Lu dans Critique d’Art, Archives de la Critique, printemps 2012 :
Le livre est disponible à la galerie.

Lu dans Critique d’Art, Archives de la Critique, printemps 2012 :
Le livre est disponible à la galerie.
Tags: Jacques Lizène
A Liège, Audrey Frugier participe à Openairs
Openairs s’inscrit dans une politique culturelle d’envergure en proposant dans le cœur historique de Liège des oeuvres originales d’artistes de renommée internationale (Orlan, Claude Lévêque, Peter Kogler, Sophie Giraux, Audrey Frugier, Frédéric Platéus)
Johan Muyle, artiste belge reconnu dans le monde de l’art a été choisi comme directeur artistique car parallèlement à son travail personnel qui manipule et détourne les images populaires, les icônes politiques ou qui construit des sculptures et assemblages malicieux, il a le désir de s’inscrire dans des projets qui questionne l’art contemporain dans la réalité culturelle, politique ou sociale. Les artistes qu’il a choisis partagent, tout comme lui, le même engagement et leurs démarches respectives participent d’une réflexion critique qui se matérialise sous des formes métaphoriques. Ces oeuvres originales partageront toute le même medium, le gonflable ; qui ici sera détourné de son usage publicitaire pour interroger la définition même de la sculpture et sa dimension habituellement pérenne dans l’espace public. Openairs est une manifestation comme son titre le définit ouverte à tous, présentant un parcours original de nouvelles formes de sculptures urbaines.
Le communiqué de presse ajoute que « Montrer l’art contemporain ailleurs, loin des institutions consacrées, des galeries ou musées, c’est concrétiser la volonté démocratique d’offrir à tous citoyens un accès à l’art contemporain ». Personnellement, je ne vois pas en quoi les institutions, galeries et musées seraient moins démocratiques, mais c’est là un autre débat.
Trois réflexions du commissaire d’exposition :
À la différence du « mot-valise » qui charrie le sentiment de confusion, je qualifie volontiers « OPENAIRS » de « mot-tiroir » car si son interprétation est multiple, chacun est libre d’y trouver ou d’inventer des significations possibles. A ce titre, je n’évoquerais qu’une seule référence, celle du célèbre « Air de Paris » de Marcel Duchamp (1919). « OPENAIRS » fait bien évidemment penser à l’air en tant que matériau en soi, tout en évoquant le caractère public d’une manifestation « en plein air », qui par extension suscite aussi le concept de musée en plein air. Par ailleurs, si la musicalité du mot « air » et le sens d’ouverture qu’induit le terme « open » me tiennent particulièrement à cœur, les deux mots issus du français et de l’anglais s’apparentent à une langue internationale, immédiatement compréhensible par tous.
J’ai constaté que ce matériau est utilisé dans l’art contemporain de façon récurrente mais ponctuelle dans le parcours d’un artiste. En ce sens, il n’y a pas à proprement parler dans l’histoire de l’art contemporain un artiste du gonflable. Le potentiel de déploiement du matériau et sa capacité à créer des formes monumentales sont probablement à l’origine de l’intérêt répété des plasticiens pour la structure gonflable. De plus, le contresens qu’induit ce matériau de la définition de la sculpture le plus souvent à vocation pérenne me plaît. La destination première du gonflable employé dans la publicité ou dans des contextes ludiques est un argument supplémentaire pour imaginer la cooptation par un public large de cette nouvelle forme de sculpture urbaine.
Situé en bord de Meuse, le cœur historique de Liège est un îlot aux qualités architecturales indéniables où cohabitent plusieurs publics : celui des musées et des riverains avec tout le contexte de vie commerciale et animée qu’il induit. Si l’on considère que le « culturel » d’aujourd’hui sera le patrimoine de demain, il n’est pas impertinent de valoriser une nouvelle fois ce quartier en y installant des œuvres éphémères d’artistes contemporains qui permettront à un public belge ou étranger de découvrir les œuvres en même temps que de découvrir ou de redécouvrir l’éclectisme de ce patrimoine d’exception.
Audrey Frugier, Life is magnifique ®
Sous ses aspects attractifs, l’oeuvre d’Audrey Frugier interroge la sacralité de l’esthétique et le jugement de goût qui lui est associé. Recourant aux brillants de pacotille, aux gemmes de contrefaçon et autres paillettes frivoles pour magnifier des objets utilitaires du commun (petit électroménager, ponceuse, etc.), Audrey Frugier sonde aussi bien la question du genre (féminin/masculin) en même temps que s’ajoute celle du paraître en société. Derrière l’interrogation des modes (vestimentaire, accessoiriste) et celle du pouvoir de légitimation de l’appartenance au groupe, Audrey Frugier pointe l’archaïsme du besoin grégaire questionnant de facto l’espace de singularité individuelle si chèrement revendiqué.
