Jacques Halbert, le banquet cerisiste, les images (1)

Fête et rituel, art qui devient comestible et qui se partage lors d’une cérémonie collective, processus ludique d’une activité quotidienne réinventée, banquet participatif célébrant les goûts et les couleur, voici le banquet cerisiste de Jacques Halbert, conçu avec l’équipe du restaurant Le Cloître, au musée de la Vie wallonne à Liège, à l’occasion de la « Fête Permanente », festival de clôture de l’exposition « Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers ». L’artiste passe du tableau à la table, les plats servis sont aux couleurs de sa peinture, le bleu et le rouge en particulier, qu’il utilise inlassablement pour peindre ses cerises sur fond bleu. Voilà donc un repas coloré, au goût cerisé que partagèrent plus de quatre-vingt convives, installés sous une forêt de chapeaux de paille.  Il s’inscrit dans la lignée des banquets conçus par Jacques Halbert à Saumur, Chinon ou à  l’abbaye de Fontevraud, sa région d’origine, région ô combien rabelaisienne.  
Les banquets et performances de Jacques Halbert s’inscrivent dans ce mouvement du « Eat Art », né dans les années 60 sous l’impulsion de Daniel Spoerri, mouvement qui met à l’honneur le repas, la nourriture, l’aliment au cœur de la création artistique. Jacques Halbert a reçu Daniel Spoerri au Art Café qu’il a créé au début des années 80 à New York, tout comme Dorothea Selz, cette autre traiteur coloriste de talent.

Emilio Lopez Menchero, Van Mol tot Molenbeek, De Garage, Mechelen, les images (3)

Emilio Lopez Menchero
Encapuchado, entre Abu Ghraïb y Guantanamo (2015),
oil on canvas,170 x 150 cm

Emilio Lopez Menchero
La Fayette Street, Manhattan 2016 (2017),
oil on canvas

Emilio Lopez Menchero
Ramallah Hotel N°1 (2012),
oil on canvas, 150 x 133 cm

Emilio Lopez Menchero
Dead Sea (2011),
oil on canvas, 170 x 150 cm

Emilio Lopez Menchero
À la Mer Morte, Palestine (2016)
oil on canvas

 

Emilio Lopez Menchero, Van Mol tot Molenbeek, De Garage, Mechelen, les images (2)

Emilio Lopez Menchero
Le fumeur (2017),
oil on canvas on plywood, 61 x 46 cm

Emilio Lopez Menchero
Le hurleur (2017),
oil on canvas on plywood, 61 x 46 cm

Emilio Lopez Menchero
Le vomisseur (2017),
oil on canvas on plywood, 61 x 46 cm

Emilio Lopez Menchero
Encapuchado n°2 (2015),
oil on canvas, 170 x 150 cm

Emilio Lopez Menchero
Les trois goûts (2017),
oil on canvas, 88 x 76 cm

Emilio Lopez Menchero
Trying to be regular on warm gray n°1 (2017)
oil on canvas

Emilio Lopez Menchero, Van Mol tot Molenbeek, De Garage, Mechelen, les images (1)

Emilio Lopez Menchero
Peinture abstraite (approx. 1966), 
gouache on paper, 34,7 x 39,7 cm

Emilio Lopez Menchero
Le petit salon de Mol (approx. 1966), 
gouache on paper, 34,7 x 39,7 cm

Exhibition view

Emilio Lopez Menchero
Remake of “Peinture abstraite, 1966” (2016), 
oil on canvas, 150 x 170 cm

Emilio Lopez Menchero
Remake of “Le petit salon de Mol, 1966” (2016), 
oil on canvas, 150 x 170 cm

Exhibition view

Emilio Lopez Menchero
La branche et la Lederhose, Mol 1969 (2018), 
oil on canvas, 211,5 x 142,5 cm

