Archives par étiquette : Jacques Lizène

Jacques Lizène, Labor, CAL Charleroi, jusqu’au 10 juillet

Cette exposition, imaginée par OPENART.TODAY pour le CAL Charleroi, aborde les notions de travail, de labeur et la distinction entre oeuvriers et ouvriers… Une problématique systémique qui touche doublement les artistes ; dans leur statut, mais également dans leurs œuvres. Les œuvres exposées mêlent artistes émergents et artistes de renommée internationale : Ruben Bellinkx, Walead Beshty, Willem Boel, Patrick Carpentier, Tyler Coburn, Elisa Giardina Papa, Andreas Gursky, Jacques Lizène, Jean-Luc Moulène, Agnès Scherer, Axelle Stiefel, Lucien Stoppele et Romain Zacchi. Confrontant différents points de vue, les œuvres mettent en lumière plusieurs thématiques liées au labeur paysan et industriel : l’automatisation de la production, la globalisation, la spéculation sur les marchés, la lutte ouvrière, la servitude engendrée par certaines technologies, la précarisation, …

Pour l’occasion, Openart.Today a emprunté une Sculpture Nulle de Jacques Lizène appartenant à la collection de la Province de Hainaut.

Expo visible du 10 juin au 2 juillet. Du lundi au vendredi, de 10h à 16h. Le samedi, de 11h à 18h. CAL Charleroi Centre d’Action Laïque,, rue de France 31, 6000 Charleroi.

Jacques Lizène, 25 Art seconde, Rencontres internationales Paris Berlin, Centre Wallonie Bruxelles, Paris

Le Centre Wallonie Bruxelles projette dans le cadre de 25 Arts Secondes, programmation de films d’artistes et de films sur l’art greffée sur les Rencontre internationales Paris Berlin, Tentative de dressage d’une caméra et tentative d’échapper à la surveillance d’une caméra,1971, de Jacques Lizène. Projections – Installation vidéo – Dj Set : 6 mai 2022. 

Jacques Lizène
Tentative de dressage d’une caméra et tentative d’échapper à la surveillance d’une caméra,1971
NB, sonore, 2’00, Portapack Sony, numérisé. Production Yellow, Liège

Le communiqué du Centre Wallonie Bruxelles

A la faveur de cette Saison Liquide_ Ethique Barbare innervée par des ambitions indisciplinées questionnant autant les ordonnancements que les modes d’assignation, réhabilitant des modes d’appréhension du réel déclassifiés, la 3ème édition de notre cycle dédié aux films d’artistes et films sur l’art – 25 Arts Seconde – poursuit sa sonde de l’image en mouvement et des intrications entre art contemporain et cinéma.

Au total, en projection et en ligne, quelque 15 propositions qui au-delà de saisir l’ici et le maintenant, le dévoilent d’une façon toute singulière, comme en parallaxe. Place au décloisonnement des langages formels.

Cette édition s’incarne en une morphologie démultipliée et se greffe aux Rencontres Internationales Paris/Berlin.

Elle se déploie lors d’une soirée de projections qui s’achève sur un Dj Set et en cyberespace, où sur une plateforme de streaming seront à découvrir des œuvres troublant les seuils de l’imaginaire, sélectionnées par la critique et commissaire Mathilde Roman, invitée à construire ce pan de programmation.

La photographie de l’affiche du cycle est signée par Vincen Beeckman – arpenteur engagé de la marge et des périphériques. Différents volets constitueront donc ce cycle, qui a pour ambition de cerner des états liquides, situés et poreux de la création actuelle.

Jacques Lizène

Elle est docile la caméra ? Allez, fait le beau, la caméra ! Claquant du doigts, Jacques Lizène tente de dresser une caméra. Couchée, la caméra ! Ensuite, d’un bout à l’autre de l’écran, le Petit Maître, tente d’échapper à la surveillance de cette même caméra. Œuvre à la fois filmique et performative, cette séquence réalisée en 1971 est le troisième film de Jacques Lizène, après Travelling sur un mur (je ne procréerai pas) et Absence de sujet filmé, et témoigne des débuts de l’art vidéo en Belgique. Cette œuvre apprivoise, entre lucidité et maladresse, ce nouveau médium entré dans le champ des arts plastique, elle est aussi d’une grande lucidité politique, mettant en jeu la domination des médias, la soumission à l’ordre dominant, le discours sur la servitude volontaire.

