Jacques Lizène, sculptures génétiques 1971 en remake 2018, croiser toutes sortes de choses…, 1964, une notice

Invité par l’OPMA lors de l’édition 2012 de RECIPROCITY Design Liège, Jacques Lizène conçoit une exposition intitulée NO DESIGN, titre à énoncer d’une voix nasillarde. A cette occasion, il dessine le projet d’un lustre monumental, composé d’un croisement de trois arbres: un palmier, un olivier, un sapin. Ce projet cde sculpture nulle a, depuis, trouvé sa destination puisqu’il est désormais produit et intégré à l’architecture de la Boverie, suite à la rénovation complète du musée.

Lizène dessine dès 1964 de petites choses en les croisant : « Croiser toutes sortes de choses comme des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures ». Ou encore : « Découper et mélanger deux styles ». Il pratique une forme d’Art syncrétique, un syncrétisme de collage, le haut d’une sculpture hindoue adoptant la triple flexion végétale et les jambes d’une statue africaine, un sapin et un palmier, un chameau et un bovidé, des avions ou des autos qui s’hybrident, des visages qui se transforment en masques.  Le syncrétisme, terme de souche religieuse et philosophique, est une combinaison d’éléments hétérogènes ainsi que l’être ou l’objet qui en résulte, un mélange; aujourd’hui on parlerait de métissage ou de sampling et le croisement de ces végétaux mutant défie toutes les lois de la nature. Lizène croise, ici, trois arbres qui restent vivaces toute l’année et qui bien sûr sont, en termes de religions et de civilisations, hautement symboliques. Le Petit Maître précise toutefois que les métissages qu’il propose n’ont rien de politiquement correct. « Je me contente de faire des petites fantaisies d’art plastique en attendant la mort, a-t-il l’habitude de préciser ». Il n’empêche que cet hybride croisement débridé et accroché à l’envers, car l’artiste apprécie les retournements de situation, évoque bien des fragilités du monde actuel. Jacques Lizène a également croisé toute une série de portraits rencontrés dans la collection du musée.

Jacques Lizène, Sculpture génétique 1971 en remake 2018, James Ensor croisé François Joseph Navez, collage. 

Jacques Lizène, Sculpture génétique 1971 en remake 2018, André Derain croisé Louis Jamme, collage

Reciprocity 2018, Alevtina Kakhidze, Suchan Kinoshita, David Polzin, une introduction

David Polzin, Aufgeklappter Umgefallener, 2018

A l’occasion de RECIPROCITY et dans la mouvance de Fragilitas, thématique de la triennale, la galerie Nadja Vilenne invite quatre artistes à produire et exposer. Quatre propositions signées Alevtina Kakhidze, Suchan Kinoshita, David Polzin et Jacques Lizène, conçues en cascade et qui se répondent les unes aux autres.

Suchan Kinoshita – David Polzin

Née au Japon, Suchan Kinoshita a à peine 20 ans lorsqu’elle s’installe en Europe et entreprend des études de composition musicale à la Musikhochschule de Cologne auprès de Maurizio Kagel. Plus tard, elle rejoint le Theater am Marienplatz de Krefeld, lieu expérimental singulièrement investi dans les pratiques performatives et instrumentales. Elle termine sa formation, dans le domaine des arts plastiques, à la Van Eyck Academie à Maastricht, là même où elle enseignera durant de nombreuses années. C’est dire que sa pratique artistique, multilmédiale, transcende les catégories, surgit tant dans l’exposition qu’en dehors, fait ou non appel à la participation active du spectateur. Tantôt l’oeuvre d’art s’affirme ouvertement en tant que telle, tantôt elle use de camouflage. Inspirée tant par la philosophie de son pays d’origine que par la culture occidentale, la notion d’habiter, wohnen, au sens spirituel du terme, parcourt l’impressionnant corpus d’oeuvres et d’interventions performatives de l’artiste. Très récemment, interpellée par la question des migrants et des sans-abris, Suchan Kinoshita a conçu un dispositif diurne, hivernal et urbain d’accueil aux sans-abris, lieu de chaleur et de convivialité partagée, réfléchissant l’intervention artistique dans une perpective aussi concrète que symbolique. Dans cette exposition, prolongement de cette thématique touchant à la fragilité que développe RECIPROCITY, Suchan Kinoshita présente la maquette et les dessins accompagnant cette intervention.

Suchan Kinoshita a proposé au jeune artiste berlinois David Polzin de participer à cette présentation, d’y répondre en quelque sorte, de compléter le propos par ses propre interventions. Polzin remixe les meubles et les objets, des élements familiers qui par les transformations que l’artiste leur impose, s’enrichissent de nouvelles alternatives. Outre divers nouveaux projets répondant directement aux problématiques soulevées par Suchan Kinoshita, David Polzin exposera une singulière collection qu’il constitue depuis 2008, une Collection for body contact plastics, Section coffee stirrers, plus prosaïquement une collection composée de centaines de touilleurs à café, répertoriés suivant leurs formes et leurs origines, des objets à l’utilité éphémère et dont le souvenir n’existera qu’en fonction de la qualité et de la saveur du café qu’ils auront touillé. Le touilleur à café, j’allais écrire l’agitateur de café, est image du café partagé et de la réciprocité.