« Life is magnifique ® » (2011) se joue des codes architecturaux en remplaçant un chancre par la façade d’une maison idéalisée telle qu’on la retrouve dans la panoplie des jouets d’enfants, venant ainsi matérialiser la « façade » révélatrice de l’inscription en société.
12 mai – 30 septembre 2012
Organisation : La Province de Liège – Service culture en collaboration avec l’Office provincial des Métiers d’Art.
Bulle d’informations : Sur le parvis du musée de la vie Wallonne et la Place St Barthélémy
Tags: Audrey Frugier
Emilio Lopez Menchero particpe à TRACK, une initiative du SMAK, menée dans la ville de Gand durant tout l’été.
TRACK est une expérience artistique unique dans l’espace public et semi-public de la ville de Gand. Le projet propose des rencontres inattendues et enrichissantes avec la ville, son histoire et ses habitants, et incite le public à réfléchir sur certaines réalités urbaines et la condition humaine contemporaine au sens large. 35 artistes des quatre horizons ont été invités à créer une œuvre nouvelle qui puise largement dans le tissu urbain de Gand, mais relie aussi le contexte local avec des thèmes de portée universelle.
Les deux commissaires, Philippe Van Cauteren et Mirjam Varadinis, ont pris le temps de sélectionner des lieux caractéristiques du centre-ville gantois. Ils ont invité des artistes ayant des affinités avec le contexte thématique de ces lieux. Les artistes sélectionnés ont trouvé dans la réalité locale une riche source d’inspiration. Les résultats de leur plongée dans la ville ne sont donc pas des œuvres d’art au sens traditionnel du terme, mais des projets artistiques faisant appel à divers médias qui explorent les conditions sociales, économiques, culturelles et politiques de la ville et de notre époque. Leurs œuvres exhortent à la participation, entrent de diverses manières en interaction avec les communautés et laissent des traces permanentes.
TRACK est conçu comme un univers de récits, d’évènements, d’histoires parallèles. Il se décompose en six clusters procurant ensemble une coupe historique, culturelle, architecturale et mentale de Gand et du concept de ville contemporaine. Chaque cluster a sa propre ambiance et traite d’un thème spécifique : mobilité, religion, émigration, économie, langage, science, évolutions dans la ville…
TRACK invite le public à découvrir l’exposition sous divers angles. Pas d’itinéraire tracé à l’avance donc, pas de directives à suivre. Chaque visiteur se créera son propre TRACK en choisissant les clusters qui l’intéressent tout particulièrement, se tissant ainsi un récit basé sur ses propres origines et sur la manière dont il approche l’exposition. Un mode de découverte qui est de mise dans un monde globalisé et reflète l’idée que plusieurs réalités peuvent se produire au même moment.
TRACK is a unique art experience in the public and semi public space of the city of Ghent. It offers surprising, enriching and unexpected encounters with the city, its history and its inhabitants and incites to reflect upon urban realities and the contemporary human condition in a broader sense. 35 international artists were invited to conceive new art works that are strongly rooted in the urban fabric of Ghent but link the local context with issues of global significance.
The two curators Philippe Van Cauteren and Mirjam Varadinis took the time to select exemplary locations in the wider city centre of Ghent and invited artists who have an affinity with the thematical context of those places. The selected artists used the local reality as a fertile source of inspiration and the results of their in-depth explorations are not simply traditional works of art, but artistic projects in all different medias that embrace the social, economic, cultural and political conditions of the city and the times we live in. Their works call for participation, interact with the different communities in various ways and leave permanent traces.
TRACK is conceived as a universe of parallel narrations, occurences and (hi)stories. It consists of six clusters that offer a historical, cultural, architectural and mental cross-section of Ghent and the idea of a city today. Each cluster has its own distinct atmosphere and touches upon a specific issue like mobility, religion, migration, economy, language, science and city changes.
TRACK invites the audience to explore the exhibition in various ways. Visitors do not have to follow a given linear trail but are free to choose their own personal TRACK through the clusters and the city. Each visitor thus creates a different kind of narration, based on his or her background and the way they are approaching the exhibition. This free and multi-layered perception corresponds to our globalised world and the idea of plural realities happening at the same time.
TRACK is welcoming everybody to visit the exhibition and to be inspired by the visionary potential of art.
