Emilio Lopez Menchero, Marie Zolamian, Jeroen Van Bergen, avant propos

Avant propos à trois expositions 
Vernissage ce jeudi 15 mars

Emilio Lopez Menchero, Gare au gorille !

Non, Emilio Lopez Menchero ne tente pas d’être Georges Brassens. Il n’a pas plus décidé d’incarner le célèbre primate de la chanson, celui dont « avec impudeur, les commères lorgnent un endroit précis que rigoureusement ma mère m’a défendu de  nommer ici »…

Gare au Gorille ferait plutôt référence à  King Kong croisant Tarzan au bord de l’Hudson, au Yeti tibétain accompagnant Chang au cœur d’une fête populaire à China Town, à Tintin – prononcez Kuifje –  et au gorille de l’île Noire, noire comme l’or pétrolifère. La « cienaga » est une coulée de boue comme il en fuse lorsque jaillit le pétrole, la « cienaga » est un large boulevard qui relie, à Los Angeles, Sunset boulevard et West Hollywood. Gare au gorille ! Le titre de cette exposition convoque, en tout cas, l’inattendu. Et l’inattendu, c’est ici, la peinture. Toute l’exposition lui est dévolue.

D’Emilio Lopez Menchero, on connaît les performances, les photographies des « Trying to be », les interventions urbaines, temporaires ou pérennes, la réflexion socio politique dont il témoigne lorsqu’il s’empare des poncifs sociétaux et des images du monde. On ne connaît pas sa peinture, ce fantasme de gamin qui amena son père à lui offrir des tubes de couleurs, sans aucun délai ni retard, à la sortie d’une visite au Prado. Emilio Lopez Menchero avait alors quinze ans et n’a, depuis, jamais quitté les champs de la peinture. Ce n’est pas pour rien que l’œuvre fondatrice de ses « Trying to be » consista à s’emparer du regard de Pablo Picasso. Ce n’est pas pour rien qu’il y a un an à peine, il performait dans la salle Rubens du musée des Beaux-Arts de Bruxelles, titrant son intervention, non sans un certain lyrisme : « Autoportrait adolescent de mon éblouissement jaloux et de mon ébahissement illimité face à l’Histoire de la Peinture ! ». C’est aujourd’hui, comme dans l’urgence, deux expositions en une qu’il nous offre. Si la première consiste à revisiter sur le mode de l’autoportrait ses diverses incarnations en une série de regards, la seconde rassemble une douzaine de toiles très récentes qui, dans un jaillissement, rassemble et recompose l’ensemble de ses préoccupations.

Marie Zolamian, les désorientés

L’Académie des Beaux-Arts de Liège accueille du 9 au 20 avril  un  important programme intensif Erasmus, second projet de l’ « European Forum of History and Art ». Transdisciplinaire et  « cross-border network », ce programme réunit des universités et des écoles supérieures, provenant de Trèves, Sarrebruck, Dublin, Cracovie, Gdansk, Luxembourg, Paris, Montréal, Milan, Maastricht ou Kansas City, réunies en réseau.  Ateliers, colloques, conférences, ce forum européen focalisera  son attention sur les questions de migration dans les domaines économiques, politiques et culturels. « Melting Pot Migration in the Walloon région » est bien évidemment exemplaire en ces domaines tant la révolution industrielle du XIXe siècle a radicalement transformé le paysage humain de la région liégeoise.

C’est dans ce cadre, celui de la mixité, du patrimoine en mutation, des migrations volontaires ou forcées que s’inscrit l’exposition de Marie Zolamian, produite à la galerie

Plasticienne, et enseignante à l’Académie des Beaux Arts de Liège, conférencière dans le cadre de ce forum européen, Marie Zolamian est d’origine arménienne,  née à Beyrouth au Liban, installée en Belgique dès 1990, au lendemain « officiel » de la guerre au Liban. Elle a donc perdu l’Orient et titre son exposition : « Les désorientés ».  Ces questions de déracinement, de mémoire individuelle et collective, d’affiliation  ou d’appropriation sont au cœur même de son travail.

Marie Zolamian a réunit deux œuvres pour l’occasion. « After before » (2011) et « les Anonymes » (2011) ont pour point commun de métisser le son et l’image. Elles reposent toutes deux sur un récit, celui des sœurs Marthe et Betty,  deux augustines qui ont œuvré toute leur vie en l’ancien hôpital militaire d’Anvers, celui d’Alphonse Delagoen, jardinier en chef de la commune de Flemalle qui a pisté, jusqu’à Amsterdam, les six anciens bustes de la Maison Renkin.

Jeroen Van Bergen
Log cabins

Elles viennent d’être exposées à  Arco Madrid. Elles apparaissent dans une toile d’Emilio Lopez Menchero qui évoque les maisons de bois typiques des paysages qui bordent l’Hudson. Ce sont les « Log Cabins » de Jeroen Van Bergen.

Jeroen Van Bergen est un constructeur prosaïque, frénétique par le nombre de ses projets, doué d’un singulier sens pratique. Il érige, il bâtit dans l’espace, à toutes les échelles et se sert de tout matériau. Plasticien, il n’est ni architecte, ni urbaniste mais définit la construction comme une nécessité première. Il rejoint là un architecte bénédictin compatriote, Hans van der Laan, qui dès les années 30 énonça haut et fort sa volonté de retisser des liens entre l’acte technique de construire et notre besoin primitif de définir notre espace environnant. Qu’on s’en souvienne, Ludwig Mies Van der Rohe se déclarait aussi « constructeur ». Tout comme van der Laan, qui imagina bâtir suivant un nombre plastique et un enchaînement numérique de proportions mathématiques,  Jeroen Van Bergen bâtit en déclinant ses projets sur base d’un même module constitutif. Chez Hans van der Laan, promoteur d’une architecture spirituelle et liturgique, l’unité fondamentale était celle de la « cella », espace individuel d’action, de réflexion et de perception. Chez Jeroen Van Bergen, visionnaire d’une architecture critique et ironique, ce module de base aura les dimensions standardisées des toilettes, telles qu’elles sont fixées par la loi néerlandaise. Sa « cella » mesure 110 centimètres de large, 90 de profondeur, 260 en hauteur. Les dimensions de la porte sont de 210 sur 90 et l’éventuelle petite fenêtre qui permet de jeter un œil sur le monde mesure 45 centimètres sur 70. Voilà la divine proportion modulaire ; triviale, pragmatique, répondant aux standards et aux normes de Neufert.

Qui ne se souvient pas des toilettes au fond du jardin ? De ces cabanons constitués de quelques planches  mal jointes, un cœur percé à hauteur de regard, indiquant que ce n’est pas là qu’on range les outils du jardin ? Qui n’a pas fredonné les premiers mots de la chanson de Line Renaud, « Ma cabane au Canada est blottie au fond des bois, on y voit des écureuils, sur le seuil… ». Ces cabanons de fond de jardin sont à l’origine des dernières productions de Jeroen Van Bergen, toujours conçues sur le même module de base, les mêmes normes et prescriptions canoniques, ce standard des water closed, décliné en soupentes et frontons, contrevents, tours et terrasses garnies de leurs garde-corps.  Du fond du jardin, on se transporte au Montana, dans le grand nord américain, en quête des cabanes de trappeurs, de prospecteurs, d’aventuriers solitaires. Ces maquettes, Jeroen Van Bergen les nomme d’ailleurs « log cabins ».  A échelle, posées sur le sol, elles ne sont pas plus grandes qu’une niche pour chien. Reproduites au dixième de ces sculptures, maquettes de maquettes dès lors, installées sur présentoirs, elles pourraient constituer un catalogue tridimensionnel d’abris de jardin prêts à l’installation.  Comme quelques standards à la mode.