Alevtina Kakhidze

Alevtina Kakhidze est née dans l’Est de l’Ukraine. Elle vit, depuis 1995, entre Kiev et Muzychi. Elle clame haut et fort son identité culturelle, à la fois ukrainienne, géorgienne et, de par son éducation, russe dans son incarnation soviétique. Sa pratique artistique est basée sur des expériences personnelles autobiographiques et sur l’imagination. Elle parle des consommateurs, des genres, de l’amour, de la culture de la contestation, de l’expérience de la guerre, des plantes et de la vie quotidienne, des plantes et des chiens, le sien s’appelle Marcel, des liens qu’elle tente quotidiennement de garder avec sa mère qui vit dans la zone du Donbass, région toujours en guerre. Durant l’hiver 2013-2014, Alevtina Kakhidze a été une partisane active des mouvements Maïdan, projet intellectuel le plus violemment paisible qui puisse exister, faisant le pont entre les langues et les cultures. La guerre de l’information entre l’Ukraine et la Russie, l’Orient et l’Occident, ainsi que sa biographie personnelle ont constitué la base complexe de l’oeuvre qu’elle a produite pour Manifesta 10 à Saint-Petersbourg, Where The Wild Things Are. Toute la pratique artistique d’Alevtina Kakhidze témoigne de solutions fragiles et quotidiennes imaginées en temps de guerre et de contestation.

Alevtina Kakhidze, Suchan Kinoshita, David Polzin, Jacques Lizène, Réciprocity 2018, vernissage ce 19 octobre

La galerie Nadja Vilenne a le plaisir de vous inviter au vernissage des expositions de :

ALEVTINA KAKHIDZE

SUCHAN KINOSHITA – DAVID POLZIN

JACQUES LIZENE

Vernissage ce vendredi 19 octobre 2018 à 19h
Exposition du 20 octobre au 15 décembre 2018
Jeudi – samedi de 14 à 18h et sur RV

Dans le cadre de RECIPROCITY DESIGN LIEGE 2018

L’Elexposition du Party Content à Liège, les panneaux électoraux et les images

Jacques Lizène
Votez ! Content ou pas. Picasso croisé post humain content. Dessin et collage. 2018
Face au stade de sclessin et au pont d’Ougrée

Emilio Lopez Menchero
Trying to be Elio, photographie couleurs, 2018
Place du Commissaire-Maigret

Jacques Charlier,
Nouveauté (d’après Pierre Dac), 2018
Boulevard Gustave Kleyer

Alevtina Kakhidze,
Sans titre 2018
Place Cockerill

(…) L’Elexposition est une initiative citoyenne culturelle visant à utiliser les panneaux électoraux comme support artistique. Pour parvenir à créer cette exposition, une liste est officiellement déposée aux élections communales de Liège, démarche permettant d’accéder à cet espace ancré dans le domaine public, généralement occupé par les portraits de candidats.
Il ne s’agit pas de faire de la politique comme l’on s’attendrait à en voir dans ce contexte mais bien de poser un acte à la fois artistique et politique, au sens étymologique du terme à savoir ‘polis’ qui veut dire cité. Cette dernière est le cadre de cette exposition qui, d’une part, met en avant l’art contemporain tout en questionnant sa place dans la ville et, d’autre part, tend à pousser à la réflexion, à poser des questions, à faire découvrir d’autres horizons et points de vue… (…)

Jacques Lizène, un palmier croisé olivier croisé sapin, La Boverie, Liège, les images

Jacques Lizène
Art syncrétique 1964, en remake 2018
palmier croisé olivier croisé sapin.
Sculptures génétiques 1971, en remake 2018
Croiser tous les visages croisés dans les collections du musée, vidéo.
Intégration au musée de la Boverie à Liège, une production du Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie Bruxelles et de la Ville de Liège, dans le cadre de la rénovation du musée. Producteur exécutif : galerie Nadja Vilenne, Liège. 

Jacques Lizène, un palmier croisé olivier croisé sapin, La Boverie, Liège

Preview exceptionelle de l’oeuvre de Jacques Lizène intégrée à l’architecture du Musée La Boverie rénové à l’occasion du vernissage des expositions de la Triennale Reciprocity.  Dans la rotonde du musée. Accès de 18 à 20h, ce jeudi 4 octobre. 

 

Jacques Charlier, Alevtina Kakhidze, Jacques Lizène, Emilio Lopez Menchero, Antoine Nessi, L’Elexposition, Liège, divers lieux

Du 19 septembre au 14 octobre, à Liège, soyez attentifs aux panneaux électoraux dévolus au Party Content (PVC, Party Vraiment Content) : ils sont investis par 34 artistes venant de tous les horizons. Et parmi eux :  Jacques Charlier, Alevtina Kakhidze, Emilio Lopez Menchero, Jacques Lizène et Antoine Nessi ! Soyez contents !

