Alexander Lieck Jeunesse oblique, 2025 Ink on paper, 27,3 x 21,5 cmexhibition viewexhibition viewAlexander Lieck Red Flag, 2025 Oil on corrigated cardboard, 57 x 71,5 cmAlexander Lieck The Bavarian Couple, 2014 Oil and china marker, 65 x 60 cmExhibition viewAlexander Lieck WKMMAL, 2023 Oil on canvas, 105 x 140 cm De Blauwe Honden, 2023 Oil and charcoal on canvas, 115 x 154 cm
Suchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cm
A faire ce jour n’est pas une injonction, pas même le protocole d’un devoir quotidien. Le carnet d’aquarelles dont sont extraits ces quelques feuillets évoque plutôt la vitalité, l’action, la mobilité, la légèreté. Dessiner se fait à toute heure, dès que l’occasion se présente : sur un coin de table, dans un train, ce jour, ou le jour d’après. Il s’agit, pour l’artiste, de s’éveiller à l’observation, à l’invention, à la réflexion. Suchan Kinoshita renoue, ici, avec la pratique d’Hokusai Katsushika, grand maître de l’estampe qu’elle admire et qui, en 1814, invente un mot pour désigner ses innombrables carnets de croquis : la manga, néologisme issu de deux idéogrammes, man et ga. On traduira par dessins (man) foisonnants, légers, dérisoires, grotesques, spontanés, exécutés sans but préconçu (ga).
Suchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cmSuchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cmSuchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cmSuchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cmSuchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cmSuchan Kinoshita A faire ce jour, 2024 Aquarelles sur papier, recto-verso, 18,5 x 25,3 cm
Invitée durant l’été 2024 en résidence au Manoir, centre d’art et de villégiature à Mouthier-Haute-Pierre, implanté dans la Haute Vallée de la Loue, pays de Gustave Courbet, Valérie Sonnier y exposa à l’automne. Peindre, dessiner, filmer la vallée de la Loue, titre de l’exposition, rassembla trois artistes issus des Beaux-Arts de Paris, là où Valérie Sonnier enseigne le dessin morphologique. Tous trois sont donc partis sur les traces du Maître d’Ornans. Courbet, on le sait, s’est largement inspiré des paysages de son pays natal et plus particulièrement de cette vallée de la Loue, le ruisseau du Puits noir, la grotte Sarrazine, la roche Bottine et bien sûr la source de la Loue.
Au Manoir, Valérie Sonnier prend ses marques. Elle y rencontre d’abord le fantôme des lieux, c’est plus rassurant de se sentir accompagnée. Elle installe ensuite ses fantômes les plus familiers sur la cheminée, des fantasmagories finement installées dans des cadres dorés de style Napoléon III, celui-là même qui comptait remettre la légion d’honneur à Courbet, distinction que l’artiste, en républicain farouche, refusa tout de go dans une célèbre lettre ouverte. Il y a là, sur la cheminée, tout le petit monde de Victor Hugo, dont Valérie Sonnier a également fréquenté assidument le fantôme à Hauteville House, Gustave Courbet, son épouse, ses amis, ainsi que Constance Quéniaux, oui, celle de l’Origine. Deux fantômes plus intimes de l’artiste se mêlent à la compagnie. Voici les lieux habités.
Valérie Sonnier dessine dès lors le manoir qui l’accueille et prend enfin de la distance, peignant les belvédères au loin, quatre fragments de paysages karstiques et panoramiques posés sur petits bois cirés. Plein jour, pleine lune, temps d’orage et songe d’une aurore boréale, Valérie Sonnier décline les atmosphères.
Au passage, elle dessine sur papier comptable, un petit âne en bois sur roulettes portant sur son dos un célèbre camion rouge, celui-là même qui l’embarqua aux débuts de sa carrière d’artiste et même bien avant. Pour l’heure, l’âne s’appelle Gérôme, clin d’œil à Gustave. Quel âne ce Gérôme, n’est-ce-pas ? On connaît l’anecdote : Courbet appelait son âne Gérôme, pour le plaisir de dire : Gérôme est un âne., faisant ainsi allusion à Jean-Léon Gérôme, son contemporain, champion de l’académisme.
