Archives par étiquette : Jacques Lizène

BEN et LIZENE

Lu dans la dernière newletter de BEN 

CULTURE
Jacques Lizène est mort
De quoi est-il mort ?
Je suis jaloux
C’était le plus fort
Plus de soucis d’art
Plus de soucis d’ego
Plus de soucis de galerie
Jacques Lizène est mort
C’est le seul artiste que je connais
Qui s’était fait faire une vasectomie
Il m’a dit un jour : « je ne veux pas procréer
Pas parce que je déteste l’espèce humaine
Mais par conscience personnelle »
Jacques Lizène est mort
la Belgique doit être triste
C’était un ami
avec lequel j’ai bu des bières
Une partie importante de l’âme de
ma vie
Je pourrais même Alzheimer remplir
30 pages d’anecdotes sur lui

CULTURE LES MORTS
Lizène est mort.
ils meurent tous.
Dupuy est mort
Pinonceli est mort

CULTURE ET ZEN
Un jour Lizène m’a dit
« être original à tout prix,
n’est plus à la mode
être le plus ordinaire possible
ne rien faire c’est mieux
à la fin
ça devient extraordinaire »

 (…)

BEN SUR BEN
dire que sur mon testament
je léguais trois toiles à Lizène
et qu’il meurt avant moi

 

FIAC OVR, online viewer room, preview

En marge de la Fiac au Grand Palais éphémère, la galerie participe également aux Online Viewer Rooms de la foire parisienne. A choise & tribute to Jacques Lizène. 

Jacques Lizène
Archéo néo déco, art syncrétique 1964. Remake 2011
technique mixte, 86 x 22 x 20 cm. Sur colonne de 100 cm
Jacques Lizène
Sculpture nulle 1980, instruments de musique modifiés en guise d’interrogation génétique, art syncrétique, croiser un violon et une raquette de tennis, en remake 2011.
Technique mixte, violon, raquette, 100  20 x 10 cm

Le registre des « sculptures génétiques » participe du double principe du collage et du montage – tel qu’il est présent dans nombre d’œuvres canoniques de la modernité (Max Ernst, avant tout, mais aussi Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Pour Lizène comme pour tous ceux-là, il s’agit de faire entrer en collision deux éléments hétérogènes (prélevés dans les registres les plus divers), suffisamment éloignés pour produire un effet de heurt ou d’incongruité (il s’agit de réunir ce qui logiquement n’aurait jamais dû l’être) et pourtant ajustables, harmonisables (la rencontre doit aussi avoir un caractère d’évidence). Mais ce qui singularise Lizène, c’est que l’effet de surprise ou d’émerveillement n’est jamais dénué d’une certaine dimension burlesque (seuls quelques collages d’Erró s’aventurent dans cette direction-là), résultant notamment d’une transgression des classifications et des hiérarchies admises. (G.S)

The category of ‘genetic sculptures” uses the double principle of collage and montage – like in numerous canonical works of modern artists (most of all in Max Ernst, but also Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Like for all of them, the point for Lizène is in a clash between two heterogeneous elements (belonging to quite different categories), sufficiently distant to create an effect of contrast or impropriety (by joining what, according to logics, would never join), nevertheless justified and harmonious (because the clash is to make an impression of obviousness). What differs Lizène from them, however, is the fact that the effect of surprise or enchantment is never deprived of a dose of burlesque (only a few collages by Erró are like that) resulting from exceeding accepted hierarchies and classifications. (GS)

Marie Zolamian
Sans titre, 2019
Huile sur toile sur panneau, 31 x 41 cm
Marie Zolamian
Courir le guilledou, 2019
Huile sur toile sur panneau, 29 x 39 cm

Le travail de Marie Zolamian (Beyrouth, 1975, vit et travaille à Liège) fonctionne comme une suite de séquences. Ainsi constitue-t-elle au fil du temps un corpus qui constitue un documentaire expérimental d’une ethnologie fictionnelle, l’expérimentation d’un auto-enracinement dans un monde globalisé qui mixte des modes de vie, des pensées et des histoires tant orientales qu’occidentales. « Je tente de m’approprier, déclare Marie Zolamian, des patrimoines de communautés d’élections qui me sont étrangères

Marie Zolamian’s (born in Beirut in 1975; lives and works in Liège) work takes the form of a series of sequences. Accordingly, she is building up a body of work over time, which amounts to an experimental documentary on a fictional ethnology, the experiment of self-rooting in a globalised world, which mixes lifestyles, thoughts, and stories that are both Eastern and Western.

Raphaël Van Lerberghe
Sans titre (10/18) , 2021, 32 x (21 x 29,7 cm)

On pourrait presque dire que Raphaël Van Lerberghe ne révèle rien sur ces images. II organise plutôt leur présence. Jamais il ne les épuise dans une mise en forme où celles-ci seraient le point de départ et d’arrivée d’un cheminement tautologique. Au contraire, par de subtils jeux de recadrage, de masque ou d’amplification, elles sont exploitées comme ferment d’une expérience perceptive. Jouant malicieusement sur la transparence, la disparition ou la surinscription, Raphaël Van Lerberghe brouille les pistes et fait obliquer Ie regard en deçà ou au-delà des certitudes que nous nous étions promises. L’infime détail d’un trait, un fragment de photographie ou de texte sont autant de guides aventureux nous invitant à lâcher prise.

