Archives de catégorie : Des expositions d’ailleurs / exhibitions artists

Jacques Lizène, Grand Bazar, Château d’Oiron

Jacques Lizène participe à l’exposition Grand Bazar au Château d’Oiron, un choix de Jean-Hubert Martin dans la collection d’Antoine de Galbert. 26 juin – 3 octobre 2021

Le Centre des monuments nationaux présente l’exposition « Grand bazar – choix de Jean-Hubert Martin dans la collection Antoine de Galbert » au château d’Oiron, du 27 juin au 2 octobre 2021. À l’invitation du CMN, près de 170 œuvres issues de la collection Antoine de Galbert sont installées dans le château pour dialoguer avec la collection permanente d’art contemporain Curios & Mirabilia, rassemblée en 1993 par le même Jean-Hubert Martin. Dans les galeries d’expositions, la collection d’Antoine de Galbert se déploie selon des thèmes qui lui sont propres avec une place importante laissée à l’œil, au visage et ses expressions, aux blessures. La confrontation entre ces deux collections et le dialogue entre les deux hommes ouvrent à de nouveaux effets de surprises. Parmi les œuvres présentées, From here to ear de Céleste Boursier-Mougenot fera entendre sa musique entre les murs du XVI° siècle. Plusieurs artistes sont communs aux deux collections : Hubert Duprat, Markus Raetz, Wim Delvoye, Annette Messager, Christian Boltanski, Marina Abramovic, Bertrand Lavier, Nicolas Darrot…. D’autres font leur entrée à Oiron : Théo Mercier, Gilles Barbier, Stéphane Thidet, Barthélémy Toguo, Jackie Kayser, Steven Cohen … 

Aujourd’hui, accueillir à Oiron une sélection d’œuvres de la collection d’Antoine de Galbert, c’est ancrer un peu plus l’idée d’un lieu destiné à accueillir des œuvres d’horizons divers, à l’instar des cabinets de curiosités. Elle réveille l’engouement pour les collections d’objets de la Renaissance qui expriment l’humanisme naissant, en particulier celui de Claude Gouffier, seigneur d’Oiron au XVIe siècle, à qui l’on doit cette devise inscrite sur les murs du château, Hic Terminus Haeret. 

Cette nouvelle exposition donne également une suite au projet initial du ministère de la Culture qui ne voulant combler le vide des salles avec un mobilier en rapport à l’histoire du lieu, décida d’engager le château sur la voie de la création, en passant commande à des artistes vivants. Ainsi naissait en 1993, la collection Curios & Mirabilia conçue par Jean-Hubert Martin.

Grâce au goût d’Antoine de Galbert pour le décloisonnement, qui lui permet de faire dialoguer les cultures populaires, les artistes émergents et les tenants de l’art brut, les œuvres présentées aujourd’hui à Oiron résonnent avec le lieu, son histoire, sa collection permanente, et certainement également avec cet élan intellectuel du XVIe siècle qui a vu dans l’œuvre humaine la possibilité de dépassement de la finitude.

Suchan Kinoshita, On Celestial Bodies, Arter, Istanbul

Suchan Kinoshita participe à l’exposition On Celestian Bodies au Centre d’art Arter à Istanbul. Commissaire : Kevser Güler. Jusqu’au 25 juillet 2021.

Suchan Kinoshita
Tokonoma (Variation, Private collection), 2014
Mixed media, 200 × 120 × 80 cm
Exhibition view: On Celestial Bodies, 2020.. Photo: flufoto

Drawn from the Arter Collection, the group exhibition titled On Celestial Bodies deals with questions around the possibility of reconceiving and reconstructing a vital terrain for living together in our present day. Including works by twenty-eight artists, the exhibition invites visitors to contemplate together the ways that beings come together and disperse, the manners through which they build relations, and their ways of distancing and converging with each other.

The title of the exhibition aims to point to the potentials and limits of the conception of the material embeddedness of beings. This notion of material embeddedness, as highlighted in the famous quote from the 1980s by astronomer and astrobiologist Carl Sagan, “We’re made of star stuff”, also informs one of the fundamental questions addressed in the exhibition: What would it mean to think of an artwork, a pencil, a human, a virus, a robot, a cat, a tree, a creek, a mountain as a celestial body as much as the Earth and Venus are? Dealing with the act of destabilising the foundations of anthropocentric hierarchies and exceptionalism, built, as they are, on binary oppositions, this question aims to debunk the validity of various dualities and distinctions, including those that place the human above the non-human.

