositeur, interprète, powète, philobof et explorateur (de l’existence).

Les texticules du Diable, Jean-Luc DALCQ, couverture du Capitaine Lonchamps, collection Les p’tits Cactus, 86 pages, ISBN: 978-2-930659-37-4, septembre 2015, 7 €

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps,
Neige, 2010 de la série Le petit Parisien, supplément littéraire illustré du 10 mars 1896. Le crime du bois de Vincennes, un père assassin de son fils. Technique mixte sur imprimé, 26 x 26 cm

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Benjamin Monti, Capitaine Lonchamps, Jacques Lizène participent à l’exposition En attendant… / Collection # 6 au Centre d’Art Contemporain de Quimper, une présentation de la collection de Bertrand Godot.
Le quartier, 10 esplanade François Mitterrand 29000 Quimper. Exposition du 4 juin au 30 août

Benjamin Monti

Benjamin Monti, sans titre, 2010. Encre de chine sur papier « Perspecta », papier millimétré bicolore pour dessin en perspective. 21 X 29,7 cm

En attendant …

Attendre, il n’y a peut-être que ça à faire. Les salles d’attentes sont souvent vouées à un rendez-vous précis, avec le dentiste, le maire, un conseiller pour une recherche d’emploi, etc. Ici, le rendez-vous c’est vous. Il n’y a pas de destination précise, tous les ingrédients sont là : chaises, plantes, poster, éclairage, etc.

Je propose d’être là pour attendre diverses choses : le devenir de notre humanité, celui du centre d’art Le Quartier, de l’art en général, et de la vie en particulier.

De par mon nom familial, je me suis attaché à l’attente. Bien sûr Samuel Beckett est récurrent dans mon histoire personnelle. Maintes et maintes fois, lors de rendez-vous, on m’a interpellé avec la bonne blague « Oh, on vous attendait Mr Godot ! Bon, on a déjà dû vous la faire … ». N’ayant pas d’attache géographique natale (peut-être Audierne désormais ?), je me suis donc raccroché à ce territoire qu’est mon nom.

Très vite, étudiant aux Beaux-Arts d’Angoulême, je me suis posé la question de la production d’œuvres ou d’autres choses d’ailleurs : à quoi ça sert ? Pour qui ? Pourquoi ? N’y a t-il pas suffisamment de choses répétées dans l’art ? Dans la vie ?
J’ai donc préféré, avec le temps, montrer des œuvres plutôt qu’en faire, ne rien ajouter.
Après une courte carrière politique, je me suis senti capable uniquement de montrer l’art sous toutes ses formes, le reste m’important peu.

Cette collection, je ne l’ai pas voulue, elle s’est imposée d’elle-même suite à des dons d’artistes exposés, devenus des amis par la suite.
Je ne suis pas collectionneur, je le suis devenu par la force des choses.
Cette proposition faite par le centre d’art Le Quartier de montrer ma collection, me permet pour la première fois de mettre ensemble un puzzle, reflet évident de ma pensée.

Dans cette salle d’attente, le visiteur devient acteur !

Bertrand Godot, le 8 avril 2015

Artistes : Saâdane Afif, Pierre Ardouvin, Neal Beggs, Pierre Besson, Fred Biesmans, Etienne Bossut, Lilian Bourgeat, Olaf Breuning, Jean-Baptiste Bruant, David Michael Clarke, Philippe Cognée, François Curlet, Michael Dans, Denicolaï & Provoost, Eric Dietman, Florence Doléac, Marcel Dinahet, Christelle Familiari, Hans-Peter Feldmann, Michel François, Bertrand Gadenne, Paul-Armand Gette, Jef Geys, Henri Guitton, Jacques Halbert, Hippolyte Hentgen, Joël Hubaut, Anabelle Hulaut, Guillaume Janot, Ann Veronica Janssens, Jacques Julien, Yann Lestrat, Claude Lévêque, Jacques Lizène, Capitaine Lonchamps, Gilles Lopez, Mathieu Mercier, Benjamin Monti, Jasper Morrison, Mrzyk & Moriceau, Daniel Nadaud, Claes Oldenburg, Jean-Luc Parant, Bruno Peinado, Charles Pennequin, Pascal Rivet, Yvan Salomone, Jean-Michel Sanejouand, Joe Scanlan, Alain Séchas, Christophe Terlinden, Didier Trenet, Christophe Vigouroux, Vuillemin

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Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2012
Acrylique sur photographie imprimée sur toile, 78 x 105 cm

Capitaine Lonchamps

Vue d’exposition

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2012
Acrylique sur photographie imprimée sur toile, 78 x 105 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige (de la série Radar), 2009
technique mixte sur imprimé trouvé
30,8 x 24,4 cm

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Rachel Laurent, Manège

La galerie Nadja Vilenne a le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition collective

EXERCICES DE STYLES

Une exposition collective avec :
Eleni Kamma, Sophie Langohr, Rachel Laurent, Jacques Lizène, Capitaine Lonchamps, Emilio Lopez-Menchero, Benjamin Monti,
Sébastien Plevoets, Pol Pierart, Valérie Sonnier, Jeroen Van Bergen, Marie Zolamian

Vernissage le samedi 13 décembre 2014 à 18 h.
Exposition du 14 décembre 2014 au 31 janvier 2015. La galerie sera fermée du 21 décembre au 5 janvier

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La contribution du Capitaine Lonchamps à l’exposition « Roulez des mécaniques » au musée de Chinon, exposition conçue par Cindy Daguenet, dans le cadre de la Biennale Patrimoine et Art Contemporain « Songe d’une nuit d’été », quelques images vintage d’outillages provenant de la Société Métallurgique Hainaut Sambre à Couillet et de la Siderurgica José Maria Aristrain à Beasain dans le nord de l’Espagne. Pousseuses, transporteurs à rouleaux et scies à chaud enneigés.