TRACK was initiated by the S.M.A.K. It continues the tradition established by the large-scale exhibition projects Chambres d’Amis (1986) and Over the Edges (2000), which installed contemporary art in the context of the city and entered into direct dialogue with the public.
Emilio Lopez Menchero, Moscou – Bernadette
López-Menchero joue avec les codes et les attentes et infiltre des éléments connus de la culture populaire dans un contexte culturel artificiel. Il exerce sa pratique artistique dans les zones marginales à forte connotation sociale. López-Menchero réalise pour TRACK une série de portraits cinématographiques dans les quartiers populaires gantois Moscou et Bernadette. Il a demandé à 35 habitants de ces quartiers de chanter une chanson devant l’objectif. Les films sont projetés deux par deux sur des écrans comme dans un concours. Pendant qu’un habitant d’un quartier chante, un habitant de l’autre quartier écoute, et inversement. Cela débouche sur un riche dialogue, non seulement entre les habitants des deux quartiers, mais entre diverses générations, cultures et personnalités.
López-Menchero plays with codes and expectations and insinuates recognisable elements from everyday popular culture into an ‘artificial’ and cultural context. He engages in his artistic practices in indistinct peripheral areas with a high social significance. For TRACK he has made a series of film portraits in the working-class Ghent districts of Moscou and Bernadette. He asked about 35 inhabitants to sing a song in front of the camera. As if in a contest, the films are shown on two screens facing each other. While an inhabitant of one district sings, one from the other district listens, and vice versa. This brings about a captivating dialogue not only between the residents of the two districts, but also between various generations, cultures and personalities.
TRACK:
du 12.05 au 16.09.2012
12h00 – 18h00
S.M.A.K.: 10h00 – 18h00
le jeudi: 10h00 – 23h00
TRACK et le S.M.A.K. sont fermés le lundi.
Tags: Emilio Lopez Menchero
Capitaine Lonchamps, Neige (Le Sanguinaire, tigre mangeur de Snowman), 2009, Technique mixte sur toile trouvée, 145 x 120 cm
Capitaine Lonchamps, Neige, 2011 (Snow – varan), Technique mixte sur objet trouvé, 320 x 100 x 90 cm.
Capitaine Lonchamps, Neige, 2011 (Snow – émeu), Technique mixte sur objet trouvé, 175 x 130 x 60 cm.
Capitaine Lonchamps, Neige 2012, Technique mixte sur imprimé, 25 x 34 cm
Capitaine Lonchamps, Neige 2012, Technique mixte sur imprimé, 18 x 24 cm
Capitaine Lonchamps, Neige 2012, Technique mixte sur imprimé, 17 x 13 cm
Capitaine Lonchamps, Neige 2012, Technique mixte sur imprimé, 14 x 9 cm
Tags: Capitaine Lonchamps
Ce samedi 5 mai de 17 à 19h, André Stas présentera son dernier livre
LES NÈGRES DU KILIMANDJARO
Journal de voyage
suivi de Ce qu’en pense Yak Rivais et deLe Pot aux roses
avec neuf Neiges de Capitaine Lonchamps
paru au Crayon qui tue,
en présence de Thieri Foulc, éditeur et de Capitaine Lonchamps, illustrateur
Tags: Capitaine Lonchamps, publication
Finissage ce dimanche 6 mai, de 11 à 18 h des expositions :
Emilio Lopez Menchero, Gare au gorille !
Marie Zolamian, Les désorientés
Jeroen Van Bergen, Log Cabins
Tags: Emilio Lopez Menchero, Jeroen Van Bergen, Marie Zolamian
Orla Barry
- Hornu (B), Le Grand Atelier, musée des Arts contemporains de la Communauté française, MAC’s, jusqu’au 3 juin 2012
Audrey Frugier
- Liège (B), Open Airs, place Saint Barthelemy, 12 mai – 30 septembre
Honoré d’O
- Antwerpen (B), Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 déc. 2012
- Wetteren (B), Aangeraakt/ Touché, Old factory Les Coordonniers, du 20 avril au 20 mai.
Jacques Lizène
- Paris (F), Les Maîtres du désordre, Musée du Quai Branly, 11 avril – 29 juillet
- Antwerpen (B), Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 décembre 2012.
- La Louvière (B), Escargots à gogo, Daily-Bul & Co, jusqu’au15 mai 2012
Capitaine Lonchamps
- La Louvière (B), Escargots à gogo, Daily-Bul & Co, jusqu’au 15 mai 2012
- Liège (B), BIP 2010, Biennale de la photographie de Liège, Only You, du 10 mars au 06 mai 2012.