Biographie :

Jacques Lizène (1946-2021) est artiste plasticien, photographe, vidéaste et chanteur belge, promoteur de l’art nul, se définissant comme petit Maître liégeois de la seconde moitié du vingtième siècle, conceptuel comique, artiste de la médiocrité comme art d’attitude. Il est fondateur de l’Institut d’art stupide, dont il fut le seul membre. Artiste du de l’insuccès et du foirage, maniant l’auto-historicité afin de couper l’herbe sous le pied à toute critique fondée sur le jugement, il n’a eu de cesse de produire des actions branlantes, inintéressantes, vaguement humoristiques, généralement stupides mais toujours ancrées dans une critique radicale du système artistique. Le Traité de décomposition d’Emil Cioran l’a très vite décidé à ne pas procréer (1965) et à subir une vasectomie (1970) qu’il qualifiera de sculpture interne, tentant de concrétiser ainsi son exigence d’improductivité, voire de stérilité. Encore raté ! Jacques Lizène laisse derrière lui une œuvre protéiforme, présente dans de nombreuses collections privée et publiques, tant en Belgique qu’à l’étranger. Parmi ses expositions personnelles récentes, on retiendra Le(s) Moi(s) de Lizène au Muhka à Anvers (2009), sous commissariat de Bart De Baere, ainsi que Désastre jubilatoire. Rapide rétrospective, au Passage de Retz à Paris, sous commissariat de Jean de Loisy (201

Jacques Lizène, CAP : un groupe, un éditeur, centre d’art contemporain EXIT, Château de Petit Leez

CAP : un groupe, un éditeur – 8 Mai – 19 juin 2022

L’exposition commémore les cinquante années du CAP (Cercle d’art prospectif) et des éditions Yellow Now dont les activités furent régulièrement associées au groupe et à ses artistes.

Sont exposés les membres du CAP depuis sa fondation en 1972 : Pierre Courtois, Jacques Lennep, Jacques Lizène, Jacques Louis Nyst et Jean-Pierre Ransonnet. Les œuvres sélectionnées datent des années 1970, période cruciale dans l’histoire de l’avant-garde. Des vidéos sont par ailleurs diffusées, rappelant que le groupe fut un pionnier de l’art vidéo en Belgique. Précurseur, il formula aussi, dès ses débuts, les principes d’une esthétique relationnelle. Une cinquantaine d’artistes belges et étrangers, de Boltanski à Vostell, participèrent aux expositions et publications, parmi lesquelles Mémoire d’un Pays noir en 1975 et Le Jardin, lectures et relations en 1977. La Maison de la culture de Namur consacra au CAP, en 2002, une rétrospective, accompagnée d’une publication retraçant son histoire.

La galerie Yellow débuta, en 1969, avec une exposition de Jacques Lizène. À partir de 1972, elle entama, sous le nom de Yellow Now, une activité éditoriale qui, depuis, n’a jamais cessé. Plusieurs ouvrages ont été consacrés au CAP et à ses membres : des livres d’artistes pionniers (Nyst, Pour un visiteur futur, 1975 – Ransonnet, Lierneux, Les lieux et les liens, 1976 – Lennep, Alfred Laoureux collectionneur, 1979) ; des ouvrages collectifs pluridisciplinaires (Le Jardin, 1977 – Relation et relation, 1981), ainsi que des monographies consacrées à Lizène. Ransonnet et Lennep.

Centre d’art contemporain EXIT  – Château de Petit Leez.

EXIT11 Rue de Petit-Leez 129 5031 Grand-Leez Belgium

Jacques Lizène, [səminal] de Frédéric Acquaviva, création ce jeudi 13 janvier

Création mondiale ce jeudi 13 janvier 2022 de [səminal] de Frédéric Acquaviva, opus auquel a participé Jacques Lizène, sa toute dernière performance, rushs sonores enregistrés à la galerie dans le courant du mois de septembre 2021, quelques jours avant son décès. Et ce jour-là, on ne s’est pas ennuyé un seul instant.

Frédéric Acquaviva, [səminal] (CD)

Une composition en deux parties qui associe deux dimensions antagonistes et complémentaires : un texte de données lu par l’artiste ORLAN et un orchestre virtuel composé de quatre chanteurs (Loré Lixenberg, Joan La Barbara, Wills Morgan et Jacques Lizène) et de 124 instruments différents.

ORLAN intervient ici en tant que locutrice avec sa voix grave reconnaissable entre toutes (le texte est une liste cosmologique d’événements censés se produire dans le futur, lue dans un ordre chronologique comme un compte à rebours inexorable, jusqu’à la disparition totale de tout). La voix d’ORLAN sera audible (de 10.000 à 20 milliards d’années) ou submergée par l’orchestre dans la seconde partie (de 50 milliards d’années à la destruction totale).

