Jacques Lizène, Les années Yellow, revue de presse

Fabrice Kada, Par Ouïe Dire, Podcast sur la Première :

La galerie Nadja Vilenne à Liège propose une remarquable exposition consacrée aux années Yellow de Jacques Lizène (1968-1975). Jacques Lizène, Petit Maître de la seconde moitié du XXe siècle, entame une intense collaboration avec Guy Jungblut, fondateur de la galerie Yellow, rue Roture à Liège. « D’une même génération », l’artiste et son galeriste seront « foutraques et conceptuels ». Jacques Lizène produira films, textes et photographies, des œuvres fondatrices de son Art d’attitude. L’exposition s’accompagne d’une publication aux éditions Yellow Now. Le Podcast 

Jacques Lizène
Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo, 1971.
Suite de 30 photos NB, tirage argentique (2011), 63 x 75,5 cm.

Françoise Bonivert sur Quatre

La galerie Nadja Vilenne, dont la 1ère exposition en 1999, était consacrée à Jacques Lizène, revient sur la période fondatrice de l’inventeur autoproclamé de l’art nul, le petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle.

Né en 1946 à Ougrée, Jacques Lizène rencontre en 1968 Guy Jungblut. Tous deux sont étudiants, le premier en peinture à l’académie des Beaux-Arts de Liège, le second dans la 2ème promo photo à sortir de Saint-Luc.

Autour d’une bière, en quelques instants, la complicité nait entre eux, foutraques et conceptuels, ils ont la même envie d’expérimenter des choses. Lorsque Guy Jungblut lance sa galerie Yellow fin 1969, c’est évidemment le travail de Jacques Lizène qu’il expose. C’est à ce moment-là qu’il développe les bases de son œuvre : le décalage, l’humour, la mise en scène de l’échec. 
L’expo donne à voir photographies, vidéos, toiles, storyboards de film, … comme lorsque l’artiste tente de se plier au cadre de la photographie ou d’en sortir, lorsqu’il décline la peinture en toiles, clous, châssis, pinceau, … dans les couleurs noire et jaune qui représentent la mort dans les cultures occidentale et orientale.

Jacques Lizène invente l’art d’attitude, prend la décision de ne pas procréer dans un monde qu’il considère épouvantable et décide de procéder à une stérilisation par vasectomie. Il revendique la médiocrité et l’insignifiance, se montre facétieux pour exprimer pourtant des choses profondes sur le sens de la vie.

La galerie Yellow lançait Jacques Lizène fin 1969, 30 ans plus tard, en 1999, Nadja Vilenne ouvrait sa propre galerie avec cette figure majeure de l’avant-garde liégeoise. Un choix évident pour la jeune galeriste considérant que son travail consistait à déranger, à ne pas laisser le public dans son confort de pensée. Elle le confrontait à un artiste alors reconnu qui revendiquait le génie de la médiocrité.  
Un livre signé par Jean-Michel Botquin accompagne cette exposition : « Jacques Lizène, les années Yellow 1968-1975 »

Jacques Lizène est décédé en 2021. Son œuvre est reconnue par de grandes institutions. Il sera prochainement exposé à la Fondation Van Gogh ainsi qu’au centre d’art contemporain Le Tripostal à Lille..

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Jacques Lizène, Un film barré à la main, 1972

André Hanniken dans Cyber Liège Magazine :

Exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now » à la Galerie Nadja Vilenne à Liège. Aux sources d’un « petit Maître » devenu figure majeure de l’avant-garde liégeoise

Samedi 21 février, la Galerie Nadja Vilenne affichait complet pour le vernissage de « Jacques Lizène — Les années Yellow Now ». Une affluence à la mesure de l’importance historique de cette exposition, qui plonge le visiteur au cœur de la période fondatrice (1968-1975) de l’artiste. Et le mot n’est pas galvaudé : ce que l’on découvre ici dépasse largement la simple rétrospective.

Une mine d’or documentaire. Photographies, peintures, dessins, vidéos, archives, documents préparatoires… L’exposition frappe d’abord par la richesse de son corpus. Parmi les pièces les plus surprenantes : des storyboards de projets de films destinés à une projection en télévision en circuit fermé, témoins d’une époque où la vidéo expérimentale ouvrait un champ inédit d’exploration artistique.  On mesure à quel point ces années sont celles d’un laboratoire permanent. Rien n’est décoratif. Tout est tentative, déplacement, friction. On voit naître un artiste qui ne cherche pas à séduire mais à questionner et parfois à déranger.

Les fondations d’un système artistique. Cette plongée dans les années Yellow permet de mieux comprendre les bases structurelles de l’œuvre de Jacques Lizène. Ce que l’exposition met en lumière, c’est moins une période que la mise en place d’un système : le travail sur le cadre et le hors-champ,  la répétition comme méthode, le décalage comme posture, l’humour comme stratégie critique, la mise en scène de l’échec ou de la médiocrité revendiquée. On comprend ici que les fameux « Remake », que Lizène réactivera tout au long de sa carrière, ne sont pas des retours nostalgiques, mais l’actualisation d’un programme conceptuel pensé très tôt. Tous les germes de son art sont déjà là.

Yellow Now : un terreau décisif. Impossible d’évoquer cette période sans rappeler le rôle de Yellow, future maison d’édition Yellow Now, qui fut un espace décisif d’expérimentation à Liège dès la fin des années 1960. Ce contexte explique la liberté radicale des propositions présentées : vidéo, art d’attitude, dispositifs minimaux, gestes volontairement pauvres. L’exposition montre combien cette scène liégeoise constituait un véritable laboratoire d’avant-garde, loin des centres dominants.