Emilio Lopez Menchero
Moleke (2018), 
oil on canvas, 211,5 x 228 cm

Emilio Lopez Menchero
L’escalier (2018)
oil on canvas, 211,5 x 245 cm

Emilio Lopez Menchero
Le Combat (2018), 
oil on canvas, 211,5 x 242 cm

Emilio Lopez Menchero
TV, Joe Frazier vs. Muhammad Ali (2018), 
oil on canvas, 74 x 97,5 cm

Emilio Lopez Menchero
TV, Le pas (2018), 
oil on canvas, 74 x 97,5 cm

Agenda Août 2018

Jacques Charlier
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Maen Florin
– Bastogne (B), Clay, du sculptural dans la céramique actuelle, L’Orangerie, du 7 juillet au 16 septembre 2018.
– Lokeren (B), Illusion, Park Ter Beuken, 26 août – 27 octobre 2018.

Sophie Langohr
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018
– Venray (Nl), Weil ich ein Mädchen bin, Oda Park, du 16 juin au 27 novembre 2018

Jacques Lizène
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018
– Caen (F), Murs, musée des Beaux Arts de Caen, du 5 mai au 18 septembre 2018

Jacqueline Mesmaeker
– Antwerpen (B), 21 mars 1975, 17h23, Muhka, du 12 mai au 2 septembre

Emilio Lopez Menchero
– Mechelen, Emilio Lopez Menchero, Van Mol tot Molenbeek, De Garage, du 16 juin au 2 septembre 2018

Benjamin Monti
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Pol Pierart
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Marie Zolamian
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Jacques Halbert, Le Banquet de la Fête Permanente, Musée de la Vie wallonne, ce samedi 11 août

Ce samedi 11 août, à l’occasion du finissage de l’exposition « Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers, autour de Foncièrement la Petite Maison Unifamiliale,  oeuvre collective des Jardiniers du Paradoxe et du Mensonge Universel,  en Hommage au Temps des Cerises et au Merle Moqueur :

Le Banquet cerisiste de la Fête Permanente.
Une performance de Jacques Halbert

Avec la complicité de : Sébastien Nicaise, échassier et jongleur diabolique, de Fabrice Adde, comédien, acteur et bonimenteur du jour, des Héritiers du Volcan, une troupe de pyro-jongleurs et cracheurs de feu, des dégustateurs spectateurs, de toute l’équipe du Restaurant le Cloître, sous la houlette de son Chef Didier Roskam et de quelques Jardiniers d’occasion

Réservation indispensable via l’événement FB

Paris, 2 mars 1978. Des entonnoirs essaiment sur de nombreuses têtes du public qui assiste à Jussieu au sacre d’Aguigui Mouna Ier, empereur débilissime. Les Jardiniers du Cirque Divers sont à la manœuvre et jouent les rôles de grand majordome et de chef du protocole, un rôle de bouffon, de fou du roi, qui leur sied à merveille. Ils adressent l’annonce de ce débile couronnement orchestré par des clowns et saltimbanques à cent septante chefs d’état dont cent quarante-quatre membres de l’ONU. Ils envoient une délégation à Paris, entonnoir sur la tête ; ils font tirer vingt-deux coups de canon à beurre en l’honneur de l’empereur. Car oui, le Cirque Divers est inventeur du canon à beurre. Clowns, cracheurs de feu, saltimbanques de tout poil se rassemblent à Jussieu et font la fête à l’empereur débilissime Mouna Ier. Une procession se met en marche, Mouna Aguigui en tête, sur son vélo, saladier sur la tête, protégé du soleil et des intempéries par un singulier parasol. Cette procession traverse Paris et rallie le Centre Georges Pompidou, ce tout nouveau temple de l’art et de la culture, depuis peu ouvert au public.