Enfin, Valérie Sonnier remonte la vallée de la Loue. Elle en ramène un petit film de six minutes, des plans serrés où l’eau, la roche, la végétation se mordorent rapidement. L’eau devient lave, la roche tellurique. Elle en ramène également un grand dessin de la source de la Loue que Courbet représenta maintes fois, la peignant sous tous ses angles, n’en retenant souvent que des éléments particuliers, comme un territoire initiatique qui ne manqua pas de provoquer bien des interprétations psychanalytiques.
Valérie Sonnier, La source de la Loue, Fusain, pastel sec, acrylique sur papier coréen, 150 x 210 cm, 2024Valerie Sonnier, Le Manoir Mouthier Crayon, crayons de couleurs et cire sur papier ligné, 33,4 x 41,5 cm, 2024Valérie Sonnier, L’âne Jerôme Crayon, acrylique et cire sur papier ligné, 30 x 39 cm, 2024
Michiel Ceulers, Gemälde, das mit dem Rücken zu einer offenen Tür gemacht wurde / Was macht ein Glasgower Zuhause so anders, so ansprechend? (The City of Dreadful Night, 2024 – 2025 Oil, acrylic, caulk, glitter & sequins on burlap on wooden pannel, 86,5 x 71,5 cmMichiel Ceulers, Ginger Bears & Lovers Il, 2024 – 2025 Oil and acrylic on found wooden jumping jack, 26 x 20 cmMichiel Ceulers, How to Decorate Without Going Broke / 25 Men’s Handkerchiefs, 2024 Oil, acrylic, wood, glitter and sequins on burlap on wooden board, 76,5 x 71 cmMichiel Ceulers, Boarding time / Nur wir (die getrennt sind), 2024 Oil, acrylic & sequins on cotton duck & demin on wooden board / artist made frame; cardboard 57 x 34 cmMichiel Ceulers, Nocturne affection (Theory of a Woman ́s Back), 2024 Oil, acrylic, wooden Beats and sequins on cotton duck on wooden board, 60 x 66 mMichiel Ceulers, Something Old, Something new, Something Borrowed, Something Blue 2024 – 2025, Oil & acrylic on cardboard packaging, 21,5 x 25,5 cmMichiel Ceulers, In den Klauen deiner Wattebäusche / der Übergang von Jungfrau zu Braut (En prévision du bras cassé), 2024 – 2025. Oil, acrylic, gloss paint, mosaic mirror tiles on cotton duck on wooden panels, 88 x 200 cmMichiel Ceulers, A downtown scene at 9th street / a parody on Sesame Street (I always thought she was a singersongwriter/ a female object trouvé next door), 2020 – 2022. Acrylic, oil, encaustic, gloss paint and mirrors on cotton duck on stretchers, 180 x 138 cm
Michiel Ceulers, Mère de toute patience / Gage de mémoire / Délire de Bacchus 2022-2024 Oil, gloss, caulk, plastic foil, acrylic mirrors, glitter, pigment on, canvas on board / artist made frame foam board, 43 x 107 cmMichiel Ceulers, Jetzt geh ich in den Birkenwald, denn meine Pillen wirken bald (Unlängs verlängerte Originale) 2024, Oil, acrylic, sequins, mosaic mirror tiles & woodglue on cotton duck in found frame / artist made frame; tinfoil & cardboard, 64 x 54 cmMichiel Ceulers, Forms observed on the Copenhagen shoreline / Studies in Transfiguration and Beyond the Threshold and Back Again 2024, Oil, acrylics, encaustic and sequins on canvas / artist made frame; cardboard, 97 x 55,5 cmMichiel Ceulers, Big Cat / Der Hund im Spiegel, 2020 – 2025 Oil, acrylic, gloss, caulk, diamond dust, acrylic mirrors on wooden board / artist made frame; cardboard, 58 x 54 cmMichiel Ceulers, Der Kommodore meiner Seele / A Gliding Gaze a.k.a. Das Schwitters-Geheimnis, 2024 – 2025 Oil, acrylic, encaustic on cotton duck on wooden boards, 89 x 86,5 cm