Le PolyTransMetaOrchestra (P.T.M.O) est un orchestre virtuel, composé de quatre chanteurs (Loré Lixenberg, Joan La Barbara, Wills Morgan et l’artiste Jacques Lizène décédé le 30 septembre 2021) et de 124 instruments différents issus de la civilisation occidentale autant que de tous les autres endroits de la terre.

Frédéric Acquaviva a demandé à chaque chanteur ou instrumentiste (certains parmi les meilleurs), poète ou compositeur choisi, âgé de 1 à 94 ans, d’enregistrer une seule note, à partir de laquelle il a composé la première partie micropolyphonique de [səminal]. Dans la seconde partie, progressivement, tous les instrumentistes jouent ensemble, des multiplications électroniques se développant ensuite à partir de ce même matériau minuscule mais séminal.

Alors que la voix raconte la disparition de toute forme de vie, petit à petit, une harmonie microtonale plus dense et plus évoluée se fait entendre, prenant naissance à partir de l’ADN de chaque instrument (violon, accordéon, voix féminine, voix masculine, piano, saxophone, viole de gambe, synthétiseur, cors, batterie, etc.), exactement comme dans une période de décadence culturelle, lorsque certaines voix créatives continuent à se battre pour exister et proliférer.

Précommander le CD aux Presses du Réel

Frédéric Acquaviva, né en 1967, est depuis 1990 artiste sonore et compositeur de musique expérimentale, d’installations chronopolyphoniques, diffusées sur CD, en galeries, dans des musées et lieux institutionels ou lieux alternatifs, dans le monde entier. Hors des circuits traditionnels des musiciens et compositeurs, il rencontre puis travaille de manière continue avec quelques figures historiques de l’art, de la poésie ou de la vidéo bien avant leur reconnaissance médiatique (Isidore Isou, Maurice Lemaître, Marcel Hanoun, Pierre Guyotat, Jean-Luc Parant…), ainsi qu’avec la chorégraphe Maria Faustino, le cinéaste FJ Ossang ou la mezzo-soprano Loré Lixenberg.

 

Jacques Lizène, Des choses vraies qui font semblant d’être des faux-semblants, Friche La Belle de Mai, Marseille

Jacques Lizène, Sexe marionnette, vidéo, 1977 en remake 1993

Jacques Lizène (1946-2021) participe à l’exposition Des choses vraies qui font semblant d’être des faux-semblants, à la Friche La Belle de Mai à Marseille. Une exposition produite par le Centre Wallonie Bruxelles / Paris, commissariat confié à Michel François. 

Michel François, commissaire de l’exposition :

« Des choses vraies qui font semblant d’être des faux-semblants ». Cette phrase de Michel Foucault m’a fait penser à la perception abstraite que l’on peut avoir de son corps. Elle s’adapte à ce projet d’exposition de Centre Wallonie-Bruxelles qui m’a invité à réunir des artistes belges « émergents ».

Au risque de décevoir, je pense pour ma part qu’il n’y a pas de véritable identité belge. Si ce n’est sans doute celle d’être assis entre deux chaises : deux langues, deux cultures, deux politiques, deux économies… J’ai donc invité des artistes qui me semblaient « assis entre deux chaises ». Et c’est vrai que ce n’est pas commode d’être assis dans le vide. Dans cette posture, difficile d’envisager une quelconque “émergence”… Les artistes vivant en Belgique ont peut-être mieux que d’autres la capacité et la sensibilité de représenter ce corps, social et physique, instable et fragilisé.

Lorsqu’on est, de fait, le cul par terre, pour masquer le ridicule, il vaut mieux faire comme si on faisait semblant d’être par terre.

Le grand art consiste alors à faire semblant de faire semblant d’être par terre.

Au-delà de cette pirouette contextuelle, on peut constater que les œuvres produites pour cette exposition témoignent chacune à leur façon d’une certaine incommodité du corps : non séducteur, fantomatique, aveugle, emberlificoté, trafiqué, contraint par l’outil de travail, ridicule ou simplement maladroit. 