Le Centre Georges Pompidou fut en effet inauguré le 31 janvier 1977, deux semaines après le l’ouverture du Cirque divers à Liège. Jacques Halbert est présent sur la Piazza. Il y a même des démêlées avec la marée chaussée car, tandis que se pressent officiels, invités et journalistes, effarouchés, sceptiques ou enthousiastes, l’artiste s’est permis d’installer sagalerie Cerisedevant ce tout nouveau monstre d’acier et de verre. La galerie Cerise, c’est un magnifique triporteur, une sculpture ambulante avec laquelle il arpente, depuis 1975, les rues de Paris et stationne devant les galeries d’art pendant les vernissages, vendant aux gourmands et amateurs d’art des tartes aux cerise et des toiles, des toiles aux cerises et des tartes, c’est selon.  On vit même Jacques Halbert pousser son triporteur dans les allées de la FIAC en 1976 et 1977. « C’est en 1975 qu’il peint sa première cerise, note Delphine Masson. Dès lors, ce sujet gourmand ne cessera plus de nourrir son œuvre prolifique, animant selon des rythmes réguliers ou des compositions aléatoires la surface monochrome, de préférence bleue, de ses toiles. Le motif de la cerise comme revendication de sa position artistique mena l‘artiste de la peinture à la performance, de la France aux Etats-Unis, lui faisant partager l’aventure de Fluxus ou s’associer aux expériences du Eat Art ».

Juin 1977. Les Jardiniers du Cirque Divers rencontrent Mouna Aguigui, marxiste tendance Groucho, André Dupont pour l’état-civil, candidat en France à de multiples scrutins de 1952 à 1995 et « non candidat dans ce monde de cons  », poète antimilitariste, libertaire et joueur de vielle à roue, le roi des zinzins, une sorte de Diogène mais doux comme un agneau. Anne Gallois, Cabu et Cavana lui consacreront un livre : « Gueule ou crève » – le titre est touchant. La rencontre se fait à l’abbaye de Floreffe ou se tient un tout nouveau festival qui décline la musique folk sur mode régionaliste(s) et altermondialiste, « le tiers onde » ; il est écolo, champêtre, militant, quotidien en marche en marge du nucléaire et de la pollution, un radeau pirate en ondes courtes, en ondes moyennes et en fréquences modulées. Ce festival s’appelle le Temps des Ceriseset les Jardiniers y installent pour trois jours Foncièrement la Petite Maison unifamiliale, cette œuvre collective et fondatrice de l’action du Cirque Divers.

Ce chassé-croisé ne pouvait que nous inciter à inviter Jacques Halbert lors de cette semaine de finissage de l’exposition « Le Jardin du Paradoxe ». Curieusement, l’artiste n’a jamais exposé au Cirque Divers, alors qu’il est proche de nombre d’artistes qui y exposèrent. Même son prof aux Beaux-Arts de Bourges, Jean Claude Silbermann, est passé au Cirque ! La raison est simple : dès 1979, Jacques Halbert s’installe aux Etats Unis, à New York, puis à Miami et à Los Angeles. En 1985, il ouvre le « Art Café» à New York dans le East Village. L’aventure durera quatre ans. Il y organise expositions et performances, invitant John Armleder, Olivier Mosset, Charles Dreyfus, Doreathea Selz, Jean Dupuy, Daniel Spoerri, Ken Friedmann, Ben Vautier, Jeff Koons, Andy Warhol, Phoebe Legere, Christian Xatrec, François Morellet. Plus tard, dans sa Magnifik Gallery, Jacques Halbert exposera également Olga Adorno, Ben Paterson, Carolee Schneemann ou Joël Hubaut. Une sorte de Cirque Divers new-yorkais ! Fêtes, Eat Art, performances et expositions.