Le génie de la « médiocrité ». Ce qui frappe, enfin, c’est la cohérence du personnage. Celui qui se définissait comme « Le petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, artiste de la médiocrité et de l’Art nul » apparaît ici dans toute sa lucidité stratégique. La « médiocrité » n’est pas faiblesse : elle est posture critique. L’« Art nul » n’est pas absence d’ambition : il est refus du spectaculaire et de la virtuosité dominante. Et c’est peut-être là que réside le paradoxe le plus fascinant : derrière la revendication d’insignifiance se dessine une pensée d’une remarquable rigueur.

Pourquoi faut-il voir cette exposition ? Parce qu’elle permet de comprendre ce qu’il y a de profondément structurant dans l’œuvre de Lizène. Parce qu’elle révèle les fondations d’un travail que l’artiste n’a cessé de réactiver. Parce qu’elle replace Liège dans une cartographie essentielle de l’avant-garde belge. Une exposition essentielle pour saisir ce qu’il y a de « génial » chez celui qui prétendait n’être qu’un petit maître.

 Jacques Lizène
Contraindre la tête à s’inscrire dans le cadre de la photo, 1971
Suite de 2 photos NB, tirage argentique (1971), 48 x 30,5 cm. 

Thibaut Wauthion dans Art Content :

 La parution du premier tome de la trilogie consacrée à Jacques Lizène, Les années Yellow / 1968-1975, ouvre un chantier critique d’envergure. Deux volumes suivront : l’un dédié aux années du Cirque Divers (1975–1990), l’autre – paradoxalement publié en dernier – consacré aux débuts de l’artiste à l’Académie des Beaux-Arts de Liège à partir du début des années 1960’. Ce projet éditorial ne relève pas d’un simple hommage posthume. Il constitue une entreprise de patrimonialisation au sens fort : établir des faits, dater des œuvres, clarifier des filiations, restituer une cohérence à une production volontairement brouillée par son auteur. L’enjeu est double : sauver une œuvre du risque de dispersion et la rendre intelligible sans en trahir la logique interne.

Une œuvre rendue opaque par son propre auteur

Du vivant de Jacques Lizène (1946–2021), un tel travail était pratiquement impossible. L’artiste avait construit un personnage, celui du « Petit Maître Liégeois de la médiocrité », figure permanente de fou du roi, oscillant entre autodérision radicale et lucidité acerbe. Ce personnage n’était pas un masque ponctuel mais un système. À partir de la fin des années 1960, Jacques Lizène incarne cette fiction sans relâche. Il brouille les pistes, refuse les hiérarchies, déclare son travail « nul », sans intérêt. Toute tentative de discours sérieux se heurte à l’ironie, à la citation de citation, à l’absence de dates. Or cette posture n’était pas seulement performative. Elle produisait une désorganisation matérielle réelle. Les archives s’accumulaient dans un désordre proche du syndrome de Diogène. Jean-Michel Botquin se souvient qu’à l’occasion d’une publication antérieure, il lui avait été indiqué l’existence d’une « valise bleue » sous le lit de l’artiste, supposée contenir des documents essentiels. Impossible d’y accéder alors. Ce n’est qu’après le décès de Jacques Lizène que cette valise est enfin retrouvée, révélant une documentation en effet décisive. L’artiste, en brouillant sa propre traçabilité, compliquait toute historicisation. Le fou du roi parlait, mais ne livrait pas ses clés.

L’idée comme origine : un système à reconstituer

L’apport majeur du travail de Jean-Michel Botquin tient à la mise au jour d’un système conceptuel rigoureux. Chez Lizène, la datation d’une œuvre dépend de l’origine de l’idée, non de sa matérialisation. Les multiples « remakes » ne sont pas des répétitions opportunistes, mais des réactivations d’idées fondatrices, parfois déplacées dans le temps et le médium. Cette logique exige un véritable travail d’enquête. Il faut reconstituer la généalogie des concepts, identifier les premières occurrences, distinguer les variantes, établir des chronologies fines.

Les années Yellow (1968–1975) révèlent un artiste qui, très tôt, s’interroge sur la « spécificité » des médiums. Pour la peinture, par exemple, Lizène déplace l’attention vers ses éléments matériels : châssis, cadre, clous, clés. Il détache la toile, isole le pinceau, travaille sur l’ombre portée, photographie des projections lumineuses sur des murs de caserne pendant son service militaire. Ces recherches dialoguent avec des préoccupations contemporaines. Elles font écho aux investigations des groupes BMPT (Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier, Niele Toroni) et Supports/Surfaces, ainsi qu’aux expérimentations de Robert Rauschenberg, Cy Twombly et Jasper Johns. Il ne s’agit pas d’établir des influences directes, mais de situer Lizène dans une constellation internationale où la peinture est interrogée dans sa matérialité, son statut et sa capacité conceptuelle. La culture circule, même depuis Liège. Jean-Michel Botquin parle de « culture de la coïncidence »: des artistes parviennent à des conclusions similaires, à partir de contextes différents, parce qu’ils affrontent les mêmes questions.

Une patrimonialisation nécessaire mais délaissée par les institutions publiques

Le travail engagé par Jean-Michel Botquin et la Galerie Nadja Vilenne produit un déplacement décisif. Il transforme une œuvre réputée marginale, locale, « médiocre » selon son auteur, en un corpus structuré, daté, contextualisé. Sans cette entreprise critique et éditoriale, une telle œuvre risquait la dilution : archives dispersées, œuvres mal datées, récits contradictoires. La patrimonialisation ne consiste pas ici à monumentaliser, mais à documenter avec rigueur. Il est significatif que ce chantier soit porté par des acteurs privés. Là où l’on pourrait attendre un partenariat institutionnel – musées, universités, pouvoirs publics –, ce sont un critique et sa galerie qui assument la charge historiographique. Cette situation interroge les politiques culturelles : qui prend en charge la mémoire des artistes de notre territoire ? Une vaste question qui se pose malheureusement pour nombre d’autres artistes qui ne connaissent pas les mêmes bienfaiteurs.