One could almost say that Raphaël Van Lerberghe reveals nothing about these images. Rather, he organises their presence. He never exhausts them in a form in which they would be the starting and ending point of a tautological path. On the contrary, through subtle games of reframing, masking or amplification, they are exploited as the ferment of a perceptive experience. Playing mischievously with transparency, disappearance or over-inscription, Raphaël Van Lerberghe scrambles the tracks and makes us look beyond or below the certainties we had promised ourselves. The smallest detail of a line, a fragment of a photograph or a text are adventurous guides that invite us to let go.

Hommages à Jacques Lizène, revue de presse

Daniel Salvatore Schiffer sur Agoravox

Pedro Morais dans le Quotidien de l’art

Clémentine Mercier dans LIBERATION 

«Artiste de la médiocrité», le Belge se plaisait à pousser la réflexion sur l’art, jusqu’à porter la vasectomie à un niveau esthétique ou à devenir «son propre tube de couleur» en peignant avec sa propre merdeMerdre, Jacques Lizène est mort. Ce n’est pas un chocolat, ni un café mais un «petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle» – tel qu’il se définissait –, qui a quitté la scène artistique belge le 30 septembre. Inventeur de l’«art nul», Jacques Lizène s’est imposé en artiste de la médiocrité, petit-fils spirituel d’Alfred Jarry, grand maître du fiasco, de l’insuccès, du foirage : «J’avais l’intime conviction que la médiocrité demeurait le seul créneau encore libre dans le domaine de l’art» a déclaré le conceptuel comique. En 1986, lors d’un portrait filmé – avec image recadrée et bande-son pourrie – il explique en riant et avec beaucoup de sérieux sa démarche dada : «Il y a une différence entre l’art médiocre et l’art de la médiocrité. L’art de la médiocrité, c’est un travail sur l’idée de jugement. Si vous faites un tableau avec de jolies couleurs et que vous dites, “ce tableau est médiocre”, le regardeur s’interroge. Tous les mouvements du XXe siècle sont un élargissement de la notion d’art, et, sous le label de la médiocrité, on peut tout se permettre.»

Pour un chef d’œuvre, combien d’œuvres nulles, ratées, minables ? s’interroge l’artiste Arnaud Labelle-Rojoux dans son texte Jacques Lizène, Artiste de face B. Labelle-Rojoux a exposé aux côtés de Lizène et l’a placé sur un char des Maîtres du désordre, une installation au Quai Branly en 2012 en compagnie de Jean-Jacques Lebel, Gelitin, Esther Ferrer ou Mike Kelley : «Pour moi, c’est un dandy absolu, mais un dandy à rebours, car il assumait sa singularité et son esthétique régressive. Il portait ses vestes à l’envers et buvait beaucoup, mais un jour sur deux seulement ! Ses coups de fils nocturnes avec toujours les mêmes blagues vont me manquer. Il laisse une œuvre énorme, mais aussi “minable”, minable dans le sens où elle pousse loin la réflexion sur l’art. Une page se tourne à Liège.»

Né à Ougrée, près de Liège (Belgique), en 1946, Jacques Lizène, qui se revendique «banlieusard de l’art», est surtout connu pour avoir porté la vasectomie à un niveau esthétique. Se créant un personnage subversif, il a inventé «l’art-attitude», notamment en subissant cette opération pour ne pas avoir d’enfant. De cet acte chirurgical, il en a fait une chanson mais aussi des performances avec des légumes phalliques, – et surtout un concombre –, qu’il sortait de sa braguette pour les couper au hachoir comme le raconte Guy Scarpetta, dans son texte l’Energumène. Pitre, bouffon, membre productif du Cercle d’art prospectif liégeois (CAP) avec Pierre Courtois, Jacques Lennep, Jacques-Louis Nyst et Jean-Pierre Ransonnet, il a aussi créé l’Institut virtuel de l’art stupide dont il était le seul adhérent. Dans son livre l’Idiotie, le critique Jean-Yves Jouannais place Lizène dans le sillage de Robert Filliou qui, dans les années 60, inscrit l’art moderne dans la «révolte des médiocres», une contre-culture qui est aussi un champ d’action pour sortir l’art de l’autosatisfaction, de l’entre-soi ou du sacro-saint «talent». La série de clichés Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo (1971), peut se lire comme un jusqu’au-boutisme burlesque : face à l’objectif, Jacques Lizène se contorsionne, de plus en plus près de l’appareil, pour rentrer en force sur l’image, quitte à se foutre par terre.