With their proposals for, and criticism of, the complex and multiple ways of being together, On Celestial Bodies questions the possible effects that exhibitions and artworks may assume in imagining a politics of life. What are the potential ways of understanding art today as an act that cares for radical relationality, and one that affirms and defends life itself, in the context of the idea of justice, that makes living together possible? 

 

Raphaël Van Lerberghe, Art au Centre #6, Liège

Raphaël Van Lerberghe participe à  Art au Centre #6, parcours de 26 vitrines réalisé&es par 29 artistes, projet de revitalisation du centre-ville de Liège par l’art. Du 3 juin au 31 août 2021. 

Art au Centre est un projet de revitalisation du centre-ville de Liège par l’art. Il consiste à investir les vitrines des cellules commerciales vides pour y installer des œuvres d’artistes contemporains liégeois, belges et étrangers, afin d’offrir au visiteur un parcours artistique à travers la ville. Le livret explicatif et la carte du parcours sont disponibles gratuitement aux desks info des Galeries Saint-Lambert et de la Gare des Guillemins ainsi qu’au musée de La Boverie. Ces documents sont aussi à télécharger ici.

BUSINESS SILHOUETTES
A.R.D.V.L
Raphaël Van Lerberghe, Chimay (BE), 1978 • Alexia de Visscher, Ixelles (BE), 1975
Artistes sélectionnés dans le cadre de l’appel à projet
Rue de la Cathédrale 31a

A.R.D.V.L est le nom de la collaboration entre l’artiste Raphaël Van Lerberghe et la graphiste-éditrice Alexia de Visscher. Cette association interroge les lieux de frottement entre art et édition et ce qui les réunit. Au croisement de leurs pratiques, le livre s’inscrit dans des formes, des contextes d’apparition singuliers qui questionnent entre autres les extensions du livre et son exposition. 

Préliminaire à la conception de la vitrine : l’édition d’artiste Ready•to•use* réalisée en duo. 

La vitrine, lieu privilégié de la monstration du livre, s’apparente ici à une scène de théâtre. Y sont présentées plusieurs double pages dudit livre à l’échelle d’éléments de décor que l’on retrouve habituellement à l’intérieur des cages scéniques. Le livre « mis en scène » est alors envisagé comme une architecture qui permet d’en explorer les différentes pans, rectos et versos dialoguant entre eux dans un espace autre, et d’en proposer une nouvelle lecture.

L’édition Ready•to•use part d’un geste simple et minimal. Un objet pensé pour son usage, un livre constitué d’une banque d’images de silhouettes est détourné au pied de la lettre : ses pages sont reproduites uniquement du point de vue de leur verso et par leur qualité de transparence. 

Le point de départ du projet est une édition de la série Clip-Art de la maison d’édition américaine Dover qui date de 1996. Décrite sur sa couverture comme ceci : Business silhouettes, 96 illustrations libres de droit imprimées sur une face, des centaines d’usages, elle illustre le monde moderne du travail en entreprise de la fin du 20e siècle, son mobilier, ses appareillages et leurs usages, leurs représentations et leurs gestes associés.

* L’édition Ready•to•use est visible à la galerie Nadja Vilenne 5, Rue commandant Marchand 4000 Liège.

ENGLISH

A.R.D.V.L is the name of the collaboration between artist Raphaël Van Lerberghe and graphic designer-editor Alexia de Visscher. This partnership questions the connections between art and publishing and what unites them. At the crossroads of their practices, the book is in line with shapes and singular contexts of appearance that question for example the extensions of the book and its exposure.

Preliminary to the design of the window: artistic publication Ready•to•use* created in duo. The window, privileged place to exhibit the book, here resembles a theatre stage. The window displays several double pages of the aforementioned book on the scale of scenery components that we usually find inside scenic cages. The “staged” book is then considered as an architecture that enables us to explore its different parts, rectos and versos communicating with each other in a different space, and to suggest a new reading.

The publication Ready•to•use starts from a simple and minimalist gesture. An object thought for its usage, a book comprised of an image bank of figures is literally distorted: its pages are reproduced only from the point of view of their verso and through their quality of transparence. The starting point of the project is a reproduction of the series Clip-Art created by American publishing house Dover that dates back to 1996. Described on its cover as follows: Business silhouettes, 96 illustrations libres de droit imprimées sur une face, des centaines d’usages, it illustrates the modern world of business work at the end of the 20th

century, its furniture, its equipment and uses, representations and associated gestures.

