









Jacques Charlier, Cent sexes d’artistes, 1973-2009. Technique mixte sur papier, 60 x 42 cm






CENT SEXES D’ARTISTES, UN SALON COMIQUE
Pratiquant la caricature depuis 1969, Jacques Charlier s’approprie la tradition des salons comiques, ces salons pour rire de l’art qui fleurissent dans la presse satirique et illustrée du 19e siècle et qui mêlent souvent aux charges contre les œuvres elles-mêmes des scènes de genre parodiant les artistes, le public mondain des vernissages, les critiques et organisateurs des salons officiels. Charlier s’inscrit ainsi dans la filiation des artistes qui n’ont pas hésité à se commettre dans cet exercice qu’on aurait – à tort – tendance à classer au rang des arts mineurs. On compte parmi eux les frères Carrache, le Bernin, Gustave Doré, Honoré Daumier ou Claude Monet. En France, ces salons comiques sont nés d’une censure, la loi scélérate de 1835, qui a drastiquement limité la liberté d’expression de la presse sous la Monarchie de Juillet et interdit la caricature politique. L’art, les mœurs, la vie mondaine, dont bien sûr les Salons officiels, deviendront vite un bel exutoire pour les caricaturistes. Ces salons comiques, publiés en vignettes, feuilletons et brochures, sont ainsi devenu une source d’inspiration pour les arts parodiques et les pratiques de dérision, qui se sont développés dès la fin du 19e siècle, notamment avec les Incohérents, la Zwanze bruxelloise, plus tard le dadaïsme et ses avatars. Autant de leçons que Jacques Charlier a parfaitement assimilées.
Selon Denys Riout, « les caricatures de tableaux, seront présentes dans la presse aussi longtemps que les tableaux eux-mêmes feront rire. Lorsque dans les années 60, l’œuvre de Picasso cessa de scandaliser et de divertir, le comique dessiné se détournera de la peinture »[1]. Charlier déclare en 1983 qu’il a toujours trouvé les blagues sur l’art moderne distribuées par les agences de presse terriblement conventionnelles, « des types ventrus accompagnés de bobonnes faisant des remarques devant des simili–Picasso ». La tradition de la caricature d’artiste s’est perdue, Charlier la réhabilite et l’introduit dans le champ de l’art contemporain, de la même façon qu’il a introduit dans le champ artistique ses réalités professionnelles de dessinateur expéditionnaire au S.T.P, service technique provincial de la Province de Liège.
En 1969, Charlier portraiture Marcel Broodthaers. C’est son premier portrait-charge. Très vite, il met en place une véritable chronique du petit monde de l’art international et des années conceptuelles croquant Vito Acconci, Daniel Buren, André Caderé, Konrad Fischer, Hanne Darboven, On Kawara, René Denizot, Linda Benglis, Niele Toroni, Dan Graham, Gian Carlo Politi, Gilbert & George et bien d’autres. Cette chronique met en évidence les œuvres et les comportements, elle pastiche les situations, démonte les systèmes et campe les attitudes. Aux dessins isolés succèdent les suites de planches, et à ces suites, une bande dessinée complète, Rrose Selavy, désopilante interprétation de l’hermétique Grand Verre de Duchamp[2], éditée en 1977. En exergue, Charlier y cite Freud : « L’essentiel de la plaisanterie, c’est la satisfaction d’avoir permis ce que la critique défend »[3]. Lorsqu’au début des années 80, il développe ses Modes et modelages, à la pointe de l’art, l’esprit des terres crues d’Honoré Daumier n’est pas loin. Et cette fois, il cite Jean-Dominique Ingres : « Insistez sur les traits dominants du modèle, exprimez-les fortement et poussez-les, s’il le faut, jusqu’à la caricature. Je dis la caricature afin de mieux faire sentir l’importance d’un principe si vrai »[4].