Redonner une lisibilité sans neutraliser la subversion

Le risque d’une patrimonialisation est toujours de lisser l’œuvre, de la rendre acceptable. Le mérite du travail en cours est au contraire de restituer la radicalité de Lizène, en montrant que derrière la posture de dérision se déployait une pensée structurée, en dialogue avec les débats internationaux. En reconstituant le système, en établissant les dates à partir des idées, en révélant les archives enfouies, Jean-Michel Botquin et la Galerie Nadja Vilenne ne figent pas Lizène. Ils rendent possible une lecture critique informée. L’article consacré à l’artiste viendra. Pour l’heure, ce premier tome pose les fondations d’une histoire artistique. Sans ce travail patient d’archéologie conceptuelle, Jacques Lizène serait peut-être tombé progressivement dans l’oubli. Grâce à ce travail, l’artiste rentre dans l’histoire de l’art. La publication de ce premier tome s’accompagne d’une exposition – muséale – dans les murs de la Galerie Nadja Vilenne.

Jacques Lizène 
Petit maître liégeois ayant accroché sa cravate au cadre de la photo,1971
Photographie NB, tirage argentique (1971), 24 x 18 cm. 

Jean-Marc Reichart dans FLUX NEWS :

Jacques Lizène – Les années Yellow (1968-1975) par Jean-Michel Botquin : comment briller sous cape

Avec une ironie qu’il n’aurait sans doute pas reniée, Jacques Lizène (1946-2021) pouvait, malgré un athéisme radical teinté de bouddhisme, rejoindre par bien des aspects une esthétique proche de la mystique chrétienne, en ce qu’il se donnait parfois comme une forme d’Incarnation : celle d’un certain esprit liégeois (que l’on gagnerait, d’ailleurs, à préserver). Un esprit fait de rondeur apparente, d’autodérision et d’ironie mordante, mais aussi d’une intelligence et d’un raffinement discrets, nés de la sacro-sainte humilité. Une humilité salvatrice, qui consiste à ne pas mettre en avant ses qualités pour mieux “briller sous cape”. 

Conscient de cela et désireux d’aller au-delà du champ parfois ambigu de la modestie, Lizène, dès ses débuts à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, se positionne un cran au-dessus : choisir la médiocrité comme geste inaugural. Radicalement plus honnête, c’est à travers cette nullité (volontaire) qu’il trouve un outil de subversion imparable, se tenant à distance de toute grandiloquence, dans une posture à la fois esthétique et éthique. Il refusa dès lors toute séduction, combattant les formes monumentales et privilégiant l’acte dérisoire et minimaliste, qu’il éleva au rang de questionnement métaphysique, interrogeant la structure même de l’art et la fragilité de ses conventions. 

C’est dans ce contexte que se noua une relation particulière avec Jean-Michel Botquin, journaliste, critique d’art, témoin attentif et futur dépositaire scrupuleux de ses gestes. Botquin n’avait bien entendu pas attendu la publication de l’ouvrage critiqué dans ces lignes pour s’intéresser à Lizène : après avoir été son galeriste et son ami, il avait déjà publié en 2009 le Tome III consacré à l’artiste, volume à la fois encyclopédique et traversé d’humour, où érudition, documentation et effets de plume s’entremêlaient déjà. En 2018, Le Jardin du paradoxe revenait sur l’aventure du Cirque Divers, cabaret-laboratoire où Lizène et ses contemporains déployaient leurs expérimentations comme autant de graines conceptuelles. 

Ces ouvrages posaient déjà des jalons, mais c’est dans ces années Yellow / 1968-1975, revisitées par ce nouveau volume, que se précise la radicalité originelle de l’œuvre : une forme d’humilité stratégique, indissociable d’un fiasco programmé érigé en méthode. Tout sauf un renoncement fatigué, mais une logique esthétique pleinement assumée. De là, Botquin, compagnon de route, parvient ici à conjuguer archive et style, récit et digression, faits et distance ironique, pour rendre sensible l’esprit de Lizène mais aussi, à travers lui et la rétrospective de ses sérieuses facéties, celui de toute une époque.

La stratégie de l’échec.

 C’est désormais acté au sein d’une scrupuleuse chronologie : au cœur de l’œuvre de Lizène réside un paradoxe, à la fois évident et absolu : échouer pour créer. Plus encore : mettre en évidence que la création est elle-même un échec, et que mieux vaut, pour le créateur, de l’assumer pleinement. Car derrière chaque performance, chaque dessin, chaque vidéo, c’est un ratage qui se joue. Rejoignant ainsi le caractère obsessionnel d’Alberto Giacometti, qui continuait inlassablement à dessiner ses visages longilignes et nerveux afin de “comprendre pourquoi ça rate”, Lizène anticipe la catastrophe et la décline de façon programmatique. L’échec devient alors méthode, outil critique et parfois geste méditatif ou carrément christique : il concentre, il suspend, il révèle. Le volet clos, le châssis instable, le cadre perturbé… : tout participe d’une logique de déstabilisation. La valeur, le talent et la reconnaissance ne sont plus des conditions de la création, mais des éléments contingents. Dès lors, la médiocrité revendiquée devient Révélation, et le ridicule se charge d’une forme de prestance. Lizène, en clochard sublime concentrant son art dans le naufrage et la glorification du rien, est parvenu à s’ancrer dans ce rôle de dandy inattaquable. Un fou du Roi qui scande des vérités à tue-tête. En conséquence, sa stérilisation volontaire et ses performances internes ne relèvent pas de la provocation gratuite : elles engagent une attention extrême à l’acte, une lucidité sur le vide et le non-sens, une pensée de l’impermanence et de la non-transmission. Ce geste de retrait, ce refus, cette discipline dans la défaite font de la médiocrité déployée une force de l’absence. Un lieu de densité. Et c’est bien ce lieu, indissociablement lié à une temporalité très précise, que Jean-Michel Botquin s’échine, dans cet ouvrage (et certainement dans les suivants), à décrire avec une plume solide, raffinée, mais surtout très bien renseignée.