Les gesticulations géniales, douloureuses et hilarantes de la Marionnette Jacques Lizène ont pris fins, radicalement. Nul plus que lui n’aura été plus nul. Notre (petit) Maître à tous. Ria Pacquée apparaît dans ses films ou photographies en clamant son malaise, se représentant comme le témoin de sa propre inaptitude, misère ou maladresse, et parachutée au milieu d’une réalité absurde et cruelle. Selçuk Mutlu se présente comme une interface poétique, plastique et conceptuelle, accueillant les visiteurs « en leur absence », comme il dit, déclamant ses textes dans le vide, les écrivant sur des tableaux qu’il efface ou les gravant sur des pierres qu’il casse.   Peintures sur les fenêtres et bas-reliefs en céramique de Carlotta Bailly-Borg représentant des personnages bouffons, grotesques et impertinents entraînés dans une orgie inextricable ou une bagarre généralisée. Bas-reliefs extravagants encore, de Gaillard & Claude, en mousse synthétique grise, sanglée, et ayant digéré au passage quelques éclats de couleurs et « signes de négation ». Hauts-reliefs en bronze de Douglas Eynon, autoportraits bruts exécutés par des non-voyants et surgissant des murs comme des gargouilles archaïques déformées. De Douglas aussi une peinture à l’huile exécutée directement sur une colonne de l’espace d’exposition et déformée par cet élément architectonique. Construction de Sarah Caillard d’une boîte autonome, tapissée de tissu ultra réfléchissant où apparaissent furtivement des personnages fantomatiques qui se révèlent comme des représentations fantasmatiques éblouissantes dans l’obscurité d’une chambre. Copie conforme customisée d’un outil-prolongation des corps ouvriers, un grand chariot de l’entreprise Colruyt (supermarché alimentaire), dont Olivier Stévenart a été l’employé et dont il s’émancipe. Charlotte vander Borght installe des photographies de bennes de camions de transport, imprimées sur des lamelles de plastique translucides et flottantes. Ces camions apparaissent garés, vides et grandeur nature, portes grandes ouvertes comme dans l’attente de marchandises (ou de personnes ?), suggérant un transport transfrontalier à venir. Une balançoire très incommode a été construite par Feiko Beckers aux abords d’une fenêtre ou d’un mur. Une vidéo accompagne cet objet inconfortable et illustre les tentatives infructueuses de l’artiste pour l’utiliser. Fidèle à une « esthétique des moyens disponibles » Nicolas Bourthoumieux s’inspire de fauteuils existants pour créer des prototypes de « fauteuils suspendus » en acier brut dont l’inconfort est compensé par le flottement de leur assise. 

Dans ce contexte, une journée rétrospective des films de l’artiste et cinéaste Loïc Vanderstichelen est organisée en partenariat avec le cinéma La Baleine.

Treize artistes ont été invités à produire chacun un projet original pour cette exposition qui veut témoigner de leurs visions saugrenues du corps, à la fois physique et social. Ce projet rassemble des bas-reliefs, des sculptures, des installations, des vidéos, des photos et des performances. »

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BEN et LIZENE

Lu dans la dernière newletter de BEN 

CULTURE
Jacques Lizène est mort
De quoi est-il mort ?
Je suis jaloux
C’était le plus fort
Plus de soucis d’art
Plus de soucis d’ego
Plus de soucis de galerie
Jacques Lizène est mort
C’est le seul artiste que je connais
Qui s’était fait faire une vasectomie
Il m’a dit un jour : « je ne veux pas procréer
Pas parce que je déteste l’espèce humaine
Mais par conscience personnelle »
Jacques Lizène est mort
la Belgique doit être triste
C’était un ami
avec lequel j’ai bu des bières
Une partie importante de l’âme de
ma vie
Je pourrais même Alzheimer remplir
30 pages d’anecdotes sur lui

CULTURE LES MORTS
Lizène est mort.
ils meurent tous.
Dupuy est mort
Pinonceli est mort

CULTURE ET ZEN
Un jour Lizène m’a dit
« être original à tout prix,
n’est plus à la mode
être le plus ordinaire possible
ne rien faire c’est mieux
à la fin
ça devient extraordinaire »

 (…)

BEN SUR BEN
dire que sur mon testament
je léguais trois toiles à Lizène
et qu’il meurt avant moi

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FIAC OVR, online viewer room, preview

En marge de la Fiac au Grand Palais éphémère, la galerie participe également aux Online Viewer Rooms de la foire parisienne. A choise & tribute to Jacques Lizène. 

Jacques Lizène
Archéo néo déco, art syncrétique 1964. Remake 2011
technique mixte, 86 x 22 x 20 cm. Sur colonne de 100 cm
Jacques Lizène
Sculpture nulle 1980, instruments de musique modifiés en guise d’interrogation génétique, art syncrétique, croiser un violon et une raquette de tennis, en remake 2011.
Technique mixte, violon, raquette, 100  20 x 10 cm

Le registre des « sculptures génétiques » participe du double principe du collage et du montage – tel qu’il est présent dans nombre d’œuvres canoniques de la modernité (Max Ernst, avant tout, mais aussi Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Pour Lizène comme pour tous ceux-là, il s’agit de faire entrer en collision deux éléments hétérogènes (prélevés dans les registres les plus divers), suffisamment éloignés pour produire un effet de heurt ou d’incongruité (il s’agit de réunir ce qui logiquement n’aurait jamais dû l’être) et pourtant ajustables, harmonisables (la rencontre doit aussi avoir un caractère d’évidence). Mais ce qui singularise Lizène, c’est que l’effet de surprise ou d’émerveillement n’est jamais dénué d’une certaine dimension burlesque (seuls quelques collages d’Erró s’aventurent dans cette direction-là), résultant notamment d’une transgression des classifications et des hiérarchies admises. (G.S)