C’est dans ce contexte qu’apparaissent en 1973 les premiers sexes d’artistes. Ils sont exposés à la foire de Cologne en 1974[5], publiés l’année suivante dans Articides Follies, un recueil des dessins humoristiques tracés par Charlier depuis 1969, édité par Herman Daled et Yves Gevaert. Panamarenko y a le zizi aussi gros qu’une montgolfière, celui de Boltanski a la forme d’une tétine, souvenir d’enfance. Ben Vautier est affublé d’un décamètre, question d’ego sans doute. La dernière section du bâton de Caderé fait « spoc » en sautant comme un bouchon de champagne, le sexe de Daniel Buren mesure 8,7 cm. Christo sort couvert, la chose est évidemment emballée. Voilà le microphone de Ian Wilson, le pistolet à eau de Claes Oldenburg. Le zoom de Douglas Huebler a la goutte, tout comme le pinceau numéro cinquante de Niele Toroni, lui un peu plus, mais Toroni apprécie la goutte. Gilbert & Georges ont deux mignons zizis jumeaux et partagent les mêmes bourses. « Zensur ! » pour le sexe de Hans Haacke, non, vous ne le verrez pas. Le gland rieur et monté sur ressort d’Andy Warhol surgit de sa boîte à surprise. Celui de Josef Beuys est chamanique. Quant au sexe de Lawrence Weiner, il peut être : 1. Saisi par l’artiste. 2. Coincé par quelqu’un d’autre. 3. Pas manipulé du tout. Et celui de Jacques Charlier ? C’est une longue et fine plaque de cuivre « sur rendez-vous seulement ». L’élégance et la discrétion sont de mise. L’ensemble est un abrégé d’actualité artistique, une attentive observation des pratiques d’avant-garde, un condensé de traits saillants (n’y voyez pas malice), le tout à l’enseigne d’un humour qui n’a rien de troupier. Oui, ces dessins sont grivois au sens où l’entend Freud : la grivoiserie est, en effet, un mot d’esprit qui dénude[6]. Mais soyons clair, leur caractère égrillard et allusif est ici drôlement cultivé, la gaudriole uniquement destinée à exciter nos neurones. Charlier témoigne d’une observation attentive d’un microcosme fort remuant dont il analyse les us et coutumes, les faits et gestes, tout en illustrant avec humour une histoire de l’art en train de se faire. « J’ai pu remarquer, écrit-il, qu’à part les artistes concernés et les rares personnes attentives à la scène artistique, personne ne comprenait le sens de ces blagues… preuve que le sens de l’art, tout le monde s’en fout sauf de son prix et des mondanités gratifiantes qui s’y rattachent ». C’est clair, ces dessins, et en particulier ces zizis d’artistes, sont destinés aux initiés.
Jacques Charlier a remis en chantier ses Sexes d’artistes trente ans plus tard. Aux premiers, familiers et presque familiaux, s’en sont ajoutés bien d’autres. L’abrégé d’actualité artistique s’est transformé en histoire de l’art illustrée depuis l’Objet Dard de Marcel Duchamp. Un panthéon de zizis au travers des courants historiques qui ont marqué la seconde moitié du XXe et le début du XXIe siècle, des sexes pop, minimalistes, pauvres, néo-réalistes, Fluxus, actionnistes, conceptuels, des zizi qui pratiquent la performance ou d’autres qui préfèrent le plein air du land art, pas mal d’attributs d’outre-Atlantique, d’Europe aussi bien évidemment, quelques zizis locaux, parmi lesquels ceux de Broodthaers, Panamarenko, Geys, Lizène, Delvoye, ou Dujourie. Oui, Lili Dujourie y figure : en trente ans, les choses ont changé et les mouvements féministes ont bousculé les mentalités. Alors que dans les années 70, Charlier ne croque que des zigounettes, cette fois, il dessine également des sexes féminins, ceux de Georgia O’keeffe, Louise Bourgeois, Elaine Sturtevant, Carolee Schneemann, Sherrie Levine, Kiki Smith, Cindy Sherman, Rebecca Horn, Sylvie Fleury et Vanessa Beecroft. L’ensemble témoigne bien sûr des affinités que Jacques Charlier entretient avec les œuvres des uns et des autres. « Il faut pouvoir sonder les intentions profondes de son modèle », écrit-il. Jacques Charlier jongle avec la scène artistique : au-delà de cet ensemble de zézettes et zizis, ce corpus constitue une galerie de portraits évocatrice des représentants majeurs de l’art moderne et contemporain. Au total, ils sont désormais cent. On l’aura compris, il s’agit d’en être (ou pas), d’autant que l’artiste se propose, en 2008, d’exposer l’ensemble à Venise lors de la 53ème Biennale. N’est-ce pas là que les artistes du monde entier viennent, très compétitivement, se mesurer (la zigounette) ? N’est-ce pas là qu’il faut être vu ?