Entre l’inventaire et le littéraire 

C’est avec une belle aisance que Botquin, dans ce volume, réussit à faire parler les archives. En retraçant de manière détaillée les années 1968 à 1975, l’entreprise se distingue par sa rigueur : anecdotes et documents abondent, mais toujours à travers une expérience sensible. On découvre par exemple qu’en 1969, c’est Frédéric Nyst, frère de Jacques Louis Nyst, qui fait découvrir Emil Cioran à Lizène. Et c’est à travers l’état de son exemplaire du Précis de décomposition, retrouvé dans la bibliothèque de l’artiste, que l’on mesure l’importance du philosophe dans sa formation intellectuelle et éthique : l’ouvrage était en morceaux, tant il a été consulté.
Listes de performances, croquis, expositions, dates… : toutes ces données, qui pourraient paraître froides sous une lecture strictement documentaire, deviennent sous la plume de Botquin des morceaux d’existence. L’écriture respire, digresse, et se joue des tensions entre rigueur et fantaisie. Une formule, une inflexion, une pointe d’ironie, et l’archive acquiert son propre caractère : la lecture est un plaisir. L’humour et l’ironie n’y sont jamais gratuits ; ils ouvrent des perspectives sur l’intention de Lizène et sur sa profondeur parfois enfouie sous les gimmicks d’une époque. Aussi, le livre fait sentir le paradoxe de l’artiste en jouant avec lui-même. Comment un enchaînement de faits chronologiques, sourcés et documentés, peut-il produire un récit à ce point caustique, mordant et vivant ? C’est là que s’affirme toute la maîtrise du style. Botquin réconcilie ici le fond et la forme, car dans Les années Yellow, le fond est la forme. À l’image de la couverture jaune citron (réminiscence efficace), en écho au titre de l’ouvrage, au surnom donné à Guy Jungblut (le lettrage du « Tilt! » d’un flipper) et à sa galerie éponyme.  Se rédige alors, tout du long, la trajectoire d’un homme qui échoue, se retire, se masque, mais dont chaque œuvre révèle une cohérence implacable. Ce sont les tournures, la musique des phrases, les respirations de la langue qui font sentir la vie de l’artiste, dans sa tension entre présence et retrait, médiocrité affichée et puissance conceptuelle. 
Ainsi, Jacques Lizène : Les années Yellow  / 1968-1975 n’est ni un simple catalogue ni une chronologie figée. C’est un récit qui donne à entendre une voix et à percevoir une intelligence à l’œuvre : un art qui refuse la grandeur pour mieux s’en revendiquer, et une pensée critique où l’insuffisance devient un opérateur esthétique. 

Finalement, Jean-Michel Botquin nous invite à comprendre et à ressentir une œuvre où la lucidité transforme le pas de côté en force, et l’insignifiance apparente en intensité. À apprécier, en prenant du recul, une fécondité hors du corps et un grand esprit hors du temps. 

Jacques Lizène 
Petit Maitre liégeois hésitant à entrer dans le cadre de l’une ou de l’autre photo, 1971
Photographies NB, tirage argentique (1971), 18 x 24,5 cm

André Hanniken dans Cyber Liège Magazine :

 Jacques Lizène : le livre qui éclaire ses années Yellow Now

 Alors que l’exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now » attire les regards à la Galerie Nadja Vilenne, un ouvrage vient en renforcer la lecture : Les Années Yellow, le livre. Un volume dense qui décrypte la période fondatrice de l’artiste liégeois.

Un complément indispensable à l’exposition. L’exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now » à la Galerie Nadja Vilenne nous plonge dans la période fondatrice de l’artiste, entre 1968 et 1975. Photographies, vidéos, dessins, archives et étonnants projets de films pour télévision en circuit fermé y révèlent la mise en place d’un véritable programme artistique. Mais pour qui souhaite aller plus loin, prolonger l’expérience au-delà des cimaises et approfondir la compréhension de cette période décisive, un ouvrage s’impose : Jacques Lizène, Les Années Yellow, le livre.

Un livre pour comprendre les fondations. Ce volume ne se contente pas d’accompagner l’exposition : il en constitue le prolongement critique et documentaire. On y retrouve l’ambition qui traverse déjà les années Yellow : consigner, analyser, contextualiser. L’ouvrage permet de mesurer à quel point ces années ne sont pas simplement les débuts d’un artiste, mais la matrice d’un système conceptuel cohérent. C’est dans ce moment que Jacques Lizène pose les bases de ce qu’il nommera plus tard l’Art sans talent, l’Art d’attitude, ou encore l’Art nul. Derrière la posture ironique du « petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle » se dessine une pensée structurée, méthodique, presque rigoureuse. Le livre permet de suivre cette construction pas à pas.