En 1977, après avoir découvert que la boîte de Piero Manzoni – Merde d’artiste – était vide, grand moment, il devient «son propre tube de couleur» et se met à peindre avec sa propre merde dans un «principe d’autarcie» totale. Il explique alors comment il dessine des briques de couleurs, plus rouges quand il mange des fraises, plus vertes quand il ingurgite des épinards. Les œuvres avaient leur petite odeur, plus souvent de couleur chocolat… et on pouvait aussi marcher dessus. En 2004, dans les allées de la Foire internationale d’art contemporain (Fiac), à Paris, l’artiste Pascal Lièvre fait une performance et distribue «des baisers d’Orlan» à qui veut bien les payer, pour la somme d’un euro. Lizène, qui passe par là, marchande le prix du baiser à cinquante centimes : «Je suis avare», dit-il en administrant une leçon sur le baise-main. «J’ai adoré l’idée du baiser au rabais», se souvient Pascal Lièvre. Lizène, l’écolo avant l’heure, le visionnaire de la contraception, le sculpteur de l’hybridation (voir ses bidonnantes «sculptures nulles» à partir de morceaux de récupération), aimait mettre ses œuvres sur roulettes, que ce soit du caca, une Vénus ou une poêle à frire. Il adorait la cacophonie, ou, plutôt, la cacaphonie. Il est mort. Merdre alors.

( article du journal Libération/ Clémentine Mercier )

Jacques Lizène (1946-2021), cet immense amateur d’art

Un soir, alors que nous faisions le tour des vernissages des galeries de la rue de Seine à Paris, j’ai vu Jacques ôter son soulier et le porter à son oreille comme on le fait d’un téléphone portable. Il s’est mis à parler très fort, enchérissant sur un Picasso en vente à New York. La scène a duré 3 ou 4 minutes devant les regards amusés des amateurs d’art qui se pressaient dans la galerie. Si mes souvenir sont bons, c‘était chez Lara Vinci, la galerie de son ami Ben Vautier. Pas de ratage cette fois, Jacques a remporté l’enchère et le Picasso. Il a tranquillement remis son soulier et il m’a dit : encore une œuvre de faite.

Entretemps, nous avions tous pu constater que Jacques portait bien des chaussettes dans ses souliers, question mainte fois répétée depuis la composition, en 1970, de cette petite chanson médiocre, parfaitement affligeante : Mais qu’est-ce qu’il y a sur mes souliers ? Deux lacets lacés ou délacés. Mais qu’est-ce qu’il y a  sous mes souliers ? Deux semelles caoutchoutées. Et qu’est-ce qu’il y a dans mes souliers ? Deux chaussettes et deux pieds. Et qu’y a t-il au bout de ces deux pieds ? Dix doigts agités, agités. Hop la ! Hop la !

En fait,  téléphonant à l’aide de son soulier, lui qui n’a jamais eu de téléphone portable, Jacques Lizène venait de faire une pièce d’art comportemental déambulatoire, une pratique qu’il a initiée en 1964. C’était des petites performances sans importance, des gestes idiots et singuliers pour la plupart, avec ou sans public. Je vous cite quelques exemples :  prendre le tram 4 (à Liège) et faire le tour de la ville comme sur un manège forain en observant les voyageurs. Un beau circuit fermé.  Traverser une rue, d’un trottoir à l’autre, chaque fois que le feu passe au vert et ce, pendant une heure. Monter et descendre, durant une heure également, les escalators d’un  grand magasin. Je pense que c’était au Sarma, Charles Bresmael me confirmera.(1)  Passer une journée à suivre des jeunes filles, jusqu’à l’impossibilité de la démarche. Déambuler dans la ville en marchant très très lentement.  Faire de réels arrêts sur image en prenant la pose, se figer dans l’attitude de l’Homme qui marche de Giacometti, par exemple.

Au bout d’une nuit agitée, agitée, chez nos amis Scarpetta à Malaucène, au pied du mont Ventoux, j’ai vu Jacques, se figer en Homme qui marche au bout de la rue du village. Il faisait de l’art comportemental déambulatoire pour lui tout seul, ne sachant pas que je le regardais de loin. Nous nous sommes ensuite assis devant le volet clos d’un café, attendant l’ouverture de celui-ci.  Volet clos, Jacques a toujours été l’artiste des ouvertures et des fermetures,  y compris de celles des bistrots.  

La présence de l’artiste dans un vernissage, – j’en reviens à mon propos -, fut régulièrement l’occasion d’art comportemental déambulatoire. Quelques exemples encore : retourner sa veste, rire très fort, se présenter comme quelqu’un d’autre, Panamarenko par exemple, et surtout, déclarant qu’il était, non pas artiste, mais collectionneur, s’affirmer comme immense  amateur d’art.

Oui, Jacques Lizène était un immense amateur d’art.  Historien de sa propre démarche, disqualifiant lui-même ses propres œuvres afin de couper court à toute tentative de critique basée sur le jugement, il était également collectionneur, un collectionneur d’une immense générosité, purement intellectuelle puisque cette collection était virtuelle. Je me souviens d’avoir assisté en 2006 à un entretien entre Jacques et un critique d’art évoquant cette collection virtuelle que le petit maître constituait depuis 1961. Jacques lui confia qu’il venait d’acquérir un tableau métamorphique de Picasso conservé dans un musée berlinois, un piano de l’artiste japonaise Suchan Kinoshita, hommage au philosophe Nietzsche (mais dans une version à queue et couleur blanc ivoire de Yamaha), une œuvre d’Olivier Foulon, et dans la foulée, l’Atelier de Courbet et l’Enseigne de Gersaint de Watteau. Hop la !