The category of ‘genetic sculptures” uses the double principle of collage and montage – like in numerous canonical works of modern artists (most of all in Max Ernst, but also Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Like for all of them, the point for Lizène is in a clash between two heterogeneous elements (belonging to quite different categories), sufficiently distant to create an effect of contrast or impropriety (by joining what, according to logics, would never join), nevertheless justified and harmonious (because the clash is to make an impression of obviousness). What differs Lizène from them, however, is the fact that the effect of surprise or enchantment is never deprived of a dose of burlesque (only a few collages by Erró are like that) resulting from exceeding accepted hierarchies and classifications. (GS)

Marie Zolamian
Sans titre, 2019
Huile sur toile sur panneau, 31 x 41 cm
Marie Zolamian
Courir le guilledou, 2019
Huile sur toile sur panneau, 29 x 39 cm

Le travail de Marie Zolamian (Beyrouth, 1975, vit et travaille à Liège) fonctionne comme une suite de séquences. Ainsi constitue-t-elle au fil du temps un corpus qui constitue un documentaire expérimental d’une ethnologie fictionnelle, l’expérimentation d’un auto-enracinement dans un monde globalisé qui mixte des modes de vie, des pensées et des histoires tant orientales qu’occidentales. « Je tente de m’approprier, déclare Marie Zolamian, des patrimoines de communautés d’élections qui me sont étrangères

Marie Zolamian’s (born in Beirut in 1975; lives and works in Liège) work takes the form of a series of sequences. Accordingly, she is building up a body of work over time, which amounts to an experimental documentary on a fictional ethnology, the experiment of self-rooting in a globalised world, which mixes lifestyles, thoughts, and stories that are both Eastern and Western.

Raphaël Van Lerberghe
Sans titre (10/18) , 2021, 32 x (21 x 29,7 cm)

On pourrait presque dire que Raphaël Van Lerberghe ne révèle rien sur ces images. II organise plutôt leur présence. Jamais il ne les épuise dans une mise en forme où celles-ci seraient le point de départ et d’arrivée d’un cheminement tautologique. Au contraire, par de subtils jeux de recadrage, de masque ou d’amplification, elles sont exploitées comme ferment d’une expérience perceptive. Jouant malicieusement sur la transparence, la disparition ou la surinscription, Raphaël Van Lerberghe brouille les pistes et fait obliquer Ie regard en deçà ou au-delà des certitudes que nous nous étions promises. L’infime détail d’un trait, un fragment de photographie ou de texte sont autant de guides aventureux nous invitant à lâcher prise.

One could almost say that Raphaël Van Lerberghe reveals nothing about these images. Rather, he organises their presence. He never exhausts them in a form in which they would be the starting and ending point of a tautological path. On the contrary, through subtle games of reframing, masking or amplification, they are exploited as the ferment of a perceptive experience. Playing mischievously with transparency, disappearance or over-inscription, Raphaël Van Lerberghe scrambles the tracks and makes us look beyond or below the certainties we had promised ourselves. The smallest detail of a line, a fragment of a photograph or a text are adventurous guides that invite us to let go.

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Hommages à Jacques Lizène, revue de presse

Daniel Salvatore Schiffer sur Agoravox

Pedro Morais dans le Quotidien de l’art

Clémentine Mercier dans LIBERATION 

«Artiste de la médiocrité», le Belge se plaisait à pousser la réflexion sur l’art, jusqu’à porter la vasectomie à un niveau esthétique ou à devenir «son propre tube de couleur» en peignant avec sa propre merdeMerdre, Jacques Lizène est mort. Ce n’est pas un chocolat, ni un café mais un «petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle» – tel qu’il se définissait –, qui a quitté la scène artistique belge le 30 septembre. Inventeur de l’«art nul», Jacques Lizène s’est imposé en artiste de la médiocrité, petit-fils spirituel d’Alfred Jarry, grand maître du fiasco, de l’insuccès, du foirage : «J’avais l’intime conviction que la médiocrité demeurait le seul créneau encore libre dans le domaine de l’art» a déclaré le conceptuel comique. En 1986, lors d’un portrait filmé – avec image recadrée et bande-son pourrie – il explique en riant et avec beaucoup de sérieux sa démarche dada : «Il y a une différence entre l’art médiocre et l’art de la médiocrité. L’art de la médiocrité, c’est un travail sur l’idée de jugement. Si vous faites un tableau avec de jolies couleurs et que vous dites, “ce tableau est médiocre”, le regardeur s’interroge. Tous les mouvements du XXe siècle sont un élargissement de la notion d’art, et, sous le label de la médiocrité, on peut tout se permettre.»