De l’archive au programme. Ce qui frappe, à la lecture, c’est la densité documentaire. Chronologies, reproductions, descriptions de projets, mise en perspective des expérimentations vidéo et conceptuelles : l’ouvrage éclaire la logique interne d’un travail qui, vu isolément, pourrait sembler fragmentaire. Les fameuses expérimentations en télévision en circuit fermé, les recherches sur le cadre et le hors-champ, la répétition comme méthode, la mise en scène volontaire de la médiocrité : tout cela apparaît ici comme les éléments d’un programme cohérent.

Un outil pour prolonger l’exposition. Si l’exposition permet une immersion sensible, confrontation directe aux œuvres, aux documents, aux dispositifs, le livre offre la distance analytique nécessaire pour en saisir toute la portée. Il agit comme une clé de lecture. Un outil d’approfondissement. Un support de mémoire. Pour celles et ceux qui ont visité l’exposition, il en prolonge les résonances. Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre l’évolution ultérieure de Lizène, il en révèle les racines. En définitive, Les Années Yellow, le livre ne constitue pas un simple catalogue. Il s’impose comme un complément indispensable pour saisir ce qu’il y a de profondément structurant dans l’œuvre de Jacques Lizène : une stratégie critique élaborée très tôt, dans un Liège en mutation, et dont l’écho continue de résonner aujourd’hui.

Stéphane Dado sur Facebook :

L’artiste liégeois Jacques Lizène (1946-2021), originaire d’Ougrée, laisse derrière lui non pas un corpus au sens traditionnel, mais une production qui met en crise l’idée même d’œuvre d’art. La rétrospective de haut niveau que lui consacre la Galerie Nadia Vilenne, à voir jusqu’au 18 avril, se concentre sur les liens que l’artiste a noués avec la galerie Yellow de Liège dès la fin des sixties, de 1968 à 1975, tout en réactivant une pensée et en rendant perceptible une entreprise de démolition lucide et d’autodérision, menée avec une ironie sous-jacente et une obstination ascétique. Car Lizène n’a jamais cherché à séduire ; il a choisi de faire voler en éclats les fondations fragiles de ce qui, d’ordinaire, dans l’histoire de l’art, se donne comme évidence.

Se proclamer « petit maître liégeois » et « artiste de la médiocrité » n’est pas, chez lui, une coquetterie provocatrice, mais un geste inaugural. Là où l’avant-garde prétendait dépasser, il choisit de désapprendre ; là où l’art se voulait élévation, il installe une éthique du retrait. Dès les années 1960, son œuvre s’érige comme une expérience limite : celle d’un art qui fait de la non-importance une force créatrice. Tout ce qui, dans les conventions esthétiques, est censé garantir la valeur — la virtuosité, la maîtrise, la singularité formelle — est méthodiquement neutralisé, retourné, parfois réduit à l’état de vestige ironique. Ce geste n’est pas destructeur au sens banal du terme : il est critique dans son acception la plus rigoureuse, il interroge les conditions mêmes de possibilité de l’art.

Chez Lizène, le concept ne surplombe pas la forme : il la travaille jusqu’à l’épuisement. L’œuvre devient le lieu d’une friction entre intention et défaillance. Performances volontairement dérisoires, vidéos en circuit fermé, musiques médiocres, dessins qui semblent se refuser à toute ambition — tout concourt à une esthétique du presque rien, du pas assez, du trop peu. Mais ce « trop peu » est en réalité une concentration extrême : une manière de faire surgir, dans l’écart, la structure même du regard. Là où d’autres construisent, il défait ; là où l’art cherche à se constituer en langage, il en montre les failles. L’échec devient une forme de connaissance, et la dérision une méthode.

Ce qui frappe, c’est la manière dont le rire traverse cette entreprise. Non pas un rire léger, mais une ironie qui ronge, qui désagrège les certitudes sans jamais s’y complaire. Là où l’art conceptuel s’énonce souvent dans une langue de pierre, Lizène y introduit une vibration, une instabilité. L’« art nul » n’est pas une négation de l’art : c’est une manière d’en révéler les fictions. Il rappelle que toute hiérarchie esthétique repose sur une construction, et que cette construction peut être déjouée par le simple fait de l’exposer dans son arbitraire.

Ses rapports aux institutions ne relèvent jamais de l’adhésion, mais d’une stratégie d’infiltration. En se situant aux marges, il déplace le centre de gravité. L’exposition devient le lieu d’un jeu critique : un espace où se rejoue, de manière oblique, la définition même de ce qui peut être considéré comme œuvre. Là où certains consolident le statut de l’objet artistique, Lizène en érode les contours, en interroge la légitimité.

Et c’est peut-être dans son rapport aux supports, aux cadres, aux châssis et au cadrage que sa radicalité atteint sa plus grande acuité. Le cadre, le châssis, le dispositif de délimitation — loin d’être de simples outils — deviennent chez lui des cibles critiques. Dans la tradition picturale, le cadre et le châssis organisent la visibilité, garantissent la cohérence de l’image, instituent une séparation entre l’espace de l’art et celui du monde. Lizène s’emploie précisément à fragiliser cette séparation, à en exposer l’arbitraire ou à faire du cadre l’œuvre à la place de l’œuvre. Il peut réduire la présence du cadre à une convention dérisoire, en souligner la matérialité, ou encore en perturber la fonction, de sorte que le cadrage lui-même cesse d’être une évidence pour devenir un problème. Le cadrage, en tant qu’acte, est au cœur de cette remise en question : il détermine ce qui est inclus et ce qui est exclu, ce qui fait œuvre et ce qui reste hors champ. Or, chez Lizène, cette opération est systématiquement mise en crise. Le châssis, le support, le bord même de l’image sont traités comme des éléments contingents, susceptibles d’être déstabilisés, réduits, voire ridiculisés. L’œuvre ne s’inscrit plus dans un cadre stable : elle en révèle la précarité, comme si toute délimitation n’était qu’un arrangement provisoire, une fiction parmi d’autres.