 

 

Aglaia Konrad, à propos de Monolith / Life

MONOLITH / LIFE
An art project by Aglaia Konrad and Willem Oorebeek

Monolith / Life is on an initial level an exhibition on the experience of sculptural architecture. The room is arranged as a route in which the visitor is invited to discover the connections between a series of images at his own tempo. The various set-ups define a free-standing exhibition structure that contains video projectors, screens and blacked-out areas. Kris Kimpe developed this spatial layout. The four architecture videos by Aglaia Konrad that were selected were originally produced as 16mm films. They lead us into a world where architecture and sculpture are closely interwoven.

Sculpture enters into an alliance with the scale, structure and functionality of buildings, while the buildings play with the formal idiom, weight and surface effects characteristic of sculpture. Aglaia Konrad filmed three emblematic examples of abstract sculptural buildings of the sixties and seventies.

They illustrate how the mutual interweaving yields new spatial experiences. At that time, the use of concrete for aesthetic purposes was quite innovative.

Sculpture House (2007) takes us to the sculpture house by the architect Jacques Gillet et al. in Angleur near Liege; Concrete & Samples I (2009) focuses on the Church of the Holy Trinity in Vienna by the sculptor Fritz Wotruba; Concrete & Samples II (2009) analyses the Blockhaus (the church of St. Bemadette-du-Banlay by Claude Parent and Paul Virilio) at Nevers in France. The surroundings are made abstract; there is no story, nor any people. The buildings are the protagonists. At a steady pace the camera very slowly probes the interior and exterior forms, interrupted sporadically by a moment of stillness. The viewer shares in an intense architectural experience, which verges on the tangible. If the viewer were at the building itself he would rarely take up so many viewpoints and stop so long for the sober compositions. Everything of importance is shown: the articulation of details, the interplay between the solid blocks and the negative spaces, the surface traces, the view through from inside to outside or, on the contrary, its opacity, the contrasts between dark and light, reflection, the indentations and protrusions, the walls, straight as a die or curving. The whole thing unfolds like a concentrated walk that does not leave us feeling indifferent. Even though the practical viability of these buildings is debatable, they succeed all the more in arousing an intense experience.

We experience the fact that architecture is more than pure construction, but equally we experience the time spent in the void and the light. Or in other words, we experience them as bearers of a vision on a fragment of time/space which is methodically isolated from the universal time/space. The handling of negative space, dosing the incidence of light and applying the right proportions are fundamental ingredients that are not apparent in the plan of a building but play a leading part in Konrad ‘s films. In this ‘organic’ architecture, the surrounding space, the incident light and man all enter into a smooth association with the structured materials. The freestanding building is embedded in a broader community, which in it apparent absence is nevertheless actually present temporal dimensions. The sculptural architecture becomes mixed up with a third component, nature. The sculptural effect arises precisely because of its negative form, by removing material with which to build elsewhere. But the panorama in Carrara is no less impressive than the artistic products for which it provides the raw materials. There is of course the ecological footprint on a part of nature. At the present speed of excavation, the exhaustion of the quarry is already visible on the horizon.

In her work, Aglaia Konrad has always had an eye for the broad urban context of architecture and flows of people. In the four abovementioned films she lets us wander quietly in and around the sculptures. The eye moves with the camera and is absorbed into the structure. But behind the silence lies the advance of time and the collective action of communities that bring the architecture to life.

Architecture needs social structures that both guarantee certain stability and remain mobile. This is expressed in the film Angertal (2011), a collective project by Galatia Konrad and Willem Oorebeek about an anthill in a mountain valley in Austria. The insects maintain a collective structure that seems both simple (an accumulation of found material) and incredibly complex. The swarming of the creatures in particular raises questions about how and why the structure comes into being. Where are they going, always in opposite directions, who coordinates what, what is their purpose when they make an about-turn? Yet in this apparent chaos there must be an almost mathematical organisation, because the result is there to see architecture, a movement distributed equally over a well-defined surface, food and reproduction, all endless in time. But with our human intellect we cannot grasp the logic of the ants. There must surely be a form of internal communication that is not based on one indispensable ant, but on the number of ants.

All the films show the endless structures of the unbridled urge to build. The parallels between The Tower of Babel, experimental architecture and the anthill are obvious. They are all project s that mobilise communities for a sublime image whose horizon lies outside the picture. The Tower of Babel and numerous architectural projects may well have failed in their unrestrained intentions, but their thread is always taken up again in the course of time. Willem Oorebeek has made a print of a crumpled postcard showing a reproduction of the famous painting by Pieter Breughel, which was in its turn inspired by a passage in the Bible. Artists reproduce existing visual material in a different context.

To round off the exhibition we come face to face with several figures striking for their exclusive pose and appearance. In this instance man appears life-size, while the people and ants we had previously seen relate to the proportions characteristic of the film medium. Both networks – the collective and the exclusive – define the social structures that set the building structures in motion. Throughout all the ramifications and reproductions, the fundamental patterns of social behaviour recur in different forms.

Filip Luyckx

Orla Barry, Walter Swennen, Le Grand Atelier au Mac’s

Walter Swennen, Tôle ondulée (Moke), Huile sur toile, 60 x 50 cm, 2000. Collection MAC’s, Grand-Hornu. – Nid d’oiseau

Le grand Atelier est une exposition principalement conçue et voulue pour les enfants même si celle-ci est bien entendu ouverte à tous les publics. La volonté est toutefois de considérer l’enfant comme un regardeur autonome, capable, au même titre que l’adulte, d’apprécier le pouvoir d’évocation des images.

Soucieux de créer un environnement propice à l’observation tranquille, Laurent Busine a imaginé un dispositif d’accrochage qui permet aux plus jeunes mais aussi aux adultes, d’appréhender les oeuvres avec la même qualité, à portée du regard de chacun.
Que ce soit des oeuvres d’art au sens strict – comme la série de treize dessins « Le problème de la maison » de René Magritte – ou de simples empreintes de la vie – comme des nids d’oiseaux ou des fleurs -, les pièces réunies au sein de l’exposition recouvrent plusieurs thématiques dont principalement : la famille, la maison ou encore l’écriture.
L’ambition est que celles-ci puissent surprendre le visiteur tout en offrant aux enfants l’opportunité d’éveiller leur curiosité.
Avec les oeuvres d’anonymes et de Orla Barry, Christian Boltanski, Balthasar Burkhard, Jean- Marc Bustamante, David Claerbout, Simona Denicolai et Ivo Provoost, Rineke Dijkstra, Jean Fautrier, Seydou Keïta, René Magritte, Guy Rombouts & Monika Droste, José Maria Sicilia, Walter Swennen, Mona Vatamanu et Florin Tudor, …

A propos de l’exposition
Par Laurent Busine

S’adresser aux enfants comme à des « hôtes de marque »
Ceci est une exposition conçue et voulue pour les enfants.
Il ne s’agit pas d’y présenter des oeuvres ou des objets que nous pensons être « à la portée » des enfants mais bien de disposer à leur attention des oeuvres qui leur sont destinées parce qu’elles envisagent les aspects du monde dans son infinie diversité sans fermer quelque porte que se soit.
Le grand Atelier est celui de la vie.
Le grand Atelier est celui des enfants que nous accueillons comme des personnes responsables, des visiteurs sérieux ouverts sur le monde ou, suivant les termes de Françoise Dolto, nous nous adressons aux enfants comme à des « hôtes de marque ».
Les enfants, qui se trouvent au départ de leur existence, ont sous les yeux l’incroyable possibilité de s’intéresser, de voir ; de regarder tout ; d’être curieux de tout de la même manière.
Au fur et à mesure qu’ils jetteront les yeux sur l’une ou l’autre chose, ils opéreront inévitablement des choix et cerneront le champ des options qui les conduiront à l’âge adulte. En ce sens ils seront aidés ou détournés dans leurs choix par le milieu familial, l’éducation, l’instruction, le goût qu’ils développent, le destin ou le hasard.
Nous voulons leur proposer de regarder les images du monde de manière simple, tranquillement, en observant seulement ce qu’elles contiennent de possibilités innombrables car, tous, nous ne voyons, nous n’entendons pas, nous ne racontons pas, nous n’écrivons pas les choses de la même manière.
Nous ne tenons à donner aucune leçon, pas plus qu’un quelconque mode d’emploi ; nous n’ignorons pas que chacun peut, suivant ses intérêts modifier le cours de son existence, adulte, suivant sa réflexion, ses rencontres et ses connaissances.
Nous voulons montrer le monde varié et riche : il est plein de surprises et d’images fortes qu’il est heureux de voir un jour ; puissent ces images s’imprimer un jour dans le souvenir des plus jeunes.
C’est ce jour que nous cherchons à éclairer aujourd’hui.