Être content envers et contre tout, c’est la philosophie de Party Content ! L’art, la poésie, la musique, la fête sont ses moyens pour mener à bien ce vaste programme de contentement. Le Manifeste du Party Content, c’est ici

Jacques Lizène, Make the city, Party Content, L’Escalier

Jacques Lizène participe à l’exposition « Make the city, Poiein Polis, Créer la Ville » organisée à L’Escalier par le Party Content. Avec Dominique Castronovo et Bernad Secondini, Kendell Geers et Laurent Impeduglia. Vernissage ce vendredi 22 juin dès 19h à L’Escalier, rue St Jean en Isle à Liège. 

Issus du grec ancien, les mots « Poiein Polis » signifient littéralement « créer la cité ». L’association de ces deux termes désignent donc un acte fondateur à l’origine de toute civilisation. Concrètement, cette action aboutit à une coexistence entre un certain nombre de personnes formant une communauté, celle-ci étant régie par un cadre de lois offrant, en théorie, sécurité, autonomie et liberté à ses membres. Cet ensemble de règles évolue ensuite selon les besoins et l’intérêt général du groupe. Le temps ayant fait son effet pendant de très nombreux siècles, ces deux mots ‘Poiein’ et ‘Polis’ ont évolué à l’instar de la civilisation pour devenir respectivement ‘Poésie’ et ‘Politique’. Mettre côte à côte ces deux noms semble aujourd’hui plus complexe, moins évident. Retourner à leurs origines s’avère néanmoins lourd de sens, leur définition antique rendant ces deux mots indispensables à toute société. Autant Poiein Polis désigne la création d’une civilisation, autant Poésie Politique marque son évolution, son développement.

Ce ne sont pas les murs qui font la cité mais les hommes. (Platon)

Make the City renvoie à la « Poésie Politique » ou, en d’autres mots, à un regard artistique sur la société contemporaine. À leur façon, les artistes de l’exposition abordent ce qui constitue la civilisation actuelle, ses fondements, ses perversions, ses progrès…

Jacques Lizène, quelques séquences en rushes, 2016-2018

Être content envers et contre tout, c’est la philosophie de Party Content ! L’art, la poésie, la musique, la fête sont nos moyens pour mener à bien ce vaste programme de contentement. Le Manifeste du Party Content, c’est ici

Jacques Lizène, Murs, musée des beaux Arts de Caen

Jacques Lizène participe à l’exposition « Murs » au Musée des Beaux Arts de Caen (5 mai – 18 septembre 2018)

Situé dans l’enceinte du château fortifié de Guillaume le Conquérant, le musée des Beaux-Arts de Caen évoque la figure du mur à travers ses représentations artistiques, comme une évidence physique et visuelle donnant corps et formes à la nécessité du regard. Le mur apparaît tantôt comme appui, tantôt comme limite, ici instrument d’un interdit, la promesse d’un ailleurs, contrainte pour les uns, protection pour les autres. Il est un bloc de matière traversant le temps, doué d’une vie propre ou élément urbain dérisoire. Le mur engendre des réalités positives et négatives, dans un va-et-vient permanent.
L’exposition réunit un ensemble de plus de 80 oeuvres, anciennes pour certaines, contemporaines pour la plupart, mêlant tous les champs d’expression que sont la peinture, la sculpture, l’architecture, l’installation pensée in situ, le dessin, l’estampe, la photographie, la vidéographie.

Jean-Michel Alberola, Dieter Appelt, Guillaume Bodinier, Brassaï, Samuel Buckman, Pierre Buraglio, Théodore Caruelle d’Aligny, Léon Cogniet, Jean Baptiste Camille Corot, François Curlet, Maurice Denis, André Devambez, Noël Dolla, Jean Dubuffet, Gisèle Freund, Isa Genzken, Mona Hatoum, Pascal Haüsermann, Jean-Jacques Henner, Thomas Jones, Per Kirkeby, Claude Lévêque, Georges Leroux, Jacques Lizène, Gordon Matta-Clark, Richard Monnier, Robert Morris, Jean-Luc Moulène, Edgardo Navarro, Daniel Pommereulle, Jean-Pierre Raynaud, Samuel Rousseau, Claude Rutault, Jacqueline Salmon, Gregor Schneider, Kurt Schwitters, Sean Scully, Christian Segaud, Léon Spilliaert, Nicolas de Staël, Pierre Tal Coat, Antoni Tàpies, Pierre-Henri de Valenciennes.

Jacques Lizène

Jacques Lizène, Le Jardin du Paradoxe (2)

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Sculpture nulle, bétonnière rythmique avec billes et micro sur pied, 1979. En remake
Courtesy galerie Nadja Vilenne, Liège.

Jacques Lizène
Shit painting, peinture à la matière fécale, 1977, en remake 1994
Collection privée, Liège.