Michiel Ceulers, The Beginning Was a Retrospective, 2024 Oil, acrylic & spraypaint on canvas, 80 x 183 cmMichiel Ceulers, Produce-Reduce-Reuse (Berliner Bild), 2025 Oil, acrylic, glitter and wood on burlap on stretchers bars & wooden bar, 64 x 81 cmMichiel Ceulers, Mother as docked idol with move-in date (Paint Also Known as Blood), 2025 Oil and spraypaint on acrylic plate, 57 x 60 cmMichiel Ceulers, Falling asleep at the harbor, happiness and sorrow, the past, date ? Oil, spraypaint & gesso on cardboard, 27,5 x 37 cmMichiel Ceulers, Retrouvons nous au Rhin pour oublier ensemble qu’un fleuve peut aussi être une frontière / American Dreamer in Italy / A Sudden Gust of Wind (after Hokusai), 2025 Oil, acrylic, wood on checkered board cotton on stretchers & wooden board, 59 x 57 cmMichiel Ceulers, The Effects of Bad Government (Lieder für schwule Hunde), 2020 – 2025 Oil, acrylic, caulk and cardboard on cotton duck on stretchers, 133 x 133 cm
Michiel Ceulers, She Clock Me Clock We Clock / Zigzag Girl (Hodler, Woman on her Deathbed), 2023 – 2025 Oil, acrylic, glitter, caulk and tinfoil on cotton duck on stretchers, 77 x 77 cmMichiel Ceulers, When Nietzsche Wept (Association des charpentiers), 2022 – 2025 Oil & acrylic on cotton duck on stretchers, 180 x 137,5 cmMichiel Ceulers, Completed to the Satisfaction of All Who Have Concerns (Autoportrait à l’âge de 42 ans) 2024 – 2025, Oil, gloss and acrylic on cotton duck on stretchers, 96,5 x 94 cmMichiel Ceulers, Egyptian Eyes from Sarcophage / Gardens of the blind, 2025 Oil, acrylic, glitter on leatherette pillow with buttons, 48 x 49 cmMichiel Ceulers, S’allonger dans le fromage, sourire dans le beurre (Hippies use side door), 2024 Oil, acrylics, mosaic mirror tiles on wood and canvas on board / artist made frame; cardboard & foam board, 101 x 153,5 cmMichiel Ceulers, Je veux jouir dans tes jeux / manger le ciel (hommage a John Giorno), 2021 Oil, acrylic, gloss paint, silicone and Perspex on cotton duck on wooden board, 42 x 47 cm
Michiel CEULERS, L‘autocorrection dans la peinture (Pasta with Plate), 2023 – 2024 Oil, acrylic, spray paint, mosaic mirror tiles on cotton duck on stretchers and toilet seat, 56 x 107 cmMichiel CEULERS, Endgame: Reference and Simulation in Recent Painting / Im Goldenen Zeitalter des Zeichentrickfilmshäufig von Porky Pig verwendet (Is Bugs Bunny a queer role model?), 2022. Oil, encaustic, gloss paint, spray paint and staples on cotton duck on stretchers, 150 x 162 cmMichiel Ceulers, Reaching for the Chicken at Jack’s / Weltraum-Safari, 2024 – 2025 Oil, acrylic, gloss paint & caulk on linnen in found frame,78 x 68,5 cmMichiel Ceulers, Das Kind mit dem Bade ausschütten /Burning down the house to cook a steak (Popular Toys) 2025, Oil, acrylic, gloss paint on cotton duck on stretchers / artist made frame; cardboard & foam board, 170 x 172 cmMichiel Ceulers, Rainbow Falls is acting up again / Überprüfe das Wort oder die Wörter, die die Menschheit am besten beschreven, 2025, Oil, acrylic & caulk on cotton duck on stretchers & found picture frame, 93 x 79 cm
Extraits et transcription d’un podcast réalisé dans le cadre de l’exposition Regenerate, au Wiels, en 2021. Une conversation entre Sandrine Morgante et Jean-Philippe Convert, à propos de l’oeuvre Mélatonine.