Le Grand Atelier
Traité de l’admirable diversité de la vie et du monde à l’usage des enfants.
Au MAC’s jusqu’au 3 juin 2012.

Orla Barry, The Girl in the Red Swimsuit and the Barmaid  (De la série « Foundlings ») Photographie 100 x 100 cm 2002-2004, Collection MAC’s, Grand-Hornu – Crâne humain, 12 x 17 cm. Collection particulière

Jacqueline Mesmaeker, Le Salon des Placards, 2002-2012

En 2002, le salon aux placards de l’hôtel des Consuls à Uzès  est devenu, le temps d’une exposition, le « Salon des placards » de Jacqueline Mesmaeker, une œuvre in situ dont subsiste le film : « J’ai vu que tu n’as pas vu » que nous évoquions plus haut. Aujourd’hui, dix ans plus tard, le salon de l’hôtel d’Uzès est une galerie et les placards sont devenus vitrines. L’œuvre, ainsi revivifiée en une seconde configuration, s’appelle toujours « Le Salon des Placards ». Elle est, par nature, processuelle. Veillées par les « Charlottes » qui les surplombent dans l’exposition, chacune de ces vitrines est comme une serre qui protège les images et documents conservés par Jacqueline Mesmaeker. Voisines des « Charlottes », « Les Lucioles » évoquent  des images fragiles, passagères et intermittentes ; elles survolent également ces vitrines. Cette constellation de lucioles, lueurs dans l’obscurité, sont comme ces pléiades d’images et de documents que Jacqueline Mesmaeker a déposées dans les vitrines.  Lorsqu’à propos des Lucioles, j’ai évoqué leur disparition et le texte de Pasolini, cette lettre qu’il adresse à son ami Farolfi en 1941, Jacqueline Mesmaeker m’a simplement répondu : « Pasolini est une luciole ». De fait, il pourrait aussi habiter les vitrines, les placards de Jacqueline Mesmaeker. Quant au film « J’ai vu que tu n’as pas vu », il voisine ce « Salon des Placards » en vitrines, comme un contrepoint : surgies dans des temps différents, dans des situations distinctes, ici rassemblés pour une exposition, ces quatre travaux dialogues et se répondent.

Rien, en effet, n’est arrêté. Le Salon des Placards est en mouvement. Cette pléiade d’images et de documents peut faire l’objet  de multiples agencements, susciter de nouvelles propositions en fonction de multiples facteurs, créant dès lors et sans cesse de nouveaux dialogues entre les images, sans épuisement aucun.

Je relis les premières lignes de « Atlas » de Borges, où il fait référence à ses  conversations avec le poète Alberto Girri et le critique Enrique Pezzoni, tous deux à l’origine d’ « Atlas », qui assurément n’en est pas un, cette suite de très courts textes, rédigés au fil du temps et aux quatre coins du monde accompagnés de photos souvenirs, le plus souvent prises par Maria Kodama. « Ce livre, le voici. Il n’est pas le fait d’une suite de textes illustrés par des photographies ou une suite de photographies expliquées par des épigraphes ». C’est, écrit Borges, « un livre savamment chaotique ». Quatre ans plus tard, en 1987, son épouse, Maria Kodama, épiloguera : « Qu’était un atlas pour nous Borges ? Un prétexte pour enraciner dans la trame du temps nos rêves faits de l’âme du monde ». Les vitrines de Jacqueline Mesmaeker sont également savamment chaotiques.  Elles rassemblent de petites choses disparates, qui du coup, parce qu’elles sont mises côte à côte, se mettent à dialoguer et s’éclairent mutuellement. Oui, il s’agirait bien ici d’un atlas, au sens où l’entend Didi-Huberman. Comme un atlas, sans début, sans fin, l’œuvre de Jacqueline Mesmaeker ne possède pas de forme définitive. Son agencement s’apparente à des planches, des tables.  Nous feuilletons l’œuvre à loisir, laissant divaguer notre « volonté de savoir », il nous est possible d’en arpenter les bifurcations en tous sens, « moyennant quoi, précise Didi-Huberman, nous ne refermons le recueil de planches qu’après avoir cheminé un certain temps, erratiquement, sans intention précise, à travers sa forêt, son dédale, son trésor. En attendant une prochaine fois tout aussi inutile ou féconde ». Oui comme un atlas, le Salon des placards est inépuisablement généreux, c’est « une forme visuelle du savoir et une forme savante du voir ». Les tableaux que l’œuvre compose, ces tables d’images, font d’emblée exploser les cadres. In n’y a là aucun axiome définitif. Nous campons dans le domaine du sensible, de la disparité et les zones interstitielles d’exploration sont nombreuses. Le principe actif, le moteur n’est autre que l ‘imagination. Tant dans sa conception que dans sa lecture, le Salon des Placards reconduit de nouveaux rapports, de nouvelles correspondances « qui, précise encore Didi-Huberman, seront elles-mêmes inépuisables comme est inépuisable toute pensée des relations qu’un montage inédit, à chaque fois, sera susceptible de manifester ».  Cartographie de la mémoire, assurément, le Salon des Placards laisse aux choses leur anonyme souveraineté, leur foisonnement et leur irréductible singularité.

Dans l’Atlas de Borges, cet ensemble de quarante quatre petits textes, voisinent un totem, une tour de pierre, le désert, la ruine d’un temple grec, des coins de rues à Buenos Aires, des rêves, des tables d’ardoises, des encyclopédies dont les textes ont une fin mais pas de début, l’archétype d’une brioche, un tigre vivant, Madrid, Venise, Genève, Berlin ou Epidaure. Dans cette vitrine du Salon des Placards de Jacqueline Mesmaeker cohabitent la reproduction d’ une Figure de Pablo Picasso, un envoi de Michel Angelo Pistoletto, le texte  dactylographié de la conférence de Lacan à Louvain en 1972, un ouvre boîte de concentré de bœuf, la reproduction d’un rare plateau en forme de chrysanthème, une fourchette à escargot, une cuillère turque en fer blanc, des gousses de Catalpa ramassées au cimetière Picpus à Paris, non loin de la fosse commune des guillotinés de la place de la Nation, une invitation de la galerie Ugo Ferranti à Rome, une autre de la galerie Eva Menzio à Turin, un miroir de dentiste, la reproduction d’une lettre autographe d’Edward Lear, avec deux petites caricatures sous la signature, deux textes dactylographiés dont le second est une simple phrase : « Ce qui change, c’est ce que nous voyons ».

 

Capitaine Lonchamps, Only you, only me, BIP 2012

Capitaine Lonchamps participe à l’édition 2012 de la Biennale Internationale de la Photographie et des Arts Visuels de Liège qui se tient dans divers lieux de la ville du 10 mars au 8 mai, biennale dont la thématique touche cette année aux images de l’amour et à l’amour de l’image.