Jacques Lizène
Sculpture bétonnière et guitare pioche (Ne pas jouer avec les choses mortes), performance.
2008, DV transféré sur DVD, couleurs, son, 2’01. Production Villa Arson (Nice).
Courte performance de musique non séductive, sculpture nulle bétonnière et guitare pioche, en 2008 à l’occasion de l’exposition « Ne pas jouer avec les choses mortes ». Courtesy galerie Nadja Vilenne

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Cadre de cadres, placard à tableau néo dico floral, 1993
Collection privée, Liège. Courtesy galerie Nadja Vilenne

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Dessin médiocre façon 1967, où l’on voit l’atelier de l’artiste de la médiocrité qui n’est vraiment pas Picasso. Merde au talent. 1988
Collection Province de Liège, fonds Cirque Divers.

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Sculpture génétique (1971), Manzoni croisé Lizène, en remake 2015. Manzoni, merda d’artista (1961) – Lizène, peindre avec sa matière fécale (1977). Être son propre tube de couleur.
Courtesy galerie Nadja Vilenne, Liège.

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Peinture maigre (1982), être son propre tube de couleur (1977), peinture à la matière fécale et petit dessin médiocre sur toile libre, 1982.
Collection privée, Liège. Courtesy galerie Nadja Vilenne

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Perçu non perçu 1973, Art de Banlieue, banlieue de l’art 1973, Petit maître regardant le bord de la photo, remake 1979.
Courtesy galerie Nadja Vilenne, Liège.

Dans la vitrine :
Collectif Cirque Divers et collectif Art sociologique
Hervé Fischer, Fred Forest, Jean-Pol Thenot.
Sociox, bouillon de culture, 1978.
Hervé Fischer. Pills for every occasion, Les pillules c’est la vie.
Mail art adressé au Cirque Divers
Collection Province de Liège, fonds Cirque Divers.

A propos de la peinture à la matière fécale :

(…) Du papier Q. Voilà! Ma transition est toute trouvée. Jacques Lizène expose au Cirque Divers, en 1978, son premier grand mur à la matière fécale. Oui, le Petit Maître peint avec sa matière fécale. Il est devenu son propre tube de couleur, agissant en parfaite autarcie: manger, digérer, déféquer, peindre avec sa matière fécale, vendre sa peinture pour pouvoir manger, ainsi le cycle est-il perpétuel. Cela le réjouit, assurément, de produire une œuvre emmerdante. On sait que ce n’est pas sa première peinture à la matière fécale. Lors de l’exposition Le Jardin, lectures et relations, au Jardin Botanique de Bruxelles, il a exposé, rappelle Antony Collot24, « une toile monochrome marron. Il s’agit d’une peinture réalisée selon la technique de l’aplat – que Lizène a apprise aux Beaux-Arts de Liège – réalisée avec une seule déjection afin de préserver une cohérence chromatique. Cette première peinture fécale était accompagnée de quelques photographies d’aliments ingérés pour en fabriquer la couleur. Lizène est ainsi fidèle au précepte qu’il définit dans
la nuit du 7 au 8mars de la même année: « Devenir son propre tube de couleur », et, pour ce faire, contrôler son alimentation afin d’obtenir, je cite, des « coloris variés et délicats ». Ce monochrome a été jeté par le concierge qui faisait of ce de gardien d’exposition. On peut considérer cet acte comme les représailles de ce gardien, qui a dû endurer l’effluve de l’œuvre durant toute l’exposition. Mais il est dificile de délier cet acte de toute implication morale, de litige esthétique. C’est suite à la perte de ce monochrome que le Petit Maître liégeois entreprend la réalisation d’une toile de six mètres de long sur laquelle il trace avec sa merde la représentation d’un mur de briques. Cette œuvre, titrée Peinture analitique (analytique), sans y, sera exposée au Cirque Divers l’année suivante, puis en 1979 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et à la galerie ADDA de Marseille. Elle perd alors son premier titre pour prendre celui de Mur des défécations. Pourquoi un mur de briques? Parce que le mur qui fait face à la clinique d’Ougrée, là où Jacques Lizène a vu le jour, est en briques rouges ! Sa première vision du monde, après le visage de madame Lizène et ceux du personnel médical, fut donc un mur de briques à l’infini de sa mesure de nouveau-né. Il aime aussi à répéter : « Si j’étais un petit maître hollandais, je peindrais des marines. Je suis un petit maître liégeois, né dans une banlieue industrielle: je peins des murs de merde.» (…)

Extrait de : Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers, 2018, Editions Yellow Now.

Jacques Lizène, Le Jardin du Paradoxe (1)

Jacques Lizène, l’un des cinq fondateurs du Cirque Divers, participe bien évidemment à l’exposition Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers, au Musée de la vie Wallonne à Liège.

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Petit Maître à la fontaine de cheveux, 1980 – 2011
Photographie Pierre Houcmant
Courtesy galerie Nadja Vilenne, Liège.

Jacques Lizène

Collectif du Cirque Divers
L’Entonnoir d’Une Certaine Gaieté, 1977
Collection D’Une Certaine Gaieté, Liège.

