mars 2014

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Art public Tournai

Le Commmuniqué de presse.

Après Namur en 2011, « Art public » prendra place à Tournai. Elodie Antoine, Stephan Balleux, Alain Bornain, Emmanuel Bayon, le collectif « Les Rustins », Babis Kandilaptis, Sophie Langohr, Karine Marenne, Jean-François Octave et Lucile Soufflet ont été invités à présenter des œuvres intégrées à des sites emblématiques du cœur historique de la ville.

Aucune thématique n’a été imposée, si ce n’est la nécessité de tenir compte de l’environnement architectural, urbanistique, naturel et surtout humain des espaces proposés. Tous situés à proximité d’institutions muséales, ces derniers ont été choisis à en fonction de la fréquentation des lieux et de leurs significations historiques et sociales.

Le parcours cherche ainsi à éclairer ce que la cité peut signifier pour ses habitants, ses utilisateurs et ses visiteurs. Il s’agit, en outre, d’introduire un élément de compréhension dans la géographie de Tournai et de relever la qualité de son patrimoine.

Dans la droite ligne de la politique de création et de promotion des talents impulsée par la Wallonie, la sélection des participants a été opérée tant pour la signification contemporaine de leurs recherches que sur base de leur capacité à communiquer avec le grand public. Elle traduit par ailleurs la volonté de mettre en présence des « jeunes créateurs » et des « valeurs sûres » dans une dynamique de talent, de savoir-faire et d’innovation.

Une autre particularité de l’opération tient dans l’importance des activités de médiation mises en place. Il s’agit d’ouvrir le dialogue avec les usagers des lieux que les artistes investissent et, au-delà, de travailler sur la réception des œuvres et en particulier sur les interpellations qu’elles peuvent susciter.

L’opération s’inscrit ainsi dans la foulée des réflexions sur les relations entre culture contemporaine et goût populaire, relations ici d’autant plus sensibles que les artistes travaillent dans l’espace public … et que les œuvres susciteront des réactions bien différentes de celles qu’elles auraient occasionnées si elles avaient été présentées dans un musée ou une galerie.

Un des objectifs est de soutenir l’idée que la pertinence de telles opérations ne se jauge pas à la bienveillance ou à la conformité, voire au conformisme de leur réception, mais bien à la multiplicité et à la richesse des réflexions et des appropriations qu’elles provoquent.

Le catalogue d’Art Public Tournai paraîtra à l’occasion de « La Nuit des Musées » le 3 mai 2014.

C’est la Commission des Arts de Wallonie qui assure le commissariat de la deuxième édition d’Art Public.

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Ce dimanche 30 mars à 15h

Vanités / vacuités musicales en forme de miniatures / mignardises
Jacques Lizène, Sculpture nulle 1980, Remake 2014
Interprétation par Thérèse Malengreau

Nadia et Jean-Michel ont provoqué la rencontre, ils ont le goût du risque, Jacques Lizène m’invite à donner vie à sa sculpture nulle. Comment pourrais-je ? ni chair à animer, ni vêtement dont se revêtir, un squelette n’est pas un rôle à endosser. Reste à entrechoquer ses os avec ceux du piano : osselets et touches d’ivoire, c’est vrai qu’ils sont un peu pareils. En les faisant jouer, je vais partir en quête de mes os.
De la musique à l’envers ? ne croyez-vous pas que c’est déjà assez risqué d’interpréter de la musique à l’endroit ? La reconnaissance d’une création d’un compositeur nul était à ce prix, dictée par la fourbe société des auteurs. Je ne les saluerai pas.
Pour accepter une entreprise aussi déçue et décevante, j’ai apporté à Jacques une oeuvre de circonstance : une marche funèbre pour une marionnette. De bois, cette dernière restera et la marche résonnera immuablement funèbre quelles que soient les vicissitudes qu’elle traversera.
L’état de l’instrument est catastrophique et j’ai souhaité qu’on lui refuse tout traitement. Il vous est livré en direct de sa vie longuement (tré)passée. Les registres de fabrication de la noble maison Erard, archives conservées au Musée de la musique à Paris, me renseignent : il s’agit du Piano Erard n°85858, « piano à queue n° 0 en palissandre », entré dans le répertoire en mars 1903 et
vendu à une « maison de Bruxelles » en juin 1903. S’ils avaient pu pressentir son destin !

Salut national à Magritte, à Souris et aux autres

Démembrement et autopsie d’une pièce-maîtresse :
Gounod, Marche funèbre d’une marionnette, 1872.
Et voici venir le temps de la Passion :
J.-S. Bach, Canon a 2 (Musikalisches Opfer BWV 1079, Canones diversi super thema regium,
1747).

Oh la la !,
Thérèse Malengreau.
23 mars 2014.