Combien d’histoires d’amour sont-elles nées au Fresnoy à Tourcoing du temps où celui-ci n’était pas encore Studio national des arts contemporains mais bien un vaste complexe de divertissement, créé en 1905, abritant brasseries et salle de cinéma, dancing et salle de patinage à roulettes, piscine et manège ? Combien de romances, de comédies sentimentales, de films aux amours tragiques ont-ils été projetés dans la grande salle de cinéma du Fresnoy, là où mille personnes pouvaient se presser dans l’obscurité ? Capitaine Lonchamps a enneigé les lettres de l’ancienne enseigne du cinéma du Fresnoy. Oui, le cinéma participe de cette « science des solutions imaginaires » qui habite Capitaine Lonchamps, et même, il véhicule celles-ci ; il articule le réel, le symbolique et l’imaginaire. Le cinéma est territoire d’imaginaire. L’invention du cinéma est déjà en elle-même le résultat d’un imaginaire, l’aboutissement d’une réflexion issue du cerveau de nombreux rêveurs, la concrétisation, à des siècles d’intervalle, de la caverne de Platon. Image d’Epinal, certes, mais jusqu’à preuve du contraire, personne n’a jamais rien trouvé de mieux pour montrer le côté à la fois réel et imaginaire de l’image projetée et la conscience d’être dans un univers qui, dès 1909, faisait dire à Apollinaire « Le cinéma est créateur d’une vie surréelle », une notion que reprendra André Breton dans son Manifeste du surréalisme en 1921.
Sous cette enseigne enneigée, Capitaine Lonchamps accroche six photographies, des images d’un film, six clichés  promotionnels, ceux que la production distribue à la presse, aux distributeurs et exploitants de salles de cinéma. Celles-ci proviennent d’un ancien cinéma liégeois où l’on projeta « Un peu d’amour », un film de Hans Steinhoff avec Madeleine  Ozeray et Marcel André, tourné en 1932. Le pitch ? Miette, petite fille des rues, s’est amourachée d’un banquier ruiné. Pour lui, elle devient audacieuse et lui donne le moyen de reconquérir sa fortune. En ne demandant qu’un peu d’amour, elle trouve l’amour véritable. Pardon, non, je reprends : Miette, petite fille des rues, s’est amourachée de Snowman ruiné. Pour lui, elle devient audacieuse et lui donne le moyen de reconquérir sa fortune. En ne demandant qu’un peu d’amour, elle trouve l’amour véritable.

Capitaine Lonchamps
Neige 2010
Photographies NB rehaussées à l’encre et l’acrylique. Sur des photos de : « Un Peu d’amour, film de Hans Steinhoff avec Madeleine  Ozeray et Marcel André (1932) »
6 x 28,5 x 25 cm

Le Communiqué de BIP 2012 :

La Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège (BIP) met à l’honneur les multiples facettes de la photographie contemporaine en les confrontant à d’autres aspects de l’image d’aujourd’hui, en particulier la vidéo.
Organisée par le Centre culturel de Liège – « Les Chiroux », la Biennale combine les exigences d’une programmation artistique ambitieuse avec une accessibilité la plus large possible. De même, l’événement met à l’honneur de jeunes artistes émergents tout en invitant à Liège des créateurs de renommée internationale. Chaque édition est l’occasion unique de découvrir la création visuelle d’un pays hôte d’honneur, invité à présenter une sélection de ses artistes à Liège. BIP2012 se tiendra du 10 mars, jour de l’ouverture, au 6 mai 2012. Elle explorera à travers sept expositions, dont deux dans l’espace public, les facettes de la thématique ONLY YOU ONLY ME // images de l’amour, amour de l’image
L’exposition phare de BIP2012 « ONLY YOU ONLY ME » investira l’entièreté du Mamac jusque dans les sous-sols, anciennement destinés à la conservation des toiles et des sculptures et entièrement investis pour l’occasion par des installations et des vidéos.

Nan Goldin sera à l’honneur au Mamac avec une projection monumentale de son oeuvre majeure, The Ballad of SexualDependency, entourée d’Erwin Olaf, de Sylvie Blocher, de Jason Lazarus, de JH Engström, d’Eric Rondepierre, d’Elina Brotherus, de Thomas Chable et de très nombreux autres artistes.

Plusieurs autres expositions sont proposées, parmi lesquelles «FROM HOLLAND WITH LOVE», au Hangar B9 (Institut Saint-Luc), qui présentera un panorama de la création contemporaine photographique aux Pays-Bas (avec entre autres Useful Photography et Koos Breukel), autour de la figure tutélaire d’Ed van der Elsken, pour la première fois montré en Belgique. Cette exposition, organisée sous le commissariat de Frits Gierstberg, curateur principal au Nederlands Fotomuseum à Rotterdam, est le résultat de l’invitation lancée par BIP2012 aux Pays-Bas, pays hôte d’honneur de cette 8ème édition de la Biennale.

Après de nombreuses éditions centrées autour d’un thème d’actualité ou de société, BIP2012 se construira autour d’une thématique à la tonalité très différente. En effet, c’est L’Amour qui, pour cette 8ème édition, va guider la programmation. Sous le titre « ONLY YOU ONLY ME. Images de l’amour, amour de l’Image », BIP2012 ira à la rencontre de ce sentiment éminemment paradoxal et complexe, source de joie profonde et de chagrin infini, de passion et de solitude, fondement de la vie et d’incompréhensions. Derrière ce mot pluriel, on voit surtout se dessiner un transport, un élan qui nous entraîne vers l’autre et qui, souvent, espère et attend un retour en écho. Narcisse cherchait à rejoindre son reflet comme on cherche à toucher l’horizon. L’autre est radicalement différent du même que l’on espérait. L’amour n’atteint jamais son but. Frustration, manque, absence, rupture, finitude, solitude : on n’arrive jamais à la destination de l’amour. Seul le mouvement compte. A la recherche de ce qui devrait le combler, l’amoureux, sous toutes ses formes, est un insatisfait chronique, un manquant. L’amour étreint les coeurs et les corps aussi. Dans le grand jeu de la séduction, le regard joue un personnage central. Le plaisir sensuel et la pulsion scopique, la pulsion du voir, n’ont jamais été très éloignés. L’oeil mobilise l’imagination érotique. Voici peut-être pourquoi image et amour ont quelque chose à voir ensemble. Le mythe de la naissance de la peinture (qui pourrait tout autant être celui de la naissance de la photographie) en témoigne : pour garder une trace de son amant la veille de son départ pour un long voyage, une jeune fille de Corinthe recopie le trait du contour de son visage sur le mur, à la faveur de la lueur d’une bougie qui y projette son ombre. On aime l’image comme on aimait l’amant, tendrement, sensuellement, amicalement. Si l’amour rend aveugle, ne resterait-il que l’image pour retrouver son chemin ?

Au Mamac

Au MAMAC/CDE se tiendra l’exposition-titre de BIP2012 qui rassemblera près de quarante artistes sur le plateau du rez-de-chaussée mais aussi au sous-sol, vidé des tableaux de la collection et entièrement dédié aux installations vidéos.
Pour la première fois, les spectateurs pourront ainsi découvrir les caves du MAMAC, transformées pour BIP2012 en espace d’exposition : une occasion unique de découvrir cet espace habituellement inaccessible, avant la fermeture du musée en vue de sa rénovation prochaine.
Ce double espace, qui représente plus de 2500 m2, accueillera entre autres Nan Goldin (US) qui présentera, pour la première fois en Belgique, son oeuvre majeure, The Ballad of Sexual Dependency, un slide show de plus de 800 images, mis en musique par l’artiste. On pourra également découvrir les photos de Rhona Bitner (USA), Elina Brotherus (FIN), Antonio Caballero (MEX), Patrick Carpentier (B), Thomas Chable (B), Chris Verene (US), JH Engström (SWE), Sibylle Fendt (D), Miyoko Ihara (JPN), Jason Lazarus (USA), Eric Rondepierre (F), Michelle Sank (ZA), Douglas Gordon (UK), Jean-Claude Delalande (F), Daniele Buetti (CH), Willy Del Zoppo (B), Chrystel Mukeba (B), Moïra Ricci (IT), Capitaine Lonchamps (B), Roland Fischer (D), Pierre & Gilles (F), Arnis Balcus (LVA), Sarah Mei Herman (NL), Erwin Olaf (NL) ainsi que des vidéos et installations de Angel Vergara (B), Ian Burns (AUS/US), Sylvie Blocher (F), Marina Abramovicz (YUG) et Ulay (D), Nicolas Provost (B), François-Xavier Courrèges (F), Michelle Naismith (SCT/B) et Hubert Marécaille (F/B), Kelly Mark (CAN – à confirmer), Patty Chang (US), Sam Taylor-Wood (UK).