Jacques Lizène

Collectif du Cirque Divers
Le couronnement de Mouna Ier, empereur débilissime, Paris, mars 1978. Jacques Lizène et Marie-Christine Vos. Michel Antaki et Brigitte Kaquet. Collection Province de Liège, fonds Cirque Divers.

 

(…) Et puis, bien sûr, il y a l’image d’une saine folie au cœur d’une crise « saine », du fou à l’entonnoir en guise de couvre-chef. Rappelons-nous le personnage à lunettes – attribut du fou à l’époque médiévale – coiffé d’un entonnoir, qui occupe le centre du Concert dans l’œuf de Jérôme Bosch. L’original a disparu, mais le Palais des Beaux-Arts de Lille en possède une belle copie du XVIe siècle. Comme dans La Nef des fous, constate Roger Van Schoute, grand spécialiste de l’œuvre de Bosch, on y retrouve un moine, des religieuses, des musiciens, des chanteurs réunis autour du fou dans une énorme coquille d’œuf posée sur l’herbe. Ils chantent à l’unisson une même musique, qu’ils déchiffrent dans un gros livre. Ce n’est pas un cantique, mais une chanson joliment paillarde, et tout à leur chant, ils ne se rendent pas compte des éléments inquiétants qui les entourent et les menacent. Jérôme Bosch a truffé son tableau de proverbes de son temps. Parmi eux : « Hij drinkt als een trechter », littéralement «Il boit comme un entonnoir». Au comptoir du Cirque Divers, ce seront d’abord sept, puis trente, enfin quatre-vingts ou cent sortes de bières qu’on enfilera, D’une certaine gaieté.

Pensons également à un autre tableau de Jérôme Bosch, L’Extraction de la pierre de folie, également appelé La Cure de folie, en fait une lithotomie par trépanation, quoi de plus commun, n’est-ce pas. Ce n’est pas le patient, de la tête de qui est extraite la pierre ou plutôt, ici, une fleur, tulipe ou nénuphar, qui est coiffé de l’entonnoir, mais bien le médecin qui le trépane. Roger Van Schoute rappelle que l’entonnoir renversé sur la tête a été interprété comme un signe de sagesse par les uns, de tromperie et de mensonge par d’autres. Bosch, en tout cas, explore le thème de l’excision de la pierre de folie sur le mode d’une dérision de la bêtise exploitée. Déclinerait-on là, déjà, le mensonge universel ?

Cette Cure de folie ne peut que nous faire penser au décervelage jarryque, je veux dire au décervelage tel que prôné par Alfred Jarry. « Merdre », au Cirque Divers, nous sommes bien en terre pataphysique. André Blavier, André Stas, Richard Tialans, Capitaine Lonchamps ou Fernando Arrabal ne seront jamais très loin. La machine à décerveler d’Alfred Jarry, partant de la mémoire, de l’oubli et de la vidange de l’esprit, tout comme des cours de philosophie de Bergson, grand spécialiste du Rire, est une étonnante métaphore du mécanisme de l’imagination19. Elle est « l’efflorescence transcendante des arts, poésies, sciences, industries de l’Homo Pataphysicus », écrit le docteur Irénée-Louis Sandomir. Au Cirque Divers, il s’agira toujours de « s’aérer le cerveau», d’en rire et de se décerveler, façon Jarry. J’emprunte cette expression aérée aux «Travaux pratiques d’Aliénation mentale » du culminant Régent Pascal Varejka, titulaire de la chaire d’Éléphantologie au Collège de ’Pataphysique. La coïncidence est drôle : je ne sais pas si le culminant Régent a eu vent de l’existence de l’éléphant du Cirque, celui qui était accroché, tel un trophée d’exception, non loin de la porte des coulisses, dans la salle du cabaret.

Enfin, on ne s’empêchera pas de tracer un parallèle entre l’entonnoir, la houppette orange des augustes, permettant qu’un jet d’eau gicle au sommet de leur crâne, et la Fontaine de cheveux de Jacques Lizène, gerbe capillaire qui, dans l’œuvre du Petit Maître, apparaît pour la première fois en 1980. La fontaine de cheveux lizénienne est le signe d’un excès de sens, d’une outrance manifeste, le jaillissement incessant de la turbulence. En 2012, au musée du Quai Branly à Paris, à l’occasion de l’exposition Les Maîtres du désordre, Jean de Loisy a accroché la Fontaine de cheveux à côté de l’Arlequin de 1927 de Pablo Picasso. L’identification de Picasso à Arlequin est récurrente. Et ils sont tous deux de célèbres tricksters, des briseurs de règles. Avec ce duo, Lizène dialogue à merveille.

Ainsi, comme certains ont l’esprit d’escalier, d’autres ont l’esprit d’entonnoir. De désordres transgressifs en turbulences collectives, le Cirque Divers est de ceux-là.