On l’aura compris : la collection lizénienne tient de l’attitude, du discours, de l’appropriation et participe entièrement de la façon dont il élabore son œuvre. Lizène conduit le récit de cette collection avec toute la générosité induite par cette médiocrité revendiquée qui permet, bien sûr, à tout d’exister.  Il pouvait acquérir l’œuvre d’un aquarelliste amateur comme les plus grands chefs-d’œuvre des musées. Toutes ces œuvres sont susceptibles de commentaires, sans jamais aucun jugement disqualifiant : J’apprécie tous les artistes, m’a-t-il un jour confié. Ce qui est bien dans l’art, c’est la diversité. Le système de l’art imite le système de la vie, mais avec la différence qu’en art, il n’y a pas d’erreur, ou si vous voulez, même l’erreur est une réussite. En art, on peut faire quelque chose d’abominable, cela ne nuit à personne, sinon un peu à l’artiste lui-même. Et encore.

En 2000, Isabelle Arthuis et Erwan Mahéo ont consacré un film à la collection virtuelle de Jacques.  Ce film, m’a dit Jacques, s’est fait très vite, à un moment où je pensais d’ailleurs vendre ma collection virtuelle. Ha, Ha, Ha.

En un long monologue qui s’apparente à une visite virtuelle du musée, lui-même virtuel, l’artiste accompagne le visiteur au carrefour de ses synapses. Il lui présente, en situation, les œuvres de la collection, de Picasso à Piero della Francesca, de Chardin à Charlier, de Ben à Ensor, en passant par le marsupilami de Franquin, une vraie sculpture génétique précisait-il, par l’œuvre sociale de Gaston Lagaffe, par l’intégrale des œuvres perdues d’Alain D’Hooghe (dont la course cycliste pour l’art), par toutes les sculptures hindoues et leurs triples flexions végétales. Il y évoque même la Salle des suicidés où il conserve entre autres les peintures détruites dans l’incendie de l’atelier de Gorki. Pourquoi une salle des suicidés ? À une certaine époque, explique Lizène, j’ai rencontré Richard Tialans dont je ne savais pas encore qu’il était pataphysicien, mais qui était féru de littérature et qui a publié le théâtre du quotidien de Robert Filliou. Je lui ai demandé de me conseiller des livres, mais uniquement d’écrivains suicidés.

Le musée virtuel de Jacques Lizène participe de son œuvre, il est même une œuvre à part entière. En fait, expliquait Lizène, il n’y a rien d’original à cela. Bon nombre de gens collectionnent virtuellement ; la différence, c’est que je le déclare, que j’accorde des interviews sur le sujet, et que je raconte des anecdotes ; en fait, je collectionne aussi les anecdotes.

Cette collection virtuelle participe d’un système, dans lequel pourraient également s’inscrire les lotissements et partagesde cimaise que Lizène pratiquait depuis 1975. Le principe en est simple : Jacques délimite des territoires sur une cimaise et invite, tout qui veut, à y exposer, même à l’insu de l’organisateur de l’exposition. La création de ces territoires lui permettait de chambouler les notions d’auteur, de classification, d’autorité, d’hiérarchie. A Nice, il a invité tous les étudiants et professeurs de la Villa Arson, au Fond régional d’art contemporain à Marseille, il avait prévu de croiser des ex-voto typiques de l’histoire de la ville, des photographies des joueurs de l’OM, des petits maitres liégeois et des œuvres d’Erwin Würm. A Anvers, Jacques a invité un club d’aquarellistes de la ville lors de sa propre rétrospective organisée par Bart De Baere, leur demandant de mélanger leurs couleurs à l’eau de l’Escaut.

Je pense également à ses Placards à tableaux, dans lesquels il lui arrivait d’intégrer les tableaux d’autres artistes. A Harald Szemann, il avait confié, petit dessin à l’appui, qu’il avait envie d’exposer des petits maitres vénitiens oubliés ou anonymes. Lui-même aurait exposé une vidéo, parmi ses collègues petits maîtres, un écran penché s’il vous plait. A Brest, il a rassemblé toutes sortes de marines, un vrai naufrage de regard.  A Katowice en Pologne des œuvres de l’époque soviétiques bien rangées dans les réserves du centre d’art où il exposait, dont un portrait de Brejnev, ce qui lui permit de faire une petite performance au vernissage.  Et puis, il y a aussi son film de 1993, un certain art belge, une certaine forme d’humour. Jacques imagina transformer en monuments parisiens un grand nombre d’œuvres de ses amis artistes. Le tout, à la palette graphique.

Un jour j’ai demandé à Jacques s’il y avait des œuvres de Lizène dans sa collection virtuelle. Il m’a répondu : oui, oui, mais pas toutes. J’en ai laissé quelques-unes pour les autres. 

