Offscreen 2026, Aglaia Konrad, Carrara Cut

CARRARA CUT, BOOK

Dans la pratique d’Aglaia Konrad, film, photographie, livre d’artiste et dispositif d’exposition sont indissociables. La réalisation du film consacré aux carrières de marbre de Carrare s’accompagne ainsi d’un travail photographique spécifique, mené parallèlement entre 2008 et 2010, qui aboutit logiquement à la publication d’un ouvrage.

Dans ce livre, l’artiste déjoue les habitudes du genre et confronte le lecteur à l’image dans sa singularité autant qu’à sa propre expérience du regard. Elle propose un séquençage d’images recadrées au cordeau, découpées avec la même précision que les blocs de marbre extraits de la montagne. Les photographies sont juxtaposées selon un principe proche du leporello ; les cadrages se déplacent, se chevauchent, se décalent. L’artiste coupe dans les images pour en produire une nouvelle composition.

Produire une image revient ici à construire un mode de perception. Le regard est sollicité pour organiser des relations à partir de fragments ; il lui revient d’élaborer le sens. Aglaia Konrad exploite la montagne photographiquement : à l’instar des carriers, elle la façonne et la transforme. L’acte de photographier fixe l’image, tandis que la coupe agit comme un processus, un geste en devenir. Le regard cesse alors d’être guidé par l’image seule pour participer activement à sa transformation. Les images ainsi produites deviennent à leur tour matière à exposition, déployées à une autre échelle dans l’espace. Aglaia Konrad les désigne d’un titre simple et programmatique : Carrara Cut, book.

 

Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026, Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026, Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm
Aglaia Konrad, Carrara Cut, Book, 2011-2026. Photographie NB, 47 x 70 cm

Offscreen Paris, 2026, Aglaia KONRAD, une introduction

Aglaia Konrad
Concrete & Samples III Carrara
16 mm transferred to video, color, 4:3, no sound, BE/AT, 2010, 19′.
Image Sébastien Koeppel. Editing Aglaia Konrad, Fairuz. Colorgrading Sébastien Koeppel.
Produced by Auguste Orts

Née à Salzbourg en 1960, Aglaia Konrad ne se définit pas uniquement comme photographe d’architecture ; elle s’affirme également comme une véritable architecte de la photographie. En concevant des dispositifs d’exposition dans lesquels ses images sont activées en fonction des espaces, des contextes et des situations qui les accueillent, elle renouvelle profondément le champ de la photographie d’architecture et les modalités de sa présentation.

La pratique d’Aglaia Konrad repose sur un immense corpus de prises de vue, véritable atlas au sens où l’entendait Aby Warburg : une mémoire vive dont les thèmes privilégiés sont le brutalisme international, les formes métropolitaines contemporaines, l’histoire de l’architecture, le béton et le marbre, les architectures-sculptures, les utopies et leurs contradictions, ainsi que les chantiers et les démolitions. L’artiste mène des enquêtes documentaires approfondies, qui constituent à la fois le préalable et le support indispensable de sa manière de montrer les images. Chaque projet d’exposition ou d’édition devient ainsi l’occasion d’activer cette archive en perpétuelle expansion, de créer des rapprochements inédits entre les images et de construire un récit visuel singulier, proposant une interprétation personnelle et originale de l’histoire de l’architecture.

CARRARA

Le film qu’Aglaia Konrad consacre en 2010 aux célèbres carrières de marbre de Carrare occupe une place essentielle dans son parcours. Il s’inscrit dans la trilogie Concrete & Samples, qui comprend également deux films consacrés à des édifices religieux brutalistes : l’église de la Sainte-Trinité à Vienne, conçue par Fritz Wotruba (Wotruba Wien, 2009), et l’église Sainte-Bernadette-du-Banlay à Nevers, réalisée par Claude Parent et Paul Virilio (Blockhaus, 2009).

Dans ces œuvres, Aglaia Konrad explore la dimension sculpturale de l’architecture. Par une approche tectonique attentive aux masses et aux volumes, elle révèle des architectures monumentales et monolithiques qui semblent émerger du chaos minéral. Carrara prolonge cette réflexion tout en la déplaçant. Ce territoire minéral en perpétuelle transformation, lieu d’extraction d’un matériau noble intimement lié à l’histoire de la sculpture et de l’art occidental, apparaît comme le contrepoint naturel des architectures filmées précédemment.