Il en exportera l’esprit jusqu’à Paris, cet eldorado liégeois. Des entonnoirs essaiment, en effet, sur bien des têtes du public qui assiste à Jussieu au sacre d’Aguigui Mouna Ier, empereur débilissime, le 2 mars 1978. Quelques photographies de l’événement en témoignent. Le Cirque Divers est à la manœuvre, il a initié ce couronnement burlesque, et joue les rôles de grand majordome et de chef du protocole. Un rôle de bouffon qui lui sied. Il adresse l’annonce de ce débile couronnement orchestré par des clowns et saltimbanques à cent septante chefs d’état dont cent quarante-quatre membres de l’ONU. Il envoie une délégation à Paris, entonnoir sur la tête; il fait tirer vingt-deux coups de canon à beurre en l’honneur de l’empereur. Car oui, le Cirque Divers est inventeur du canon à beurre. « Du beurre ou des canons, nous connaissons cette règle élémentaire qui explique le plein emploi. Avec le canon à beurre, la guerre sera spectaculaire. » Économiquement, il va de soi que le canon à beurre offrira un nouveau souffle à la sidérurgie wallonne et résoudra, dans une Europe verte, le délicat problème des excédents laitiers. Dans les affrontements sociaux qui se préparent, on remplacera avantageusement les gaz lacrymogènes et les balles en caoutchouc par des tirs de beurre: “Le beurre gera les manifestants dans un tableau hautement burlesque”. » (…)

Extrait de : Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers, 2018, Editions Yellow Now.

Sophie Langohr, Jacques Lizène, Marie Zolamian, De vous à moi, galerie de Wegimont

Ernest Marneff

Ernest Marneff, tête de femme, huile sur carton

Sophie Langohr, Jacques Lizène et Marie Zolamian participent à l’exposition « De Vous à Moi », exposition sur la thématique du portrait . Au travers des collections de la Province de Liège ou sur des invitations faites à des artistes résidant dans la dite province.

Galerie de Wégimont
Domaine provincial de Wégimont
Du 11 novembre au 17 décembre

Vernissage ce vendredi 10 novembre à 18h

Jacques Charlier, Jacques Lizène, Pol Pierart, Marie Zolamian, carte blanche à Françoise Safin

Jacques Charlier, Jacques Lizène, Pol Pierart, Marie Zolamian participent tous les quatre à la carte blanche offerte à Françoise Safin par le Centre wallon d’Art contemporain – La Châtaigneraie à Flémalle

Marie Zolamian

Marie Zolamian, Charpie, 2017

Vernissage le vendredi 10 novembre 2017, à 18:30 à La Châtaigneraie, Flémalle
Exposition du 12 novembre au 15 décembre 2017

avec des oeuvres de : Marc Angeli – Michel Boulanger – Sylvie Canonne – Jacques Charlier – Patrick Corillon – Alexia Creusen – Michael Dans – Gerald Dederen – André Delalleau – Catherine De Launoit – Eric Deprez – Emmanuel Dundic – Benoit Félix – Daniel Fourneau – Florence Fréson – Bernard Gaube – Pierre Gerard – Anne-Marie Klenes – Jacky Lecouturier – Michel Leonardi – Jacques Lizène – Paul Mahoux – Jean-Georges Massart – Johan Muyle – Olivier Pé – Pierre Pétry – José Picon – Pol Pierart – Jean-Pierre Ransonnet – Pascale Rouffart – Juliette Rousseff – Francis Schmetz – Guy Vandeloise – Cécile Vandresse – Dan Van Severen – Bernard Villers – Marie Zolamian…

Fiac Paris 2017, les images (1)

Fiac 2017

Fiac 2017

Exhibitions views

Fiac 2017

Aglaia Konrad. Demolition City, 1992-2016,
20 épreuves à la gélatine argentine sur papier baryte.

Konrad’s photography plays with notions of «original » and « index, » « nature » and « culture, » with the fact that the original « stone » cannot be dated and with its « social » shaping in the historic present. This reversibility is further witnessed in Demolition City (1991/2016) the photographie series she made of the demolition of a terrace of houses on Rosier Faassenstraat in Rotterdam, which looks as if it might read either way, forwards or backwards, reiterating both the construction or deconstruction of walls, floors, and roofs.(…) (Penelope Curtis, From A to K)

Fiac 2017

Suchan Kinoshita, viewer desk, custumised viewers

Fiac 2017

Olivier Foulon
Sans titre (un citron), 2017
Sans titre (un citron), 2017

Fiac 2017

John Murphy

John Murphy
Cadere. Waste and Cadavers All, 2015
Photocopy, gouache, pen and ink on board, 46 x 54 cm

Fiac 2017

Fiac 2017

John Murphy
As high above as the ditch is deep, 2015
Stuffed Black Rooster, rope, variable dimensions

John Murphy

John Murphy
In the Midst of Falling: The Cry… 2016
C-print (Unique), Satin Float Glass and Gesso Wood Frame, 145.4 x 241.8 cm

Fiac 2017

John Murphy

John Murphy
Fall upward, to a height ( verso & recto), 2015
Photograph, pen and ink on board. (2) x 78 x 54 cm