*The publication Ready•to•use is displayed at the Galerie Nadja Vilenne located 5, Rue commandant Marchand 4000 Liege

Wiels, Bruxelles, Marie Zolamian en conversation avec Vanessa Desclaux ce 10 juin

Ce 10 juin à 19h

Une conversation en ligne entre l’artiste Marie Zolamian et Vanessa Desclaux à propos des peintures  présentées dans l’exposition collective Regenerate au Wiels à Bruxelles. 

Vanessa Desclaux est actuellement responsable du pôle des attentions (service des publics et programmation culturelle) au Frac Nouvelle-Aquitaine MECA à Bordeaux. Enseignante en histoire des arts à l’école nationale supérieure de Dijon entre 2011 et 2019, elle est titulaire d’un doctorat en Curating (Goldsmiths, Université de Londres). Autrice et curatrice, Vanessa Desclaux a travaillé à la Tate Modern et à Bloomberg Space à Londres, et a collaboré avec différents lieux tels que de Appel, Amsterdam ; le Parc Saint Léger, centre d’art contemporain de Pougues-les-Eaux ; le Frac Bourgogne, Dijon; la Galerie, centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, ou le Grand Palais à Paris.

inscription et accès à la conférence online : c’est ici. 

Valérie Sonnier, Le regard du temps

Valerie Sonnier participe à l’exposition Lez Regard du Temps, un commissariat de Brigitte Saby, du 2 au 12 Juin 2021, 36, rue du Fer-à-Moulin – 75 005 Paris , off du Parcours Saint-Germain 2021, une initiative de l’association CulturFoundry, collectif de collectionneurs actif dans le domaine du mécénat.

Rue Boileau, série, tirage argentique sur papier baryté, 2005 © Valérie Sonnier

Les artistes, résistants et visionnaires, nous apportent leur regard singulier sur ce qu’ils entendent par les mots nature et éléments. Quelle perception les artistes ont-ils de la nature? Comment s’intègre-t-elle dans leur travail ? Dans quelle mesure nous aident-ils à prendre conscience des possibilités d’une réalité plus coopérative et harmonieuse ? Dans ces temps d’émulation, il nous est offert une chance de voir différemment notre environnement. L’homme, en changeant son regard et en développant sa sensibilité, peut agir positivement sur son milieu. Le naturaliste Alexander Von Humboldt explique que pour comprendre la nature, l’émotion et la poésie sont nécessaires. Notre subjectivité alliée à notre intelligence nous permet d’entendre le monde, d’en saisir son unité, et par conséquent de le respecter et de l’aimer.

Avec : Camille Benarab-Lopez, Rebecca Bournigault, Daniela Busarello,  Géraldine Cario,  Wolf Cuyvers, Roseline Delacour, Deborah Fischer, Anne Gorouben Jihee Han, Pierre Hanau, Mael Le Golvan, Nikolaj Bendix, Skyum Larsen, Diego Movilla, Marie-Luce Nadal, Benoît Piéron, Laurent Saksik, Valérie Sonnier, Jean-Claude Wouters, Anaïs Wulf. 

Jacqueline Mesmaeker, Der Rattenfänger, galerie Duflon Ratz, Bruxelles, sur une idée de Pierre-Philippe Hofmann

Jacqueline Mesmaeker participe à l’exposition Der Rattenfänger, conçue par Pierre-Philippe Hofmann à la galerie Duflon Rats à Bruxelles. Jusqu’au 11 juin. 

Dans leur conte adapté d’une légende (Der Rattenfänger von Hameln), les frères Grimm décrivent la figure magnétique d’un attrapeur de rats capable, au son de sa flûte, d’entraîner dans son sillage les rats ou les enfants, selon la tournure du récit. C’est sur une idée comparable que nous avons imaginé la façon d’organiser une exposition de groupe.

Un rouleau de plastibulle sur l’épaule, Pierre-Philippe Hofmann quitte sa maison à Linkebeek pour marcher vers la galerie Duflon Racz à Ixelles. Il marque une pause chez les artistes qui travaillent ou habitent sur la trajectoire et les invite à se joindre au groupe, en emportant avec eux une une pièce de petite taille, soigneusement emballée. Parallèlement, Frédéric Fourdinier organise une cueillette de plantes sauvages qui seront ensuite cuisinées. Le trajet n’est pas très long, mais la progression se fait par à coups, et c’est dans une temporalité spécifique que quelque chose se réalise. Peu à peu, ce quelque chose est devenu un projet commun. Organiquement, linéairement.