Depuis 2002, l’artiste est revenu dans sa Touraine natale, ce qui sans doute explique aussi le rapport étroit qu’il entretient avec les arts de la table. « Sa silhouette parle pour lui, note Roland Duclos, son regard gourmand le trahit, ses origines tourangelles en font un digne héritier du grand Rabelais et son humour gouleyant a les raffinements des meilleurs crus de son bourgueil natal. On le voit Jacques Halbert n’a que des qualités ». Il nous offre aujourd’hui ce banquet cerisiste en guise de performance dinatoire, ce banquet de la Fête permanente. En choisissant la cerise pour motif exclusif de son œuvre, Jacques Halbert, note encore Delphine Masson « court-circuite les tendances radicales qui ont redéfini le paysage artistique, en y intégrant humour et dérision, ainsi qu’une vitalité pop, qui le situent aussi dans la filiation de l’esprit Fluxus et de toutes les tentatives artistiques visant à relier l’art et la vie ». N’est-ce pas là tout l’esprit du Cirque divers, ce jardin du Paradoxe et du Mensonge Universel » ?

Le Couronnement de Mouna Aguigui Ier, empereur débilissime

La galerie Cerise de Jacques Halbert

Performance de Jacques Halbert au Louvre, le 18 septembre 1978, à l’invitation de Jean Dupuy. Habillé en chef, toqué, Jacques Halbert lit un menu cerisiste devant « Les Noces de Cana » de Paolo Caliari, dit Véronèse, grand coloriste, réputé pour ses décorations illusionnistes.

 

Jacques Halbert, HTFAM (how to fuck a monochrome), une introduction

Palissade, 1975.

La cerise est apparue très tôt dans l’œuvre de Jacques Halbert, en 1975, de la façon la plus incongrue qui soit, tatouant de façon répétée une palissade de chantier peinte en bleu azur. Une cerise par planche, toutes bien alignées. Les planches sont irrégulières, mais j’aime à imaginer que celles-ci avaient une largeur unique; de 8,7 cm, par exemple, cette mesure désormais très conceptuelle. Très vite, la cerise investit la toile sur châssis et y trouve sa juste mesure. Un an plus tard, Jacques Halbert peint les lettres du mot «plaisir » (1975) en rondes de cerises rouges ; il persiste et fait de même avec le mot «fraise » (1975). René Magritte n’aurait pas désavoué cette déclinaison de « la Trahison des images », cette mise en jeu de l’énoncé, de l’objet, de l’image et de l’objet nommé. La délectation habite la cerise vermillonne et « la gourmandise emporte l’adhésion, écrira Pierre Giquel, nous sommes en région comestible, la fête bat son plein ». En 1978, l’artiste confirme cette idée saugrenue qui fait office de manifeste d’une véritable folie, d’une extrava- gance, d’un goût exclusif – car l’œuvre est de bon goût -, et d’une gaîté vive : «peindre des cerises partout, tout le temps, et ne penser qu’à ça ». Ne penser qu’à ça : à prononcer ces mots, il y a déjà là quelque chose de profondément jouissif. Et comme un parfum d’obsession au sens où l’entendait Harald Szeemann, lui qui se préoccupait, entre autres choses, des circuits fermés et des machines célibataires, de la coercition par la beauté et des édifices bâtis par les Illuminés. L’obsession, écrit Szeemann, est « une unité d’énergie joyeusement reconnue ». Pour Jacques Halbert, celle-ci a une forme vaguement ovale de couleur carmine et vermillonne, prolongée sur sa gauche par un filet vert émeraude. Oui, la queue de cerise a aussi toute son importance. (…)