« L’éprouvé de l’amour, comment le dire, comment le peindre, comment le représenter ? Entre le cliché de l’amour, l’image d’Epinal rose bonbon ou rouge vif, et les clichés amoureux, hétéroclites comme nos vies et nos histoires, étrangers à tous sauf à nous-même, que partage-t-on de l’amour ? L’hypothèse de BIP2012 est que l’on partage des formes et des figures. A défaut de partager l’amour lui-même, c’est son image qui nous émeut, qui réveille notre mémoire, notre flamme comme nos chagrins. Ici, les images de l’amour, émouvantes, déroutantes ou simplement captées dans le flux des regards et des corps, sont le fait d’artistes qui ont décidé, un jour, de porter leur regard, directement ou de biais, sur cette étrange inclination. Prises au quotidien, trouvées, retravaillées, inventées, mises en scène, elles donnent formes à cette agitation, cet élan, cette ivresse, ce ravissement, cette mélancolie, cet abandon, cette quête… Elles luttent contre la disparition. Amour de l’image pour garder une image de l’amour, avant que… » (Anne-Françoise Lesuisse)

 

 

 

Aglaia Konrad, Monolith / life, Bruxelles

L’exposition “Monolith / life” , dialogue entre Aglaia Konrad et Willem Oorebeek, produite en septembre dernier à la Villa Romana à Florence, à l’invitation d’Angelika Stepken, est aujourd’hui proposée à Bruxelles, dans une nouvelle configuration spatiale. St-Lukasgalerie. Vernissage ce 8 mars. Accessible jusqu’au  21 avril.

Le communiqué de presse de la Villa Romana :

“Monolith/ life” is a joint exhibition by Aglaia Konrad (born in Austria, in 1960) and Willem Oorebeek (born in the Netherlands, in 1953). Both live in Brussels but have never exhibited together before. While Aglaia Konrad explores the structure of spaces and perspectives, the appropriation of space and the composition of social forms through the medium of photography and film, Willem Oorebeek works with levels of perception in the printed and pictorial media.

The starting point for their joint exhibition in Florence was a 16mm film Aglaia Konrad shot in the marble quarries of Carrara in 2010 while resident as an international visiting artist at the Villa Roma. It is part of her cycle of 16mm films, “Concrete & Samples”, dedicated to sculptural architects, which is now being shown in full.

Also premiered is the video “Angertal”, which records the architecture of ants in a small biotope in an Austrian valley and intercuts the diligent work of the insects with fundamental questions about senses of belief, perspective and orientation. “Angertal” is being shown in the new garden pavilion of the Villa Romana.

The “Monolith/ life” exhibition thematizes the presentation of films in a space installation developed specially for the rooms of the Villa Romana in collaboration with the Belgian architect Kris Kimpe. It is accompanied by a printed edition, which bears a motif based on Bruegel’s “Tower of Babel”.

Le communiqué de presse de St-Lukasgalerie

In ‘Monolith/ life’ presenteren Aglaia Konrad (1960 in Salzburg, AT) en Willem Oorebeek (1953 in Pernis,NL)voor de tweede maal hun werk in een gezamenlijke tentoonstelling. Beide kunstenaars leven en werken in Brussel, Aglaia Konrad is verbonden aan Sint-Lukas Brussel als docente.

Deze expo vormt een vervolg op hun eerste presentatie in Villa Romana in Firenze. Door middel van fotografische media en film van architectuur en sociale ruimte onderzoekt Aglaia Konrad structuren van stedelijke ruimte en urbanistische uiteenzettingen. Willem Oorebeek werkt al zo’n dertig jaar met waarnemingsvormen van mediale beelden en gedrukte media.

Als uitgangspunt voor deze gezamenlijke tentoonstelling dient de 16mm film die Aglaia Konrad in 2010 in en omtrent de marmergroeven van Carrara draaide. Deze film is een onderdeel van de cyclus van 16mm films « Concrete & Samples » die gewijd is aan het begrip sculpturale architectuur en die nu in zijn geheel zal worden getoond.

Daarnaast gaat de video « Angertal » – door beiden voor deze gelegenheid gemaakt – in première. Hierin wordt de architectuur van mierenkolonies opgetekend in een beperkte biotoop in een dal in Oostenrijk. De video verbindt de onverdroten arbeid van de insecten met fundamentele vragen omtrent geloof, positie en oriënteringszin. “Angertal” wordt getoond in een speciaal daarvoor ontwikkelde installatie.

De tentoonstelling thematiseert tevens de presentatie van film door een installatiegebonden ruimtelijke organisatie, waarvoor samengewerkt wordt met de architect Kris Kimpe. Ter begeleiding van de films en video wordt er een digitale druk van een door Willem Oorebeek bewerkte versie van de « Toren van Babel » van Breughel in de tentoonstelling opgenomen.

 

 

Walter Swennen, Kapsaloniki, Garibaldi

Walter Swennen expose dès ce dimanche 4 mars et jusqu’au 21 avril à la galerie Arti Capelli à s’Hertogenbosch (Pays Bas) en compagnie d’Amelie De Brouwer et de Lieven Segers.

Le Communiqué d’Arti Capelli :

Walter swennen (1946) woont en werkt in Brussel. Hij is sinds 1960 werkzaam als kunstenaar, waarbij hij zich vanaf 1980 toelegde op schilderen. Er bestaat geen twijfel over dat hij wordt gerekend tot de belangrijkste schilders van België. Zijn invloed op de eigentijdse kunst is overduidelijk waarneembaar. Aan hem is bij herhaling gerefereerd als België’s best bewaarde geheim. Swennen conceptualiseert het leven zelf in schilderijen die een sterke relatie met herinnering en verbeelding kennen. Maar tevens blijken die werken een verhandeling over de schilderpraktijk zelf te zijn. Achter de aanlokkelijk geschilderde of getekende herkenbaarheid gaat een wereld van poëzie en verwondering schuil en zachtmoedige anti-antwoorden op de kunst van vandaag. Hij exposeerde in een substantieel aantal belangrijke galerieën en musea in België, Duitsland, Frankrijk en Groot-Brittannië. Op dit moment loopt de tentoonstelling Garibaldi slept here in de Kunstverein Freiburg.

Au Kunstverein de Freiburg (DE), il expose en compagnie d’Alexander Heim jusqu’au 11 mars. Titre de l’exposition : Garibaldi slept here

Le Communiqué du Kunstverein : 

Walter Swennen (*1946, Brüssel) wringt aus dem Akt der Malerei verzweifelten Humor. Ironie, verwaschene Erinnerungen, falsch buchstabierte Namen sowie Ausrufe werden miteinander kombiniert und kämpfen um einen Platz auf der Bildoberfläche. Geschwächte Anklänge altmodischer Pop Art-Symbole treten aus dem Grund malerischer Abstraktion hervor. Cartoonartige Motive sind oft kurz davor, sich in reine Formen und so im Material des Malprozesses aufzulösen. Aus dem Gespür für Zwecklosigkeit von Formalismus und Darstellung erfindet Swennen eine erregte malerische Sprache.