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Société Métallurgique Hainaut Sambre à Couillet), 16 x 22,5 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Siderurgica José Maria Aristrain, Beasain, Espagne), 16 x 22,5 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Scie à chaud à attaque directe du moteur, diam de la lame : 1350. Train de 500 à 3 cages trio et une cage duo, Siderurgica José Maria Aristrain, Beasain, Espagne), 16 x 22,5 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Transporteur à rouleaux, Société Métallurgique Hainaut Sambre à Couillet), 22,5 x 16 cm.

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Société Métallurgique Hainaut Sambre à Couillet), 16 x 22,5 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Pousseuse d’une force de 15 T pour lingots, train de 500 à 3 cages trio et une cage duo, Siderurgica José Maria Aristrain, Beasain, Espagne), 16 x 22,5 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Train de 500 à 3 cages trio et une cage duo, Siderurgica José Maria Aristrain, Beasain, Espagne), 16 x 22,5 cm

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Siderurgica José Maria Aristrain, Beasain, Espagne), 16 x 22,5 cm

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Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps
Neige, 2011
Technique mixte sur photographie vintage (Société Métallurgique Hainaut Sambre à Couillet), 16 x 22,5 cm

Quinze lieux en Val de Loire accueillent les collections du Frac Centre, du Frac Pays de la Loire et du Frac Poitou-Charentes, ainsi que de nouvelles productions, proposant ainsi un ambitieux parcours mêlant art contemporain et patrimoine.

Songe d’une nuit d’été – parcours initié en 2012 – déploie, lors d’une seconde édition au travers d’approches thématiques multiples, un ensemble d’expositions sur le territoire. Elles rassemblent un corpus d’œuvres qui propose un regard sur des pans du réel, faisant naître des face-à-face, des conversations et des dialogues riches de sens. La force des œuvres réside dans des alliances sensibles : le paysage lié à l’industrie, le progrès à l’histoire, l’architecture à l’expérimentation, le langage à la représentation, la fragilité au pouvoir, le réel à l’imaginaire, la mémoire à la narration, la poésie à l’humour. La diffusion des œuvres participe à un rayonnement et une valorisation de lieux patrimoniaux exceptionnels, marqués par une histoire et une architecture singulières.

L’exposition  » Roulez les mécaniques  » , organisée en quatre lieux dans la ville de Chinon, convoque le pouvoir de la machine et la mesure du temps sous un angle à la fois imagé et imaginaire. Elle revient sur un siècle de recherches et de propositions artistiques. La thématique de l’art et de la machine traversera des oeuvres issues de cette fascination ou de ce trouble sur les progrès techniques et la mécanisation de notre société. Des œuvres majeures y sont présentées telles La boîte en valise de Marcel Duchamp, La Méta-chaos de Jean Tinguely, ou Le cours des choses de Fischli & Weiss. En 1922, en Italie, paraît « Le manifeste l’art et la mécanique futuriste » de Vinicio Paladini et Ivo Pannaggi. Ce mouvement célèbre la machine, nouvelle idole des artistes. Deux ans plus tard, Fernand Léger et Dudley Murphy emboitent le pas en réalisant le « ballet mécanique » avec la participation de Man Ray à la caméra. « Aucun scénario. Des successions d’images rythmées, c’est tout » F.L. Et cette fascination pour les objets manufacturés, la mécanique en tant qu’outil de production, et les progrès techniques. Quant à Marcel Duchamp, il réalise « Anémic Cinéma » en 1925, court-métrage où des expérimentations cinétiques sont réalisées avec des disques (des plaques en rotoreliefs) qui tournent et dévoilent des effets optiques.Le ballet mécanique de Léger ainsi qu’Anémic Cinéma de Duchamps figurent également dans les oeuvres exposées.

Artistes : Bernd et Hilla Becher, César, Marcel Duchamp, Jean Dupuy, Fischli & Weiss, Jacques Halbert, Nils Guadagnin, Diango Hernandez, Paul Kos, Florent Lamouroux, Capitaine Lonchamps, Antti Lovag, Pol Bury, Minimaforms, Nam June Paik, Mimmo Rotella, Gabriel Orozco, Jean Tinguely, Fernand Léger & Dudley Murphy, David Michael Clarke,…

Le Carroi-Musée
Galerie contemporaine de l’Hôtel de Ville
du 29 juin au 19 octobre 2014

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Capitaine Lonchamps et Jacques Lizène participent à l’exposition « Le Mur, collection Antoine de Galbert » à la Maison Rouge à Paris. Vernissage ce vendredi 13 juin. Exposition du 14 juin au 21 septembre.

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps, Neige, acrylique sur toile trouvée, 63 x 52 cm, 2010

Le communiqué de presse :

À l’occasion de son 10e anniversaire, la maison rouge présente du 14 juin au 21 septembre 2014, Le mur – collection Antoine de Galbert, onzième volet de la série d’expositions consacrées aux collections privées.