(…) Scandaleuse liberté, digne héritière de l’exhubérance Dada, tendance Picabia. Et révolte supérieure de l’esprit. Celle- ci sied à Jacques Halbert qui, rappelons le, se permit un jour en guise d’appropriation et d’hommage, d’apposer – sans dommage – l’une de ses cerises sur un Picabia du musée. Comment, ici, ne pas rappeler le « Manifeste cannibal », la scansion de « Dada n’est rien. Comme vos paradis : rien ». « Y’a bon Picabia ! » bonimente, avec le rire de Jacques Halbert, le tirailleur sénégalais de Banania, peint sur le coffre de la Peugeot 403, version 1962, couverte de cerises, customisée dira-t-on, et aujourd’hui garée au beau milieu de l’atelier. Oui l’empreinte de la cerise, au sens toronien du terme, s’applique partout. Sur des boîtes de camembert, des affiches Mao, des bons points distribués aux enfants méritants, des reproductions de tableaux de maîtres anciens et modernes, des peintures trouvées. Elle contamine tout support et surtout se peint sur toile, cerise toujours dupliquée, jamais épuisée. Rarement solitaires, au moins par paires, souvent alignées, en quadrilles, essaimées, constellantes, les fruits sont à maturité. Il y a des « Cerises bleues sur fond bleu », des « Cerises blanches sur fond blanc », des « Cerises vertes sur fond vert », des « Cerises jaunes sur fond jaunes » et, on s’en doute, des «Cerises rouges sur fond rouges ». Le sujet résiste au fil de ces inlassables répétitions d’une même cerise.

J’aime le protocole que Jacques Halbert établit dès 1975. Il tient de la méthode ABC Ecole de Paris (« comment peindre une cerise en huit phases et temps de séchage »), de la recette de cuisine, se teinte d’esprit Fluxus et remet dès lors en question avec impertinence l’absolutisme des positions minimalistes et conceptuelles en vogue à l’époque, qu’il s’agisse, dans le paysage français du moins, du dogmatisme de Support / Surface ou du radicalisme des positions de B.M.P.T.

Avec la vivifiance du chant du merle moqueur, l’obsessionnelle aventure cerisiste élargira ses horizons : Jacques Halbert se revendique d’un art d’attitude, au sens où l’entend Ben Vautier, entretenant des rapports étroits avec les arts de la table, lorgnant du côté de l’ « Eat Art » de Spoerri, rien d’austère assurément ; parce qu’il est vital d’arpenter les lieux de l’art avec un triporteur transformé en « galerie Cerise », afin de vendre, comme à la criée, tartelettes et tableaux aux cerises, important de chanter des recettes ou de déclamer un menu cerise devant les Noces de Cana de Véronèse, essentiel de naviguer sur la Loire toute toile aux cerises dehors, excitant d’organiser des Fashion Show cerisistes à New York ou de se prendre pour un pâtissier pâ- tissé, inattendu d’offrir un « dix nez » aux cerises à toute une kyrielle de convives ou de se commettre dans des séances de peinture au marteau. (…)

Le motif, ce qui fait l’objet d’une répétition de forme bien définie, régulière et continue, est ici ce qui catalyse une obsession, un univers, une façon de percevoir le monde et de le vivre. Dans le cas de Jacques Halbert, la cerise passe de l’état inerte à l’état vivant : « La matière qui l’a formulée, écrit Frédéric Bouglé, se fixe dans le geste de peindre entre agrégation et dissolution du sujet, entre sexualité suggérée et sensualité affirmée, entre culture culinaire, culture populaire et culture savante, entre, enfin, la joie prégnante d’un présent exalté et les temps jamais oubliés d’une cueillette passée » (…)

Jean-Michel Botquin, dans Le Paradis perdure, 2013

Camouflage, 2018, 80 x 80 cm

The Cherry Kitchen, 2014. Galerie Nadja Vilenne

Jacques Halbert, HTFAM, How to fuck a monochrome, vernissage ce jeudi 9 août

La galerie Nadja Vilenne a le plaisir de vous convier au vernissage de l’exposition HTFAM (How to fuck a monochrome) de Jacques Halbert

Vernissage le jeudi 9 août à 19h

Exposition du 9 août au 29 septembre 2018
Jeudi – samedi, 14-18h. et sur rendez-vous

Egalement à l’agenda :

Dans le cadre du finissage de l’exposition
Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers à Liège,
samedi 11 août 2018 à 12h30
dans le cloître du Musée de la Vie wallonne :

Jacques Halbert, Le Banquet cerisiste de la Fête Permanente.