A propos de Thérèse Malengreau

Thérèse Malengreau est une pianiste-concertiste belge, également chercheur en esthétique comparée et auteur de réalisations dans le domaine des relations entre musique, arts et littérature. Son grand-père est le compositeur et organiste Paul de Maleingreau. Le peintre symboliste Jean Delville et son fils l’architecte Raphaël Delville sont ses arrière-grand-père et grand-père par alliance.
Au Conservatoire royal de musique de Bruxelles, élève de Nicole Henriot-Schweitzer, elle a obtenu des premiers prix de piano, musique de chambre, harmonie écrite, contrepoint, histoire de la musique et analyse musicale ainsi que les diplômes supérieurs de piano et de musique de chambre. À l’Université libre de Bruxelles, elle a obtenu la Licence en philologie romane. Au terme de ses études musicales, elle s’est perfectionnée auprès de Maria João Pires, Yevgeni Malinin et Leon Fleisher.
Thérèse Malengreau donne de nombreux concerts de piano en Europe : en Belgique (Festival van Vlaanderen, Festival de Wallonie, Festival de l’Été mosan, Ars musica…), en France (Musée d’Orsay, Ircam, Centre Wallonie-Bruxelles, Centre culturel suisse, Flâneries musicales de Reims, Musée Debussy, Musée Matisse, Musée Calvet…), aux Pays-Bas (Amsterdam VPRO-Nederland 3, Cathédrale de Haarlem, Philips Zaal à Eindhoven…), en Suisse (Fondation Alain à Romainmôtier, Musée Jenisch à Vevey… ), ou encore en Allemagne. Pour ses concerts, en récital, en musique de chambre et en concerts-lectures, elle s’attache particulièrement au répertoire fin xixe siècle – début xxe siècle et au domaine contemporain. Son intérêt pour les liens entre musique, arts visuels et littérature guide souvent ses choix et la construction de ses programmes. Elle écrit des essais publiés en livrets de CD ou à l’occasion de concerts.
Thérèse Malengreau a composé et enregistré au piano la musique pour un film d’animation (Morgenglanz de X. Gorgol ) ; a conçu la bande-son (montage musique et son) pour la vidéo Burgundy (commande du BSC). Un de ses enregistrements live a été intégré dans un film documentaire sur le peintre Rik Wouters (Le Testament de Nel).
Elle a conçu et réalisé des projets musicaux pour des événements d’art contemporain : Loss of control (Martamuseum, Herford, Allemagne), Colossal. Kunst-Fakt-Fiction (Osnabrücker land, Allemagne : projet avec vidéo).
Elle enseigne l’esthétique comparée des arts à l’Institut royal d’histoire de l’art et d’archéologie de Bruxelles (Musées royaux d’art et d’histoire).

Jacques Lizène

Jacques Lizène, le chanteur en dessous de tout interprétera une petite chanson médiocre écrite pour l’occasion :
Chanson sans mélodie. La danse des horribles peaux (Aie! Ah! Ah! Ah!)

Chanson sans mélodie
La danse des horribles peaux (Aie ! Ah Ah Ah Ah !)

Dansez dansez les osselets (bis)
La lointaine Laure de Pétrarque est morte et enterrée
Dansez, dansez les osselets
Petrarque pleura en composant des poèmes en italien toscan versifié

Dansez, dansez les osselets
L’Anne Aimée du Petit Maître elle aussi
tout le temps éloignée mais jamais oubliée

Dansez dansez les osselets (bis)
Gesticulez, gesticulez les squelettes

Avec vos os insérés dans la chair sous la peau
Secouez vos oripeaux les rigolos

Dansez dansez les osselets (bis)
Vous tomberez bientôt dans vos tombeaux

Oooh ! Oooh ! Ohlalalalala ! Aie Aie Aie Aie Aie !

Jacques Lizène

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Lu dans Le Soir, sous la plume de Jean Marie Wynants :

C’est un voyage extraordinaire auquel nous convie la nouvelle exposition de la Centrale. Un voyage tourné vers le monde extérieur, à la fois proche et distant, comme le souligne parfaitement le titre de la manifestation, « Distant Proximity ».
Cette « proximité distante » est illustrée magistralement, dès l’entame du parcours, par le travail de Lauren Moffatt. Dans une salle en forme de sas, plongée dans la pénombre, le visiteur découvre un étrange casque protégé par une vitrine et un film en noir et blanc aux images incertaines. Il faut se munir des lunettes 3D fournies à l’entrée pour apprécier celui-ci. On suit alors les pérégrinations d’une femme n’affrontant plus le monde extérieur que protégée par le fameux casque aperçu dans la vitrine.
Vrai-faux reportage, le film la montre dans le métro observant les gens qui l’observent. Mais il la montre aussi dans un studio de cinéma, interviewée par un interlocuteur invisible. Elle raconte les raisons qui la poussent à affronter le monde extérieur munie de cette protection. Ne supportant plus les regards extérieurs intrusifs, démultipliés par les caméras de toutes sortes, elle s’est fabriqué ce masque-caméra qui lui permet de regarder le monde à travers un filtre permanent…
En quelques minutes, Lauren Moffatt nous plonge dans un univers fictionnel finalement très proche de la réalité grâce à une réalisation sobre et efficace.
Le visiteur est alors prêt à plonger dans les univers suivants. La deuxième salle rassemble les travaux de plusieurs artistes qui, tous, brouillent les pistes en réinventant un monde extérieur : les assemblages d’ACM (Alfred et Corinne Marie) sont constitués de matériaux de récupération (pièces métalliques, électroniques, plastiques) donnant naissance à d’invraisemblables architectures, d’une folle complexité.
On peut en dire autant des dessins de Jeroen Hollander qui ne sont constitués que de lignes et de chiffres symbolisant les multiples réseaux de transport sillonnant une ville. Ceux-ci sont pourtant imaginaires et la ville n’existe que par leur représentation.
Peut-être est-ce la même cité que photographie Nicolas Moulin en débusquant des architectures massives, solitaires, où la vie semble avoir fui loin de ces hautes tours et de ces vastes esplanades. Il reste pourtant une vie, symbolisée par une pièce ancienne de Françoise Schein recréant la Belgique vue du ciel avec de petites lampes et des essuie-glaces à travers lesquels on découvre cette constellation à l’envers.
Totalement transformée, la grande salle frappe d’emblée par la présence d’une mystérieuse installation de Peter Buggenhout : les débris indéfinissables d’une construction, d’un engin mystérieux. Couverte de poussière, elle interroge et suggère toutes les catastrophes, les passés enfouis, les destructions incessantes.