Après dix expositions proposant des univers de collectionneurs variés, cette date anniversaire est l’occasion de montrer enfin largement la collection du fondateur et président de la maison rouge, Antoine de Galbert, une part d’intimité qui lui est chère et qu’il n’a jusqu’à présent que peu dévoilée. Mais à l’inverse des précédents projets autour de collections particulières, réalisés avec des commissaires qui ont fait des choix représentatifs dans de larges corpus d’œuvres, l’accrochage imaginé par Antoine de Galbert comporte cette fois-ci une spécificité remarquable : « L’idée de cette exposition est née de l’observation quotidienne de ma bibliothèque, où le classement alphabétique des monographies crée d’invraisemblables voisinages. Jean Dubuffet cohabite avec Marcel Duchamp sur le même rayonnage. Cette arche de Noé me donne la sensation que tous les artistes naviguent sur le même fleuve pour les mêmes raisons, comme le remarque Christian Boltanski : « Que ce soit Aloïse, moi ou un artiste du 16e siècle, ce sont les mêmes questions qui sont posées : la mort, la recherche de la beauté, la nature, le sexe… Les sujets en art sont très limités. Seuls les mots et les vocabulaires diffèrent (…) ». La bibliothèque est tout à la fois archive de la collection, souvenirs visuels d’un long voyage et musée imaginaire du collectionneur. […] Délaissant l’idée déjà explorée par certains commissaires d’expositions, d’un accrochage par ordre alphabétique, j’ai choisi de présenter l’essentiel des œuvres de ma collection, s’accrochant au mur, à l’aide d’un logiciel renseigné seulement par leurs formats (encadrées) et leurs numéros d’inventaires. Ce travail a été confié à un informaticien qui a utilisé la méthode dite de Monte Carlo, bien connue des mathématiciens, qui vise à calculer une valeur numérique en utilisant des procédés aléatoires, c’est-à-dire des techniques probabilistes. L’appellation de cette formule fait allusion aux jeux de hasard pratiqués dans les casinos. Les œuvres sont accrochées sans distinctions de forme, de taille, de médium, d’histoire, de valeur commerciale ou de notoriété des artistes. Pour garder un minimum de cohérence, seules les œuvres d’art moderne et contemporain de la collection y figurent. Toutes ont été créées par des artistes d’âge, de sexe ou de nationalité divers. Sans doute auraient-ils souhaité voir leurs œuvres installées dans des conditions parfaites, sur un mur blanc, à une hauteur idéale, relativement éloignées de celles de leurs confrères. Que tous me pardonnent cet accrochage qui peut sembler irrespectueux. Je souhaite aussi que les commissaires d’expositions, que je respecte et avec qui la maison rouge travaille très souvent, ne voient pas dans ce mur une remise en cause de leur légitimité, ou encore moins une quelconque critique de ma part. Il reste à savoir, car j’écris ces lignes avant de voir le résultat, si notre public pourra vraiment regarder et appréhender ces œuvres. Comme dans la vie quotidienne, « l’irregardable » attise de toute façon le désir de regarder. » (Antoine de Galbert in Le Mur, éd. Fage, catalogue de l’exposition)

Cette exposition ne présente pas la totalité de la collection d’Antoine de Galbert dans la mesure où en sont exclues les installations, les sculptures, les vidéos, l’art primitif ou l’art plus ancien. Elle ne donnera donc au visiteur qu’une image partielle de la collection. Le Mur sera plutôt l’occasion de soulever un certain nombre de questions liées à l’acte-même de collectionner, d’accrocher, de stocker, de montrer les œuvres… C’est aussi un portrait diachronique d’un collectionneur, qui dévoile ses choix et ses goûts, sans rien renier de ce qu’il aime ou a aimé. La sélection est finalement déléguée au visiteur, qui devra inventer son propre parcours, en s’appuyant à son tour sur son regard, sa curiosité, ses goûts… Ce dévoilement atypique prolonge à sa manière la présentation des œuvres d’Antoine de Galbert dans l’exposition inaugurale de la fondation, L’intime, le collectionneur derrière la porte, où des œuvres de son vestibule, accrochées à touche-touche, accueillaient les premiers visiteurs de la maison rouge.

Pour apporter une dimension supplémentaire de jeu au projet, Antoine de Galbert a invité Claude Rutault à réagir à cet accrochage aléatoire. L’artiste, dont la peinture est toujours en relation étroite avec les murs sur lesquels elle s’expose, a proposé d’actualiser pour la première fois la dé-finition/ méthode collection 23, apparitions, 2012, qui consiste à disséminer dans le parcours de l’exposition d’une collection des toiles de formes et de dimensions variées peintes de la même couleur que le mur sur lequel elles sont accrochées. Sera également présentée la dé-finition/méthode diptyque/rutault 2011, entrée dans la collection Antoine de Galbert il y a quelques mois, sous forme d’échange. La toile d’Eugène Leroy qu’il possède est associée à une toile de Rutault de mêmes dimensions, peinte de la même couleur que le mur.

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Dans le cadre de la 9e biennale de la photographie à Liège, BIP 2014, Pixels of Paradise, Capitaine Lonchamps et Pol Pierart participent à l’exposition : Vue de l’Esprit.

Présentée à la Maison Renaissance de l’Emulation et au Cercle des Beaux-Arts voisin, l’exposition Vues de l’Esprit est un projet de l’asbl Les Brasseurs – Art Contemporain (commissariat : Emmanuel d’Autreppe, Dominique Mathieu, Yannick Franck).