Voilà, cher Jacques, nous sommes au bout du chemin. Merci pour toutes ces expositions visitées ensemble, merci pour toutes ces heures où tu imaginais tes futures productions, merci pour cette bienveillance que tu as toujours manifestée à l’égard de tous les artistes, merci pour les franches rigolades, pour les nuits à n’en plus finir, merci pour ton gai savoir, merci pour ces heures de montage d’expo où tu te montrais d’une précision sans égal, merci pour ton œuvre dont, sois en sûr, nous prendrons soin, merci pour tout, cher Jacques. Je suis très fier d’avoir eu la chance de travailler avec toi. Avec toi, le désastre a toujours été jubilatoire.

(1) Non, c’était au Grand Bazar

Liège, le 7 octobre 2021

Jean Michel Botquin

 

 

Jacques Lizène (1946-2021)

On ne s’est pas ennuyé un seul instant.

Stéphane et Xavier, ses neveux,

ESPACE 251 NORD, la galerie NADJA VILENNE et Georges UHODA,

Et tant d’autres proches

ont la profonde tristesse de vous faire part du décès de

JACQUES LIZENE

Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle et de la première moitié du XXIe siècle, artiste de la médiocrité comme art d’attitude, fondateur en 1975 de l’Institut de l’art stupide dont il se revendique le seul membre

La cérémonie  d’hommage et d’adieu aura lieu au cimetière de Robermont à Liège, le vendredi 8 octobre à 13h15. Réunion à 13h.

Visites, de mardi à jeudi de 17 à 19h au funérarium De Lahaye, rue Surlet 26,  à Liège.

Encore une œuvre de faite, comme le disait Richard Tialans en 1972

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Jacques Lizène, Gaetane Verbruggen, Maris Zolamian, Côté Cour, Côté Jardin, Théâtre de Liège, Salle des Pieds Légers

Jacques Lizène, Gaetane Verbruggen et Marie Zolamian participent à l’exposition Côté Cour, Côté Jardin au Théâtre de Liège, Salle des Pieds Légers. 26.09 > 23.10.2021

 

Jacques Lizène, sculpture génétique, En piste 2021, musée de la Boverie, Liège

Le Théâtre de Liège et la Province de Liège inaugurent une collaboration autour de la Collection artistique provinciale.

Dès lors, à chaque nouvelle saison du théâtre, une invitation est offerte à une personnalité singulière (metteur·euse en scène, comédien·ne, scénographe, auteur·e) à poser un regard sur la collection et à faire un choix parmi les œuvres d’art de cette collection riche et variée trop peu connue du grand public. Cette exposition construite dans une transversalité vise à susciter un nouveau dialogue entre les œuvres ainsi qu’une découverte singulière pour les spectateurs.

Maggy Jacot sera la première à inaugurer ce cycle. Elle signe la création scénographique de Smith & Wesson d’Alessandro Baricco présentée au Théâtre de Liège en décembre. En regroupant intuitivement les œuvres de la Province, Maggy Jacot propose des histoires éphémères sans paroles, en une vision kaléidoscopique et non conformiste à l’image de sa compagnie Pop-Up, fondée avec Axel De Booseré.

VERNISSAGE LE 26.09 À 14:00

Expo accessible du mardi au samedi de 14 à 18:00 et les soirs avant chaque représentation

Jacques Lizène, Un jour sera comme quand on a vécu, curated by Pierre – Yves Desaive, galerie Steinek, Vienne (AT), l’image

SammlerInnen, Sie müssen einen mittelmäßigen Lizène erwerben, um im Gegensatz Ihre hochwertigen Möbel und Ihre Meisterwerke hervorzuheben, 1975, Eigenwerbungskunst 

Jacques Lizène participe à l’exposition Un jour, ça sera comme quand on a déjà vécu, curated by Pierre-Yves Desaive, galerie Steinek, à Vienne, dans le cadre de Vienna, Curated by. Du 4 septembre au 2 octobre 2021. Artistes participants : Hervé Ic, John Isaacs, David Kramer, Jacques Lizene, Johan Muyle, David Nicholson, Philippe Ramette, Terry Rodgers, Pierrick Sorin, Gavin Turk. 

Jacques Charlier, Jacques Lizène, Hahaha. L’humour de l’art, ING Art Center, Bruxelles

Jacques Lizène et Jacques Charlier participent à l’exposition Hahaha. L’humour de l’art. Du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022 à l’ING Art Center, place Royale à Bruxelles.

Cette exposition lève le voile sur le rôle de l’humour dans les révolutions artistiques de la fin du 19e siècle à nos jours. De la Great Zwanz Exhibition (1885) au Dadaïsme, de l’âne « Lolo » aux readymade de Marcel Duchamp, de Man Ray à Marcel Broodthaers, du chantant John Baldessari aux œuvres à jouer de Wim Delvoye, Hahaha prend l’humour au sérieux ! L’exposition est une collaboration unique entre KANAL-Centre Pompidou, le Centre Pompidou et ING Belgique. Elle permet de révéler certaines œuvres sous un nouvel angle et de découvrir des œuvres du Centre Pompidou qui n’ont peu ou jamais été exposées en Belgique. Hahaha. L’humour de l’art se déroulera du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022.