Valerie Sonnier

Hantée par la maison de son enfance et son jardin sauvage, Valérie Sonnier fait revivre celle-ci au travers d’un étonnant travail vidéo et d’une série de dessins, tantôt minuscules tantôt monumentaux, à la fois étranges et d’une folle précision.

Contraste total avec le travail de Valérie Sonnier, entre dessins et vidéo, autour d’une maison de famille et de son grand jardin, qu’il faut se résigner à quitter. Mais le passé est là, qui hante les lieux et les âmes. Michel Mazzoni livre un peu plus loin les traces mystérieuses d’un monde bien réel, dans un étonnant mélange de formel et de sensible.
En bout de parcours, Wilmes & Mascaux nous invitent enfin à un dernier voyage incertain, fait d’images et de sons, dans un futur indéfinissable mais ressemblant beaucoup à notre quotidien. Un univers imaginaire créé à partir du réel. Une tentative de survie dans un monde qui continue inlassablement sa course folle vers la destruction. Si lointain et si proche.

JEAN-MARIE WYNANTS

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Sophie Langohr

Les Résidences Ateliers Vivegnis International (RAVI) ouvrent leurs portes et présentent les travaux des artistes actuellement en résidence : Jonas Locht, Aurélie William Levaux/Moolinex, Sophie Langohr, Kasper Bosmans, Philippe Van Wolputte, Thomas Grødal.

Vernissage le vendredi 28 mars à 18h. Ouverture des ateliers samedi 29 et dimanche 30 mars 2014, de 14h à 18h.

RAVI
Place Vivegnis 36
4000 Liège

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Inauguration ce jeudi 27 mai à 19 h de l’intégration réalisée par Marie Zolamian au fort de Flémalle, une commande dans le cadre des commémorations du centième anniversaire de la Grande Guerre.

Rue Profondval à 4400 Flémalle

Marie Zolamian

Le communiqué de presse :

Répondant à un appel à projet lancé par la Région Wallonne, dans le cadre des commémorations de 14-18, le Centre culturel et la Commune de Flémalle (avec la collaboration du Centre wallon d’art contemporain) ont sollicité l’artiste Marie Zolamian.
Cette dernière a proposé une œuvre d’art pérenne répondant parfaitement à l’esprit de cet appel à projet. Il s’agit d’évoquer les valeurs et motivations animant les populations dans le conflit de 14-18, la capacité pour les citoyens du renoncement à leur personne pour défendre des valeurs collectives et assurer la sauvegarde de la communauté à laquelle ils appartiennent.
Marie Zolamian est une artiste que Flémalle a eu l’occasion de découvrir en 2010 à l’occasion de la manifestation « Aux arts etc ». A cette époque, elle avait transformé l’entrée de l’Hôtel de Ville en camp retranché derrière des sacs de sable. Une manière symbolique de se questionner sur notre monde en prise directe avec les guerres, le terrorisme, les flux migratoires, les changements climatiques… Une manière d’évoquer également la résistance et les combats sociaux qui ont émaillé la vie flémalloise. Cette manifestation avait déjà été l’occasion, pour l’artiste, de se pencher sur l’histoire de Flémalle.

A cet intérêt que l’artiste porte pour notre commune s’ajoute son histoire personnelle. Libanaise d’origine, elle a subit très directement les affres de la guerre dans sa prime jeunesse. Aujourd’hui, elle nous propose une intervention intitulée « Sans Nom ». Il s’agit de couvrir la Tour du Fort de Flémalle d’une série de petites lignes barrées d’un trait. Une évocation à la fois de l’attente du soldat qui tue le temps en gravant des graffitis sur les murs de sa caserne, mais c’est aussi le tableau de chasse du pilote d’avion qui cumule les assauts victorieux ou encore le prisonnier qui compte les jours dans l’obscurité de sa cellule. « Sans Nom » fait également référence à l’horreur sans nom des conséquences de la guerre. Cette intervention artistique a été réalisée avec la collaboration d’une entreprise flémalloise et sera mise en évidence par un éclairage ad hoc. Au delà de l’évocation de 14-18, il s’agit pour la Commune de Flémalle de valoriser un élément historique de son patrimoine et de renforcer l’intérêt touristique du Fort de Flémalle.