(…) John Murphy has a similar respect for art from the recent past. His art resembles a pantheon of signs that transmit poetic experience. He engages with existing works from a modernist body of literature, painting and film, and particularly with a number of ‘authors’ who (re) invented Symbolism (Mallarmé, Magritte, Resnais). His work often comes in the form of delicate objects or images that sit or hang lightly in a space, like a spider’s web or celestial notations. In fact the physical space between the elements in his work is essential and signifies the mental space that opens up when a visitor tracks the (symbolical) lines that connect the elements, and when words, images and associations reveal themselves. Our exhibition features a body of works inspired by the notion of the fall, especially the fall from grace recounted in Genesis, when Adam and Eve are expelled from the Garden of Eden, as famously depicted by the Italian painter Masaccio in a fierce and moving fresco. Masaccio’s painting returns in Murphy’s epic, newly made photograph In The Midst of Falling. The Cry (2015), which derives from a charged image in Joseph Losey’s film Eve (1962), where a woman is transfixed in a hallway before a reproduction of the painting. Murphy is like a dancer aiming for a light gesture, because for him it is the most powerful conduit of experience. His titles, resourceful and full of sillent threat, create a world in itself.(…)

Fiac 2017

Jacques Lizène, Het Vlot, The Raft, MuZee Ostende, le Radeau médusé

Jacques Lizène participe à l’exposition Het Vlot – The Raft organisée au musée d’art contemporain d’Ostende et en divers lieux de la cité balnéaire. Commissaire de l’exposition : Jan Fabre. Vernissage ce 21 octobre.

Théodore Géricault

Theodore Géricault, Le radeau de la Méduse (quatrième étude), 1819 – 1820. (c) Angers, Musée des Beaux-Arts

Jacques Lizène

NAUFRAGES DE REGARD

On sait, à propos de Jacques Lizène, combien les premières années de création ont été fécondes. Certes, le terme semble inapproprié puisque le petit Maître décide dès 1965 de ne pas procréer, position qu’il confirme en 1970 par sa « Vasectomie (sculpture interne) », l’une des fondation même de tout son Art d’Attitude, mais il en est ainsi : en une douzaine d’années, Lizène conçoit un impressionnant corpus d’idées qu’il ne cessera de décliner en remakes et remakes de remakes. Même les années passées à l’Académie de Liège furent inventives et fertiles, plus imaginatives sans doute dans les couloirs que dans l’atelier, mais qu’importe dès le moment où l’on a délibérément choisi la voie de la Médiocrité et de l’Art sans Talent. Jacques Lizène a longuement fréquenté les plâtres d’antiques qui hantent les couloirs de l’Académie ; bon nombre sont moulés en deux parties. Ce sera le fondement même de son Art syncrétique, qu’il conçoit en 1964 : « croiser toute sorte de choses, des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures ». Depuis, il ne cesse de pratiquer l’accouplement, mais il altère, outrage, transgresse, se réjouit de la disharmonie et s’enthousiasme même, à l’occasion, de rendre celle-ci non perçue. Il génétise des visages qui se transforment en masques et renoue ainsi avec le grotesque, l’anormalité, ce que l’histoire de l’art positiviste a d’ailleurs longtemps refoulé. L’art syncrétique l’amène très vite à l’interrogation génétique, à la sculpture génétique. Le sexe, la mort, la génétique hantent l’œuvre lizénienne depuis ses débuts.

Longtemps, ces projets de sculptures sont restés minables dessins ou médiocres collages, de préférence photocopiés. Il faudra attendre la fin des années 90 pour que le petit Maître fasse découper chaises et mobiliers. Ainsi compose-t-il d’improbables croisements en « sculptures nulles » (1980) : Jacques Lizène orchestre des rencontres incongrues, organise des collisions d’éléments disparates et ajuste les télescopages. Dans un grand charivari de brocante, il découpe les chaises, en croise tous les styles. Sièges croisés, chaises boiteuses, ce sont des objets idiots, donc singuliers, métissés, allant par paire, comme des chromosomes. Avec lui, les chaises se posent rarement au sol; au contraire, elles dansent, gondolent, dorment assises. Projets déjà tracés dès 1964, ce sont des corps déglingués, au bord de la chute, aussi dégingandés que le petit Maître en sa « Danse Nulle » (1980). Ce sont des corps absents et disséqués, des ossatures, des armatures, ce qui n’est pas sans rappeler l’Art spécifique des années 67-70, cette interrogation sur la spécificité du médium. Lizène découpe les meubles. Joyeusement, le mobilier sombre et vacille. Le désastre est jubilatoire. Commodes et buffets s’hybrident de la même façon, dans l’inachèvement d’une submersion, d’un engloutissement ; c’est un continuel Naufrage de regard (2003). Petit maître (1969) d’Art nul (1966), il déséquilibre le mobilier, pose sur les meubles des natures mortes dites à la maladresse (1974), les accompagne de marines chavirées (1970) et craquelées (1964). « Le principe du bricolage, note l’ethnologue Bertrand Hell, est ontologiquement liée à la fonction du maître du désordre. Mais ce principe ne gouverne pas uniquement la forme et l’enchaînement des rites. Il conduit à également maintenir ouvert le système de représentations de l’invisible. Celui-ci ne peut être pensé comme un monde figé, immuable. Dans leur art du bricolage, les maîtres du désordre savent manier plusieurs ficelles. Il en est une qui détonne tout particulièrement au regard de notre conception occidentale du religieux, à savoir le rire »1. Le rire lizénien est le redoutable moteur de son œuvre. (Jean-Michel Botquin)