- Bruges (B), Hallen, Kamarama, du 1er mai au 1er août.
Emilio Lopez Menchero
- Marchin (B), L’Homme Bulle, Bibliothèque communale de Marchin, jusque septembre 2012
- Gent (B), Track, SMAK, 12 mai – 16 septembre
- Liège (B), Gare au Gorille, galerie Nadja Vilenne, du 15 mars au 29 avril (solo). Prolongation jusqu’au 6 mai.
Jeroen Van Bergen
- Delft (Nl), Kim Habers / Jeroen Van Bergen, 38 CC, 22 avril – 3 juin 2012
- Liège (B), Log Cabins, galerie Nadja Vilenne, du 15 mars au 29 avril 2012 (solo). Prolongation jusqu’au 6 mai.
Walter Swennen
- Antwerpen, Cinq siècles d’images à Anvers, expo sition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 dec 2012
- Hornu (B), Le Grand Atelier, musée des Arts contemporains de la Communauté française, MAC’s, jusqu’au 3 juin 2012
Marie Zolamian
- Liège (B), Les désorientés, galerie Nadja Vilenne, du 15 mars au 29 avril 2012 (solo). Prolongation jusqu’au 6 mai.
Dans Connaissance des Arts, numéo spécial Les Maîtres du désordre :
Dans La Libre, sous la plume de Guy Duplat :
Que le grand chaman vous croque !
Au musée du Quai Branly, “les maîtres du désordre” nous initient aux arts magiques. Chamans, vaudou, devins, exorcistes, transes : un art millénaire, repris aussi par les artistes actuels.
Depuis que l’homme existe, il a peur. La mort et la maladie rodent. Les phénomènes naturels les pires sont imprévisibles : l’éclair, le tremblement de terre, l’ouragan. Et l’homme découvrit vite qu’il avait autant à craindre de ses congénères que de la nature. L’homme peut être un loup pour l’homme.
Depuis peu de temps (deux ou trois siècles), il a tenté de rationaliser cette peur et d’observer que des phénomènes apparemment magiques obéissent souvent à des lois physiques ou sociologiques; l’éclair est un phénomène électrique sans qu’il soit nécessaire d’invoquer les dieux. Mais malgré cela, les rites chamaniques et sorciers les plus divers continuent pour tenter de conjurer ce monde du désordre et parfois même, reprennent vigueur. Incapable de maîtriser son environnement, l’homme cherche toujours son salut dans la pensée magique et les rites ésotériques pour apaiser les forces surnaturelles qui agiraient sur lui.
Ce sujet vaste et passionnant est celui de la nouvelle et forte exposition au musée du Quai Branly à Paris, joliment intitulée « Les maîtres du désordre » et menée par Jean de Loisy, le nouveau directeur du Palais de Tokyo.
Le parcours proposé a quelque chose de chamanique : une sorte de labyrinthe mis au point par les architectes Jakob + MacFarlane, fait de structures d’acier et de plaques de plâtre brut. Une scénographie un peu lourde, mais l’essentiel n’est pas là mais dans les 450 objets, costumes, sculptures, films, vidéos, rassemblés et qui font un tour du tour du monde de la question, accompagné d’un volumineux catalogue.
Ce sont 3 000 ans d’histoire de l’art qui se déroulent : depuis les statuettes égyptiennes destinées à conjurer le sort, les statues grecques des dieux « dangereux », jusqu’aux « poupées vaudoues », les fétiches congolais plein de clous et les masques de carnaval de nos campagnes européennes. L’expo a pu choisir les meilleures pièces dans d’innombrables musées dont celui de Tervuren et celui du carnaval à Binche.
Un important volet concerne l’art contemporain qui a parfois repris le rituel chamanique. Joseph Beuys fut en l’occurrence le grand initiateur, qui s’enferma pour une performance dans une pièce avec un coyote. Dans le film montré à Paris, il avait la tête couverte de miel et de feuilles d’or et parlait à un lièvre mort en lui montrant les tableaux d’une galerie tandis que le public pouvait seulement l’observer à travers une vitre. Le lièvre est l’animal qui préside aux rituels de transformations chamaniques auxquels Beuys prétendait avoir été initié par la communauté des Tatars de Sibérie qui l’avait soigné. L’artiste est celui qui communique avec des mondes spirituels perdus. L’art peut être le truchement entre les forces invisibles et notre vie.