Le volet clos, motif récurrent et hautement symbolique dans son univers, cristallise cette dynamique : en se refermant, il ne protège pas seulement une image, il en suspend la possibilité même d’apparition. Ce qui est soustrait au regard devient paradoxalement le lieu d’une intensité conceptuelle accrue. Mais ce retrait ne se limite pas à une stratégie de discrétion : il engage une négation plus radicale, comme si le geste de fermeture — ce voilement du visible — signifiait simultanément le refus même de l’acte artistique. Le volet clos ne désigne plus seulement l’absence de vision, il devient le signe d’une possible abolition de l’art lui-même. Dans cette obscurité volontaire s’efface la figure de l’artiste : non plus celui qui révèle, mais celui qui se retire, qui s’abolit, qui suspend le geste de créer. Ce qui se donne à voir, dès lors, est moins une œuvre qu’un effacement en acte, une tension entre apparition et disparition qui frôle la négation même de la création.

Dans ce dispositif, la figure de l’auteur elle-même se dissout. Par la pratique de la procuration, Lizène délègue, dissocie, déplace. L’artiste n’est plus celui qui fait, mais celui qui fait faire ; il n’est plus un génie, mais un opérateur. Cette dissociation radicalise une intuition fondamentale : ce qui fait œuvre, ce n’est pas la main, mais l’énoncé. En acceptant — et en revendiquant — que d’autres exécutent ses pièces, il désamorce le mythe de l’artiste comme source unique de création. Mais là encore, l’ironie affleure : déléguer un art médiocre, c’est aussi se retirer de la scène de la grandeur, refuser l’héroïsme du geste créateur.

Cette stratégie de retrait se prolonge jusque dans son rapport à la mort. Chez Lizène, la mort n’est pas une fin, ni même une énigme : elle est un matériau supplémentaire, soumis à la même logique de désacralisation. Il la met en scène, la détourne, l’inscrit dans un jeu où la gravité est suspendue. Le noir et le jaune, couleurs associées à la finitude et au deuil dans de nombreuses cultures européennes ou asiatiques, deviennent les signes d’une mise en scène de l’effacement, mais un effacement paradoxal, qui ne cesse de produire du sens. La mort, anticipée, simulée, ridiculisée, perd sa solennité pour devenir un élément de dramaturgie conceptuelle.

Ce geste trouve un écho particulièrement saisissant dans la vasectomie que l’artiste pratique en 1970, et qu’il intègre à sa création comme un acte à la fois intime et symbolique. Refuser la procréation, c’est ici refuser la chaîne de la transmission, interrompre la logique généalogique qui fonde l’idée même de postérité. Là où la tradition voit dans l’artiste un être fécond, générateur de formes appelées à se perpétuer, Lizène choisit la stérilité comme position critique. Ce geste, d’une radicalité silencieuse, prolonge son refus de l’œuvre monumentale : il inscrit dans le corps même la logique de la coupure, du retrait, de la non-transmission. À l’héroïsme du créateur, il substitue une forme de neutralisation et d’impuissance.

Tout concourt chez lui à une esthétique de la désobéissance, où la non-importance devient une force, où le presque rien ouvre un espace de réflexion d’une densité rare. Mais loin d’un nihilisme, c’est une pensée d’une grande rigueur qui se déploie ici — une pensée qui ne cesse de miner ce qu’elle construit, et de construire ce qu’elle mine. Lizène ne détruit pas l’art : il le met à nu, jusqu’à en révéler les structures invisibles, les illusions constitutives, les fictions nécessaires.

Pour toutes ces raisons, Jacques Lizène compte parmi les créateurs les plus importants de l’histoire de l’art belge. Son œuvre, volontairement difficile d’accès, se dérobe aux catégories usuelles et résiste aux lectures immédiates ; mais c’est précisément dans cette résistance que réside sa force. Plus on s’y confronte, plus elle se révèle dense, incisive, jubilatoire même dans sa manière de déjouer les attentes et de subvertir les évidences. Cette radicalité — à la fois conceptuelle, critique et profondément inventive — ont fait de lui une figure essentielle de la création contemporaine, dont l’importance dépasse encore largement nos frontières. Il est clair aussi que cette posture de négation assumée, ce geste constant de retrait et de mise en crise, contribue à maintenir son œuvre dans une relative marginalité auprès du grand public. Mais cette marginalisation n’est pas un échec : elle est, en un sens, la conséquence logique d’une position qui refuse les facilités de la reconnaissance et les compromis de la visibilité. Lizène ne cherchait ni l’adhésion ni la séduction ; il revendiquait une forme d’intransigeance qui, aujourd’hui encore, oblige à reconsidérer ce que l’on attend de l’art — et ce que l’art, en retour, exige de nous.

Jacques Lizène 
Personnage photographié refusant de subir la contrainte des limites du cadre d’une photo, 1973.
Photographie NB, tirage argentique (1973), 16,5 x 22 cm.