Renseignements et réservations : info@nadjavilenne.com

Emilio Lopez Menchero, Van Mol tot Molenbeek, De Garage, Mechelen, introduction et revue de presse

Le bal des têtes
Sur la peinture d’Emilio López-Menchero

Il y a trente ans, par une belle nuit de décembre, j’ai admiré des tableaux de López-Menchero. Cet homme-là savait déjà peindre. Mais la peinture en soi ne lui suffisait pas. Il voulait autre chose. Il voulait se façonner une gueule reconnaissable et un cœur à lui tout seul. Nous étions dans un petit appartement au quatrième ou cinquième étage d’une maison de location. Du balcon nous avons regardé une répétition nocturne pour un défilé de carnaval. Trois géants somnolant s’appuyaient contre des réverbères, deux hommes au combat roulaient sur le sol, l’un d’eux perdait sa perruque aux longs cheveux blonds.
Sous les yeux et entre les mains de ce peintre, la peinture devient un outil.
Si certains de ces tableaux semblent littéralement avoir été peignés, une chose est sûre : il se sert de la peinture comme d’un peigne, c.-à-d. un instrument à agencer le passé, les impressions, les pensées, les doutes et les rêves. Serait-il donc possible de se forger un soi en peignant ?
Se considérant peu doué pour le langage, López-Menchero s’est voué à l’architecture, à l’intervention spatiale, à la performance, à la photographie, à la sculpture, au dessin et, finalement, il est revenu à la peinture proprement dite, pour se faire une image de qui il pourrait être.
Quelle acuité dans ces interventions spatiales ! Quelle élégance dans ces dessins ! Quelle précision dans ces autoportraits photographiés !
Il y a longtemps, j’ai connu un géant qui m’avait confié que la mort de sa mère l’avait libéré. Gérante d’un magasin à blé, celle-ci descendait toute seule, sur ses épaules, des sacs de cinquante kilos qui étaient stockés dans le grenier. Le fils, pourtant un colosse, lui aussi, s’était retrouvé écrasé, persuadé dès lors de ne jamais pouvoir égaler cette Athéna invincible.
Il en était de même pour moi. Ayant eu des parents qui faisaient semblant d’être parfaits par crainte d’être rejetés par leurs enfants, je me suis senti minable toute ma vie.
Les pensées, seules, ne peuvent nous sauver. Pour comprendre (et pour ressentir), il faut agir. Il faut tracer des raies. Il faut échouer. Il faut survivre à ses erreurs.
La peinture a cela d’inégalable qu’elle permet de montrer ses failles.
Elle consiste en des traces d’une pensée pénible, stupide, honteuse, mais honorable. Elle nous permet de tracer des images dans la boue, de faire surgir des rêves, de cerner des doutes, de nous faire une idée.
Ainsi, le cirque continue, les masques se mettent à danser, le saltimbanque apprend à tomber, le cauchemar se dompte et le jour se fait plus doux.

Hans Theys (dans le catalogue qui accompagne l’exposition)