Pour un chef d’œuvre, combien d’œuvres nulles, ratées, minables ? s’interroge l’artiste Arnaud Labelle-Rojoux dans son texte Jacques Lizène, Artiste de face B. Labelle-Rojoux a exposé aux côtés de Lizène et l’a placé sur un char des Maîtres du désordre, une installation au Quai Branly en 2012 en compagnie de Jean-Jacques Lebel, Gelitin, Esther Ferrer ou Mike Kelley : «Pour moi, c’est un dandy absolu, mais un dandy à rebours, car il assumait sa singularité et son esthétique régressive. Il portait ses vestes à l’envers et buvait beaucoup, mais un jour sur deux seulement ! Ses coups de fils nocturnes avec toujours les mêmes blagues vont me manquer. Il laisse une œuvre énorme, mais aussi “minable”, minable dans le sens où elle pousse loin la réflexion sur l’art. Une page se tourne à Liège.»

Né à Ougrée, près de Liège (Belgique), en 1946, Jacques Lizène, qui se revendique «banlieusard de l’art», est surtout connu pour avoir porté la vasectomie à un niveau esthétique. Se créant un personnage subversif, il a inventé «l’art-attitude», notamment en subissant cette opération pour ne pas avoir d’enfant. De cet acte chirurgical, il en a fait une chanson mais aussi des performances avec des légumes phalliques, – et surtout un concombre –, qu’il sortait de sa braguette pour les couper au hachoir comme le raconte Guy Scarpetta, dans son texte l’Energumène. Pitre, bouffon, membre productif du Cercle d’art prospectif liégeois (CAP) avec Pierre Courtois, Jacques Lennep, Jacques-Louis Nyst et Jean-Pierre Ransonnet, il a aussi créé l’Institut virtuel de l’art stupide dont il était le seul adhérent. Dans son livre l’Idiotie, le critique Jean-Yves Jouannais place Lizène dans le sillage de Robert Filliou qui, dans les années 60, inscrit l’art moderne dans la «révolte des médiocres», une contre-culture qui est aussi un champ d’action pour sortir l’art de l’autosatisfaction, de l’entre-soi ou du sacro-saint «talent». La série de clichés Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo (1971), peut se lire comme un jusqu’au-boutisme burlesque : face à l’objectif, Jacques Lizène se contorsionne, de plus en plus près de l’appareil, pour rentrer en force sur l’image, quitte à se foutre par terre.

En 1977, après avoir découvert que la boîte de Piero Manzoni – Merde d’artiste – était vide, grand moment, il devient «son propre tube de couleur» et se met à peindre avec sa propre merde dans un «principe d’autarcie» totale. Il explique alors comment il dessine des briques de couleurs, plus rouges quand il mange des fraises, plus vertes quand il ingurgite des épinards. Les œuvres avaient leur petite odeur, plus souvent de couleur chocolat… et on pouvait aussi marcher dessus. En 2004, dans les allées de la Foire internationale d’art contemporain (Fiac), à Paris, l’artiste Pascal Lièvre fait une performance et distribue «des baisers d’Orlan» à qui veut bien les payer, pour la somme d’un euro. Lizène, qui passe par là, marchande le prix du baiser à cinquante centimes : «Je suis avare», dit-il en administrant une leçon sur le baise-main. «J’ai adoré l’idée du baiser au rabais», se souvient Pascal Lièvre. Lizène, l’écolo avant l’heure, le visionnaire de la contraception, le sculpteur de l’hybridation (voir ses bidonnantes «sculptures nulles» à partir de morceaux de récupération), aimait mettre ses œuvres sur roulettes, que ce soit du caca, une Vénus ou une poêle à frire. Il adorait la cacophonie, ou, plutôt, la cacaphonie. Il est mort. Merdre alors.

( article du journal Libération/ Clémentine Mercier )

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Jacques Lizène (1946-2021), cet immense amateur d’art

Un soir, alors que nous faisions le tour des vernissages des galeries de la rue de Seine à Paris, j’ai vu Jacques ôter son soulier et le porter à son oreille comme on le fait d’un téléphone portable. Il s’est mis à parler très fort, enchérissant sur un Picasso en vente à New York. La scène a duré 3 ou 4 minutes devant les regards amusés des amateurs d’art qui se pressaient dans la galerie. Si mes souvenir sont bons, c‘était chez Lara Vinci, la galerie de son ami Ben Vautier. Pas de ratage cette fois, Jacques a remporté l’enchère et le Picasso. Il a tranquillement remis son soulier et il m’a dit : encore une œuvre de faite.