A Venise, Jacques Charlier ne compte pas montrer ses dessins de façon classique. Il préfère, ce qui est fort logique, la rue et la presse : publier ses dessins dans les revues d’art spécialisées et renouer avec la tradition du placard, de l’affichage public, un parcours ludique et urbain à travers calli et campi, où chaque Sexe d’artiste ne sera affiché qu’une seule fois sur fond de tenture pourpre digne de la Fenice ou de l’Academia. Le projet est retenu par le jury diligenté par le Ministère de la Culture et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le pavillon belge aux Giardini étant occupé en 2009 par Jef Geys[7], c’est donc en événement collatéral que cela devrait se passer. Oui mais voilà, « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », pour reprendre la célèbre formule de Pierre Desproges, fondatrice du Tribunal des Flagrants Délires.On peut rire du sexe des artistes mais pas avec le Commissaire de la Biennale de Venise. Daniel Birbaum qui dirige cette 53e édition, annonce qu’ « après un examen attentif, il ne lui semble pas possible d’inclure cette proposition dans les événements collatéraux ». Le président Paolo Barrata lui emboîte le pas : « cela pourrait offenser les artistes concernés »[8]. Et pour couronner le tout, le maire de la Sérénissime, Massimo Cacciari interdit l’affichage public : « certaines affiches pourraient offenser le sens commun de la pudeur ».[9]Bigre, le sens commun de la pudeur, on croit rêver. Aucun de ces trois protagonistes n’a jamais répondu aux questions de fond qui leur ont été posées. Seul, le service de presse de la biennale s’est contenté de répondre – très tardivement – aux légitimes interrogations de l’Observatoire de la Liberté de Création de la Ligue des Droits de l’Homme, par un discours très usuel en pareil cas, fondés sur les procédures, le grand nombre d’appelés pour peu d’élus, les choix du commissaire, et patati et patata. L’éventuelle offense aux artistes, le sens commun de la pudeur, l’inconvenance et bien sûr la liberté d’expression sont définitivement passés à la trappe. Du pain béni bien sûr pour Charlier qui a toujours pointé du doigt la Curie, l’omnipotence de ses prêtres et diacres ainsi que cette théologie de l’art qui leur permet de transformer le moindre courant d’air en œuvre d’art.
Les officiels du Salon vénitien semblant manquer du plus élémentaire second degré, l’artiste et son commissaire, Enrico Lunghi, alors directeur du MUDAM à Luxembourg, se sont dès lors comporté en flibustiers afin de libérer Venise de cette invraisemblable pudibonderie, transformant un vaporetto amarré non loin des quartiers généraux de la biennale, en centre de documentation des péripéties du projet. Il fut fort couru durant la semaine dite professionnelle de cette 53e édition de la biennale : la censure exercée par la Ville de Venise, infantilisation du public et caricature d’elle-même, a assuré la fortune critique de l’événement. La presse internationale a réagi en une foultitude d’articles, sept villes et institutions artistiques se sont portées candidates à un affichage immédiat : Anvers, Bruxelles, Namur, Bergen, Belgrade, Linz, Metz, Luxembourg. Plus tard, ces cent affiches seront également présentées à Nîmes, Montpellier, Liège et Sofia. Afin d’éviter toute hypothétique plainte de la part des artistes concernés, Jacques Charlier et Enrico Lunghi ont choisi de rendre ces dessins anonymes. Aucun nom d’artiste n’apparaît, en effet, sur les affiches produites en 2009, ni même sur une seconde version de l’œuvre, une impression des dessins sur toiles qui circula à La Havane, Buenos Aires et Rio de Janeiro[10]. Le catalogue lui-même ne contient aucun patronyme, mais chaque sexe y est accompagné d’un indice permettant, en un formidable quizz plein d’esprit, d’aider le lecteur à reconnaître cette centaine d’attributs, un quizz qui « devrait figurer à l’examen de l’École du Louvre », estima Harry Bellet dans le journal Le Monde. [11]
Anecdotique tout cela ? Oui, certainement. L’histoire récente en matière de liberté d’expression, de caricature et de dessin de presse nous a confronté à des situations bien plus effroyables et innommables. Il n’empêche que « le sens commun de la pudeur » invoqué par le maire de Venise continue d’interroger. Il me rappelle les repeints de pudeur de Daniele da Volterra, surnommé Il Braghettone, le faiseur de culotte. Rappelez-vous, Volterra est cet ami et assistant de Michel-Ange qui après la mort du maître fut désigné par le cardinal Charles Borromée afin de rhabiller les quatre-cents nus du Jugement dernier de la chapelle Sixtine. Dans la foulée, Volterra fut également chargé de casser les verges des dizaines de sculptures du Vatican. Elles y sont toujours conservées, dit-on, classées dans des tiroirs. Une belle collection de zizis…
Quinze après, il nous a semblé temps d’appeler un chat un chat, sans détour ni circonlocution. En revenir au dessins originaux tracés par Jacques Charlier, en revenir aux patronymes des cents artistes qui composent cette formidable galerie, dans l’esprit des premiers dessins de 1973. Et ne vous y fiez pas, même nommés, ces zézettes et zizis ne sont pas toujours facile à reconnaître ! (Jean-Michel Botquin)
[1] Denys Riout, Les Salons comiques dans Romantisme, Revue du Dix-neuvième siècle, Les petits maîtres du rire, n°75, 1992
[2] Dont les dessins originaux sont aujourd’hui conservés dans la collection de l’Université de Liège.