L’exposition montrera un ensemble d’œuvres tout à fait remarquable parmi lequel l’emblématique Fontaine,l’urinoir renversé de Marcel Duchamp. Ce formidable canular a révolutionné le monde de l’art en 1917 lorsqu’il a été présenté au Salon de la Société des artistes indépendants de New York pour tester l’ouverture d’esprit autoproclamée de son jury. Fontaine sera refusée mais jouera un rôle majeur dans l’histoire de l’art du 20e siècle. Duchamp est sans doute le premier artiste à faire du canular une pratique artistique à part entière, comme en témoigne après lui Piero Manzoni et sa Merde d’artiste, mais aussi les farces de Bertrand Lavier, Maurizio Cattelan ou Wim Delvoye. En dépit de sa portée incontestable, l’humour a été réduit à une présence fantôme dans les textes qui composent le grand récit moderniste. En s’appuyant sur le rire, les champions de l’humour issus de l’avant-garde en ont fait un des principaux moteurs de la modernité. Hahaha s’attache à rendre au rire sa place dans l’histoire de l’art moderne et contemporain, écrit Nicolas Liucci-Goutnikov, commissaire de l’exposition.

Hahaha. L’humour de l’art  s’articule autour de sept thèmes : les caricatures, le jeu de mots, les joujoux (œuvres-jouets), le canular, la parodie, la dérision et les artistes-bouffons. Le parcours rassemble plus de 200 œuvres et permet de découvrir comment les artistes ont porté sur l’art un regard démythificateur. Anne Petre, responsable de l’art chez ING en Belgique: L’humour et l’art ont en commun un langage imagé avec ce grand atout qu’est l’ouverture sur l’autre, une des grandes valeurs défendues par ING. La Belgique a depuis toujours cultivé l’humour et la dérision. Nombreux sont les artistes perturbateurs tels René Magritte, Jacques Charlier ou Marcel Mariën. C’est pourquoi, en sus des œuvres issues des collections du Centre Pompidou qui forment la majorité de l’exposition, nous avons intégré des œuvres d’artistes belges incontournables et collaboré avec certains d’entre eux comme Guillaume Bijl ou Wim Delvoye.

ING Art Center, Place Royale 6, 1000 Bruxelles

TO BE IN THE KNOW, IAN WILSON, 1976

C’est à partir de la fin des années 1960 à New York au contact d’artistes qualifiés de conceptuels comme Joseph Kosuth, Robert Barry ou Lawrence Weiner avec lesquels il eut de nombreux échanges, que Ian Wilson développe un travail essentiellement basé sur l’utilisation du langage. En 1968, l’ une de ses premières pièces a consisté à prendre le mot temps, pendant toute la durée de l’année en cours, comme objet de recherche. Ainsi, allant à un vernissage dans une galerie, si quelqu’un lui demandait ce qu’il faisait en ce moment, il répondait qu’il était intéressé par le mot temps. Pour Ian Wilson, explique Ghislain Mollet-Viéville, l’art conceptuel prend les principes de l’abstraction visuelle pour les appliquer au langage qui lui semble le moyen d’expression le plus informel. Sa volonté de décrire des concepts sans référence physique ou visuelle l’amène à avoir pour point de départ le connu et l’inconnu. Ainsi peut-on lire dans la  Section 22, 9 feuilles tapuscrites, datées de 1978 : The unknown is known as unknown. That character of it that is known as unknown is known.  Sur le carton d’invitation de la Discussion que Ian Wilson tient au Van Abbemuseum d’Eindhoven, le 3 juin 1983, on peut lire : that which is both known and unknown is what is known that which is both known and unknown is not known as both known and unknown whatever is known is just known. I. Wilson souligne qu’il n’est pas un poète et qu’il considère la communication orale comme une sculpture; il l’affirme plus clairement encore dans les discussions avec des interlocuteurs divers qu’il organise en les préparant à partir de 1972. Aucun enregistrement ni aucune prise de notes ne sont autorisés au cours de ces échanges qui se déroulent en un temps limité (généralement une heure) et avec une assistance restreinte. Un certificat signé par l’artiste atteste que la pièce a bien été réalisée. L’absolu, sa définition et sa quête, sont bien souvent au cœur des échanges. En réduisant l’art à sa dimension verbale –  tout art est information et communication, avance I. Wilson qui confirme avoir choisi de parler plutôt que de sculpter – l’artiste évite l’assimilation de la création à la fabrication d’un objet, ouvrant alors la voie à ce qui, en 1968, a été qualifié par Lucy R. Lippard et John Chandler de dématérialisation de l’œuvre, phénomène marquant, selon eux, l’art de l’époque. Le concept mis en place par Ian Wilson, continue Ghislain Mollet-Viéville, se veut séparé de la connaissance du monde extérieur pour mieux se concentrer sur lui-même. Ce qui lui parait important à travers ses discussions c’est la prise de conscience que l’on est et que cette connaissance sans dimension ni forme, aille au delà de l’espace et du temps pour traiter non pas de l’idée en tant que tel mais du degré d’abstraction de cette idée.