Dans la galerie, les œuvres sont rangées dans une étagère conçue sur mesure. Au fil des deux mois d’exposition, elles seront humblement agencées par petit groupe dans l’espace.

Avec des oeuvres de : Marie André  & Eugène Savitzkaya, Elodie Antoine, Michel Assenmaker, Laurette Attrux-Tallau, Etienne Courtois, Grégory Decock, Philippe Degobert, Mathias Domahidy, Claire Ducène, Frédéric Fourdinier, Pierre Hebbelinck, Pierre-Philippe Hofmann, Nicolas Kozakis, Adrien Lucca, Pierre Martens, François Marcadon, Vincent Meessen, Jacqueline Mesmaeker, Harald Thys & Jos de Gruyter, Michel Tombroff, Various Artists, Mathieu Zurstrassen…

 

Jacqueline Mesmaeker, Est Sud ouest , cartons postaux, 2009-2017

Valérie Sonnier, Habiter le lieu, Montrésor, entretien avec Anne-Laure Chamboissier

Valérie Sonnier, Montrésor, crayon, crayons de couleur et cire sur papier, 2020
Valérie Sonnier, Montrésor, film super 8 mm numérisé, 10 min, 2021

Entretien entre Valérie Sonnier et Anne-Laure Chamboissier, commissaire de l’exposition. 

Tu as été invitée à réaliser un projet in situ au Château de Montrésor. Qu’est-ce qui a suscité chez toi l’intérêt pour ce lieu ?

VS.  J’ai tout de suite été enthousiaste à l’idée d’investir le Château de Montrésor. Mon intérêt a tout d’abord été suscité par la richesse de l’histoire de la famille qui se transmet le château depuis sept générations, ainsi que par la découverte lors de ma première visite de toute une partie « abandonnée » dont je n’avais pas soupçonné l’existence. Deux espaces coexistent : celui de l’étage laissé à l’abandon et la partie du château accessible au public, comme figé dans le temps. En effet, c’est l’un des rares châteaux de la région à être encore meublé comme à l’origine et tout visiteur s’y  promenant peut  aisément   ainsi   imaginer  comment la famille y vivait il y a peu de temps. Ce contraste était parfait pour parler du temps qui passe, mais aussi plus précisément pour rendre hommage à celles et ceux qui ont constitué l’histoire de ce lieu, évoquées par la présence – dans mon film tout au moins – d’un fantôme, question récurrente dans mon travail. Dans un précédent projet filmique, « Des pas sous la neige » (exposé au Frac Île- de-France au Château de Rentilly dans le cadre de l’exposition « Le Cabaret du néant »), j’avais filmé la maison familiale avant de la quitter, puis vide de tout meuble et habitée par un fantôme. Son apparition symbolise aussi bien tous les esprits que les êtres ayant habité ces lieux.

Tu as séjourné en résidence au château à trois périodes. Comment ces temps sont-ils venus nourrir ton projet ?

VS. Ces trois séjours m’ont permis de filmer et de photographier les intérieurs et extérieurs du château. Certaines idées de plans s’imposaientdéjà dès la première visite mais beaucoup d’autres sont venues au fur et à mesure en passant du temps sur place. Je filme en super 8 et envoiemes films à Berlin pour le développement. Il se passe deux à trois semaines entre l’envoi et le moment où je peux voir les images. J’avais donc besoin d’espacer ces trois séjours pour filmer en fonction des résultats obtenus. Je pensais à l’idée de l’or, du trésor de Montrésor (il existe une « salle du trésor » dans le château) et j’ai commencé des dessins en utilisant des pigments dorés. Finalement l’or est apparu en visionnant la version négative des films couleur, ce qui a déterminé ma façon de filmer pendant les deux derniers séjours. Parallèlement aux séances de prises de vues j’ai pu rencontrer des descendants du Comte Xavier Branicki. Ils ont généreusement accepté de répondre à mes questions, de me raconter l’histoire de la famille et de la Pologne et j’ai pu enregistrer des sons lors d’une soirée de Noël, occasion de retrouvailles familiales autour de chants polonais. L’installation sonore dans le projet « Montrésor » reprendra une partie de ces sons.