Outil par excellence, depuis ses origines, de la retranscription du réel – ou du moins de la transcription du visible –, la photographie a toujours entretenu une fascination et mêmes d’évidentes affinités avec ce qui la dépassait, lui échappait : l’invisible. La photographie a d’emblée oscillé entre deux pôles, finalement moins contradictoires que complémentaires : le positivisme et certaines formes, parfois élaborées, de « pensée magique ». Voir mieux, voir « entre », voir plus loin, plus près, au travers ou au-delà : la soif de voir de la photographie était inextinguible et, en soixante ans d’existence (1840-1900), elle accompagnait sans cesse de nouveaux usages, des perfectionnements techniques, des croyances inédites. La fin du XIXe siècle cherchera à capter les auras et les fluides, les ondes et les pensées, les états-limites, le paranormal, les images mentales

Surfant sur le succès crédule et mondain du spiritisme et de l’occultisme, la photographie spirite, quant à elle, profitera des accidents du hasard et des imprévus de la technique pour entretenir avec l’au-delà des liens prétendument privilégiés, faisant apparaître les fantômes, s’élever les tables et les âmes, s’allumer les ombres…

Nombre de travaux actuels, qu’ils réfèrent explicitement ou non aux essais historiques en la matière, continuent de s’intéresser à cet invisible qui toujours bordera la photographie, à ces croyances obscures ou lumineuses qu’elle perpétue en son sein, à la capacité de l’image, par transfert argentique ou numérique, à nous mettre en contact avec « l’âme humaine » ou avec les mystères du magnétisme psychique… Il s’agit alors d’envisager la photographie aussi et peut-être avant tout comme image mentale, comme l’expression visuelle d’une forme de pensée, comme le dévoilement du monde par-delà ses « simples » apparences : instrument privilégié d’une introspection ou d’une rêverie, aire de déploiement d’un imaginaire et d’une poésie dont les contours mal définis, de raison en déraison, d’illusion en hallucination, ne cessent d’être repoussés.

Capitaine Lonchamps

A propos de la contribution du Capitaine Lonchamps :

– J’ai le sentiment qu’il y a comme un rituel dans bon nombre des travaux que vous menez. Je pense à cette vidéo que vous avez mise en scène dans une clairière à la tombée de la nuit. Vous y apparaissez assis à même le sol, cagoulé, habillé de noir, mais couvert de neige. Devant vous, une couette enneigée sur le sol et une marmite dans laquelle vous allumez un feu. Et vous semblez prononcer des incantations tandis que le feu grandit. Vous appelez la nuit. Fait extraordinaire, la nuit tombe en effet au fur et à mesure que le temps passe. C’est comme un sorcier indien qui, dansant, réussirait à faire tomber la pluie.

– C’est à peu près cela. (Rires.) Mais je n’ai pas créé ce personnage de Snowman, cagoulé et enneigé, pour me glisser dans la peau d’un chaman ! Au contraire, il y a un côté comique à la chose. Je me souviens d’ailleurs qu’au moment du tournage, j’ai failli prendre feu : mon costume était synthétique et j’étais trop proche de la marmite de feu. Cette vidéo fait partie d’une préoccupation plus ample : ce sont les litanies qui m’intéressent, le fait de répéter sans cesse ce mot « nuit » comme si j’invoquais la nuit elle-même. Il existe aussi une œuvre, seulement sonore, de cette même « nuit », un simple enregistrement sur bande magnétique. Comme j’ai également psalmodié le mot « plâtre » de toutes les façons. C’est assez étonnant ; le mot évoque le blanc, le son va jusqu’à évoquer les croassements de quelque rapace nocturne. Il y a comme une angoisse qui surgit.

Extrait de : Capitaine Lonchamps, Ne Neige pas qui veut, édition L’Usine à Stars, 2008

Nuit, DVD 13.50″. couleurs, son. 1994-96 – 2004

Pol Pierart

A propos de Pol Pierart :

(…) Très singulières, ces photographies le sont tout autant. Ce sont, la plupart du temps, de petites mises en scène, appariant des mots et des objets. Des cartons, des écriteaux, parfois des inscriptions interagissent avec les objets posés dans le champ, voire, lorsque l’artiste quitte l’atelier, avec le paysage urbain ; ils donnent à lire de courtes phrases qui fonctionnent comme des énoncés aphoristiques, des petites sentences péremptoires ; ces courtes phrases résonnent comme des slogans, des lieux communs, des phrases de routine, des truismes proverbiaux ou des annonces publicitaires. Pol Pierart substitue une lettre, un phonème pour un autre, il remplace un mot par un autre qui lui est proche, phonétiquement ou sémantiquement. Il bouscule les isotopies, il cherche une efficacité toute perlocutoire, il détourne et modifie le sens ; plus simplement, il considère le langage comme une pâte à modeler, en toute irrégularité.
Bon nombre de ces courtes affirmations sont en effet des calembours, ces jeux de mots fondés sur une similitude de sons recouvrant une différence de sens. Je repense aux aphorismes de Paul Nougé. « On sait ce que parler veut rire ». « A l’humour à la mort ». « Le jeu des mots et du hasard ». « Il faut penser à travers tout ».
Paul Nougé, en effet, n’est assurément pas loin. Je retrouve dans ses « Notes sur la poésie », publiées dans « Les Lèvres Nues », ce passage sur le langage. Les œuvres de Pol Pierart m’en semblent, en effet, fort proches : « Le langage, estime Nougé, et particulièrement le langage écrit (est) tenu pour un objet, un objet agissant sans doute, c’est à dire capable à tout instant de faire sens, mais un objet détaché de qui en use au point qu’il devient possible dans certaines conditions de le traiter comme un objet matériel, une matière à modifications, à expérience. D’où l’intérêt, tout particulier des jeux qui ont pour élément principal le langage : jeux de mots, devinettes, charades, papiers pliés ; l’intérêt des démarches qui tendent à situer le langage en tant qu’objet, à l’analyser : grammaire, syntaxe, sémantique ; l’intérêt de ses manifestations naïves les plus détachées que puisse admettre le commun des esprits : réclames, anecdotes, fables, apologues ; ou pour mieux dire, là où le commun des esprits en use avec le plus de liberté, avec le seul souci, indépendamment de toute préoccupation d’expression ou de véracité, d’un effet à produire ». Oui, dans l’œuvre de Pol Pierart, le langage est un objet modifiable à la manière d’un objet matériel, un objet très concret, un carton, un écriteau, que Pol Pierart met d’ailleurs en relation avec d’autres objets matériels, un ours en peluche, un petit squelette, un crucifix, des espadrilles, une main, des clous, une mappemonde, un gant, une commode, un miroir, des objets courants et sans prestige, l’effet produit, créateur de sens, n’étant d’ailleurs pas sans conséquences.