À première vue, le film pourrait être perçu comme une observation de la montagne et d’un paysage mis à nu par l’exploitation humaine. Pourtant, la caméra de Konrad révèle une réalité plus complexe, où s’affrontent des forces contraires : ce qui apparaît et ce qui disparaît, ce qui est extrait et ce qui se résorbe dans la montagne. Carrare devient alors elle-même une sculpture. Façonnée par soustraction, selon un processus analogue à celui du sculpteur qui fait naître une forme en retirant de la matière, la montagne dévoile progressivement une architecture. L’extraction continue du marbre engendre en effet, paradoxalement, des structures monumentales au cœur même du massif.

Cette logique rejoint la distinction formulée par le philosophe de l’architecture Bart Verschaffel entre levare et porre : « Faire émerger, c’est découvrir : levare. Construire, c’est empiler ou ajouter : porre. » Le peintre et l’architecte créent en ajoutant, tandis que, dans les carrières de Carrare, comme le rappelait déjà Michel-Ange, on travaille per via di levare et non per via di porre. Le sculpteur n’ajoute pas de matière ; il retire le superflu afin de faire apparaître une forme latente dans le marbre. Ce qu’il produit est simultanément une sculpture et des débris. À l’échelle de la carrière, cette réflexion acquiert une dimension territoriale : sous la montagne se découvre progressivement une ville. L’activité extractive ne construit pas en ajoutant de la matière, mais en la retirant ; elle fait émerger une forme d’urbanité per via di levare. Le film d’Aglaia Konrad montre précisément ce processus paradoxal par lequel la disparition de la matière devient une opération de révélation architecturale.

À l’échelle du site, l’activité humaine paraît minuscule, presque lilliputienne ; pourtant, elle produit de véritables formes architecturales, voire une forme d’urbanité. Le film met ainsi en lumière une tension fondamentale entre la puissance transformatrice du travail humain et son caractère éminemment provisoire. Les formes que l’extraction fait émerger ne constituent jamais un état définitif : elles sont continuellement reconfigurées par la poursuite de l’exploitation, jusqu’à être altérées, effacées ou remodelées à leur tour.

CARRARA CUT, BOOK

Dans la pratique d’Aglaia Konrad, film, photographie, livre d’artiste et dispositif d’exposition sont indissociables. La réalisation du film consacré aux carrières de marbre de Carrare s’accompagne ainsi d’un travail photographique spécifique, mené parallèlement entre 2008 et 2010, qui aboutit logiquement à la publication d’un ouvrage.

Dans ce livre, l’artiste déjoue les habitudes du genre et confronte le lecteur à l’image dans sa singularité autant qu’à sa propre expérience du regard. Elle propose un séquençage d’images recadrées au cordeau, découpées avec la même précision que les blocs de marbre extraits de la montagne. Les photographies sont juxtaposées selon un principe proche du leporello ; les cadrages se déplacent, se chevauchent, se décalent. L’artiste coupe dans les images pour en produire une nouvelle composition.

Produire une image revient ici à construire un mode de perception. Le regard est sollicité pour organiser des relations à partir de fragments ; il lui revient d’élaborer le sens. Aglaia Konrad exploite la montagne photographiquement : à l’instar des carriers, elle la façonne et la transforme. L’acte de photographier fixe l’image, tandis que la coupe agit comme un processus, un geste en devenir. Le regard cesse alors d’être guidé par l’image seule pour participer activement à sa transformation. Les images ainsi produites deviennent à leur tour matière à exposition, déployées à une autre échelle dans l’espace. Aglaia Konrad les désigne d’un titre simple et programmatique : Carrara Cut, book.

 

Aglaia Konrad Concrete & Samples III Carrara 16 mm transferred to video, color, 4:3, no sound, BE/AT, 2010, 19′.
Aglaia Konrad Concrete & Samples III Carrara 16 mm transferred to video, color, 4:3, no sound, BE/AT, 2010, 19′.
Aglaia Konrad Concrete & Samples III Carrara 16 mm transferred to video, color, 4:3, no sound, BE/AT, 2010, 19′.

la place. Notes sur une exposition d’Olivier Foulon. Feuilleton (2)

2.