Marie Zolamian

Marie Zolamian, Sans nom, gravure sur béton, 2014

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A l’occasion du finissage des expositions de Jacques Lizène, Capitaine Lonchamps, Jacques Halbert et Emilio Lopez-Menchero, finissage ce dimanche 30 mars 2014, nous avons le plaisir de vous convier dès 15h au Concert – performance de Thérèse Malengreau et du Petit Maître.

Jacques Lizène

Au programme à 15h :

Vanités / vacuités musicales en forme de miniatures / mignardises
Jacques Lizène, Sculpture nulle 1980, Remake 2014
Interprétation par Thérèse Malengreau

Nadia et Jean-Michel ont provoqué la rencontre, ils ont le goût du risque, Jacques Lizène m’invite à donner vie à sa sculpture nulle. Comment pourrais-je ? ni chair à animer, ni vêtement dont se revêtir, un squelette n’est pas un rôle à endosser. Reste à entrechoquer ses os avec ceux du piano : osselets et touches d’ivoire, c’est vrai qu’ils sont un peu pareils. En les faisant jouer, je vais partir en quête de mes os.
De la musique à l’envers ? ne croyez-vous pas que c’est déjà assez risqué d’interpréter de la musique à l’endroit ? La reconnaissance d’une création d’un compositeur nul était à ce prix, dictée par la fourbe société des auteurs. Je ne les saluerai pas.
Pour accepter une entreprise aussi déçue et décevante, j’ai apporté à Jacques une oeuvre de circonstance : une marche funèbre pour une marionnette. De bois, cette dernière restera et la marche résonnera immuablement funèbre quelles que soient les vicissitudes qu’elle traversera.
L’état de l’instrument est catastrophique et j’ai souhaité qu’on lui refuse tout traitement. Il vous est livré en direct de sa vie longuement (tré)passée. Les registres de fabrication de la noble maison Erard, archives conservées au Musée de la musique à Paris, me renseignent : il s’agit du Piano Erard n°85858, « piano à queue n° 0 en palissandre », entré dans le répertoire en mars 1903 et
vendu à une « maison de Bruxelles » en juin 1903. S’ils avaient pu pressentir son destin !

Salut national à Magritte, à Souris et aux autres

Démembrement et autopsie d’une pièce-maîtresse :
Gounod, Marche funèbre d’une marionnette, 1872.
Et voici venir le temps de la Passion :
J.-S. Bach, Canon a 2 (Musikalisches Opfer BWV 1079, Canones diversi super thema regium,
1747).

Oh la la !,
Thérèse Malengreau.
23 mars 2014.

Jacques Lizène, le chanteur en dessous de tout interprétera une petite chanson médiocre écrite pour l’occasion :
Chanson sans mélodie. La danse des horribles peaux (Aie! Ah! Ah! Ah!)

La galerie sera accessible jusque 18h

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Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Nina Ricci advertising campaign de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 44 cm, 2014.

Sophie Langohr

Chanel advertising campaign 2004 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 45 cm, 2013.

Sophie Langohr

Gianmaria Buccellati advertising campaign 2002 de la série Drapery,photographie couleur (tirage jet d’encre), 32 x 26 cm, 2013.

Sophie Langohr

Valentin Judashkin advertising campaign Fall/Winter 2013 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 42 cm, 2013.

Sophie Langohr

Hugo Boss advertising campaign Spring/Summer 2012 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 34 x 26 cm, 2013.

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Sophie Langohr

Sophie Langohr

Louis Vuitton advertising campaign Fall/Winter 2013 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 43 cm, 2014.

Alors que Sophie Langohr reçoit dans son atelier une équipe de télévision, la première image que capte la caméra est celle d’une table où s’amoncellent les revues de mode. Vu leur nombre, coiffeurs et manucures peuvent se faire attendre, il y a de la lecture en suffisance. Oui, l’artiste excelle dans la lecture de « Vogue » et d’autres magazines du genre. Sans cesse, elle en scrute les images. Et il me semble qu’après s’être intéressée aux Vierges, saintes et statues mariales, elle s’est soucié du sort des nymphes, ces divinités mineures irradiantes d’une véritable puissance à fasciner. Celles-ci traversent l’histoire depuis l’antiquité, obsolètes, renaissantes, survivantes, nymphes drapées, souvent érotiques, parfois inquiétantes, Vénus et jeunes vierges de la Renaissance, Ménades chrétiennes, martyres baroques, nymphes hystériques de Charcot. A la suite d’Aby Warburg qui voyait dans la « Ninfa » un fantôme féminin sans cesse retrouvé, Georges Didi Huberman, les a poursuivies de ses assiduités, considérant au travers des siècles la draperie, ce drapé tombé, comme « un outil pathétique ». Jusqu’à jeter la robe de la nymphe, en tas, chiffonnée. « Drapery » (2013-2014) est le titre générique d’une toute récente série de travaux de Sophie Langohr.