Jacqueline Mesmaeker, revue de presse (3)

Lu dans l’Art Même :

Le texte :

Jacqueline Meesmaeker
La Discrète

Jacqueline Mesmaeker œuvre depuis 1975. Elle expose depuis la même année. Dans la plus parfaite discrétion, par pure nécessité. Chez elle, dans un jardin, chez des particuliers, dans des écoles (La Cambre, l’Erg, Saint-Luc), des centres d’art (L’iselp, IKOB, Espace 251 Nord, Argos…), des livres. Seule, entre amis, en groupe. En coulisse du Grand Tour, en appoint de la « Longue Marche ».
Aujourd’hui convergent de délicates attentions qui rendent ce parcours visible, épellent ses énoncés, déploient son étendue, creusent sa profondeur. Un livre d’abord, coordonné par Olivier Mignon, publié chez (SIC) – couper ou pas couper, éclairant 41 travaux, rassemblant les apports de quatorze auteurs[1]. Une exposition ensuite, proposée par la galerie Nadja Villenne, associant quatre dispositifs sous l’enseigne Le premier jour du mois,…[2] Salutaire reconnaissance pour les uns, radieuse révélation pour les autres. Dont je suis…

Fiat lux

J’ignorais en effet absolument tout de ce dense corpus avant qu’on ne me confie le présent feuillet. Et, à ce stade, je ne puis qu’en balbutier quelques traits. D’abord ceci : cette œuvre n’érige pas, ne déclame pas, n’assène rien. Elle ne convoque pas, elle invite. Elle invite à cheminer à ses côtés, plus justement en son sein, pour trouver une clairière, un espace de clarté, une lumière. Lumière, fantôme bien vivant de cet opus, scintillant dans cette surface de parking dorée (Parking en or, 1984), oscillant comme feux de détresse aux deux pôles d’un balancier placé au seuil d’une marine (L’androgyne, 1986), révélant par radiographie l’identité de l’hôte involontaire coulé dans un monolithe de béton, à savoir… un chandelier (Stèle, 1989). Lumière prise pour telle, comme principe actif : faisceau d’une lampe traversant une bouteille d’eau (La pêche à la lumière, vidéo, 2007) ou morsures d’une lampe de poche sur le verre d’une photocopieuse (Les lucioles, 2011).
Et cette lumière que cherche et attend l’œuvre de Jacqueline Mesmaeker, cette lueur qui scintille en ses fonds, n’est pas celle d’une vérité révélée. Elle est d’abord le fruit d’une disponibilité, celle dont parle Peter Handke, ici dans son Essai sur le juke-box : « (…) en même temps qu’il se laissait aller à sa rêverie, à l’unisson du juke-box et sans cette observation qui lui répugnait tellement, il arrivait souvent que le reste autour de lui prenait force et présence. Ce qui devenait vraiment présent, ce n’était pas ce qu’il y avait de frappant ou d’attirant que bien plutôt ce qui était usuel, les couleurs et les formes coutumières, et cette présence forte (…) était ce qu’il y avait de plus précieux – rien qui eût plus de valeur et qui fût plus digne d’être transmis ; les choses prenaient une présence comme ne la leur donnait qu’un livre qui éveillerait à la circonspection »[3].
Il me semble que c’est vers cette « présence forte » que le travail de Jacqueline Mesmaeker nous convie à marcher. Cette clarté qui luit subitement au moment où une image, un son, un objet, une page, une scène semblent en accord avec l’être et le monde, connectent l’être au monde.  Quand on marche, quand on est, quand on voit, quand on lit, quand on touche… Brève luisance qui, bien vite effacée, nous renvoie enrichis au cours des jours, mais de nouveau dissociés. J’ai annoté ce livre, souligné cette phrase, griffé la marge au crayon, lié deux mots, cerclé ces trois autres. Je ne sais plus pourquoi. Il n’est que de revenir au tome et aux empreintes que j’y ai laissées pour tenter de recouvrer la subite blancheur de l’expérience. Nécessairement déplacée, modifiée. Alors, je recompose, redispose, relis, surligne et annote encore. Et je parle, échange, recopie un extrait que j’envoie à C, à Z, à X, qui rebondit, m’adresse d’autres mots, confirme mon expérience, l’élargit ou la conteste.

Le festin de Babette

Secret outlines : ce sont des livres traversés par Jacqueline Mesmaeker, l’Essai sur la fatigue de Peter Handke, la Théorie de la culture de Malinowski, l’analyse de Marx et Engels par Lénine…  La lectrice a très discrètement crayonné les pages :  ici, un axe vertical partage le texte en deux. Là, une brève sinuosité, à peine sensible. Ailleurs, un écusson dans le coin supérieur droit, comme un cachet de bibliothèque ; un trait rouge obstiné qui joint tous les mots, suture le texte ; une étoile dorée sur un titre…
C’est l’activité de la lecture, la lecture comme acte, comme écriture, qui, à l’appui de ses marques, « met en évidence l’énergie [qu’elle suscite], l’ouverture des potentialités qui emportent le lecteur bien au-delà du texte »[4].
Au-delà du texte, c’est-à-dire hors de lui, offert à d’autres regards, à une observation commune, partagée. Le partage, la transmission, sont les moteurs fondamentaux de Jacqueline Mesmaeker qui, plutôt que de dessiner des horizons factices, se contente de déléguer des supports (des témoins) brûlés de son propre écho, de sa propre activité, activité « dont l’artiste, précise encore Olivier Mignon, n’est pas le titulaire mais le témoin fervent et le passeur habile »[5].
Dans la tradition juive, il est de coutume de dresser la table en laissant un couvert vide, pour le Messie, au cas où… Nul messie n’est attendu à la table de Jacqueline Mesmaeker, mais tout convive dont le goût et l’appétit nourriront plus encore la saveur des mets disposés.

Laurent Courtens

[1] Jacqueline Mesmaeker. Œuvres 1975-2011, sous la direction d’Olivier Mignon, (SIC)- couper ou pas couper, Bruxelles, 2011
[2] Jacqueline Mesmaeker. Le premier jour du mois,… Galerie Nadja Vilenne, 19.12.11 > 12.02.12, http://www.nadjavilenne.com/
[3] Peter Handke, Essai sur le juke-box, NRF-Gallimard, collection Arcades, Paris, 1992 , p.69
[4] Olivier Mignon, dans l’introduction à Jacqueline Mesmaeker. Œuvres 1975-2011, op. cit., p.8
[5] Ibidem

Jacques Lizène, une performance un peu Lourde(s), publication

Nous évoquions tout récemment  la livraison de « Semaines » consacrée à l’exposition d’Honoré d’O  au Parvis, centre d’art contemporain d’Ibos, commune périurbaine de Tarbes. Dans la foulée, voici le premier « Yearbook » de ce centre d’art dirigé par Magali Gentet. On y trouve Jacques Lizène, aux côtés d’Arnaud Labelle Rojoux, Xavier Boussiron, Dora Garcia, les frères Chapuisat, des chimères et hybrides de la collection du FRAC Midi Pyrénées. Une dizaine de pages  sont consacrées au Petit Maître liégeois, archives visuelles de son exposition « Apparition au Parvis de Pau ». « Là, il réactive plusieurs œuvres, écrit Magali Gentet. D’abord un « Lotissement de cimaises », œuvre performative et ludique à laquelle il convie différentes personnalités : des artistes sont invités à accrocher avec lui une œuvre (parmi eux Arnaud Labelle Rojoux, Xavier Boussiron et Hyppolite Hentgen), mais aussi des étudiants de l’école des Beaux-Arts voisine, une classe de maternelle, des aquarellistes du dimanche ou encore le club de boulistes local. Le soir du vernissage, Lizène propose également une « performance un peu Lourde(s)… Lourdes comme la ville bien sûr, au cours de laquelle il provoque des rencontres amoureuses et œcuméniques entre des statues de vierges, de christ et de bouddhas mais également entre une mobylette et une grosse cylindrée, une batterie et des scies électriques… le tout dans une joyeuse cacophonie ! »

 

Parvis, Yearbook 2009-2010. Editions du Parvis. Le Parvis Scène Nationale Tarbes-Pyrénées. Centre commercial Méridien, Route de Pau 65420 Ibos – Tél. : 05 62 90 08 55

Manifesta 9, événements collatéraux

La galerie Nadja Vilenne a été sélectionnée  par Manifesta 9, biennale européenne d’Art contemporain,  dans le cadre de son programme d’événements collatéraux, appelé « Parallel events ». A l’échelle de l’Euregio, région rassemblant le Limbourg belge, le Limbourg hollandais, la région d’Aachen et la province de Liège, Manifesta a en effet lancé un appel aux projets  afin de faire découvrir au public international attendu durant l’été la scène de l’art contemporain dans cette région aux quatre frontières.