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Sophie Langohr, Capitaine Lonchamps, Pol Pierart participent tous trois à la 9e édition de la biennale internationale de photographie de Liège, BIP 2014. Le thème de celle-ci: Pixels of paradise. Image et Croyance.

Voir et Croire seront les deux mots-clés de BIP2014, la 9ème édition de la Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège, intitulée PIXELS OF PARADISE. L’image est en effet toujours une ambigüe source de promesses. Elle ment et dit la vérité en même temps. Son pouvoir d’envoûtement et sa puissance de preuve vont de pair. C’est ce lien indéfectible que BIP2014 tentera d’explorer à travers une sélection artistique éclectique où la mystification tout autant que le sacré auront leur place, bien souvent noués l’un à l’autre…

Le voir et le croire sont profondément inscrits dans la tradition chrétienne et ce terreau culturel a des conséquences sur notre rapport aux images, que l’on soit croyants ou non. Malgré l’interdiction du deuxième commandement de la Bible, le christianisme a ainsi produit des images qui avaient statut d’icône et qui servaient comme telle dans le culte. Néanmoins, la querelle des iconoclastes et des iconodules (aux VIIIe et IXe siècles) montre que, lorsqu’il s’agit de croyance dans l’image, la frontière entre l’eikon (l’icône, où l’image est un médium pour atteindre la divinité irreprésentable et dont le statut est symbolique) et l’eîdolon (l’idole, où l’image est vénérée pour elle-même, comme si elle incarnait la divinité en vérité et en réalité) est mince.

Dans notre culture occidentale, cet ancrage religieux et métaphysique de l’image, a imposé au fil des siècles un imaginaire de « l’image non peinte », produite par impression, transfert ou empreinte, et dont la photographie – et à sa suite le cinéma et les autres moyens de reproduction mécanique du visible – est venue révéler l’immense puissance.

Sur base de cette attirance à laquelle il est bien difficile de résister, le pouvoir, qu’il soit clairement identifié ou plus nébuleux, utilise massivement la force de persuasion visuelle pour tenter d’emporter notre consentement, conscient ou inconscient. Le fanatisme de l’image et son cortège d’effets de croyance prend en effet de nos jours une dimension qu’elle n’a jamais atteinte auparavant, peut-être en contrepoint d’une société qui se prétend être rationnelle. Industries médiatiques et de la communication, prosélytisme religieux et spirituel de toute sorte, marketing et économie comptent parmi les champs d’action des images, lourdement convoquées pour nous pousser à les suivre.

Il ne s’agit bien entendu pas de jouer au “vrai ou faux” mais, au contraire, de prendre la pleine mesure de ce flottement immuable dans notre rapport aux images et à leur « vérité ».

Le paradis est pixelisé.

BIP 2014

A Liège, du 15 mars au 25 mai 2014. Divers lieux
Sophie Langohr propose ses oeuvres au BAL dans l’exposition « Icone »
Pol Pierart et Capitaine Lonchamps exposent dans « Vue de l’Esprit » au Cercle des Beaux-Arts

A Eupen, dans le cadre du BIP Off, on découvrira l’exposition « Glorious Bodies », un duo entre Jacques Charlier et Sophie Langohr à partir du 20 avril.

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Le Grand Charivari ce samedi 8 février. Où il est question du Checkpoint Charlie d’Emilio Lopez-Menchero. Où Le Capitaine Lonchamps s’explique sur ses enneigements au micro de Fabrice Kada. Où l’on entendra une Petite chanson médiocre de Jacques Lizène (1982). L’Auto. Et qu’est ce qu’il y a de mieux dans une auto que le klaxon ? Je vous le demande.

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Leur activité monomaniaque – n’ayons pas peur des mots - procède d’une même énergie et d’une même opiniâtreté. Jacques Halbert peint des cerises ; Capitaine Lonchamps enneige le monde. Tous deux font fi des saisons. L’un ne cesse de dupliquer cette cerise dont il goûte, avec la conscience de l’illusion, les infimes variations de sensations colorées et lumineuses, qualifiant son grand’ œuvre de « cerisiste ». Le second a décidé de faire de la neige une exception, d’investir la nature impondérable du flocon de neige, de multiplier sur tout support ces points blancs mouchetés. Peintre « neigiste » depuis 1989, Lonchamps déclare avec sérieux que « ne neige pas qui veut ». Ces deux artistes ont eu l’occasion de croiser leurs singulières expériences en 2010 et de se commettre en deux œuvres communes, Lonchamps recouvrant de flocons deux tableaux cerisistes de Jacques Halbert. Ils ont frappé à nouveau, à quatre mains, sur trois toiles imprimées indiennes, qu’il nomment « les Hindoues dingues ».