Abordant ces nouvelles photographies, me revient en mémoire cette singulière exorde de Léonard de Vinci. « Et fais peu de plis, sauf pour les vieillards en toge et plein d’autorité ». Le conseil, émis par l’un des maîtres du plissé semble étonnant. Souvenons nous de cette « Draperie pour une figure assise » du Louvre, elle est en tout point remarquable. Au pinceau, à la tempera et avec des rehauts de blancs, Léonard, par le seul drapé, nous donne à voir un corps à peine indiqué, tant le peintre a étudié ce que l’on peut appeler le tombé des plis, la chute et la retenue de l’étoffe, par déploiements successifs, comme si l’impulsion du mouvement demeurait intacte même loin de sa source. Vasari lui-même en témoigne : « Léonard étudiait beaucoup sur nature, écrit-il, et il lui arrivait de fabriquer des modèles en terre glaise sur lesquels il plaçait des étoffes mouillées, enduites de terre, qu’il s’appliquait ensuite à peindre patiemment sur des toiles très fines ou des lins préparés : il obtenait ainsi en noir et blanc à la pointe du pinceau des effets merveilleux ; nous en avons des témoignages authentiques dans notre portefeuille de dessins ». Le conseil de Leonard, qui ajoute « imite autant que possible les Grecs et Latins dans leur manière de montrer les membres quand le vent presse les draps contre eux » tranche par sa singularité. C’est la reproduction de la nature des choses qui intéresse l’artiste, la nature même de la nature. Et cet art de la suggestion, où le fait de cacher met en valeur, n’est pas véritablement un concept qui appartient à la nature. Il est le produit de la main humaine qui tisse.

L’image actuelle, arty, sophistiquée, piochant d’ailleurs sans cesse dans les réserves des musées, happant le regard sur ce qui est rare et donc précieux a bien sûr perçu tout le potentiel de désir qu’un plissé peut contenir. Sophie Langohr a concentré son regard sur les mains, celles qui dans l’image publicitaire retiennent un drapé prêt à tomber, qui froissent le voile, le drap, l’étoffe. Ces mains caressent, dévoilent, protègent, étreignent, retiennent, s’alanguissent ou se crispent, incarnant l’éros et le langage du corps. Déjà, ce cadrage singulier ouvre notre regard sur de nouveaux territoires. Nous ne percevons plus le visible de la même façon ; le visible usuel est démonté, reconfiguré. Et c’est là comme un dévoilement, une autre façon de tomber le drap. Sophie Langohr accentue le trouble que ces images suggèrent, déroutant notre regard. Car comme Léonard plaçait des étoffes mouillées sur ses modèles de terre glaise, elle froisse, fripe, lisse et drape le papier glacé, singulières manipulations où chairs, draps et plis sur papier satiné finissent par se confondre dans la chute, la retenue, la crispation et l’étreinte. Entre consumation et consommation, elle renoue ainsi avec l’incarnation de l’icône et désincarne à la fois l’image de ces voiles et étoffes vides de corps, papier chiffonné, défroque de l’industrie de la consommation.

Derrière le voile qui se déploie, on attend qu’une vérité se révèle. Quand le voile sera tombé, aura-t-il vraiment disparu ? Y- aura-t-il une vérité sans voile, une chose nue enfin vue, enfin nommée ? En fait, n’est ce pas le voile lui-même qui dicte cette attente ? « En finir avec le voile, écrit Jacques Derrida, est le mouvement même du voile : il se dévoile, se réaffirme en se dérobant, et s’il en finit avec lui-même, il devient linceul ». Sophie Langohr réussit à entretenir le trouble, l’ambigüité et l’équivoque. De la fabrique des images émane en effet une irrésistible attraction, une force persuasive capable d’emporter notre adhésion. C’est là son pouvoir d’envoûtement.

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Chopard advertising campaign de la série Drapery,photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 43 cm, 2013.

Sophie Langohr

Valentino advertising campaign Fall/Winter 2013 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 43 cm, 2013.

Sophie Langohr

Fendi advertising campaign 2005 de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 43 cm, 2013.

 

Sophie Langohr

Nina Ricci advertising campaign de la série Drapery, photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 44 cm, 2014.

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Jacques Lizène

Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre, 1971. Edition Yellow Now. Suite de 7 diapositives dont une diapositive titre

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre, 1971. Edition Yellow Now. Suite de 7 diapositives dont une diapositive titre

Jacques Lizène

Contraindre le corps nu d’une jeune fille dans le cadre de la photo. Projet : Contraindre toute sorte de corps nus ou habillés, y compris des corps de policiers à s’inscrire dans les limites du cadre de la photo, 1971. (Corps contraint par les limites du cadre d’une photo). Accompagné d’un personnage refusant de subir la contrainte des limites du cadre de la photo (personnage photographié refusant de subir la contrainte des limites du cadre d’une photo), 1971-73. Photographies NB, impressions numériques, 9 x 40 x 50 cm. 1971-2011.

Jacques Lizène

Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo, 1971, en cadre de cadres 1970 et circuit fermé, 1970. 20 tirages argentiques NB marouflées sur une impression numérique. Remake de date incertaine, 70 x 100 cm, tirage 2011.

Jacques Lizène

Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo, 1971, suite de 4 photos NB, tirages argentiques, 37 x 37 cm, 1971-2011.