Parallel Events are collateral events taking place during the same period of Manifesta, in this case focused in cultural projects being organised in the Region of Belgium, Limburg and neighboring communities in Dutch Limburg, Germany and Wallonia.
Initiated by Manifesta 9 together with the Region of Limburg, the Parallel Events program aims to give a broader view of different aspects of the local cultural scene, presenting it to the regional, national and international public.
Apart from being a cultural project, the Parallel Events program offers a communication platform for individual artists and interdisciplinary cultural producers who live and work in the region, for local institutions, art organisations and other cultural events.

80 projets ont été retenus, émanant d’institutions artistiques, d’associations, de galeries, de musées, parmi lesquels Schunk à Heerlen, le Bonnefantenmuseum, la Van Eijck Academie à Maastricht, le NAK et le Ludwig Forum à Aachen, le FLACC à Genk ou Z33 à Hasselt. Bon nombre de projets proviennent naturellement du Limbourg, de Waterschei à Winterslag, de Heusden à Bilzen, puisque Manifesta se concentre sur l’ancien site minier de Waterschei. Trois projets proviennent de la province de Liège : « Open Airs »,  triennale d’art public organisée par la province de Liège, sous commissariat de Johan Muyle. « Faubourg Vivegnis, A contemporary art centre takes shape… », projet introduit par Espace 251 Nord  ainsi que le projet de la galerie : « Tokonoma » (titre provisoire) exposition en processus qui se déroulera, en épisodes successifs de la fin du mois de mai à la fin du mois de septembre. C’est donc tout le centre historique et le quartier nord de Liège qui vivra au rythme de la création contemporaine durant l’été.

Manifesta 9 est placé sous le commissariat de Cuauhtemoc Medina, Katérina Gregos et  Dawn Ades.  Notons qu’Aglaia Konrad figure parmi les artistes sélectionnés pour cette neuvième édition de Manifesta, biennale européenne née au début des années 90, plateforme itinérante d‘échange entre l’art et la société.

Le site de Manifesta
Le site des Parallel Events de Manifesta 

Emilio Lopez Menchero, H2-H1, les images

A Bruxelles, l’Iselp, tout proche de la Porte de Namur, est implanté dans un quartier bien connu  pour ses nombreuses boutiques. On y flâne, on y lèche les vitrines, on y fait ses emplettes. « Dans les territoires palestiniens, à Hébron, on faisait aussi les magasins. C‘était avant  1967 et la guerre des Six Jours ».  Dans le guide du Routard, édition 2011, cette remarque introduit la notice qui concerne la ville d’Hébron en Cisjordanie. Et le Routard précise : « Depuis, près de 600 colons juifs se sont installés au cœur de la ville musulmane, protégés par des soldats de Tsahal. Peu à peu, victime des violences, le souk de la vieille ville s’est éteint. Des centaines de magasins ont fermé, certains immeubles ont été évacués pour protéger ceux occupés par les colons. Des blocs de béton, des barbelés bloquent certaines rues aujourd’hui réservées aux seuls colons. Sur les toits des immeubles – colonies disséminés dans la ville, des soldats scrutent le territoire perchés sur des tourelles de garde ». 



A Hébron, deuxième ville de Palestine, à 30 km au sud de Jérusalem, la situation est inextricable. Au cœur d’une vieille ville palestinienne sous haute surveillance, ces quelques micro colonies juives cristallisent les tensions. La cité est séparée en deux secteurs, H1 et H2. Le secteur H1, qui comprend à peu près les trois quart de la ville, est sous contrôle palestinien, ce qui n’empêche absolument pas l’armée israélienne d’y entrer quand bon lui semble. Le secteur H2 est sous contrôle israélien : il englobe la plupart des colonies, mais aussi la vieille ville, habitée par 20.000 Palestiniens. Hebron représente en effet pour les colons un enjeu majeur qu’ils justifient par des raisons historiques et religieuses. Les colonies se sont donc implantées au coeur de la ville, notamment près du tombeau des Patriarches avec la colonie de Avraham Avinou, l’une des plus extrémistes qui soit. On dénombre environ 600 colons, protégés par quelques 1500 soldats, soit presque trois soldats par colon. 170.000 palestiniens vivent à Hébron.

À Hébron, on visite en effet un lieu saint commun aux Juifs et aux Musulmans, le Tombeau des Patriarches, où repose Abraham. Autour a été bâtie une mosquée. Les Juifs et les Musulmans ont chacun leur accès, en étant surveillés, filtrés par l’armée. Dans la mosquée, des impacts de balles sont encore visibles, souvenir douloureux de l’acte fou du médecin Baruch Goldstein. En 1994, il mitrailla les musulmans en prière pendant le ramadan, tuant des dizaines d’entre eux. Certains colons extrémistes se rendent sur sa tombe en pèlerinage. La ville d’Hébron vit, depuis ce massacre, dans une tension permanente, une violence quotidienne entretenue par les soldats de Tsahal. D’anciens militaires israéliens ont d’ailleurs décidé de rompre le silence. « Breaking de Silence », leur association, a publié trois rapports adressés à l’ensemble de la société civile israélienne et la communauté internationale, trois rapports énumérant des dizaines de témoignages de militaires qui évoquent les humiliations, les arrestations arbitraires, le harcèlement, les injures, la violence et la terreur dont ils ont été les témoins et bien souvent les acteurs durant leur service militaire à Hébron. Leur objectif : combler le fossé qui existe entre leur vécu et le silence qui règne dans les familles israéliennes, témoigner afin d’exorciser les traumatismes qu’ils déclarent souvent avoir subi.

Emilio Lopez Menchero s’est rendu à diverses reprises en Palestine à l’occasion d’une série d’échanges entre La Cambre – Horta Architecture, où il enseigne, et l’Université Birzeit, toute proche de Ramallah. En 2009, l’année où il visite Hébron, il dirige et anime un workshop organisé  par Al Mahatta Gallery, une initiative d’artistes basée à Ramallah, soucieuse de fonder une plateforme professionnelle et internationale en Palestine : « Inside/Outside », intitulé de ce workshop, aborde la question de l’intervention dans l’espace public et circonscrit les domaines de la  performance, de l’action et de l’intervention plastique. Toute la réflexion tourne autour de la spécificité socio – politique de la Palestine.

A propos d’Hébron, Emilio Lopez-Menchero témoigne bien sûr de ce qu’on appelle pudiquement « le principe de séparation » qui a radicalement transformé la circulation dans le centre ville d’Hébron et mis à mal toutes les activités de la population palestinienne. Alors que nous parlons de son expérience, il évoque les check points en chicane, la partition du Tombeau des Patriarches, les rues désertes et les centaines de boutiques fermées par l’armée pour « raison de sécurité », les pressions et le harcèlement dont les populations du centre ville sont l’objet afin de les pousser à fuir et à abandonner leurs maisons, la fermeture de la rue Suhada, principale artère commerçante avant la seconde Intifada en plein cœur historique de la vielle ville palestinienne, une rue que ne parcourent plus que les militaires et les familles de colons qui se rendent au Tombeau d’Abraham. L’œuvre qu’il propose aujourd’hui s’appelle simplement « H2-H1 », ces lettres et chiffres qui scellent la partition de la ville. Il conclut en me disant : « Hebron s’appelle Al Khalil en arabe, ce qui veut dire l’Ami en référence au prophète Abraham. Son nom hébreu, Hevron, a la même signification. Je suis arrivé à Hébron un vendredi. C’est le jour le plus singulier de la semaine, jour de la prière musulmane, alors qu’au soir débute le Sabbath. J’ai donc pu observer l’absurdité de la situation autour du Tombeau des Patriarches. Un même check point filtre les deux religions monothéistes, il révèle ce système de scène et de coulisses où synagogue et mosquée ne sont séparées que par un mur mitoyen ».