La chorégraphe Anna Halprin malade d’un cancer, fut filmée dans une danse de cris hystériques et chamaniques destinés à chasser le mauvais démon en elle. L’artiste est celui qui a accès aux forces obscures. Il peut aussi les exorciser par le grotesque et la transgression. Il devient alors le nouveau maître du désordre, celui qui défie l’ordre social bien pensant, comme le montrent à l’expo, les vidéos des performances de Paul McCarthy peignant avec un gros nez rouge dans un désordre indescriptible ou celle de Tracey Rose montant un âne à cru, avec un maillot grotesque, ou notre compatriote Jacques Lizène « petit maître du XXe siècle » qui pourrait s’approprier la phrase de Dali : « L’unique différence entre un fou et moi, c’est que je ne suis pas fou. »
L’artiste, explique Jean de Loisy, est « dérisoire et parfois grotesque, redouté car porteur de vérité, libre de sa parole, incarnation de la nécessité du politiquement incorrect. Certains comme McCarthy ou Lizène, grotesques et triviaux, tendent au regardeur le miroir dans lequel se reflètent les travers de la société. L’indécence ne les gène pas puisque c’est la nôtre, ils sont les personnages libres qui dénouent les tentatives coercitives du consensus. Ils permettent à l’art contemporain de remplir l’une de ses fonctions majeures dans notre société moderne : mettre en turbulence les convictions, rejouer ce qui paraît acquis, élargir notre champ de conscience, faire exploser les règles convenues ».
Un des moments forts de l’expo est l’espace consacré aux « paroles d’initiés » où on peut suivre quatorze témoignages sur vidéos de chamans actuels. Nous avions souvent rencontré ces dernières années des chamans encore très populaires : au Bénin où les gens vont chez le prêtre vaudou qui se tient à côté d’un autel dégoulinant des restes des sacrifices de poulets; au Ladakh, où nous avions rencontré une guérisseuse chamane qui faisait salle comble, posant des questions, implorant, entrant en transe pour terminer par un crachat sur l’organe malade afin de chasser le diable. En Russie, en Mongolie, même dans la Corée hypercapitaliste, les chamans sont légion. Dans le pays dogon, au Mali, on voit encore le soir, d’étranges fils tendus sur le sable. Les devins les étudient à l’aube quand le renard a perturbé l’ordre des fils, et par cela même, laissé parler les esprits.
On ne détaillera pas les innombrables pièces marquantes dans l’exposition. En art contemporain, il y a le monde selon Thomas Hirschhorn : une suite de mappemondes sur lesquelles ont été scotchées, comme des poussées cancéreuses, des images de guerres et de manifestations. Basquiat est là qui fait référence à Exu, un des grands dieux du vaudou. Picasso ne pouvait pas manquer, comme grand prêtre de la subversion artistique. Annette Messager présente une toile d’araignée de gris-gris personnels qu’elle appelle sa « petite pratique magique quotidienne ».
Si la science a atténué le besoin de chamanisme, la « mort de Dieu » a réveillé par contre le besoin d’intercesseurs et d’un autre sacré. Les grands prêtres devenant parfois les artistes.
On découvre quantité de magnifiques objets anciens d’Afrique, des statuettes rituelles couvertes de boue ou de clous, d’os, d’animaux morts ou de plumes. Les costumes en cuir avec leurs breloques, portés par les grands chamans sibériens ou les sorciers indiens, sont impressionnants.
L’exposition aborde aussi l’importance de la transe et des drogues dans les rituels chamaniques.
Etudier ces « Maîtres du désordre » s’avère non seulement passionnant mais aussi d’une beauté troublante. Le désordre et le mal ont toujours été plus spectaculaires que l’ordre et la sainteté. Ben l’a dit de manière lapidaire :« Pas d’art sans désordre. »
Sur Artinfo, par Juliette Soulez
Plus poétique que scientifique, les Maîtres du désordre nous invitent à un voyage cosmique
Avec une sélection d’œuvres extraordinaires venues de tous les continents, l’exposition « Les Maîtres du désordre » propose une scénographie comme un chantier précaire, signée Jakob + MacFarlane. Du costume chamanique à la statue de Seth égyptienne, au bouffon zen, les chamanes sont ici des intercesseurs entre un monde de divinités ambivalentes et imprévisibles, ayant accompli les pires crimes interdits aux humains, et un monde humain atteint de trouble, soit collectif, soit individuel.