Halbert-Lonchamps

Halbert & Lonchamps, Hindoue dingue (1), acrrylique sur toile imprimée trouvée, 57 x 86 cm, 2013

Halbert-Lonchamps

Halbert & Lonchamps, Hindoue dingue (2), acrrylique sur toile imprimée trouvée, 176 x 51 cm, 2014

Halbert-Lonchamps

Halbert & Lonchamps, Hindoue dingue (1), acrrylique sur toile imprimée trouvée, 57 x 78 cm, 2013

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Capitaine Lonchamps

Fatal Lonchamps

Il y a quelques années déjà que Capitaine Lonchamps se frotte aux gravures et images des périodiques anciens. Celles-ci se prêtent singulièrement à la vivifiance de l’enneigement, qu’il s’agisse du “Bon Point, amusant et instructif” cet hebdomadaire destiné aux enfants sages, de certaines publications abordant science et voyage, pour autant que ceux-ci soient exotiques et témoignent d’un univers vernien, ou encore de ces suppléments illustrés qui forgèrent dès la fin du dix-neuvième siècle, le succès grandissant d’une presse populaire et sensationnelle. Combien de planches le Capitaine n’a-t-il pas extrait du “Petit parisien, supplément littéraire” ou du “Petit Journal, supplément du dimanche”, journaux qu’il chine patiemment, à ces fins d’enneigements, chez toutes sortes de bouquinistes. Elles sont déjà nombreuses, en effet.

Cette fois la trouvaille et l’invention sont d’importance : Capitaine Lonchamps a mis la main sur une collection d’une quinzaine de volumes annuels du supplément hebdomadaire du « Petit Journal », ce titre parisien, républicain et conservateur fondé par Moïse Polydore Millaud, journal qui parut de 1863 à 1944. A la cheville des XIXe et XXe siècles, jusqu’à la première guerre mondiale, c’est avec « Le Petit Parisien », « Le Matin » et « Le Journal », l’un des quatre plus grands quotidiens français. En 1890, « Le Petit Journal » tire à un million d’exemplaires. Dès 1884, paraît son supplément illustré hebdomadaire. Pressentant l’importance de la couleur, Hyppolite Marinoni, qui a alors pris le contrôle du titre, fait fabriquer une presse à impression polychrome, permettant d’imprimer en six couleurs la une et la dernière page du Supplément. Ce sont ces gravures qui bien évidemment intéressent le Capitaine Lonchamps, des gravures dont les auteurs sont pour la plupart tombé dans l’oubli, mis à part Henri Meyer sans doute. Celui-ci a notamment illustré « Un Capitaine de Quinze Ans » de Jules Verne pour le compte des Editions Hetzel, roman paru tout d’abord en feuilleton dans le « Magasin d’Education et de Récréation » en 1878.

Accorder deux pleines pages à l’illustration était assurément novateur ; très vite la direction du journal commanditera une iconographie susceptible de rallier le plus large des lectorats. Si le portrait du président Carnot fait fort sagement la une du premier Supplément illustré, dès la quatrième livraison, c’est à l’Affaire de la Malle sanglante que « Le Petit Journal » épingle. La rédaction fera dès lors la part belle aux faits divers : drames animaliers, catastrophes naturelles, cambriolages, assassinats, crimes crapuleux et passionnels, tout est bon si cela suscite le frisson. L’affaire Troppmann, ce massacre de Pantin, n’avait-elle pas déjà fait la bonne fortune du quotidien en 1870 ? L’horreur et le sang versé sont feuilletonesques : ce ne sont ni Zola, dessinateur d’une anthropologie du tueur né, ni Balzac, géographe du crime parisien dans « La Comédie humaine » qui nous démentiront. Ni même Feuillade, assidu lecteur de cette presse, en quête de rebondissements pour les scénarii de ses Vampires, et dont Lonchamps enneigea les Fantômas. L’époque est également marquée par la foi dans le progrès technique et scientifique, par les grandes expéditions, le colonialisme, au Soudan, au Dahomey, à Madagascar, par les guerres étrangères, celle du Transvaal, le conflit russo-japonais, la guerre hispano-américaine. Autant de sujets qui convoquent une imagerie aventurière, une iconographie exotique, une fenêtre ouverte sur un monde qui stimule l’imaginaire. L’actualité nationale n’en est pour autant pas laissée de côté. Les visites d’Etat, les grèves, l’antiparlementarisme et les anarchistes, l’affaire Dreyfus, le procès de Zola, les rassemblements populaires, qu’ils soient politiques ou festifs, tels ceux de la mi-carême, le recensement des bohémiens – oui, déjà -, tout participe de la fabrique des images ; et parmi celles-ci la constitution d’un vrai panthéon républicain n’est pas la moindre.

Ce sont les volumes de ces années à cheval sur deux siècles que le Capitaine a découvert, ces quinze volumes qu’il vient d’enneiger couvrant les années 1891-1905, années fastes pour le quotidien parisien. Plus question dès lors d’extraire les images de leur contexte. Le Capitaine Lonchamps a décidé de conserver les ouvrages tels quels, de les enneiger au fil des pages. Grand opus performatif, on compte ainsi plus de mille enneigements. Capitaine Lonchamps, des mois durant, a renoué avec sa pratique des devoirs quotidiens : à chaque jour sa Neige. Enlumineur pataphysicien neigiste, chaque volume est ainsi devenu Codex, chaque gravure « Beatus », le Capitaine multipliant les « Drôleries » ou grotesques des manuscrits gothiques tardifs, créatures oniriques plus ou moins monstrueuses ou comiques. Snowman, « ce vampire feuilladien tacheté qui s’immisce et s’impose partout, ce Zelig pictural qui rend dérisoire par sa présence mouchetée tout ce qui l’entoure » tel que le décrit Dominique Païni, débarque ainsi dans l’Histoire et dans l’Actualité, celle qui s’écrit dans les journaux. Le rapport entre la fiction et le réel n’en devient que plus complexe.