SM : En mars 2020, je t’ai demandé ton avis sur une série de dessins en cours, des dessins d’image de boites de médicaments pour le sommeil, tous au crayon gris sur des photocopies noir et blanc, format A4. J’y mêle la littérature présente sur ces boites de médicaments à ma propre littérature d’insomniaque, des extraits de mes nombreux enregistrements, confidences nocturnes que je consigne depuis 2015. Je cherchais à souligner l’inefficacité de ces médicaments face aux problèmes de sommeil, souvent liés à une angoisse existentielle alimentée par un système productiviste. L’excès de bonnes intentions formulées sur ces boites de médocs nous mettent la pression : il convient de bien dormir afin d’être efficace dès le réveil. Leur consommation participe donc d’un stress généralisé. C’est un cercle vicieux.
JPC : Et je t’ai répondu que je trouvais tes dessins très respectueux de l’image du produit, et qu’il ne fallait pas hésiter à polluer la propagande de ces somnifères.
SM : J’en ai tenu compte. Je me suis mise à utiliser de gros marqueurs noir, à écrire en grand, à raturer les images. Comme sur celui-ci où j’écris en grand, en avant plan : Je veux trop te voir, je le dois, je le sens, tu m’attires comme un aimant. Puis, en petit, comme dans un dialogue: A ce point-là ? Sur base seulement de mes messages ? Enfin, en arrière plan, on découvre la littérature vantant le médoc : Endormissement plus rapide. Mélatonine. Sommeil Réparateur. Passiflore. Sans dépendance ni accoutumance.
JPC : Comme sur celui-ci où sur la boîte de somnifère, il est sagement écrit : Activa bien-être. Sommeil. Libération prolongée. Contribue à l’amélioration des troubles du sommeil. Évite les réveils nocturnes. Favorise délassement, calme et détente. 45 gélules sous blistères. La typographie est rassurante. Et toi, tu dessines : Certes nous venons de deux mondes séparés, mais il a bien fallu que quelque chose nous relie. Si l’on peut se rencontrer, c’est parce qu’on est ouvert aux autres. Et je suis ouverte aux autres. Quel était ce lieu ? L’attirance physique, présence, voix, odeur, ou l’inconnu.
SM: Pour faire ces dessins, j’ai parfois utilisé les mots qui me restaient en tête au moment du réveil, des prises de notes dans des carnets aussi. L’essentiel de ce que j’ai réécrit sur ces dessins provient d’enregistrements audio fait durant les heures d’insomnie. J’en ai plus de deux cent. Je parle, je dis tout ce qui me passe par la tête afin de me délivrer, de m’extraire de mes obsessions. Il faut que cela prenne forme. C’est un flux continu, des suites de pensées parfois discontinues. Lorsque je les réécoute, il m’arrive de me sentir apaisée, et même de me rendormir tout en les écoutant. En fait, je réécoute ma propre voix et c’est comme si j’avais été entendue.
JPC: Tu as élaboré cette série durant la période du premier confinement lors de la pandémie, cette assignation à résidence généralisée.
SM : Cette période où l’on a été obligé de cesser toute activité fut pour moi source d’apaisement plutôt que d’être une source d’angoisse. Je me suis mise à bien dormir. J’étais soulagée : ne plus penser à toujours réaliser, se libérer des défis, du stress, ou même de devoir entretenir des relations, d’en créer de nouvelles. C’était libératoire.