Désenvoutée par la présence du chamane et comédien togolais Azé Kokovivina grâce à un rituel qui a débuté dès le 9 avril avec la création d’un autel vodun, chaque salle s’ouvre avec des installations d’artistes modernes contemporains. On retrouve ici une métamorphose duMinotaure par Picasso et un de ses Arlequins, l’Exu de Basquiat ou encore, introduisant l’exposition, l’Outgrowth de Thomas Hirschhorn, par où l’anthropologie se fait sensible. « Le Quai Branly a fait bouger les lignes », confie Bertrand Hell, ethnologue et conseiller scientifique de cette exposition qui repose entièrement sur son ouvrage éponyme paru en 1999. En acceptant des œuvres contemporaines dans un musée d’ethnologie, le musée s’approcherait ainsi davantage d’une vision à l’américaine de l’anthropologie
« L’anthropologie est trop sérieuse pour la laisser aux seuls ethnologues », a dit Jean de Loisy, commissaire de l’exposition et président du Palais de Tokyo. Et Bertrand Hell a trouvé avec Jean de Loisy une approche qui lui a, dès leur première rencontre, tout de suite parlé. Si Bertrand Hell n’aime pas tellement les musées d’ethnologie – « ça me fait peur », dit-il – c’est parce qu’on y enferme dans des boites des œuvres sacrées qui servent à voyager dans des mondes parallèles. Et alors qu’ils se sont rencontrés, Bertrand Hell a été séduit par l’idée d’une exposition d’art sacré et d’art contemporain. « J’ai réalisé que l’exposition pouvait donner un accès à tout ce que je n’avais pas pu faire avec le livre, prisonnier d’une écriture ou de concepts froids ou secs », dit-il. « J’ai accepté le projet car il s’agissait alors d’éveiller une empathie, une émotion chez le spectateur lors même que l’ethnologie en France trop cartésienne passe peut-être parfois à côté de l’essentiel ».
Citant volontiers Roger Bastide à propos de ce qui touche au religieux, à l’invisible et au sacré, Bertrand Hell défend en effet l’éloge de la pensée obscure contre une ethnologie méfiante du commerce des sens. « Et je pense que la subjectivité peut être une arme de la science pour approcher certain phénomène. Les émotions, l’imagination active… » Il est même d’accord avec Jean de Loisy, qui considère certains artistes contemporains comme des anthropologues créant à partir de leur vécu.
L’artiste, dans cette exposition, prend alors suivant les thématiques le rôle du chamane, comme Joseph Beuys qui voulait guérir la société allemande de ses maux ou Anna Halprin exorcisant son cancer ou le rôle du clown ou du bouffon, celui qui transgresse les codes de la société, et à qui l’on s’adresse pour ses propres maux comme à un intercesseur, ici Jacques Lizène ou encore Jean Luc Verna.
Au centre du parcours, on accède à la métamorphose du chamane et à son voyage, son envol, vers des cieux divins. Une partie est consacrée aux psychotropes avec des coupes ou bols servant à ingérer la drogue, une autre à la transformation du chamane en animal divin. Capable de voir devant et derrière, notamment grâce à des masques Janus, dans la vie et dans la mort, les chamanes, véritables « homme-limite » comme le dit Bertrand Hell, font ressurgir le jaguar ou vont voyager pendant dix jours dans un univers cosmique hors de leur corps.
Pourtant l’hypothèse est aussi faite que pendant leur voyage, les chamanes visitent leur propre corps et y voient comme un long serpent. Berdaguer et Péjus ont ici traduit de manière contemporaine cette idée par un Jardin d’addiction, un enchevêtrement de canaux en verre terminés par des bols contenants différentes sortes de psychotropes. Et la dimension de l’exorcisme est aussi bien mise en avant par les œuvres exposées. Le travail photographique contemporain de Myriam Mihindou en Haiti, réalisé après la chute d’Aristide comme un rituel d’exorcisme trouve ici un écho puissant avec cette exposition.
Mêlés à de magnifiques sculptures, costumes, masques et peintures venant de Sibérie, de Corée, du Congo ou encore de Madagascar, les œuvres contemporaines concluent ce parcours, après la salle des carnavals et fêtes profanes. « La fin est dominée par les artistes contemporains à dessein puisque dans les rituels chamaniques, la fin du rituel se termine toujours par la participation de l’assemblée au petit jour, comme chez les Gnawa, et lentement il se transmute en fête profane », explique Bertrand Hell. « Et nous souhaitions également amener le visiteur à réfléchir à un désordre non-anarchique qui joue un rôle de catharsis. Si une société n’a pas ces instances de liberté, elle explose. Il y a une nécessité de maintenir la vie des sociétés qui préservent le désordre sans les institutionnaliser ou les réguler. Et avec jean de Loisy, notre recherche interrogeait au fond l’ordre social en général et elle montrait aussi que les œuvres présentées ne sont pas du registre de la croyance ».