« Montrésor » se présente comme une vaste installation qui se déploie dans différentes pièces à l’intérieur du château. De quelle manière as-tu articulé ces  multiples éléments dans l’espace : film, dessins, photographies, son… ?

VS. Le film va être projeté dans une salle uniquement dédiée à la projection qui sera, selon l’envie, au début ou à la fin du parcours. Les dessins sont une présentation du décor, une série de vues extérieures du château. Un seul grand dessin ouvrira  le  parcours en répondant aux trophées de chasse qui ornent les murs de la salle à manger. Les photographies et les installations sonores viendront ponctuer le parcours, l’idée étant d’articuler les pièces in situ en gardant une certaine « légèreté de présence ».

Valérie Sonnier, Les trois états de la Pologne, interventions sur livres, 2021
Entre chien et loup, d’après La chasse au loup d’Alexandre-François Desportes, fusain sur papier, 2021
Valérie Sonnier, Fantasmagories, photographies argentiques et photogrammes sur transparents dans cadres anciens, 2021

Ce lieu est un lieu habité d’Histoire avec un grand H (celle de la Pologne et de la France) et celle intime d’une famille sur plusieurs générations à travers les objets et souvenirs qui meublent le château. Comment es-tu venue te glisser à l’intérieur de cela ? Est- ce une forme de nouveau récit que tu nous offres ? Et si oui quel est-il ? Ou participes- tu par ton intervention d’une sorte de revivifiance de ce lieu ?

VS. L’Histoire avec un grand H est effectivement très présente dans le château, à travers des peintures et des objets. Xavier Branicki acheta Montrésor en 1849 et en fit un refuge et un lieu de retrouvailles pour des générations de polonais. Pendant la seconde guerre mondiale, Anna Potocka  s’engagea à l’âge de 77 ans dans la résistance et joua un rôle important en accueillant au  château  les  résistants  et les juifs qui voulaient franchir la ligne de démarcation pour échapper aux nazis. J’ai aussi découvert la complexité de l’histoire de la Pologne en m’intéressant à Montrésor. Je n’ai pas choisi d’en faire l’axe principal du projet mais dans la salle de billard dans laquelle deux grands tableaux d’Histoire se font face, une pièce montrera les différents états du territoire polonais. Quant à l’histoire de la famille, elle sera présente dans le film et dans l’histoire du fantôme. Des photographies viendront se mêler aux photographies de famille. L’histoire du château est aussi une histoire  de   femmes.   Xavier  Branicki  en fit l’acquisition sur les conseils de sa mère. Anna Potocka, évoquée précédemment, a été une figure emblématique de la famille. Dans une des salles du château sont exposés exclusivement des portraits de femmes. J’y installerai une pièce qui évoquera la transmission grâce à la participation des trois filles de Georges et  Geneviève Szerauc, la dernière génération des femmes de Montrésor. Pour répondre à ta question, je pense que l’histoire du fantôme introduit une forme de nouveau récit et surtout une nouvelle façon d’évoquer les personnages de cette famille. La revivifiance étant amenée par la présence des voix, des chants et des femmes de la dernière génération.

Dans ton travail, comme cela est le cas ici, la question de lier intimement mémoire individuelle et collective est quelque chose de récurrent. J’aimerais que tum’en parles plus précisément.

VS. Dans mes premiers films super 8 « Le jardin et La plage » j’insérais des passages extraits de films 8 mm filmés par ma grand- mère de mes frères et moi enfants. J’utilisais ces images de films de famille afin de provoquer les souvenirs et d’établir un lien à une mémoire collective de l’enfance. Pour le projet Montrésor, contrairement à ce que j’avais supposé, il n’existe pas (ou cela a été égaré) d’archives familiales filmiques. Le lien entre mémoire individuelle et collective se fera donc autrement. Il existe surtout par l’histoire de la famille, le rapport à l’exil et l’attachement au pays d’origine, aux racines, et par l’engagement  d’Anna  Potocka  dans la résistance… survient alors pour nous la mémoire collective de la seconde guerre mondiale, celle que nous avons tous par les récits, les films, les images. Quant à l’exil, si l’on s’attache à l’idée de l’importance des racines, nous avons tous des racines familiales dont nous nous sommes plus ou moins éloignés. Les films dans le jardin parlaient aussi de cela, de l’importance du lieu premier, celui où l’on a passé son enfance et dont on se souvient toujours. Enfin, l’utilisation de l’extrait sonore d’un film de 1942 pourra provoquer des souvenirs cinématographiques chez certains sans forcément être associés au film cité mais à l’ensemble du cinéma français des années 40 et d’après-guerre.