En août 2026, Olivier Foulon demande à la Kunstbibliothek de Berlin l’autorisation de consulter One Million Years (Past) et One Million Years (Future), le rarissime livre d’artiste d’On Kawara publié en 1999. Imprimés sur un véritable papier bible ivoire de 32 grammes et tirés à seulement 570 exemplaires, ces deux volumes condensent sous une forme compacte une œuvre monumentale initiée par l’artiste dès 1969. One Million Years repose sur une entreprise aussi simple que vertigineuse : l’énumération méthodique d’un million d’années dans le passé et d’un million d’années dans le futur. À travers cette accumulation de dates, Kawara confronte le lecteur à une échelle temporelle qui excède toute expérience humaine. Le chiffre cesse alors d’être une simple donnée mathématique pour devenir un instrument de méditation. L’œuvre oppose le temps vécu, celui des jours qui rythment notre existence, à un temps historique et cosmique dont l’immensité rend perceptible la fragilité de toute vie humaine. Olivier Foulon présente les deux fiches de prêt générées par la bibliothèque berlinoise lors de leur consultation. Le geste est minimal. À première vue, ces documents administratifs semblent anecdotiques. Pourtant, en les déplaçant dans l’espace d’exposition, l’artiste les transforme en témoins d’une rencontre avec l’œuvre de Kawara. En jouant sur la similitude des deux documents, il attire l’attention sur leur seule différence. Chacun mentionne le sous-titre du volume emprunté. One Million Years (Past) est dédié « à tous ceux qui ont vécu et qui sont morts ». One Million Years (Future) est dédié « au dernier d’entre nous ». À travers ces deux dédicaces, Kawara encadre symboliquement toute l’aventure humaine, depuis l’ensemble des générations disparues jusqu’à la figure hypothétique du dernier être humain. L’infinité apparente du temps se trouve ainsi ramenée à une limite inéluctable, celle de notre propre finitude. Dans cette durée presque inconcevable qu’évoque Kawara, chacun de nous, aussi microscopique soit-il, trouve sa place.

Olivier Foulon, One Million Years (Past) One Million Years (Future) (On Kawara) 1999 Kunstbibliothek Berlin, 2026

Offscreen Paris 2026, Aglaia Konrad, Carrara

Aglaia Konrad Concrete & Samples III Carrara 16 mm transferred to video, color, 4:3, no sound, BE/AT, 2010, 19′.
offscreen 2026

La Galerie Nadja Vilenne a le plaisir de vous informer de sa participation à l’édition 2026 d’Offsceen, Installations, images fixes et en mouvement. 

AGLAIA KONRAD 

Carrara, installation vidéo (2010)

Carrara Cuts, pages (2011/2026)

VIP Preview. Lundi 19 octobre | 14 h — 21 h.. Horaires d’ouverture au public : Du mardi 20 au samedi 24 octobre | 11 h 00 — 19 h 00. Dimanche 25 octobre | 11 h 00 — 18 h 00

Adresse :
La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Entrée par le square Marie Curie
47, Bd de l’Hôpital, 75013 Paris

Accès métro :
Lignes 5 – Saint Marcel
Lignes 5, 10, C – Gare d’Austerlitz Station
Lignes 1, 14, A, D – Gare de Lyon Station

Accès Bus :
Bus 24, 57, 91 – Saint-Marcel – La Pitié

Billetterie

Aglaia Konrad, Miroir, Miroir, Biennale de l’Image Possible, ancienne bibliothèque des Chiroux, Liège

Aglaia Konrad participe à l’édition 2026 de la Biennale de l’image possible, Miroir-Miroir, en l’ancienne bibliothèque des Chiroux à Liège. 

Les images comme miroirs du monde, des autres et de nous-mêmes. 

À l’occasion des 200 ans de l’invention de la photographie, cette édition explore le pouvoir des images à nous mettre face à nous-mêmes et face aux autres. 

“Depuis son invention il y a deux siècles, la photographie offre un miroir à l’humanité, dans lequel tout de nous se reflète. Elle a profondément transformé les conditions de la représentation de soi, impacté les autres médiums artistiques et révolutionné le genre du portrait, genre-miroir par excellence. 