The dance of the masks
Emilio López-Menchero and the art of painting

One lovely December night thirty years ago, I saw some beautiful paintings by López-Menchero. He already knew how to paint. But painting in itself wasn’t enough for him. He wanted something else. He wanted a recognisable face and a soul that was really his. Suddenly we heard strange noises in the street. We stepped onto the balcony and looked down on the night-time rehearsal for a parade of cardboard giants. Two giants were leaning against lampposts, one was resting in the street gutter. As a parade, they would certainly rip the urban flesh apart and cause unintentional social upheaval?
In the hands and the eyes of this painter, the art of painting becomes a tool. Some of the paintings look as if they have been combed. And indeed, painting is used here to comb the past, i.e. as a tool to rethink impressions, thoughts, doubts and dreams. Would it be possible to create a self through painting?
Thinking of himself as somebody who has little feeling for language, López-Menchero turned to architecture, spatial interventions, photography, sculpture, drawing and, eventually, but not for the first time, painting itself, all in a bid to create an image of who he might be or become.
How sharp these spatial interventions! How elegant these drawings! How precise these photographed self-portraits!
A long time ago, I met a giant who told me that his mother’s death had set him free. As the owner of a grain shop, that formidable lady had carried fifty-kilo bags down from the attic store on her shoulders. Her son, himself enormous, was crushed by this daily demonstration of strength and willpower, and convinced himself he would never be worthy of this invincible Athena. Something similar happened to me. Having been raised by parents who pretended to be perfect for fear of being rejected by their children, I have always felt unworthy.
Thoughts cannot save us. To understand (and to feel), we have to act. We have to plough furrows in the world. We have to fail. We have to survive our mistakes.
Painting is so special because it allows us to show our failures. It consists of traces of a stupid, sturdy, painful and shameful, but honourable train of thought. It allows us to make drawings in mud, to shape dreams, to circle doubts, to get an idea of things.
And thus the circus continues, the masks begin to dance, the acrobat learns how to land, the nightmare is tamed and the days grow softer.

Hans Theys

Egalement lu dans H.ART, ce texte de Chrisitine Vuegen

Agenda Juillet 2018

Jacques Charlier
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Maen Florin
Bastogne (B), Clay, du sculptural dans la céramique actuelle, L’Orangerie, du 7 juillet au 16 septembre 2018.

Suchan Kinoshita
– Bruxelles (B), Harem, Aglaia Konrad, Projekt Skulptur and Guest : Suchan Kinoshita, Isofolies, Rue de l’Abattoir 4, 1000 Bruxelles, du 2 juin au 14 juillet 2018

Aglaia Konrad
– Bruxelles (B), Harem, Aglaia Konrad, Projekt Skulptur and Guest : Suchan Kinoshita, Isofolies, Rue de l’Abattoir 4, 1000 Bruxelles, du 2 juin au 14 juillet 2018

Sophie Langohr
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018
Weil ich ein Mädchen bin, Oda Park, du 16 juin au 27 novembre 2018

Suchan Kinoshita
– Bruxelles (B), Harem, Aglaia Konrad, Projekt Skulptur and Guest : Suchan Kinoshita, Isofolies, Rue de l’Abattoir 4, 1000 Bruxelles, du 2 juin au 14 juillet 2018

Aglaia Konrad
– Bruxelles (B), Harem, Aglaia Konrad, Projekt Skulptur and Guest : Suchan Kinoshita, Isofolies, Rue de l’Abattoir 4, 1000 Bruxelles, du 2 juin au 14 juillet 2018

Sophie Langohr
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018
– Venray (Nl), Weil ich ein Mädchen bin, Oda Park, du 16 juin au 27 novembre 2018

Jacques Lizène
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018
– Caen (F), Murs, musée des Beaux Arts de Caen, du 5 mai au 18 septembre 2018
– Liège, Make the city, Party Content, vernissage le 22 juin 2018

Jacqueline Mesmaeker
– Antwerpen (B), 21 mars 1975, 17h23, Muhka, du 12 mai au 2 septembre

Emilio Lopez Menchero
– Liège (B), galerie Nadja Vilenne, en duo avec Willem Vermeersch, du 8 juin au 14 juillet 2018
– Mechelen, Emilio Lopez Menchero, Van Mol tot Molenbeek, De Garage, du 16 juin au 2 septembre 2018

Benjamin Monti
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Pol Pierart
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Marie Zolamian
– Liège (B), Le jardin du paradoxe, regards sur le Cirque Divers, Musée de la vie wallonne, jusqu’au 16 août 2018

Emilio Lopez Menchero, Paintings, les images (3)

Emilio Lopez Menchero
La dame au bonnet vert à pois blanc (2018, acrylic paint on canvas, 60 x 45 cm

Emilio Lopez Menchero
Visage sur la route vers Chicago n°2 (2016), acrylic paint on canvas, 60 x 45 cm