1 Bertrand Hell, Les Maîtres du Désordre, Quai Branly, Paris, 2012.

Jacques Lizène

SHIPWRECKS OF GLANCES

Whatever we may know of Jacques Lizène, we know how fruitful his first creative years have been. Admittedly, the term seems inappropriate, since the small-time Master decided in 1965 never to procreate, a position he confirmed in 1970 with his «Vasectomie (sculpture interne) » (Vasectomy (internal sculpture)), one of the most fundamental works in his oeuvre of Art with Attitude, but the fact of the matter is that Lizène, in a dozen years, will develop an impressive body of ideas which he will continue to expound through remakes and remakes of remakes. Even the years at the Liege Academy were fertile and inventive, probably more imaginative in the hallways than in the studio, which is of no importance as soon as one deliberately chooses the path of Mediocrity and Art without Talent. Jacques Lizène for a long time visited the plaster casts of antiquity that haunt the halls of the Academy, a large number of which are moulded in two parts. This is the very principle that underlies his Syncretic Art, conceived in 1964: « to cross all sorts of things, animals, faces, architecture, trees, cars, chairs, sculptures. » Since then, he will continue to practice mating, incessantly, but he alters, offends, transgresses, welcomes the disharmony and even takes delight, on occasion, in rendering it imperceptible. He geneticises faces that turn into masks and in this way connects with the grotesque, with abnormality, which incidentally has long been repressed by positivist art history. Syncretic Art will quickly lead him to the genetic interrogation, to the genetic sculpture. Sex, death, genetics have haunted the Lizènean oeuvre since its inception.

For a long time, these sculpture projects remain lousy drawings or mediocre collages, preferably photocopied. This makes sense when, additionally, one assiduously practices procrastination. It was not until the late 90s that the small-time Master began cutting up small chairs and furniture. In this way, he creates improbable crossings and worthless sculptures (1980): Jacques Lizène composes incongruous meetings, organizes crashes between disparate elements and adjusts their collisions. In a large pandemonium made up of flea market items, he cuts up chairs, crosses all kinds of styles. Crossed chairs, rickety chairs, these objects are stupid, and thus singular, hybrids, crossbred in pairs like chromosomes. In his case, chairs are rarely placed on the floor; instead, they dance, buckle, or stand asleep. Already worked out in 1964, these projects are ramshackle bodies, on the verge of collapse, as gangly as the small-time Master and his « Danse Nulle » (Worthless Dance) (1980). They are absent and dissected bodies, skeletons, frames, reminiscent of the Specific Art of 67-70 in the way they question the specificity of the medium.

Lizène cuts up furniture. Happily, the furniture collapses and wobbles. The disaster is exhilarating. Dressers and buffets are hybridized in the very same way, in the incompleteness of a submersion, an engulfment; it is an everlasting Shipwreck of glances (2003). The small-time Master (Petit maître) (1969) of Worthless Art (Art nul) (1966), discomposes furnishings, places still lifes dedicated to clumsiness on the furniture (1974), matches them with cracked (1964) and overturned marines (1970). Operating within a startlingly self-referential system, Lizène turns projects, proposals, and worthless ideas – each and every single one always clearly connected to its date of conception – into unbridled devices. « The principle of tinkering, remarks anthropologist Bertrand Hell, is ontologically related to the function of the master of disorder. But this principle does not only govern the form and sequence of rites. It also serves to keep open the system of the representation of the invisible. This can be thought of as a frozen, immutable, world. In their makeshift art, the masters of disorder know how to pull several strings. There is one that particularly stands out with regard to our Western concept of religion, and that is humour « 1. The Lizènean humour is the formidable engine of his oeuvre. (Jean-Michel Botquin)

1 Bertrand Hell, Les Maîtres du Désordre, Quai Branly, Paris, 2012.

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Le Radeau médusé, 2011
Meuble découpé 1964, cadre penché et morcelé 1970, art syncrétique 1964, croiseur croisé frégate, naufrage de regard en sculpture nulle, remake 2011.
Technique mixte, 145 x 40 x 110 cm.

Jacques Lizène
Peinture nulle, 2011
Toile morcelée, art syncrétique, sculpture génétique culturelle, cadre penché, en remake 2011. Technique mixte sur toile trouvée, 140 x 145 cm.

Jacques Lizène
Danse Nulle 1980, en remake, avec tombé de l’image. 2003
2003, couleurs, son, 0’17. Production AVCAN.