Jacques Lizène, les Années Yellow, les images (5)

Jacques Lizène, les Années Yellow, les images (4)

Aglaia Konrad, Onder de Stoep, het strand, De Warande, Turnhout

Aglaia Konrad participe à l’exposition Onder de Stoep, het Strand à  De Warande, à Turnhout.  Du 7 mars au 13 septembre 2026

Le communiqué : 

L’exposition « Onder de Stoep, het Strand » (Sous les pavés, la plage) montre comment nous partageons l’espace public et le remettons en question. Elle emmène les visiteurs dans un parcours à travers les œuvres de 24 artistes, réparties sur l’ensemble du site de la Warande et dans l’espace public autour du bâtiment.

Le titre fait référence au slogan de mai 68 : « Sous les pavés, la plage ». Lorsque les étudiants et les ouvriers ont littéralement arraché les pavés, ils ont découvert le sable en dessous, une image puissante du désir de liberté, de jeu et de vie collective. La pensée situationniste, qui appelait à reconquérir la ville par des interventions ludiques et poétiques, trouve ici un écho évident.

Aujourd’hui encore, la rue soulève des questions : qui décide de son apparence ? Qui a le droit d’y être ? Que se passe-t-il lorsque les règles sont enfreintes ou lorsqu’un lieu est utilisé à des fins autres que celles prévues ? La rue reste un espace où les comportements sont contrôlés, mais aussi un lieu où naissent des alternatives. Où les gens s’expriment, se rassemblent et revendiquent leur place.

« Onder de Stoep, het Strand » rassemble des artistes qui, à partir de situations quotidiennes, de petits gestes et d’observations inattendues, travaillent avec la rue. Leurs œuvres mettent à nu des tensions, modifient les perspectives et invitent à réfléchir à la manière dont nous occupons, partageons ou voulons réinventer l’espace public.

« Onder de Stoep, het Strand » nous invite ainsi à porter un regard neuf sur la rue et à réfléchir à l’espace que nous voulons créer ensemble.

Avec des œuvres de

Lotte Van den Audenaeren, Stijn ter Braak, Attila Buensenso, Liesbet Bussche, Toon de Clerck, Jef Cornelis, Ayrton Eblé, Maarten Inghels, Aglaia Konrad, Abel Kleinblatt, Frederik Lizen, Randa Maroufi, Veerle Michiels, Paulien Oltheten, Ria Pacquée, Marinella Senatore, Philémon Siesling, John Smith, Straatwaarde, Katrin Ströbel, Pascale Marthine Tayou, Ed Templeton, Johanna Van Overmeir, Juliette Vanwaterloo

Aglaia Konrad
China Rushes, 2009
20 moniteurs, vidéo, couleurs, son

Jacqueline Mesmaeker, In Frequencies We cannot Name : Language, Sound, Silence, De Brakke Grand, Amsterdam.

Plusieurs œuvres de Jacqueline Mesmaeker appartenant à la collection du MuZee d’Ostende — 17 Doutes 1992 (1992), 17 Dalles (1992) & Lire et écrire (2005)- sont exposées au Brakke Grond à Amsterdam dans le cadre de l’exposition In Frequencies We Cannot Name: Language, Sound, Silence

Le communiqué :

Cette année, De Brakke Grond franchit une nouvelle étape dans sa collaboration avec Mu.ZEE, le musée d’art belge de 1880 à demain situé à Ostende. Parallèlement à la rénovation de Mu.ZEE, cette collaboration s’étend sur trois ans et s’articule autour d’une question centrale : quelles histoires une collection muséale belge peut-elle raconter dans un contexte néerlandais non muséal ? Chaque année, un autre conservateur néerlandais est invité à porter un regard neuf sur la collection et à développer un concept d’exposition à partir de sa propre pratique.

Cette deuxième édition, intitulée In Frequencies We Cannot Name: Language, Sound, Silence, est organisée par Rita Ouédraogo et se tiendra au Brakke Grond du 7 mars au 10 mai 2026. L’exposition réunira les œuvres de seize artistes, allant d’artistes confirmés comme Otobong Nkanga à des talents émergents comme Pei Hsuan-Wang. L’exposition sera complétée par un programme public en trois parties : pendant toute la durée de l’exposition, différents artistes seront invités à présenter leur travail plus en détail et à dialoguer avec le contexte local.

L’exposition présente les œuvres de Younes Baba-Ali, Sammy Baloji, Saddie Choua, Joris Ghekiere, Roland Gunst, Randa Maroufi, Jacqueline Mesmaeker, Jean Katambayi Mukendi, Maryam Najd, Grace Ndiritu, Otobong Nkanga, Léonard Pongo, Lázara Rosell Albear, Pascale Marthine Tayou, Pei-Hsuan Wang et Patrick Gaël Wokmeni à Amsterdam.

In Frequencies We Cannot Name: Language, Sound, Silence part de l’idée que le langage n’est jamais neutre : il porte les traces du pouvoir, de l’histoire coloniale et des limites de la traduction. L’exposition explore la manière dont nous percevons l’expression culturelle lorsqu’elle n’est pas immédiatement compréhensible, et pourquoi cette incompréhension peut justement être précieuse. L’absence de lisibilité immédiate n’est pas ici considérée comme un défaut, mais comme un espace de rencontre et d’autres formes de connaissance.

Le cadre curatorial de l’exposition s’appuie sur les théories de penseurs tels que Édouard Glissant et Rizvana Bradley. Le concept d’opacité de Glissant fait référence au droit de rester opaque et de ne pas devoir être entièrement expliqué ou traduit. Cette idée s’oppose aux modes de perception et de catégorisation coloniaux, tels que la documentation ethnographique et les traductions missionnaires, qui déterminaient ce qui était reconnu comme compréhensible ou significatif — et qui continuent aujourd’hui encore d’influencer la manière dont les « autres » culturels sont abordés. Dans le prolongement de cette réflexion, Bradley remet en question les normes esthétiques occidentales avec sa théorie de l’anteaesthetics. Bradley affirme que les expressions culturelles noires et indigènes ne naissent pas au sein des systèmes esthétiques dominants, mais les précèdent ou fonctionnent en dehors de ceux-ci. Elles n’existent pas comme des déviations d’une norme, mais comme des systèmes de signification complets et autonomes, dotés de leur propre logique et intégrité.