Entretien publié dans le guide du visiteur de l’exposition. 

Exposition du 19 mai au 31 octobre 2021 au Château de Montrésor

Château de Montrésor 11 Rue Xavier Branicki 37460 Montrésor +33 2 47 19 27 50

Enchanté de vous connaître, Les Chiroux, Liège, Sophie Langohr, Jacques Lizène, Pol Pierart, Marie Zolamian

Jacques Lizène, art syncrétique, chaises croisées, collection Province de Liège

Depuis plusieurs années, la Province de Liège cherche à valoriser les œuvres de sa collection artistique par le biais d’expositions aux thèmes singuliers et originaux. Pour celle-ci, le point de départ fut le travail photographique de Jacques Donjean qui a suscité l’envie d’une collaboration. Photographe et réalisateur, il a rencontré de nombreux artistes de la Province de Liège dans leurs ateliers respectifs et a capturé chacun d’eux sous la forme d’un portrait intimiste en noir et blanc. Cela donne un panel éclectique qui permet d’approcher au plus près les singularités de chacun. Une démarche originale qui a conduit à l’objet de cette exposition : faire correspondre les portraits d’artistes de Jacques Donjean avec leurs œuvres figurant dans la collection. Un parallèle qui invite le public à un jeu de miroirs : Qui est l’artiste ? Où est son œuvre ? Cela renvoie à un tête-à tête privilégié créant un lien avec une œuvre d’art et un artiste. «Enchanté de vous connaître» dépasse de loin la simple formule de politesse mais invite à faire naître un sentiment fort, voire bouleversant auprès du public.

Avec, entre autres, des oeuvres de Jacques Lizène, Pol Pierart, Marie Zolamian, Sophie Langohr. 

Centre Culturel Les Chiroux, du 19 mai au 3 juin. Accès gratuit du me. au di. de 14:00 à 18:00

Valérie Sonnier, Habiter le lieu, Château de Montrésor, ouverture dès ce 22 mai

Valérie Sonnier, Montrésor,  crayon, crayons de couleur et cire sur papier, 2020

« Montrésor » est une vaste installation (dessins, film, photographies, son) que le spectateur est amené à découvrir au fil de sa déambulation dans l’espace intérieur du château. Les dessins se mêlent aux objets du château, s’ajoutent aux photographies de famille encadrées et posées sur des commodes. Le dessin permet à l’artiste d’établir « un portrait » du lieu en l’explorant dans ses moindres détails. Le film et les photographies poursuivent la description des lieux et rendent hommage aux vies les ayant traversés sous la forme d’un fantôme. Une forme blanche fidèle à la  première idée que l’on peut se faire d’un fantôme dès l’enfance, et qui représente tous les fantômes du lieu. Valérie Sonnier s’attache, non seulement, à évoquer la mémoire de lieux, mais également à lier intimement mémoire individuelle et mémoire collective.

Réunis par Anne-Laure Chamboissier, commissaire artistique, une dizaine d’artistes, ont été invités à habiter des lieux* en Touraine du printemps  à  l’automne 2021 à la suite d’une résidence de création. La thématique « Habiter le lieu » prend tout son sens en une période où chacun revoit ses modes de vie et les espaces qui l’entourent. Les artistes réinterrogent ce qui constitue ces lieux, que cela soit à travers le prisme de leur histoire, de leur architecture ou de leur fonction. Ces oeuvres dessinent une nouvelle cartographie sensible du territoire via leur regard singulier posé sur ces lieux.

Château d’Azay Le Rideau : Anne-Laure Sacriste, Chartreuse du Liget : Benoît Fougeirol, La Collégiale De Bueil-en- Touraine : Cécile le Talec,Château de Gizeux : Guillaume Constantin, Château de Valmer : Charles le Hyaric, Château de Champchevrier : Diego Movilla, Prieuré de St Cosme : Natalia Jaime Cortez, Château de Saché : Léa Bismuth et Nicolas Boulard, La Deviniere : Jean- François Guillon et Didier Galas, Domaine de Candé-Monts : Mézan d’Urville et écoMusée du Véron : Florent Lamouroux.