En déambulant dans le centre ville, son attention a été attirée par de singuliers filets tendus au dessus des ruelles. Ces filets et ces grilles sont jonchés de détritus, de déchets de tout genre, des débris de mobilier, des ordures ménagères ou même des bouteilles remplies d’urine ! Ce sont les habitants qui ont tendu ces filets pour se protéger des détritus que les colons jettent par leurs fenêtres. Certaines maisons palestiniennes sont en effet collées aux maisons des colons et ces dernières surplombent. Qui s’aventure dans ces rues déambulera entre des façades aux volets clos, sous des tonnelles de crasses. Ce sont là des actes qui démontrent le mépris dans lequel les colons tiennent la population.

L’installation que propose Emilio Lopez Menchero à l’Iselp est dès lors radicale. Par dessus la salle de l’Atelier, il a tendu des filets et y a jeté toute sorte de choses, toute sorte de déchets. En accédant à la coursive qui surplombe l’Atelier, le visiteur aura le point de vue des colons ; sous les filets, celui des habitants palestiniens d’Hébron. Singulièrement énigmatique, car rien, pas même le titre de l’installation, ne fait explicitement référence au fait précis évoqué, le dispositif témoigne silencieusement et avec force de cette intolérable situation. Réduit à une expression minimale, un filet, des déchets, il condense une situation complexe qui dépasse, de loin, son objet. Sans discours superflu, il invite à s’informer, à réfléchir ce conflit entre deux peuples : Hébron est le symbole même du conflit israélo-palestinien, son centre cristallise l’épineuse question des colonies israéliennes qu’elles soient en Cisjordanie, dans la bande de Gaza ou sur le plateau du Golan. Hébron concentre toute les problématiques de l’extrémisme religieux et de l’apartheid. Emilio Lopez-Menchero aurait pu se contenter, comme d’autres l’ont fait avant lui, de documenter ces « aménagements » pour le moins sauvages de l’espace social et urbain. Ici, il n’est ni question de documenter ou de reconstituer, il est question d’utiliser le langage plastique et, je dirais même, un artifice de situation, un filet, des déchets installés dans une institution artistique. Le dispositif est presque incongru. Je repense  à ce texte de Jacques Rancière sur les paradoxes de l’art politique : « Le problème, écrit-il, ne concerne pas la validité morale ou politique du message transmis par le dispositif représentatif. Il concerne ce dispositif lui-même. Sa fissure laisse apparaître que l’efficacité de l’art ne consiste pas à transmettre des messages, donner des modèles ou des contre-modèles de comportement, ou apprendre à déchiffrer les représentations. Elle consiste d’abord en disposition des corps, en découpage d’espaces et de temps singuliers qui définissent des manière d’être ensemble ou séparés, en face de ou au milieu de, dedans ou dehors, proches ou distants ». C’est bien le cas, ici.

Agenda mars 2012

Honoré d’O

– Antwerpen (B), Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 déc. 2012
– Gent (B), résidence in Casa Argentaurum : « if language substitutes the title », Brabantdam 68.

Aglaia Konrad

– Bruxelles (B), « Monolith/life » (en duo avec Willem Oorebeek), Sint-Lukasgalerie, du 9.03 au 21.04. 2012 (solo)

Jacques Lizène

– Antwerpen (B), Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 décembre 2012.
– La Louvière (B), CAP 40 ans, images réelles et virtuelles, Centre de la gravure et de l’image imprimée, 28 janvier – 29 avril 2012
– Bagneux (F), Maison des Arts, « Burlesques », du 14 janvier au 23 mars 2012.
– La Louvière (B), Escargots à gogo, Daily-Bul & Co, jusqu’au 29 avril 2012
– Strasbourg (F), L’art de l’irrévérence, Apollonia, jusqu’au 13 mars 2012
– Liège, Collection de la Province de Liège, acquisitions récentes, galerie Monos, du 5 février au 4 mars 2012

Capitaine Lonchamps

– La Louvière (B), Escargots à gogo, Daily-Bul & Co, jusqu’au 29 avril 2012
– Strasbourg (F), L’art de l’irrévérence, Apollonia, jusqu’au 13 mars 2012
– Marchin (B), Acquisitions de la province de Liège, Centre culturel de Marchin, jusqu’au 4 mars 2012
– Liège (B), BIP 2010, Biennale de la photographie de Liège, Only You, du 10 mars au 06 mai 2012

Jacqueline Mesmaeker

– Liège (B), galerie Nadja Vilenne, Le premier jour du mois,…prolongation jusqu’au 10 mars 2012.  (solo)

Emilio Lopez Menchero

– Liège (B), Homme Bulle, Bibliothèque des Chiroux, jusque fin avril 2012
– Bruxelles (B), Duos d’artistes, un échange. Charles-François Duplain / Emilio Lopez Menchero, ISELP, du 27 janvier au 24 mars 2012
– Liège (B),  Gare au Gorille, galerie Nadja Vilenne, du 15 mars au 29 avril (solo)

Benjamin Monti

– Strasbourg (F), L’art de l’irrévérence, Apollonia, jusqu’au 13 mars 2012
– Marchin (B), Collection de la Province de Liège, acquisitions récentes, du 12 février au 4 mars 2012.

Jeroen Van Bergen

– Liège (B), Log Cabins, galerie Nadja Vilenne, du 15 mars au 29 avril 2012 (solo)

Walter Swennen

– Antwerpen, Cinq siècles d’images à Anvers, expo sition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 dec 2012
– Freiburg (D), Alexander Heim et Walter Swennen, Kunstverein Freiburg, jusqu’au  11 mars 2012.
– Bruxelles (B), Présent !, La Centrale Electrique, jusqu’au 22 avril 2012.

Marie Zolamian

– Strasbourg (F), L’art de l’irrévérence, Apollonia, jusqu’au 13 mars 2012
– Marchin (B), Collection de la Province de Liège, acquisitions récentes, du 12 février au 4 mars 2012
– Liège (B), Les désorientés, galerie Nadja Vilenne, du 15 mars au 29 avril 2012 (solo)

Honoré d’O, No Polliplan Tic Tac Space, dans « Semaine »

« Semaine » travaille avec les états temporels des œuvres et des expositions et propose une approche de l’art en train de se faire. Cette exploration est développée au rythme d’un numéro de seize page par semaine, consacré à un projet artistique et conçu avec les acteurs de ce projet. Les volumes réunissent les numéros parus au cours des quatre mois antérieurs et dévoilent l’envergure et la diversité du territoire artistique aujourd’hui en France.

C’est ainsi que « Semaine » consacre sa dernière livraison à l’exposition « No Polliplan Tic-Tac Space (Si la langage remplace le titre) » d’Honoré d’O, conçue au Parvis Centre d’Art contemporain à Ibos, organisée par Magali Gentet.

L’opus consiste en une série de reproductions des installations conçues pour le lieu ; le corps du récit est assuré par Chrystelle Desbordes, historienne et critique d’art, enseignante aux Beaux Arts de Tarbes. L’auteur nous livre une analyse pertinente de cette expérience de poétisation de l’espace, de l’objet banal au paysage, à l’in situ d’un langage inventé, en passant du paysage à l’expérience du travail. Elle conclut : « Non sans lien avec la Pataphysique d’Alfred Jarry – cette science des solutions imaginaires, les œuvres d’Honoré d’O nous font vivre, au Parvis, l’expérience d’un espace critique ; son travail ne crée pas un « ailleurs » plus que le réel, il est partie intégrante du réel qui l’entoure. En ce sens, l’artiste pourrait être affilié à l’auteur oulipien défini par Jacques Roubaud et Marcel Benabou : « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir ». Et c’est avec une certaine grâce qu’il nous invite à le suivre dans ce dédale, en (y) inventant de nouvelles règles de composition poétique ».

Semaine n°291
Revue hebdomadaire pour l’art contemporain.
Vendredi – Friday 03.02.2012 / 4€
Parution Semaine volume VIII / mai 2012 / 18€

La publication peut être consultée gratuitement sur le site de l’éditeur en version numérique.