Entretemps, nous avions tous pu constater que Jacques portait bien des chaussettes dans ses souliers, question mainte fois répétée depuis la composition, en 1970, de cette petite chanson médiocre, parfaitement affligeante : Mais qu’est-ce qu’il y a sur mes souliers ? Deux lacets lacés ou délacés. Mais qu’est-ce qu’il y a  sous mes souliers ? Deux semelles caoutchoutées. Et qu’est-ce qu’il y a dans mes souliers ? Deux chaussettes et deux pieds. Et qu’y a t-il au bout de ces deux pieds ? Dix doigts agités, agités. Hop la ! Hop la !

En fait,  téléphonant à l’aide de son soulier, lui qui n’a jamais eu de téléphone portable, Jacques Lizène venait de faire une pièce d’art comportemental déambulatoire, une pratique qu’il a initiée en 1964. C’était des petites performances sans importance, des gestes idiots et singuliers pour la plupart, avec ou sans public. Je vous cite quelques exemples :  prendre le tram 4 (à Liège) et faire le tour de la ville comme sur un manège forain en observant les voyageurs. Un beau circuit fermé.  Traverser une rue, d’un trottoir à l’autre, chaque fois que le feu passe au vert et ce, pendant une heure. Monter et descendre, durant une heure également, les escalators d’un  grand magasin. Je pense que c’était au Sarma, Charles Bresmael me confirmera.(1)  Passer une journée à suivre des jeunes filles, jusqu’à l’impossibilité de la démarche. Déambuler dans la ville en marchant très très lentement.  Faire de réels arrêts sur image en prenant la pose, se figer dans l’attitude de l’Homme qui marche de Giacometti, par exemple.

Au bout d’une nuit agitée, agitée, chez nos amis Scarpetta à Malaucène, au pied du mont Ventoux, j’ai vu Jacques, se figer en Homme qui marche au bout de la rue du village. Il faisait de l’art comportemental déambulatoire pour lui tout seul, ne sachant pas que je le regardais de loin. Nous nous sommes ensuite assis devant le volet clos d’un café, attendant l’ouverture de celui-ci.  Volet clos, Jacques a toujours été l’artiste des ouvertures et des fermetures,  y compris de celles des bistrots.  

La présence de l’artiste dans un vernissage, – j’en reviens à mon propos -, fut régulièrement l’occasion d’art comportemental déambulatoire. Quelques exemples encore : retourner sa veste, rire très fort, se présenter comme quelqu’un d’autre, Panamarenko par exemple, et surtout, déclarant qu’il était, non pas artiste, mais collectionneur, s’affirmer comme immense  amateur d’art.

Oui, Jacques Lizène était un immense amateur d’art.  Historien de sa propre démarche, disqualifiant lui-même ses propres œuvres afin de couper court à toute tentative de critique basée sur le jugement, il était également collectionneur, un collectionneur d’une immense générosité, purement intellectuelle puisque cette collection était virtuelle. Je me souviens d’avoir assisté en 2006 à un entretien entre Jacques et un critique d’art évoquant cette collection virtuelle que le petit maître constituait depuis 1961. Jacques lui confia qu’il venait d’acquérir un tableau métamorphique de Picasso conservé dans un musée berlinois, un piano de l’artiste japonaise Suchan Kinoshita, hommage au philosophe Nietzsche (mais dans une version à queue et couleur blanc ivoire de Yamaha), une œuvre d’Olivier Foulon, et dans la foulée, l’Atelier de Courbet et l’Enseigne de Gersaint de Watteau. Hop la !

On l’aura compris : la collection lizénienne tient de l’attitude, du discours, de l’appropriation et participe entièrement de la façon dont il élabore son œuvre. Lizène conduit le récit de cette collection avec toute la générosité induite par cette médiocrité revendiquée qui permet, bien sûr, à tout d’exister.  Il pouvait acquérir l’œuvre d’un aquarelliste amateur comme les plus grands chefs-d’œuvre des musées. Toutes ces œuvres sont susceptibles de commentaires, sans jamais aucun jugement disqualifiant : J’apprécie tous les artistes, m’a-t-il un jour confié. Ce qui est bien dans l’art, c’est la diversité. Le système de l’art imite le système de la vie, mais avec la différence qu’en art, il n’y a pas d’erreur, ou si vous voulez, même l’erreur est une réussite. En art, on peut faire quelque chose d’abominable, cela ne nuit à personne, sinon un peu à l’artiste lui-même. Et encore.