La photo est un moyen de promotion de la différence et de la diversité, tout autant qu’une machine narcissique, identitaire ou de contrôle social et policier. Elle joue un rôle dans la cohésion d’une société, en nous rapprochant de l’autre et en conservant la mémoire, mais elle œuvre aussi à sa fragmentation et à sa hiérarchisation, entre autres en accentuant nos égos.

Au sein de cette profusion de représentations qui nous entourent depuis 200 ans et devant le constat d’un basculement violent où s’affirment partout les suprémacismes, BIP2026 va tester l’hypothèse qu’on peut encore se regarder (à défaut de se comprendre et de s’aimer), en porte-à-faux et dans des équilibres fragiles toujours à recommencer.

La photo possède un génie immédiat et infini à révéler nos facettes et celles des autres. Le portrait notamment détient cette capacité à nous installer face à l’altérité comme face à un miroir, mais sans jamais que cette place soit fixe et arrêtée, en accueillant au contraire l’agitation et le désordre. Nous sauterons dès lors de place en place, pour s’étourdir de notre constante et nécessaire réinvention.

Et si tout tenait ensemble quand on accepte que rien ne va ensemble ?”

Anne-Françoise Lesuisse, directrice artistique

Aglaia Konrad, Frauenzimmer, 2022-2025. Technique mixte, verres provenant du bâtiment CBR à Bruxelles (Brodski et Lambrichs, 1970), supports en métal conçus par Richard Venlet. Dimensions variables, chaque module 210 x 135 x 2,5 cm

Frauenzimmer se compose de vitres, à la fois miroitantes et transparentes, disposées en série à la manière des lentilles d’un appareil photographique. Elle s’inspire du vocabulaire de la photographie : la chambre, le filtre, le générateur d’image, la machine à selfies. Ces vitres proviennent du CBR Building, un complexe de bureaux à Bruxelles, conçus dans le style brutaliste par Constantin Brodzki et Marcel Lambrichs. Achevé en 1970, architecture fonctionnaliste et première structure préfabriquée réalisée à Bruxelles, l’édifice est emblématique. Ses modules préfabriqués mettent le béton en valeur comme un choix esthétique délibéré. Le motif répétitif des fenêtres ovales, agissant comme un mur rideau structurel, en est la signature visuelle. Lors de la rénovation du bâtiment en 2019, le bâtiment a été classé comme œuvre d’art totale. Quelques fenêtres ovales ont dû être remplacées. Aglaia Konrad les a sauvegardées. Aglaia Konrad (Salzburg, 1960) ne se définit pas seulement comme une photographe d’architecture, elle s’impose aussi comme une architecte de la photographie, créant aussi, comme dans ce cas, des architectures – sculptures. L’architecture environnante et les spectateurs eux-mêmes apparaissent reflétés dans les fenêtres ovales de Frauenzimmer ou sont visibles à travers elles. De cette manière, l’œuvre agit comme un dispositif kaléidoscopique qui module l’engagement du public avec l’art, agissant comme un générateur d’images. Notre propre situation dans l’espace, les multiples relations qui nous lient au monde, notre être-au-milieu-des-choses, redeviennent palpables, la sculpture révélant des images éphémères, des images agissantes. Mémoire d’un patrimoine moderniste et brutaliste, Frauenzimmer est une fabrique d’images à laquelle participe le spectateur.

la place. Notes sur une exposition d’Olivier Foulon. Feuilleton (1)

Olivier Foulon, le soleil sonne (photos de vernissage), 2021/2026

1.