Dans les précédents enneigements de ces planches de presse, Lonchamps a, en effet, toujours eu soin d’extraire l’image, sans son commentaire, laissant ainsi toute la place à toute interprétation. Ici, alors que l’image est bien évidemment titrée, commentée, légendée, Snowman dévoile son identité ou du moins celle du personnage qu’il habite de son allure fantomatique. Il est, comme toujours, omniprésent, tour à tour héros, victime, témoin, assassin, quidam ou que sais-je encore ; il endosse tous les rôles, se démultiplie, mais cette fois la légende de l’image permet de l’identifier ; le voici démasqué. Il est le prince Lobanow, ministre des affaires étrangères de Russie, assassiné dans un compartiment de train. Toujours en chemin de fer, il est aussi le meurtrier du Prince de Galles. Dans le cas du troppmann de Nassandres, il est à la fois victime et assassin. Il est ce visité des hôpitaux peint par le peintre Geoffroy. Il est Louis Pasteur dont on fête le jubilé à la Sorbonne, il est monsieur Turpin sortant de la prison d’Etampes, il est Dreyfus, il est ce rapatrié lors des événements de Madagascar, il est prisonnier en Abyssinie, puis exécuté à Tananarive. C’est un émigrant italien débarquant gare Saint Lazare ; il accompagne Madame Faure à la crèche Fourcade. Il est Déroulède ou Jaurès lors de leur duel. On le croise en Mandchourie, à la chasse à Chantilly ; il est même ce capitaine russe, Lebedief, défendant seul contre cent un bastion à Port Arthur.

On appréciera tout autant ces pages totalement enneigées, couvertes de cette nuit mouchetée de flocons de neige. L’image d’origine n’est plus, seul subsiste le texte qui la commente. Je repense à l’Album Primo Avrilesque d’Alphonse Allais, ces monochromes accompagnés de leurs désopilants cartels descriptifs. Allais s’est inspiré du « Combat de nègres dans une cave pendant la nuit » de Paul Bilhaud présenté au Salon des Incohérents en 1882. Peut-être a-t-il également vu ce dessin de Bertall publié en 1843 dans « Les Omnibus » et repris dans « L’Illustration, Journal Universel », un dessin tout noir moucheté de points blancs légendé « Vue de la Hougue (effet de nuit) par M. Jean-Louis Petit ». De même, la beauté plastique des pages noires du Capitaine Lonchamps se teinte d’un humour potache et l’on se prend à penser que, décidément, la nuit est bien noire sur le Pavillon du Gouvernement à l’Exposition de Chicago, que les giboulées de mars se sont abattues après la bataille de Moudken, que le Président de la République, en voyage en Russie, n’a pas du voir grand chose de la revue de Krasnoë-Selo, que les « Parisiennettes » vont prendre froid sur la plage de Sainte-Cécile et qu’elles feraient bien de ne pas sortir la nuit.

Recouvrir une image d’une Neige, introduire Snowman à la place d’un personnage présent dans l’image, enneiger un détail ou un élément signifiant du décor : face à l’ampleur de la tâche et ces centaines d’images, Capitaine Lonchamps a multiplié les variantes de ses interventions et détournements, tenant compte la plupart du temps de la juxtaposition des planches et surtout se permettant très souvent, et c’est une nouveauté, de sortir des traits de l’image, de surajouter des éléments à l’image existante, des formes et des figurations incertaines, fugaces, ambigües. On pense au vocabulaire de l’Hourloupe de Jean Dubuffet. « Il faut prendre conscience que ce que nous tenons pour le réel, écrivait celui-ci, et qui nous apparaît fortement comme tel, n’est rien de plus qu’une arbitraire interprétation des choses à laquelle pourrait aussi bien être substituée une autre ». Apparaissent des ectoplasmes mouchetés de flocons, ces formes au dehors si l’on s’en tient à l’étymologie du mot, cette substance – ici neigeuse – prenant une forme plus au moins précise, extériorisées par un médium, une condensation se transformant en apparition. Il me revient que c’est justement vers 1895 que le professeur Charles Richet utilisa pour la première fois le terme d’ectoplasme pour désigner certaines de ces manifestations. Surgissent ainsi une foule de créatures oniriques étranges, comiques, monstrueuses qui se mêlent aux personnages des images, qui parfois semblent leur coller à la peau ou même émaner d’eux, comme une aura, une étrange et parfois inquiétante énergie. Le répertoire fourmille de formes au traitement revigoré des figures, faisant bien plus que parasiter l’image ; c’est une présence qui électrise, un fluide reliant. Bien des oiseaux semblent ainsi habiter les images et l’on pense bien sûr à Loplop, cette figure dominante, énigmatique, qui prend la forme d’un oiseau et qui apparaît vers 1930 dans l’œuvre de Max Ernst. Loplop est susceptible de toutes les métamorphoses, passant du règne animal à celui des objets. Il n’est pas sans présenter quelques traits de son créateur. On en dira de même du Snowman du Capitaine Lonchamps, qui habitent désormais ces centaines de pages du « Petit Journal, supplément illustré », teinté d’une présence des plus singulières et étranges. L’Opus se nomme Fatal, on ne peut l’éviter, il est irrévocable. Chaque codex porte un nom tout aussi insolite, du « Rêve de Lutembi », grand crocodile du Lac Victoria et vice-curateur du Collège de Pataphysique à « La Main de Gloire ». « La main de gloire, me rappelle Capitaine Lonchamps, est cette main fabriquée par soi-même, en grand secret, qui permet de ne jamais être vu lors d’incursion dans les domiciles d’autrui. La recette, précise-t-il, se trouve dans le Grand et le Petit Albert, ces grimoires dit de magie, peut-être inspirés par les écrits de Saint Albert le Grand ».