Les Discussions que l’artiste new-yorkais tient dans les musées, les galeries ou chez les particuliers sont évidemment du pain béni pour Jacques Charlier, qui croque Ian Wilson en 1976. Et l’on remarquera le parallèle qui existe entre les Photos – Sketches et cette série de dessins consacrés à l’artiste new-yorkais. Une suite en six planches, comme un Dessins – Sketch,  qui, d’abord, contextualise la Discussion à venir (la carafe, le verre d’eau du conférencier). Ian Wilson, ensuite, se concentre, se mesure et, Socrate des Temps Conceptuels, semble plonger dans sa propre pensée, Le verbe enfin, la parole,  The Know en premier, The Unknow pour suivre, enfin la  Discussion, comme une logorrhée. Jusqu’au moment où l’un des spectateurs invisibles intervient et demande à l’artiste : Why do you look right and left before you cross a street ? Moment d’affolement et d’interrogation dans le regard de Wilson qui finit par répondre : Yes ! That’s really a good question ! Le voilà qui redescend des cimes absolues, avant de traverser la rue. A nouveau, il y a bien des choses derrière le stéréotype qui déclenche le rire, ce sens commun entre rire et sérieux, le sérieux de Wilson, le sérieux et le rire de Charlier. L’humour justement associe toujours le sérieux au comique. Et l’art de Wilson est le principe même d’une démarche très sérieure, pas même Charlier n’en doute. Mais celui-ci sait que rire de se prendre au sérieux, c’est prendre au sérieux ce rire démystificateur.

Art auto-publicitaire, 1975. « Collectionneurs avertis, il vous faut acquérir un Lizène d’art médiocre pour mettre en valeur par opposition vos tableaux de maîtres et votre mobilier de qualité »

COLLECTIONNEURS, …. 1975, EN REMAKE.

Section publicité. Depuis 1975, Jacques Lizène pratique l’ art auto – publicitaire (comme il assure d’ailleurs également son auto – historicité) et son slogan fait date :Collectionneurs, il vous faut acquérir un Lizène d’art médiocre pour mettre en valeur, par opposition, vos mobiliers de qualité et vos tableaux de maître, 1975, art auto – publicitaire.  Dès 1976, le petit maître affine ce discours promotionnel et se commet dans unePeinture Marchandise, Prestige Marchandise, une facétie médiocre, une peinture nulle, unemisère pour nantisur laquelle il indique que L’acheter, c’est créer . Et il ajoute :Cet objet d’art est un modèle valorisant son acquéreur, démontrant ainsi qu’il est possible, oui, de promouvoir des œuvres d’art disqualifiées par leur propre auteur. Fin des années 80, après avoir créé l’art néo déco nul (1987), le Petit Maître envisage d’éditer uncatalogue façon publicitaire (sur une idée de 1975) , traçant deux exemples detoile à photographier près de meubles de qualité . Il n’hésite pas à opérer une découpe spéciale dans sa peinture médiocre, afin de valoriser le meuble d’antiquaire et le siège design posés contre la cimaise. Adepte de la procrastination, il remettra ce projet de catalogue à plus tard et le fera réaliser, en 2004, sous forme de capsule vidéo. On le sait : avec Lizène, la technologie avance, la médiocrité reste. Grand amateur des ressources offertes par la palette graphique (sic), Lizène fait insérer ses propres œuvres dans les univers contrastés d’une galerie d’antiquités et  d’un show-room de mobilier contemporain, tous deux réputés de qualité . On y découvre ainsi le petit maître déambulant, contemplant quelques-unes de ses œuvres dans ces environnements singuliers. La bande son est constituée de discrètes exclamations admiratives sur fond musical, une fois n’est pas coutume, destiné à séduire.

ART SANS TALENT,

Aux côtés de Jacques Charlier, de Jacques Lennep ou de Danièle et Jacques Louis Nyst, sous la férule stimulante de l’émission Vidéographie de la RTBF-Liège ou en dehors, Lizène s’affirme peu à peu comme l’un des vidéastes majeurs du moment, dans la branche plasticienne – et laissant à d’autres la branche militante et socialement engagée du nouveau medium. L’époque, il est vrai – les années 70 – est aux premiers tâtonnements, et la maîtrise très approximative de la technologie de la part du Petit Maître s’accommode fort bien de l’esprit des avant-gardes historiques et de son énergie de défrichage : finalement le non-art vidéo de ce zélateur de la « sans-importance » conjugue « les qualités paradoxales d’un bâclage formel hautement expressif », insistait René Debanterlé, qui décelait d’ailleurs avec justesse, dans I’« expérimental » chez Lizène, un double sens à la fois scientifique (tenter de démontrer – sans se démonter, ajouterait l’autre) et phénoménologique (faire l’expérience de tout ce qui nous tombe sous la paluche – expérience ratée, de préférence, et la paluche désignant par bonheur non seulement la main malhabile, mais aussi un type de petite caméra aujourd’hui disparu et, en argot, un type de masturbation pour sa part toujours très en vogue, youpie).Au sens propre, ce resserrement actif et général sur la personne du créateur peut d’ailleurs être vu comme une conséquence directe de l’Art d’attitude, travaillant dans deux directions opposées : l’affirmation de la présence de l’artiste (ego sum : je joue à l’ego), et la négation de son existence (puisqu’il s’efface, se dilue sans cesse ou s’évanouit dans les plis). Perdues ou abîmées, ou fondues ou collées, ou introuvables, ou parfois tout cela à la fois, la plupart de ces bandes vidéo sont d’ailleurs restées longtemps invisibles … Pas de postérité facile et factice: décidément, un principe, presque une hygiène de vie.