Exposition du 19 mai au 31 octobre 2021 au Château de Montrésor

Château de Montrésor 11 Rue Xavier Branicki 37460 Montrésor +33 2 47 19 27 50

 

Jacques Lizène, Danser sur un volcan, Frac Franche Comté, Besançon, dès ce 19 mai

Jacques Lizène participe à l’exposition Danser sur un volcan, au Frac Franche-Comté à Besançon. Ouverture ce 19 mai 2021

Jacques Lizène
Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo, 1971.
Suite de 30 photos NB, tirages argentiques, 76 x 89 cm

S’il évoque le danger, la prise de risque, l’éventuelle chute, le titre de l’exposition fait également allusion à la complexité des relations humaines et sociales. En effet la locution « Danser sur un volcan », avant de suggérer la mise en danger physique et avant de devenir une expression, aurait été prononcée pour la première fois en 1830 – peu avant la Révolution de Juillet – par Narcisse-Achille de Salvandy lors d’une réception en l’honneur du roi de Naples. Salvandy aurait ainsi averti le Duc d’Orléans du danger qui se tramait en coulisse en comparant la révolte à un volcan.

Dans la continuité de Dancing Machines dont la thématique portait sur les contraintes internes du corps, Danser sur un volcan traite des contraintes externes, celles liées à la gravité et celles liées à l’Autre, celui qui porte, touche, et dont le regard transforme le corps.

Après avoir simulé l’absence de pesanteur par l’invention des pointes dans la danse romantique et classique, la danse se libère progressivement de ces oripeaux : Martha Graham (1894-1991) ou Doris Humphrey (1895-1958) utilisent la chute et ouvrent paradoxalement un chemin nouveau, déjà pressenti dans les performances d’Isadora Duncan, Loïe Fuller ou Rudolf Laban. L’art contemporain s’en empare également, mettant en scène chute et apesanteur, depuis leur considération purement physique et corporelle, jusque dans des connotations politiques liées à l’effondrement et à la liberté.

Le deuxième volet de l’exposition interroge également la question de la relation à l’autre, laquelle est indissociable de la relation au corps. En danse, elle a débuté par les danses de couples, le Pas de Deux – simples reflets de l’agencement des codes de la société – et les danses de groupe mettant en avant des effets spectaculaires d’une masse dont il ne fallait se distinguer. La danse, en quête de liberté, s’est alors affranchie de ces conventions pour véritablement composer avec et par l’Autre. Avec Steve Paxton, et ses « contact improvisation », « le point de concentration fondamental pour les danseurs est de rester en contact physique ; s’offrant mutuellement des appuis, innovant, ils méditent sur les lois physiques liées à leurs masses : la gravité, l’impulsion, l’inertie et la friction. Ils ne s’efforcent pas d’atteindre des résultats mais bien plutôt cherchent à accueillir une réalité physique constamment changeante par une manière appropriée de se placer et de diriger leur énergie. »

Avec Paxton, l’Autre devient socle également, et même si le corps est une matière informe, mouvante, à remodeler, il se « fait » alors sculpture. Interagir avec l’Autre entraîne une réaction du corps récepteur, notamment par le regard. Des réactions plus ou moins directes : soutenir ce regard, se cacher de l’Autre, de la société, s’habiller de tissus, se parer d’objets de consommation, se mettre à nu, se débarrasser de ce qui embarrasse les regards.

Comme Dancing Machines, Danser sur un volcanréunit des oeuvres d’artistes visuels et de chorégraphes.

Avec les oeuvres de Ewa Axelrad, Pascal Baes, Andrés Baron, Matthew Barney, Yoann Bourgeois, René Clair et Francis Picabia, Denis Darzacq, Thierry De Mey, Daniel Firman, William Forsythe, Simone Forti, Maïder Fortuné, Agnès Geoffray, Dhewadi Hadjab, Anna Halprin, Ann Veronica Janssens, Paul Harrison et John Wood, Micha Laury, Édouard Levé, Jacques Lizène, Shahar Marcus, Maguy Marin, Gordon Matta-Clark, Robert Morris, Ciprian Muresan, Eadweard Muybridge, Masaki Nakayama, Steven Parrino, Steve Paxton, Klaus Rinke, Pipilotti Rist, Hans Schabus, Melati Suryodarmo, Franck & Olivier Turpin, Bill Viola, Franz Erhard Walther…

Frac Franche-Comté, Cité des arts, 2 passage des arts, 25000 Besançon
03 81 87 87 40