De Brakke Grond, Amsterdam, 7 mars – 10 mai 2026

Jacques Lizène, les Années Yellow, les images (3)

Aglaia Konrad, Inoubliables, musée des Beaux-Arts de Gand

Aglaia Konrad participe à une création collective à l’occasion de l’exposition Inoubliables, Femmes artistes d’Anvers à Amsterdam entre 1600 et 1750 au musée des Beaux-Arts de Gand.

Le communiqué du musée : 

Inoubliables est la toute première grande exposition rétrospective entièrement consacrée au rôle et à l’importance des femmes dans les arts au cours du XVIIe, dans la région qui correspond aujourd’hui au territoire de la Belgique et des Pays-Bas (les anciens Pays-Bas ou Plats Pays, comme on les appelait autrefois). À l’issue de plus de deux ans de recherche, l’exposition parvient à rassembler des œuvres de plus de quarante femmes artistes qui ont été actives entre 1600 et 1750. Tout l’éventail des arts visuels est passé en revue : tableaux, gravures et sculptures, mais aussi textiles et papiers découpés. L’exposition montre que les femmes étaient actives dans presque toutes les disciplines artistiques et tous les aspects de la production. Elle met en lumière non seulement des femmes peintres célèbres, qui se sont distinguées dans un secteur dominé par les hommes, mais aussi des femmes anonymes qui ont réalisé les précieux ouvrages de dentelle de cette époque. Leurs contributions ont joué un rôle essentiel dans l’évolution de la culture visuelle des Plats Pays.

En réponse à l’exposition Inoubliables,  les artistes Christiane Blattmann, Manon de Boer, Melissa Gordon, Aglaia Konrad, Valérie Mannaerts, Hana Miletić, Annaïk Lou Pitteloud, Heidi Voet et Asia Zielińska ont réalisé une intervention dans le forum du musée.

Ensemble, elles ont créé une œuvre collective qui souligne la position qu’elles partagent en tant que femmes artistes, ainsi que leur solidarité avec d’autres artistes qui ont été actives dans ces périodes de l’histoire et ces contextes sociaux.

Les recherches d’histoire de l’art menées pour l’exposition pointent un rapport déséquilibré : environ 70 % des femmes artistes peuvent être identifiées et cataloguées, tandis que quelque 30 % d’entre elles demeurent anonymes en l’absence de documentation à leur propos. Le groupe défie intuitivement ces chiffres en affirmant que seul un tiers des femmes artistes qui ont été actives au cours de l’histoire ont obtenu la visibilité nécessaire pour que leur art s’inscrive dans le canon. 

Pour souligner cette idée, les noms de 179 femmes artistes qui ont été identifiées par les historiens de l’art ont été apposés à la main sur des bandes bicolores de latex tactile. Les deux tons suggèrent un rapport inversé : le rouge représente la connaissance historique, tandis que le rouge foncé incarne l’amnésie structurelle dans laquelle l’œuvre des femmes et leur contribution à notre héritage culturel disparaissent.

Musée des Beaux-Arts de Gand, du 07.03 au 31.05

Jacques Lizène, les Années Yellow, les images (2)

Agenda Mars 2026

Jacques Charlier

  • Liège (B), Nous tournoyons dans la nuit, et nous voilà consumés par le feu, Trésor de la Cathédrale, une exposition réalisée par E2N , 28 novembre – 29 mars 2026

Olivier Foulon

  • Berlin, Summe & Teile, Schon, du 24 janvier au 7 mars 2026

Suchan Kinoshita

  • Maastricht (Nl), Four times two, Bonnefantenmuseum, jusqu’au 14 juin 2026

Aglaia Konrad

  • Gent (B) , Inoubliables, Femmes artistes d’Anvers à Amsterdam entre 1600 et 1750, Musée des Beaux-Arts de Gand, du 7 mars au 31 mai 2026
  • Turnhout (B), Onder de Stoep, het Strand,  De Warande, du 7 mars au 13 septembre 2026

Charlotte Lagro

  • Maastricht (Nl), Four times two, Bonnefantenmuseum, jusqu’au 14 juin 2026

Jacques Lizène

  • Liège (B), Nous tournoyons dans la nuit, et nous voilà consumés par le feu, Trésor de la Cathédrale, une exposition réalisée par E2N , 28 novembre – 29 mars 2026
  • Liège (B), Jacques Lizène, les Années Yellow (1969-1975), galerie Nadja Vilenne, du 21 février au 18 avril 2026

Jacqueline Mesmaeker

  • Liège (B), Nous tournoyons dans la nuit, et nous voilà consumés par le feu, Trésor de la Cathédrale, une exposition réalisée par E2N , 28 novembre – 29 mars 2026
  • Amsterdam (Nl), In Frequencies We Cannot Name: Language, Sound, Silence, Een blik in de collectie van Mu.ZEE Oostende. Met curator Rita Ouédraogo, De Brakke Grond, du 7 mars au 10 mai 2026

Sandrine Morgante

  • Antwerpen (B), It goes without saying, Extra City, jusqu’au 29 mars 2026
  • Namur (B), Sexisme pépouze, Le Delta, du 14 février au 29 mars 2026