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(…) Valérie Sonnier’s (Fr) drawings and films also evoke ‘the house inside her’. It is her childhood home with its untended garden, a place ‘destined for demolition by the property developers, which obstinately seals her secrets, those of her nature and of her remembrances’. In this way Valérie Sonnier’s brilliant drawings become visualisations of the passing of time, of her life with its secrets and lies, bedrocks of any existence, but also of death. It is the uninterrupted course of an experience, which contains the substratum of another life. A past life that she tries to capture by video, like a ghost wandering around this abandoned house. As though haunted by the memory, all her works have a ‘worrying strangeness’ (Unheimliche by Sigmund Freud). It embodies an auratic form ‘which is situated between an in front of and an inside.’ The visitor is in an uncomfortable yet intense position ‘which defines our entire experience, when what looks back at us in what we see is revealed to us. (Carine Fol)

Valerie Sonnier

Valerie Sonnier
sans titre (sous la neige)
technique mixte sur papier
26 x 20 cm
2010

Valerie Sonnier

Valerie Sonnier
sans titre (sous la neige)
technique mixte sur papier
26 x 26,5 cm
2010

Valerie Sonnier

Valerie Sonnier
sans titre (sous la neige)
technique mixte sur papier
26 x 20 cm
2010

Valerie Sonnier

Valerie Sonnier
sans titre (sous la neige)
technique mixte sur papier
26 x 26,5 cm
2010

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Jacques Lizène

Jacques Lizène présente : L’agrandissement photographique d’une peinture (de 9 cm de haut et 12 cm de large) découverte à l’intérieur de la Civilisation Banlieue. Peinture réalisée avec précision, application et grand mérite (valeur / mérite / travail). (Haut les Coeurs). Tirage argentique sur papier baryté, texte imprimé, 50 x 40 cm, 1975 – 2011. Projet réalisé pour la Neue Galerie Aachen en 1975.

La Neue Galerie d’Aix la Chapelle organise en 1975 une exposition sur la scène jeune de l’art belge. « Belgien, Junge Künstler I. Neue Galerie ». Jacques Lizène y fait trois propositions :

1. Jacques Lizène présente : « danse de derrière le décor », art de banlieue d’un petit maître liégeois. Ballet d’entretien des lieux d’expositions (corvée en forme de danse, faire reluire le lieu écrin de l’art séductif).

2. Jacques Lizène présente : Art du creux de la vague. Facéties académiques d’un petit maître liégeois, artiste de série Z représentatif de la zone périphérique (banlieue). Facétie médiocre I : Intervention sonore sur le réseau de diffuseurs placé préalablement dans une des salles du musée (sonnerie de fermeture toutes les trois minutes, suivie d’un éclat de rire). Facétie médiocre II : intervention sur la structure de visite d’une salle de musée, projet vidéo. Promenade d’une caméra le long des bords d’une peinture exposée. Projection à l’extérieur de la salle d’exposition, celle-ci fermée. 10 minutes d’images sur 30 minutes de film projeté.

3. Jacques Lizène présente : L’agrandissement photographique d’une peinture (de 9 cm de haut et 12 cm de large) découverte à l’intérieur de la Civilisation Banlieue. Peinture réalisée avec précision, application et grand mérite (valeur / mérite / travail). (Haut les Coeurs).

Recyclage encore : cette photographie a été prise lors des « repérages pour un film sur la civilisation Banlieue ». Elle apparaît également dans un perçu non perçu. Considérant sa photographie comme reproduction d’une peinture hyperréaliste, Jacques Lizène fait référence au collectionneur Peter Ludwig, particulièrement intéressé par l’art américain, du Pop au hyperréalistes. A la Neue galerie succédera le Ludwig Forum.

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Valerie Sonnier

Dans La Libre du 14.03.2014

De l’art qui évoque nos chers et troublants fantômes
GUY DUPLAT

ARTS VISUELS Art Un parcours sur l’image et ses traces émotives, à la Centrale.
Sa première exposition, « Mindscapes », à la Centrale, à deux pas de la place Sainte-Catherine à Bruxelles, avait déjà donné le ton de ce que voulait faire Carine Fol, sa nouvelle directrice : créer des parcours de découvertes et d’émotions à travers l’art contemporain, mêlé parfois à l’art brut.

L’exposition « Distant Proximity » est dans cette veine. Ce titre de « proximité distante » est un paradoxe, un oxymore, proposé comme fil conducteur possible parmi les propositions des neuf artistes présentés. Les œuvres nous parlent de notre société, de notre vie, de nos souvenirs. Elles sont chargées de tout le poids d’émotions accumulées et oubliées, et sont, en même temps, distantes et imprégnées de cette « inquiétante étrangeté » dont parlait Freud. Le philosophe Eric Clémens cite cette belle phrase de Nietzsche : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité ». L’art peut évoquer la réalité mais jamais y être identifié. Il reste une construction à travers nos sens et notre intelligence, d’un réel inatteignable.