A Bruges, Capitaine Lonchamps participe au Kamarama du dessinateur Kamagurka.
Humoriste et dessinateur de presse (Humo, Charlie Hebdo, Hara-kiri, Titanik, etc), peintre, sculpteur, chanteur, cinéaste, Kamagurka a rassemblé pour ce festival d’été des artistes qui l’inspirent ou le fascinent, parmi lesquels Captain Beefheart, Emile Salkin, Francis Picabia, Fred Bervoets, George Condo, George Grosz, Georges Ribemont-Dessaignes, J.J. Grandville, James Ensor, Jan Fabre, Jeff Olsson, Jeroen Henneman, Kati Heck, Lucebert, Luc Tuymans, Marcel Duchamp, Markus Lüpertz, Max Ernst, Otto Dix, Pablo Picasso, Paul Joostens, René Daniëls, René Magritte, Rinus Van de Velde, Roland Topor ou Wim Delvoye. Du 1 mai au 1 août, divers lieux à Bruges.
Capitaine Lonchamps, Neige (Le Sanguinaire, tigre mangeur de Snowman), 2009, Technique mixte sur toile trouvée, 145 x 120 cm
Capitaine Lonchamps, Neige 2012, Technique mixte sur imprimé, 29 x 26 cm
Tags: Capitaine Lonchamps
Emilio Lopez Menchero participe à « Belgie, Who’s afraid of black, yellow and red » Curated by Philippe Braem
26.04 – 30.04.2012, 11 am – 7pm
Galerie Torstrasse 161, 10115 Berlin
- Gauthier Hubert (BE) - Emilio Lopez Menchero (ES-BE) - Vadim Vosters (BE) - Lukas Vandenabeele (BE) - Willy De Sauter (BE) - Steve Schepens (BE – DE) - Philip Grözinger (DE) - Adrian Lohmüller (DE) - Andrei Loginov (BLR-DE)
« Trying to be Carlos » réalisé à partir de la page de la revue allemande STERN NR.33 du 12.8.2010 page 108 rubrique Kultur, illustrant l’article « Verätter töten wir » interview de Illich Ramirez Sanchez alias « Carlos » réalisée par Stephan Maus
concept & performance : Emilio López-Menchero, photo : Emilio López-Menchero, Jonathan Rosic, Annabelle Guetatra, costumes, accessoires, décor : Emilio López-Menchero, Jonathan Rosic, Annabelle Guetatra. coiffure, maquillage : Urteza da Fonseca, Annabelle Guetatra. technique lumière : Philippe Leclercq (Limelight)
Tags: Emilio Lopez Menchero
Suchan Kinoshita
Haiku for Liège, 2010
Aglaia Konrad
Undecided frames, photographies couleurs, impression numérique,, 54 x 41 cm, 2012. Ed 5/5
Jeroen Van Bergen
Boot 003, technique mixte,2012
Emilio Lopez Menchero
Kuifje, Huile sur toile, 2011, 45 x 61 cm
Gare au gorille !, Huile sur toile, 2012, 170 x 150 cm
Honoré d’O
Sans titre, Ex Voto, technique mixte, 2012
Olivier Foulon
Ohne Titel [Deux têtes de profil (Mondrian)], 2012, 65 x 50 cm. Photo: 18 x 27 cm.
Tags: Emilio Lopez Menchero, Jeroen Van Bergen, Olivier Foulon, Suchan Kinoshita
Jacques Lizène
- Sculpture nulle, guitare pioche 1979, en remake 2005.
- Sculpture nulle 1980, instruments de musique modifiés en guise d’interrogation génétique, art syncrétique, croisement cor – clarinette, en remake 2011. Technique mixte, cor, clarinette, 120 x 50 x 22 cm.
- Sculpture nulle 1980, instruments de musique modifiés en guise d’interrogation génétique, art syncrétique, croiser un violon et une raquette de tennis, en remake 2011. Technique mixte, violon, raquette, 100 20 x 10 cm
- Art syncrétique 1964, instrument de musique modifié, remake 2011, didgeridoo croisé tuba. Didgeridoo, tuba, 161 x 43 x 30 cm
- Art syncrétique 1964, instrument de musique modifié, remake 2011, trompette de cavalerie croisée clarinette croisée saxophone, mettre n’importe quel objet sur roulette. Trompette, clarinette, saxophone, planche, roulettes, 154 x 30 x 34 cm.
- Art syncrétique 1964, instrument de musique modifié, art syncrétique 1964, trombone croisé flute à bec, en remake 2011. Technique mixte, trombone, flute à bec, 112 x 25 x 25 cm.