[3] Jacques Charlier, Dans les règles de l’art, Éditions Lebeer-Hoosmann, 1983
[4] Ibidem.
[5] En 1974, Jacques Lizène écrit à Jacques Charlier : « Cher Jacques Charlier, Ton travail humoristique sur les sexes d’artistes, présenté à la foire de Cologne m’a été raconté par Yellow et par Boulanger. Il m’a beaucoup intéressé (et amusé), mais il manque, je crois, la représentation de ton propre sexe. Pourquoi ? Pour ma part, je te propose (en m’inscrivant dans ton jeu) une représentation, non pas de ton propre sexe (peut-être serait-elle un peu trop impertinente, sinon pertinente), mais du « sexe de l’art », d’une façon plus générale (Archives Jacques Lizène) ».
[6] Sigmund Freud, Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905), Paris, Gallimard, 1988
[7] Selon le principe de l’alternance qui règlemente l’occupation du pavillon national.
[8] De l’art de se renvoyer la balle : Daniel Birbaum a soutenu par courriel que c’était Paolo Barrata qui s’opposait au projet. Interrogé à son tour, Paolo Barrata a répondu que la validation des projets dépendait exclusivement du directeur de la biennale, donc… de Daniel Birbaum.
[9] Il est piquant de rappeler que Massimo Cacciari est diplômé en philosophie et que sa thèse, à l’Université de Padoue portait sur la « Critique de la faculté de juger » d’Emmanuel Kant. Il a très longtemps enseigné l’esthétique
[10] The Importance of Being, exposition conçue par Sara Alonso Gómez, Museo Nacional de Bellas Artes, La Habana, Museo de Arte Contemporáneo, Buenos Aires, Argentina, Museu de Arte Moderna, Rio de Janeiro, Brasil, 2015-2016.
[11] Harry Bellet, Les zizis de Jacques Charlier, jeu de piste dans l’histoire de l’art du XXe siècle, Le Monde, 31 juillet 2009









Qu’il tente de libérer Venise d’une incroyable pudibonderie ou de réhabiliter Lamartine, qu’il investisse toutes les doublures du monde dans un salon parlementaire , ou qu’il «warholise» ministres et autres célébrités, Jacques Charlier est, avec une saisissante labilité parodique et un sens critique aiguisé, un observateur attentif tant du microcosme du monde de l’art que de la société dans laquelle il agit. Naguère directeur des Zones Absolues, fondateur d’un Centre International de Désintoxication Artistique, pourfendeur d’idées reçues, d’anachronismes et incongruités, l’artiste vit et travaille en Wallagonie, ce pays où fleurissent les fronts de libération des chiens et des trottoirs, des coqs et des tilapias. En Wallagonie, il est de bon ton de fréquenter les centres de la lèche et de la brosse à reluire, les sociétés anonymes des bières et du tir aux pigeons, les comités de la tarte au riz et des marchés de Noël. Sans cesse à la recherche de la meilleure adéquation entre l’idée et le médium, Jacques Charlier privilégie une approche pluridisciplinaire. C ‘est un caméléon du style, un activiste «non exalté », un lecteur attentif de Jean Baudrillard comme de Paris Match qu’il parodie lorsqu’il s’agit d’éditer ses propres travaux. De cette société de l’art contemporain, il est très vite devenu, dès le la fin des années 60, l’observateur agissant des us et coutumes. Avec érudition et labilité, ses récents «Cent sexes d’artistes» en témoignent. Avec humour et bon sens, lorsque Sergio Bonati, son hétéronyme, déclare : «En Art pour être le premier, il est vivement conseiller d’être le suivant ». Ses caricatures, textes, bande dessinées, ses photographies de vernissages sont à la fois une la chronique d’une époque, un regard amusé, mais sans complaisance sur ce fort remuant microcosme, un abrégé des pratiques d’avant-garde, un démontage des discours théoriques qu’il détricote allègement, une critique permanente de la Curie et de l’incurie artistique.