Capitaine Lonchamps

Volume 14. Bilk, 1892.
Aux docks de Mülwall. Rixe entre marins anglais et prussiens
Un mariage princier. Le prince Albert-Victor de Galles et la princesse de Teck

Capitaine Lonchamps

volume 3. Lutembi’s dream, 1903
Déserteurs allemands à la frontière française.
Le roi d’Italie et son état major.

Capitaine Lonchamps

Volume 1. Orgon, 1905
Sur la plage de Sainte Cécile. Les Parisiennettes du Petit Journal au bord de la mer
La catastrophe du Farfadet. Les scaphandriers travaillant au renflouement du sous-marin.

Capitaine Lonchamps

Volume 8. The garbage people, 1898
Le troppmann de Nassaandres. Six victimes. Le cadavre de la grand-mère. L’assassin commettant son crime.
Découverte des cadavres.

Capitaine Lonchamps

Volume 4. Red Black, 1902
Les chiens fraudeurs
Voyage du président de la République en Russie. La revue de Krasnoë-Selo

Capitaine Lonchamps

Volume 11. Pénombre, 1895
Folies Bergères. La comtesse de X et ses lions.
Assassinat de l’abbé de Broglie

Capitaine Lonchamps

Volume 6. Saw, 1900
Attentat contre le prince de Galles
Inauguration de l’Exposition de 1900

Capitaine Lonchamps

Volume 9. Poker, 1897
Les Pierides (papillons nuisibles)

Capitaine Lonchamps

Volume 13. Propilon, 1893
La prison d’Etampes
Madame Elisabeth (par M Guyard. Musée de Versailles)

Capitaine Lonchamps

Volume 10. La Main de Gloire, 1896
Expériences de passage de rivière
Mort du prince Lobanow. Ministre des affaires étrangères de Russie.

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Véritable travail performatif, Capitaine Lonchamps a donc enneigé une quinzaine de volumes annuels reliés du Supplément dominical du Petit Journal, ce quotidien parisien républicain et conservateur, fondé par Loïse Polydore Millaud et qui paru de 1863 à 1944. Le supplément illustré hebdomadaire est créé en 1884 ; l’illustration couleurs, en une et dernière page, en est la grande innovation. Ce sont ces gravures que Lonchamps à systématiquement enneigé. Nous reviendrons bien sûr sur ce grand oeuvre bénédictin d’enlumineur neigiste et pataphysique. Au fil de l’exposition, nous demanderons également à l’un ou l’autre amateur de feuilleter les dix volumes exposés et d’opérer leur propre sélection parmi le millier d’images enneigées. Voici pour débuter le choix de Benjamin Monti, artiste ô combien amateur d’imagerie ancienne et de curiosités bibliophiliques

Capitaine Lonchamps

Volume 14. Bilk. Le Petit Journal, supplément illustré. 1892.
Scaphandriers à la recherche d’épaves au Havre.
L’Armée du Salut à Paris. Désordre dans la rue.

Capitaine Lonchamps

Volume 3. Lutembi’s Dreams. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1903.
Pendant les vacances scolaires, caravane d’instituteurs en Algérie
Mission du Général Pendezec en Russie. Accueil triomphal à Varsovie

Capitaine Lonchamps

Volume 1. Orgon. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1905.
Après la bataille de Moukden. Le général Kouropaktine donne ordre à ses troupes de battre en retraite.
Crime dans le bois de Vincennes. La découverte du cadavre de Mme Guérinot.

Capitaine Lonchamps

Volume 8. The Garbage People. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1898.
Le crime de Roanne. L’assassin Borde, La jeune Borde, l’une des victimes. Arrestation de l’assassin
L’empereur d’Allemagne en voyage.

Capitaine Lonchamps

Volume 4. Red Black. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1902.
Culture des huitres

Capitaine Lonchamps

Volume 10. La Main des Loire. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1896.
Renouvellement de la Triplice. Une cautère sur une jambe de bois.
Salon de 1896 (Champs Elysées). Le Narghileh, tableau de Monsieur Maurice Orange.

Capitaine Lonchamps

Volume 13. Propilon. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1893.
Une visite. Tableau de Geofroy
Exposition de Chicago. Le pavillon du gouvernement.

Capitaine Lonchamps

Volume 9. Poker. 109 le Petit Journal, supplément illustré. Année 1897.
Accident de tramay à Sèvres.

Capitaine Lonchamps

Volume 6. Saw. Le Petit Journal, supplément illustré. Année 1900.
Accident au Champ de Mars. Après la catastrophe.
Un anglais irascible.

Capitaine Lonchamps

Les camps volants. Recensement des bohémiens de France.
La catastrophe de Bouzey. Après le sinistre.

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Ce jeudi 16 janvier 2014 à 19h, vernissages de quatre expositions monographiques.
Rendez vous en compagnie de Jacques Lizène, Jacques Halbert, Capitaine Lonchamps et Emilio Lopez-Menchero, afin de feuilleter quelques neiges, sous les cerises, écoutant de la musique à l’envers et même doublement à l’envers, au Checkpoint Charlie. D’après Jacques Lizène, on ne s’ennuiera pas un seul instant.

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Musique à l’envers et doublement à l’envers. Extention du domaine du Perçu – non perçu. En remakes.

Jacques Halbert

Jacques Halbert

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps. Fatal.

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez-Menchero. Checkpoint Charlie.

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