- La danse de derrière le décor, 1974, art syncrétique 1964, balai modifié, mettre n’importe quoi sur un balai, un reliquaire africain, remake 2011. Technique mixte, 185 x 35 x 13 cm.
- Position pour une exposition virtuelle 193-1993, en remake 2012, Jacques Lizène expose dans le chantier du palais de Tokyo, avant sa réouverture. Vidéo. Son. Couleurs, 9 min. 2012 (production AVCAN).
Walter Swennen
Une très riche heure avec Jan Vercruysse, 2003, Huile sur toiles (quatre parties), 120 x 140 cm
Walter Swennen
Spook, 2003, Huile sur toile, 140 x 120 cm.
Emilio Lopez Menchero
Le grand capital, Huile sur toile, 2012, 68 x 53 cm
Jacqueline Mesmaeker
Les péripéties, 2010, 2 cartes postales, (J. A. Ingres, La Baigneuse., Kalabaka, Météores, le couvent Roussano), 60 x 43 cm.
Capitaine Lonchamps
Neige, 2012, acrylique sur photographies trouvées, 90 x 60 cm
Neige 2011, acrylique sur objet trouvé, 210 x 50 x 35 cm
Jacqueline Mesmaeker
Les Charlottes, 1977, Photocopies de superpositions d’images et de morceaux de verre,, (17) x 42 x 29,4 cm, édition 2/2.
Tags: Capitaine Lonchamps, Emilio Lopez Menchero, Jacqueline Mesmaeker, Jacques Lizène, Walter Swennen
Cordonnier, Old factory building (Schoolstraat, 9230 Wetteren, Belgium)
Group Exhibition
From April 21st ‘till May 20th 2012
Opening on April 21st at 16h00
In the empty textile factory Cordonier in Wetteren, Belgium, the exhibition ‘Aangeraakt / Touché’ opens on Saturday April 21st. Curator Eric Bracke invited fifteen artists and artist duo’s to show their work in dialogue with the former knitwear factory.
Among them are internationally renowned artists such as Johan Tahon, Honoré d’O and Leo Copers. Together with Wouter Cox, Peter De Bruyne, Bert Drieghe, French Gentils, Tom Jooris, Peter Puype, Lore Rabaut & Frank Depoorter, Ilse Roman, Bruno Vandenberghe, Caroline Van Der Straeten and Nicholas Eeckhoudt, they pull a surprisingly artistic trail through the old factory building with sculptures, paintings, photographs, projections, performances and spatial interventions. The British duo The Caravan Gallery crosses the canal. For two weekends, they will settle their caravan at the entrance of the factory building and make a work of art in interaction with the visitors and local people.
The Dutch word ‘Aangeraakt’ (Touched) refers primarily to a verse line from a social anthem De Internationale. In 1900, the Belgian poet Henriette Roland Holst wrote: Begeerte heeft ons aangeraakt! (Desire touched us!). From this point of view, the exhibition is directly related to the past, the history of the factory which was established in 1908 and to the former proletarian city of Wetteren.
At that time, the residents of Wetteren were still reeling from the Great Strike of 1907 in the textile factory of Felix Beernaerts. It was the first showdown between the factory leaders and socialist trade unions outside the major cities.
Also, the word ‘Aangeraakt’ has a central role in Catholic tradition. It appears regularly in literature from cardinals like Augustine to poets like Hadewych and afterwards in the texts of mystics. In their effort to describe the encounter with the ‘Supreme’, they resort to earthly, sensual experiences. They describe the divine love as a stunning sensual and physical touch.
These two associations of ‘Aangeraakt’, the striving to elevate and sublimate life’s ordinarity on the one hand, and the earthly and sensual translation of the divine on the other hand, are the poles in which this exhibition is located.
Opening on April 21st 2012 at 16h00, with an introduction of Roland Jooris and initiated by Eric Bracke.
Exhibition hours: Friday from 18h00 to 21h00, Saturday and Sunday from 14h00 to 18h00
Tags: Honoré d'O
Barrio de Chabolas, composition de tours, remake snackfrituurkapel, Monumenteel 001, Schetsen en teksten : Jeroen Van Bergen rassemble un bel ensemble d’œuvres récentes pour son exposition au 38CC à Delft.
Exposition en compagnie de Kim Habers, du 21 avril au 3 juin.
Creatief Laboratorium 38CC
Hooikade 13 – 2627 AB - Delft
Tags: Jeroen Van Bergen
Tags: Emilio Lopez Menchero