Tout en poussières

Fort de cela, on découvre dans cette courte exposition quelques œuvres fortes. Comme l’ensemble des architectures folles et minuscules réalisées par des artistes d’art brut, ACM (pour Alfred et Corinne Marie). Ils reprennent des petites pièces de machines domestiques et les réassemblent en une « ville » qui nous est à la fois proche et infiniment éloignée (comme la maladie mentale). Autour de cet ensemble, on découvre les grandes photos de Nicolas Moulin qui assemble des images d’architectures vides de gens, de lieux fantomatiques, de villes utopiques devenues des déserts comme à Fukushima ou Tchernobyl.

Autour encore, une œuvre ancienne de Françoise Schein (qui bénéficie d’une grande expo pour l’instant au Civa), où elle exprime ses « Souvenirs belges », avec un nœud de veines lumineuses comme nos autoroutes éclairées la nuit, seul artefact humain visible de l’espace avec la muraille de Chine.

Le cœur de cette exposition est l’installation monumentale de Peter Buggenhout. L’artiste gantois a construit un grand objet non identifié et volontairement non identifiable, comme une trouvaille archéologique ressemblant à tout et à rien à la fois. Mélange d’avion crashé, de camion désossé et de déchets, le tout recouvert d’une couche de poussières évoquant le temps passé. A nouveau, un objet qui nous semble proche mais qui reste inaccessible. A nouveau, on peut penser à Tchernobyl ou Pompéi, quand la vie brusquement s’est arrêtée. Une œuvre imposante qui occupe pleinement les espaces difficiles de la Centrale.

Il faut encore voir, parmi les œuvres intéressantes, les dessins et la vidéo de Valérie Sonnier qui montrent l’image réelle ou rêvée de la maison où elle a grandi. Vide de ses habitants, envahie par la végétation, ouverte aux vents et aux fantômes. Fantasme ou réalité ? La vision qu’on a des choses est plus vraie que le réel qui nous échappe toujours. L’image est une manière de modéliser le monde autour de nous, selon nos affects. Une image pas moins « vraie » que la science ou une objectivité impossible.

Sur Musiq 3, le point des arts plastiques, par Pascal Goffaux

musiq3

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Jacques Lizène

Absence de sujet. Photographie NB déchirée et texte manuscrit, 27 x 11 cm, 1972.
Il y a… Il y a un trou… un trou dans le milieu de la photo. Il y avait là, à la place de ce trou, l’image d’un passant, un homme de dos qui marchait, l’on ne sait vers où. Il vous est inconnu… et le restera. (ainsi !) (Artiste de la médiocrité et de la sans importance. Le chic de la démarche de déception).

Jacques Lizène

Jacques Lizène

Volet clos, hommage à la non procréation, 1969-1972, suite de 10 photographies NB, 24 x 24 cm, tirages argentiques

Jacques Lizène

Le perçu et le non perçu, 1973, photographies NB argentiques et texte impimé, 50 x 35 cm, 1973-2011.
Derrière ces détails du paysage urbain, il y a la présence de la fatigue d’un ou de plusieurs individus. Et pour un seul, tous ou quelques uns d’entre eux la réalité vécue de la misère sexuelle et (peut-être) une certaine détresse difficilement supportable. Le perçu et le non perçu, 1973

Jacques Lizène

Le perçu et le non perçu, 1973, 4 photographie NB, tirage argentique, texte imprimé, 50 x 35 cm 1973–2011.
8 mai 1961 – 5 novembre 1965 – 7 mai 1968 – 2 novembre 1973. Les dates inscrites en légende de ces photographies sont fausses et mensongères (aieaieaie !) puisque ces quatre volets clos ont été en fait photographiés la même année (1972), un même jour, à peu près à la même heure… hop !

Jacques Lizène

Le perçu et le non perçu, 1973. Photographie NB, tirage argentique, texte imprimé, 40 x 37 cm. 1973 – 2011.
Peut-être que ce volet clos dissimule non pas une épicerie mais une boutique de lingerie fine. Le perçu et le non perçu, 1973.