 

 

Jacques Lizène, Un jour sera comme quand on a vécu, curated by Pierre – Yves Desaive, galerie Steinek, Vienne (AT)

Jacques Lizène participe à l’exposition Un jour, ça sera comme quand on a déjà vécu, curated by Pierre-Yves Desaive, galerie Steinek, à Vienne, dans le cadre de Vienna, Curated by. Du 4 septembre au 2 octobre 2021. Artistes participants : Hervé Ic, John Isaacs, David Kramer, Jacques Lizene, Johan Muyle, David Nicholson, Philippe Ramette, Terry Rodgers, Pierrick Sorin, Gavin Turk. 

SammlerInnen, Sie müssen einen mittelmäßigen Lizène erwerben, um im Gegensatz Ihre hochwertigen Möbel und Ihre Meisterwerke hervorzuheben, 1975, Eigenwerbungskunst 

Section publicité. Depuis 1975, Jacques Lizène pratique l’art auto – publicitaire (comme il assure d’ailleurs également son auto – historicité) et son slogan fait date :  Collectionneurs, il vous faut acquérir un Lizène d’art médiocre pour mettre en valeur, par opposition, vos mobiliers de qualité et vos tableaux de maître, 1975, art auto – publicitaire.  Dès 1976, le petit maître affine ce discours promotionnel et se commet dans une Peinture Marchandise, Prestige Marchandise, une facétie médiocre, une peinture nulle, une misère pour nanti sur laquelle il indique que L’acheter, c’est créer. Et il ajoute : Cet objet d’art est un modèle valorisant son acquéreur, démontrant ainsi qu’il est possible, oui, de promouvoir des œuvres d’art disqualifiées par leur propre auteur. Fin des années 80, après avoir créé l’art néo déco nul (1987), le Petit Maître envisage d’éditer un catalogue façon publicitaire (sur une idée de 1975), traçant deux exemples de toile à photographier près de meubles de qualité. Il n’hésite pas à opérer une découpe spéciale dans sa peinture médiocre, afin de valoriser le meuble d’antiquaire et le siège design posés contre la cimaise. Adepte de la procrastination, il remettra ce projet de catalogue à plus tard et le fera réaliser, en 2004, sous forme de capsule vidéo. On le sait : avec Lizène, la technologie avance, la médiocrité reste. Grand amateur des ressources offertes par la palette graphique (sic), Lizène fait insérer ses propres œuvres dans les univers contrastés d’une galerie d’antiquités et  d’un show-room de mobilier contemporain, tous deux réputés de qualité. On y découvre ainsi le petit maître déambulant, contemplant quelques-unes de ses œuvres dans ces environnements singuliers. La bande son est constituée de discrètes exclamations admiratives sur fond musical, une fois n’est pas coutume, destiné à séduire. Entretemps, Lizène a réalisé pour une exposition à Paris, une salon / installation vidéo nulle, d’après un projet de 1971, pour collectionneur « in », un charivari de moniteurs vidéos posés dans les fauteuils du salon du collectionneur, accompagné d’une essoreuse à haute vitesse avec cassettophone au son déformé. Cette installation (1992), l’amènera à concevoir des cimaises pour collectionneurs tendance (2006, remakes en 2009), tout l’art de composer un cabinet d’amateur dédié à ses œuvres mais également pourvu en fauteuil, écran télé, guéridon et autres plantes vertes. Cette fois, Lizène va plus loin encore et propose le plan d’appartement pour collectionneur tendance (2012), amateur quelque peu excentrique, précise Lizène, un plan dessiné sur toile libre de grande dimension (400 x 210 cm), qu’il agence comme s’il s’agissait d’une toile d’art spécifique (1967-70). A l’avant plan, Lizène place une sculpture génétique culturelle (1984), un masque cimier de l’ethnie Ekoi (Nigeria – Cameroun), croisé d’un portait photocopié du petit maître à la fontaine de cheveux (1980, en remake), sculpture génétique posée sur un cadre vide et doré (2011). Juxtaposant toile libre et cadre vide, Lizène renoue ainsi avec l’idée du cadre dans le cadre (1970). Sur le plan ainsi tracé, Jacques Lizène pose une série de ses œuvres, les distribuant dans les diverses pièces de l’appartement, veillant à donner un aperçu (qui sera perçu, non perçu, 1973) des diverses facettes de son non talent (1966) pour art d’attitude (1965).

Jacques Lizène, Le second rayon, Paréidolie, Marseille, l’image

Destinés à une exposition de dessins érotiques

Encore quelques oeuvre de faites ! (comme le disait Richard Tialans en 1972)