En 2000, Isabelle Arthuis et Erwan Mahéo ont consacré un film à la collection virtuelle de Jacques.  Ce film, m’a dit Jacques, s’est fait très vite, à un moment où je pensais d’ailleurs vendre ma collection virtuelle. Ha, Ha, Ha.

En un long monologue qui s’apparente à une visite virtuelle du musée, lui-même virtuel, l’artiste accompagne le visiteur au carrefour de ses synapses. Il lui présente, en situation, les œuvres de la collection, de Picasso à Piero della Francesca, de Chardin à Charlier, de Ben à Ensor, en passant par le marsupilami de Franquin, une vraie sculpture génétique précisait-il, par l’œuvre sociale de Gaston Lagaffe, par l’intégrale des œuvres perdues d’Alain D’Hooghe (dont la course cycliste pour l’art), par toutes les sculptures hindoues et leurs triples flexions végétales. Il y évoque même la Salle des suicidés où il conserve entre autres les peintures détruites dans l’incendie de l’atelier de Gorki. Pourquoi une salle des suicidés ? À une certaine époque, explique Lizène, j’ai rencontré Richard Tialans dont je ne savais pas encore qu’il était pataphysicien, mais qui était féru de littérature et qui a publié le théâtre du quotidien de Robert Filliou. Je lui ai demandé de me conseiller des livres, mais uniquement d’écrivains suicidés.

Le musée virtuel de Jacques Lizène participe de son œuvre, il est même une œuvre à part entière. En fait, expliquait Lizène, il n’y a rien d’original à cela. Bon nombre de gens collectionnent virtuellement ; la différence, c’est que je le déclare, que j’accorde des interviews sur le sujet, et que je raconte des anecdotes ; en fait, je collectionne aussi les anecdotes.

Cette collection virtuelle participe d’un système, dans lequel pourraient également s’inscrire les lotissements et partagesde cimaise que Lizène pratiquait depuis 1975. Le principe en est simple : Jacques délimite des territoires sur une cimaise et invite, tout qui veut, à y exposer, même à l’insu de l’organisateur de l’exposition. La création de ces territoires lui permettait de chambouler les notions d’auteur, de classification, d’autorité, d’hiérarchie. A Nice, il a invité tous les étudiants et professeurs de la Villa Arson, au Fond régional d’art contemporain à Marseille, il avait prévu de croiser des ex-voto typiques de l’histoire de la ville, des photographies des joueurs de l’OM, des petits maitres liégeois et des œuvres d’Erwin Würm. A Anvers, Jacques a invité un club d’aquarellistes de la ville lors de sa propre rétrospective organisée par Bart De Baere, leur demandant de mélanger leurs couleurs à l’eau de l’Escaut.

Je pense également à ses Placards à tableaux, dans lesquels il lui arrivait d’intégrer les tableaux d’autres artistes. A Harald Szemann, il avait confié, petit dessin à l’appui, qu’il avait envie d’exposer des petits maitres vénitiens oubliés ou anonymes. Lui-même aurait exposé une vidéo, parmi ses collègues petits maîtres, un écran penché s’il vous plait. A Brest, il a rassemblé toutes sortes de marines, un vrai naufrage de regard.  A Katowice en Pologne des œuvres de l’époque soviétiques bien rangées dans les réserves du centre d’art où il exposait, dont un portrait de Brejnev, ce qui lui permit de faire une petite performance au vernissage.  Et puis, il y a aussi son film de 1993, un certain art belge, une certaine forme d’humour. Jacques imagina transformer en monuments parisiens un grand nombre d’œuvres de ses amis artistes. Le tout, à la palette graphique.

Un jour j’ai demandé à Jacques s’il y avait des œuvres de Lizène dans sa collection virtuelle. Il m’a répondu : oui, oui, mais pas toutes. J’en ai laissé quelques-unes pour les autres. 

Voilà, cher Jacques, nous sommes au bout du chemin. Merci pour toutes ces expositions visitées ensemble, merci pour toutes ces heures où tu imaginais tes futures productions, merci pour cette bienveillance que tu as toujours manifestée à l’égard de tous les artistes, merci pour les franches rigolades, pour les nuits à n’en plus finir, merci pour ton gai savoir, merci pour ces heures de montage d’expo où tu te montrais d’une précision sans égal, merci pour ton œuvre dont, sois en sûr, nous prendrons soin, merci pour tout, cher Jacques. Je suis très fier d’avoir eu la chance de travailler avec toi. Avec toi, le désastre a toujours été jubilatoire.

(1) Non, c’était au Grand Bazar

Liège, le 7 octobre 2021

Jean Michel Botquin

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