«Des symbolistes à Charlier, écrit Yves Randaxhe, en passant par Duchamp (et naturellement Magritte), on osera aussi tendre un fil rouge qui va de l’ambition annoncée par Jean Moréas dans le Manifeste du Symbolisme de «vêtir l’idée d’une forme sensible» à la volonté duchampienne de «remettre la peinture au service de l’esprit», jusqu’au projet sans cesse réaffirmé du Liégeois de «mettre l’art au service de l’idée». C’est clair, l’héritage d’Ensor, de Rops ou de Magritte, le compagnonnage vécu avec Marcel Broodthaers, cela ne compte pas pour du beurre. Le doute, le décor, la pompe, car la peinture pompière a ses lettres de noblesse, le pamphlet, le simulacre sont autant d’armes redoutables.



Werner Cuvelier produit une œuvre d’une grande richesse, qui prend souvent sa source dans le classe- ment, le catalogage et l’inventorisation de toute une série de faits et de données. Il réalise d’une part des graphiques basés sur des statistiques et des données primaires. D’autre part, il créé un travail géométrique, découlant de traitements formels issus du nombre d’or. À partir de ces deux angles, émergent des peintures et des sculptures, mais aussi des carnets d’esquisses et de notes, qui constituent une recherche incessante de la mise en images d’ordres, de structures et de col- lections. La méthode et la technique de la collecte, du traitement, de l’interprétation et de la présentation de carrés et de cercles apparaissent dans des tableaux d’aperçu, des graphiques et des figures telles que des histogrammes, des diagrammes en bâtons et desgraphiques linéaires. Cette approche scientifique, la répartition rigoureuse des lignes et l’activation res- trictive de telles procédures constituent le moteur du développement de son langage visuel. Si ces ordon- nances semblent mettre des éléments en lumière, les séries génèrent également une expérience esthétique propice à une forme de résilience.



Jacques Charlier participe à :
#focus2022 | Nouvelles acquisitions de la Collection artistique de la Province de Liège
Du 22 octobre au 20 novembre 2022, au Palais Provincial – Place Saint-Lambert,
Vernissage le vendredi 21 octobre à 18h


Sortie du STP est le fruit d’une collaboration entre Jacques Charlier et le réalisateur Jef Cornelis, un film 16 mm produit en 1971. Jef Cornelis est à Liège, il est venu tourner une séquence à propos de Rocky Tiger, nom de scène de Claude Delfosse, collègue de Jacques Charlier au Service Technique Provincial de la Province de Liège et chanteur amateur de rock. Rocky est le sujet d’une séquence d’un film que Charlier destine à la Biennale de Paris de 1971. Afin de ne pas gâcher de pellicule et après avoir réalisé la séquence concernant Rocky Tiger, Charlier et Cornelis installent la caméra à la fenêtre du premier étage d’une maison située rue Darchis, juste en face du bâtiment du Service Technique Provincial. Cette double porte flanquée de la plaque émaillée du STP que Charlier a déjà utilisée comme motif ou, au sens broodtharcien du terme, comme décor pour différentes photographies où l’artiste met ses collègues en scène (entre autres, pour le Départ du Faune), sera l’élément central de cette séquence filmique, longue de près de huit minutes. La caméra enregistre en plan fixe les mouvements à l’heure de la sortie des bureaux. Les badauds passent, les voitures et bus descendent la rue, la porte s’ouvre et se referme. Les employés du STP sortent, les uns après les autres, seuls, parfois à deux, et quittent la sphère de leur labeur quotidien, leur univers professionnel. Il ne se passe rien d’autre. Ce plan fixe est le degré zéro de l’écriture cinématographique. Il est un clin d’œil à La Sortie de l’usine Lumière à Lyon, film réalisé par Louis Lumière en 1895, considéré comme le premier film de l’histoire du cinéma. En caméra cachée, il est l’enregistrement de l’heure de sortie des employés comme la collecte des Signatures Professionnelles (collection SMAK, Gent), extraites au fil des mois du Service, témoignaient des heures de prestations des employés (entrée à 8h, sortie à 16h45). Ainsi ce film appartient à une constellation d’œuvres que Jacques Charlier qualifie lui-même de Documents relatifs à l’univers socio professionnel, des essuies plumes aux buvards et papier de tables, des photographies amicales aux fiches de présence, documents qu’il extrait de leur contexte d’origine pour les présenter dans le contexte de l’art contemporain.
Pendant ce temps là, à la galerie…










Pendant ce temps là, à la galerie…