La place est vide. Je veux dire que la galerie est vide, du moins en apparence. Comme elle l’était au printemps puis à l’automne 2020, lors des deux confinements imposés par la pandémie. Dans un coin, seul un carrousel de diapositives est en activité. Dès qu’on franchit la porte, on entend son souffle, son cliquetis sec et mécanique. Un bruit régulier, semblable à celui d’un métronome. Vous souvenez-vous de cette scène, devenue aujourd’hui mythique, du treizième épisode de Mad Men ? Celle où Don Draper présente aux dirigeants de Kodak le concept de la campagne publicitaire imaginé pour leur nouveau projecteur rotatif. Il propose de le baptiser Carrousel. Pendant sa présentation, il projette des photographies de sa propre famille, les images d’un bonheur domestique exemplaire. Pourtant, au même moment, sa famille est en train de se désagréger. Dans son argumentaire, Draper développe une réflexion sur la publicité et le bonheur. Il compare celui-ci à l’odeur d’une voiture neuve : « Le bonheur, c’est l’absence de peur. C’est un panneau d’affichage au bord de la route qui vous rassure en proclamant que tout ce que vous faites est bien, et que vous êtes bien. » Puis il évoque son ancien mentor : « Teddy, un Grec particulièrement brillant, m’a appris que la nouveauté est un argument de vente essentiel. Mais il m’a aussi appris qu’il existe quelque chose de plus profond : la nostalgie. En grec, le mot signifie littéralement la douleur d’une vieille blessure. C’est un tiraillement du cœur, bien plus puissant que le simple souvenir.» Le mouvement circulaire du projecteur, son cliquetis caractéristique, lui évoque alors les battements d’un cœur. Et Draper conclut : « Cet appareil n’est pas un vaisseau spatial. C’est une machine à remonter le temps. Il avance, il recule. Il nous conduit vers l’endroit où nous brûlons de retourner. On l’appelle le Carrousel. Il nous permet de voyager comme un enfant. De faire le tour du monde, puis de rentrer à la maison. Là où nous savons que nous sommes aimés. »

Renouant avec une pratique emblématique des années historiques de l’art conceptuel, Olivier Foulon recourt régulièrement au carrousel de diapositives dans ses expositions. Cette fois, il y projette des photographies prises lors de sa précédente exposition à la galerie, intitulée le soleil sonne. C’était en mai 2021, quelques mois après le second confinement. Ces images ne documentent pas les œuvres exposées. Elles témoignent plutôt d’un moment, d’une présence collective. On y voit des visiteurs réunis lors du vernissage du 15 mai 2021. Dans la cour qui précède la galerie, quatre enfants du voisinage, issus de familles immigrées, jouent ensemble. Olivier Foulon prend une première photographie, puis une deuxième. Les enfants entrent aussitôt dans le jeu. Ils posent, rient, improvisent des grimaces et des facéties. D’autres personnes présentes se mettent elles aussi à photographier la scène. L’instant est joyeux. L’attention se déplace vers les enfants. Le carrousel a déjà commencé à tourner. Celui de la projection future, mais aussi celui, bien réel, de l’enfance. C’est celui-ci qui finit par occuper tout l’espace. C’est ce manège qui prend toute la place. 

Olivier Foulon, le soleil sonne (photos de vernissage), 2021/2026
Olivier Foulon, le soleil sonne (photos de vernissage), 2021/2026
Olivier Foulon, le soleil sonne (photos de vernissage), 2021/2026

Aglaia Konrad, Biennale voor schilderkunst, Raveel Museum, les images

Sept « chambres d’artistes », composées d’ensembles scénographiés mêlant nouveautés artistiques et œuvres déjà existantes, ponctuent le parcours du Musée Roger Raveel. Les œuvres des artistes contemporains Richard Artschwager, Orla Barry, Aglaia Konrad, Katja Mater, Guy Mees, Sietske Van Aerde et Anne-Mie Van Kerckhoven dialoguent avec une sélection d’œuvres issues des collections des trois musées, parmi lesquelles des pièces de Suzanne Bomhals, Roger Raveel, Fons Roggeman et Léon Spilliaert. 

L’exposition au Musée Roger Raveel éclaire la peinture sous l’angle de considérations conceptuelles : le regard porté sur la peinture – en l’occurrence les pièces de collections muséales – est intensifié par des notions telles que le langage, la spatialité et la matière, propres aux œuvres et aux pratiques des artistes contemporains. 