Emilio Lopez Menchero
Trying to Be Regular on pale green (2018), oil on canvas, 200 x 160 cm

Benjamin Monti au Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers, musée de la vie wallonne, Liège

Iconophage, collecteur d’images de tous genres, recycleur d’un corpus iconographique qu’il hybride, Benjamin Monti s’est chargé de revisiter le Mensuel du Cirque Divers dont il extrait une série de singulières bonnes feuilles où satires, créations, agenda, réflexions aussi absurdes que spéculatives, aphorismes et gribouillis côtoient de joyeuses grivoiseries. Marouflées sur les cimaises, ces pages du Mensuel deviennent le support d’une série d’œuvres originales collectées dans les archives, autant de mails art adressés au Cirque Divers. Parmi les artistes : Joël Hubaut, Roland Topor, Roman Cieslewicz, Philippe Lagautrière, Marcel Mariën, Jacques Lizène, François Boisrond, Baudhuin Simon / Pig Dada, André Stas, Ryosuke Cohen, Charles François, Clemente Padin, Guy Bleus, Guy Stuckens, Ruggero Maggi et bien d’autres.

Willem Vermeersch, When You Come to a Fork in the Road, Take It, les images (3)

Willem Vermeersch
Ceinture, 2017-2018
Huile & crayon sur toile, 170 cm x 120 cm

Buiten de piekuren, 2017-2018
Huile & crayon sur toile, 85 cm x 85 cm.

Willem Vermeersch
Rhizome, 2017-2018
Huile & crayon sur toile, 170 cm x 120 cm

Willem Vermeersch
Pow Wow, 2017-2018
Huile & crayon sur toile, 85 cm x 85 cm

Willem Vermeersch
Prise, 2017-2018
Impression sur crayon sur papier, 29,7 cm x 42 cm

Jacques Lizène, Make the city, Party Content, L’Escalier

Jacques Lizène participe à l’exposition « Make the city, Poiein Polis, Créer la Ville » organisée à L’Escalier par le Party Content. Avec Dominique Castronovo et Bernad Secondini, Kendell Geers et Laurent Impeduglia. Vernissage ce vendredi 22 juin dès 19h à L’Escalier, rue St Jean en Isle à Liège. 

Issus du grec ancien, les mots « Poiein Polis » signifient littéralement « créer la cité ». L’association de ces deux termes désignent donc un acte fondateur à l’origine de toute civilisation. Concrètement, cette action aboutit à une coexistence entre un certain nombre de personnes formant une communauté, celle-ci étant régie par un cadre de lois offrant, en théorie, sécurité, autonomie et liberté à ses membres. Cet ensemble de règles évolue ensuite selon les besoins et l’intérêt général du groupe. Le temps ayant fait son effet pendant de très nombreux siècles, ces deux mots ‘Poiein’ et ‘Polis’ ont évolué à l’instar de la civilisation pour devenir respectivement ‘Poésie’ et ‘Politique’. Mettre côte à côte ces deux noms semble aujourd’hui plus complexe, moins évident. Retourner à leurs origines s’avère néanmoins lourd de sens, leur définition antique rendant ces deux mots indispensables à toute société. Autant Poiein Polis désigne la création d’une civilisation, autant Poésie Politique marque son évolution, son développement.

Ce ne sont pas les murs qui font la cité mais les hommes. (Platon)

Make the City renvoie à la « Poésie Politique » ou, en d’autres mots, à un regard artistique sur la société contemporaine. À leur façon, les artistes de l’exposition abordent ce qui constitue la civilisation actuelle, ses fondements, ses perversions, ses progrès…

Jacques Lizène, quelques séquences en rushes, 2016-2018

Être content envers et contre tout, c’est la philosophie de Party Content ! L’art, la poésie, la musique, la fête sont nos moyens pour mener à bien ce vaste programme de contentement. Le Manifeste du Party Content, c’est ici