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Valerie Sonnier

Valerie Sonnier

Entre chien et loup, 2012
pierre noire et cire sur papier, 210 x 123 cm

Lorsque Valérie Sonnier entreprend son film « Des pas sous la neige » (2011) et retourne donc dans cette maison familiale de la rue Boileau à Versailles, elle a soin de laisser grand ouverts les battants de toutes les fenêtres. La maison est ainsi ouverte à tout courant d’air ou tout souffle, de quelque nature serait-il. La cinéaste a choisi la nuit tombante, la nuit tombée, le moment est incertain ; c’est un venteux soir d’orage et les rideaux, aux embrasures des fenêtres ouvertes, s’envolent. Avec ses pilastres, ses balustrades, le péristyle de la terrasse donnant sur un jardin où la nature a depuis longtemps repris ses droits, cette maison d’un autre âge, désuète et décrépie, conserve néanmoins une certaine noblesse. Sans doute, a-t-elle connu des jours fastes, une activité vivace. En fait, cette maison pourrait très certainement être un décor de film. La caméra de Valérie Sonnier explore des pièces de séjour désolément vides. L’image, naturellement dirais-je, est noire et blanche. Un fantôme apparaît dès les premiers plans du film, entré dans le champ de la caméra sur la pointe des pieds, sans doute par l’une des nombreuses fenêtres ouvertes. Ses discrètes apparitions, au détour d’un couloir, sur la terrasse, se font de plus en plus précises. Il est bien là, immatériel, intangible, impondérable. Il hante la maison et le jardin ; il hante une maison elle-même fantomatique. La neige étend son linceul sur le jardin ; le suaire du fantôme s’y confond. Celui-ci finit par disparaître derrières les frondaisons des arbres ployant sous la neige. Autant le ciel d’orage était noir, autant les dernières images du film sont blanches.
Volontairement, Valérie Sonnier renoue avec les chasses aux fantômes de l’enfance, avec cette magie illusionniste d’une apparition bien réelle qui exerce, de singuliers effets de fascination. Je repense au cinéma de Georges Mélies, à ses spectres comiques, aux fantômes évanescents et aériens qui surgissent par enchantement, ces œuvres d’une époque où la confrontation entre photographie spirite, spectacles de magie, pratiques médiumniques et celles du cinématographe laissent le spectateur littéralement sidéré, happé tant par ce qu’il voit que par la manière dont il voit, sans plus aucune mise à distance. on ne peut ici, qu’évoquer l’extrême similitude qui existe entre le film de Valérie Sonnier et cette célèbre photographie de Lartigue, prise en 1905, intitulée: « Mon frère Zissou en fantôme, Villa Les Maronniers, Château Guyon 1905 ». Il s’agit là d’une unique apparition d’un lointain, si proche soit-il », pour reprendre l’expression de Walter Benjamin. Avec la trace, nous nous emparons de la chose ; avec l’aura, c’est elle qui se rend maîtresse de nous ».

Lorsque Valerie Sonnier dessine cette maison de la rue Boileau, choisissant un point de vue qui confère des allures de petit Trianon à l’austérité des arrêtes de la façade flanquée de grands arbres, elle opte pour un format panoramique proche du cinémascope. Et dès le moment où elle entreprend de dessiner la maison et le jardin sous tous leurs angles, c’est l’imaginaire d’un story-board qui la conduit. Valérie Sonnier travaille sur d’anciens cahiers de comptes, se fixant des cadrages parcimonieux ; son dessin est minutieux, précis, comme s ‘il s’agissait de consigner –et les marges comptables restent apparentes – le moindre mouvement du vent dans les broussailles. Ce que nous voyons nous est proche, comme instantané, alors que ces œuvres nous semblent lointaines et hors du temps. Qu’elle filme, dessine, ou peigne les rosiers du jardin, les images de Valérie Sonnier sont bien souvent les fantômes d’elles-mêmes. C’est là la mise à jour d’un inconscient de la vision. Comprendre une image, c’est se mettre, en la regardant, à l’écoute de sa teneur temporelle. L’image, elle-même, a sa capacité de revenance.

Née en 1967, Valérie Sonnier vit et travaille à Paris. Diplômée des Beaux-arts de Paris et licenciée en arts plastiques, elle est professeur de dessin et de morphologie aux Beaux-arts de Paris depuis 2003. Après avoir suivi le séminaire de Jeff Wall à l’université de British Columbia à Vancouver, elle a développé son travail personnel, jetant des passerelles d’un médium à l’autre. Dessins, peintures, photographies et films Super 8 tissent des liens entre souvenirs intimes et mémoire collective de l’enfance.

Valerie Sonnier

Valerie Sonnier

Neuf heures et demie du soir. Eté, 2014
pierre noire et cire sur papier, 210 x 123 cm

Valerie Sonnier

Valerie Sonnier

24 juin, 22h20.2012
pierre noire et cire sur papier, 210 x 123 cm

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A l’occasion des Regardeurs sur France Culture, Jean de Loisy, Bernard Marcadé et François Curlet abordent le Stropiat de René Magritte. A propos de la période vache, ils évoquent l’oeuvre de Jacques Lizène. Avec une petite chanson médiocre et la voix de René Magritte sur fond de boîte à rythme lizénienne !  A écouter, on ne s’ennuiera pas un seul instant.

Les regardeurs

 

Aujourd’hui nous regardons une œuvre de René Magritte intitulée Le Stropiat de 1947, peinture qui appartient à ce qu’on appelle la période « vache » de Magritte, qui ne dura que quelques mois, et donna lieu à de nombreuses incompréhensions car les huiles et les gouaches qu’il exécuta alors étaient très loin de l’aspect froid et net des peintures exécutées auparavant.
Soutenu par Louis Scutenaire,son ami écrivain et poète belge, dans cette « remise en jeu » de son propre art, il exacerbe ici son irrespect vis-à-vis des choses établies. Louis Scutenaire, notre regardeur donc, qui expérimente lui-même dans l’écriture ce massacre, ce désordre libérateur, et qui est bientôt le seul à soutenir Magritte dans ce qu’on a pris à l’époque pour une incartade. Pour en parler, nous recevons l’artiste François Curlet et Bernard Marcadé
Signalons en ce moment et jusqu’au 1er juin 2014, l’exposition « Magritte : The Mystery of the Ordinary, 1926–1938 », à la Menil Collection, Houston, USA.
Musique: Chanson minable, de Jacques Lizène.

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