Aglaia Konrad décline de façon monumentale et picturale une photographie intitulée Vienna, 2023

Aglaia Konrad, Sans titre (une conversation difficile), UV print sur edcoboard, 15,5 x 5 x 3 m
Exhibition view
Exhibition view
Exhibition view

Aglaia Konrad, Je rêvais d’un autre monde, La collection photographique du Frac Grand Large, Dunkerque

Aglaia Konrad participe à l’exposition Je rêvais d’un autre monde. La collection photographique du FRAC Grand Large à Dunkerque et expose une sélection de photographies de la série BT, acquise par le FRAC. Cette exposition est labellisé Bicentenaire de la Photographie par le ministère de la Culture et s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire. 

Du 10 octobre 2026 au 3 janvier 2027. Jean-Michel ANDRÉ, Walead BESHTY, Jean-Sylvain BIETH, Olivier BLANCKART, Daniel BUREN, Albert CLERMONT, Cléa COUDSI et Éric HERBIN, Julien CREUZET, Ilanit ILLOUZ, Pauline DELWAULLE, Benni EFRAT, Sarah FEUILLAS, Lee FRIEDLANDER, Fariba HAJAMADI, Joëlle JAKUBIAK, Aglaia KONRAD, Maria LAET, Isabelle LE MINH, Justine PLUVINAGE, Delphine REIST, Jimmy ROBERT, Kelly SCHACHT, Adrianna WALLIS, James WELLING. Commissariat : Keren Detton

Le communiqué du FRAC Grand Large : 

Selon son étymologie, le mot photographie provient du grec : photo (lumière) et graphie (écrire). Ecrire ou décrire avec la lumière, voici l’ambition voire même la révolution que propose cette invention depuis quasiment deux siècles. Dans le cadre de la célébration du bicentenaire de la photographie, le Frac Grand Large plonge dans ses collections avec la collaboration de l’Institut pour la photographie des Hauts-de-France pour rendre compte de ce vaste champ d’explorations et d’expressions photographiques autour de la lumière. 

Depuis les premiers supports photosensibles jusqu’aux capteurs électroniques avec l’avènement du numérique, la maîtrise de la lumière et de l’éclairage est un critère essentiel de la pratique photographique, dès la prise de vue jusqu’à la post-production. 

Les différentes qualités de la lumière, naturelle ou artificielle – directe ou indirecte, diffuse ou réfléchie, intense ou douce, chaude ou froide – participent à définir l’atmosphère de la scène photographiée. Jeux de contraste, effets d’ombre et de lumière, usage du flash ou compositions d’ambiance inspirées de l’industrie publicitaire ou cinématographique, sont autant de paradigmes dans la constitution d’une subjectivité spectatorielle afin de nous inciter à regarder le monde autrement. 

Débutée en 1983, la collection du Frac Grand Large s’enrichit chaque année de nouvelles acquisitions parmi lesquelles le médium photographique est dominant. Elle compte aujourd’hui plus de 400 œuvres répertoriées de 1932 à nos jours, et permet d’embrasser des engagements d’artistes qui explorent des voies différentes et singulières. Réunissant autant de créateurs explorateurs, d’artistes conceptuels que de photographes plasticiens et plus d’une centaine d’œuvres photographiques, l’exposition « Je rêvais d’un autre monde » crée des dialogues inédits et des frottements entre les œuvres pour révéler autant les gestes qui les ont conçues, que les idéaux et les contradictions qui les portent. Tout en s’appuyant sur les origines de la photographie comme principe d’enregistrement de la lumière, cette exposition se présente comme une clé de passage entre des mondes vécus et des mondes rêvés.

Aglaia Konrad, #BT, 2021, Impressions jet d’encre sur papier Hahnemühle blanc brillant 310gr/m2, montées sur Dibon
126 x 86 cm

B.T. comme Boekentoren, la tour des livres. Aglaia Konrad a été invitée en 2021 par l’Université de Gand à explorer la Boekentoren, suite à la réouverture de celle-ci.L’emblématique bâtiment d’Henri Van de Velde, fleuron du modernisme en Belgique a en effet été restauré par les architectes Robbrecht et Daem en collaboration avec BARO, SumProject et Barbara Van der Wee architects. Aglaia Konrad a décidé de documenter le bâtiment d’une manière singulière. Pour la première fois de sa carrière, elle use ici des filtres d’un incontournable logiciel de photographie numérique afin d’accentuer la pureté des lignes de cette architecture remarquable. Une série de 11 photographies a été acquises par le FRAC Grand Large en 2024.