JPC: En fait, le monde du jour s’est endormi et cela t’a aider à dormir. Cette inversion jour/nuit est intéressante car, en principe, dans le régime capitaliste qui est le nôtre, le jour est productif tandis que la nuit, on se repose afin d’ être productif le jour suivant. Il y a quelque chose de contradictoire à propos de ces somnifères : ils ne permettent pas l’abandon; ils véhiculent une injonction.
SM : Oui, respecter la règle, la loi. Bien dormir pour être efficace et productif le lendemain.
JPC : Cela me fait penser à l’injonction paradoxale telle que définie par Grégory Bateson, cette technique de manipulation utilisant des affirmations contradictoires très largement appliquée par la publicité : Soyez libres, manger des pâtes ! Soyez libres, achetez telle voiture ! On a vu fleurir une injonction paradoxale sur nos balcons au moment du lockdown : On vous aime, restez chez vous ! Lorsqu’on aime quelqu’un, on a surtout envie de l’avoir près de soi et non pas qu’il reste chez lui. Cela rend les gens fous…
SM : Ou impuissants.
JPC : Ton travail serait donc de retrouver de la puissance.
SM : Une puissance contre un pouvoir mis en place, une puissance alternative face à un pouvoir qui passe par un langage normatif. Mes paroles d’insomniaque sont complexes, incertaines, elles sont balbutiements et tremblements. Elles s’opposent au langage normatif qui, lui, propose quelque chose de prévisible et de stable. Donc, oui, on peut dire que c’est une manière de retrouver un peu de puissance personnelle. Le fait de faire poésie, le fait d’être créatif, c’est une façon de contrer ce pouvoir normatif.
JPC: En montrant tes mots enregistrés, tu entres dans un processus de réification du langage par la création visuelle. Tu montres le langage qui, ainsi, devient objet à voir.
SM : C’est ainsi que je conçois le fait de dessiner. Mettre en évidence une graphie qui révèle l’identité, les émotions, une nervosité, un empressement ou une envie de lâcher prise.
JPC : Cela me fait penser à L’Homme au Magnétophone ou l’analyste en question (1967) de Jean-Jacques Abraham. C’est une formidable pièce sonore. Jean-Jacques Abraham qui avait été en analyse de 14 à 28 ans, sans faire de progrès, vient à sa dernière séance avec un enregistreur et réclame des comptes à son analyste. Cela lui vaudra d’être interné.
SM: Abraham pose un acte fort, celui de demander des comptes à quelqu’un qui incarne la domination, la figure du père. D’ailleurs, il parle beaucoup du père. C’est un équivalent : le père, le psychanalyste, le patron, toutes les figures du pouvoir. Il utilise l’enregistreur comme un témoin. Il faut donc s’expliquer devant ce témoin. J’ai pour ma part été très impressionnée par les oeuvres de l’artiste argentin Léon Ferrari et particulièrement par la série des Escritura Deformada, des textes politiques qu’il écrit lui-même ou qu’il s’est approprié, qu’il dessine et déforme, jusque’à les rendre presqu’illisibles. La malléabilité de la ligne de Ferrari est une métaphore appropriée de la flexibilité nécessaire aux dissidents qui doivent trouver des moyens de s’exprimer sous des régimes politiques répressifs. Il y a Mira Schendel, une artiste brésilienne qui a vécu en Suisse, également. Ses Objetos gráficos datent également des années 60. Ce sont des écritures manuelles libres, des tracés, des ratures, des phrases dans des langues différentes, des mots dessinés sur les deux faces de feuilles translucides. Le trouble en les voyant est constant. Ces dessins sont plurivoques, plusieurs voix dans des langues différentes, des langues qu’elle connaît et qu’elle mêle à des gribouillis. Qu’est ce qui est lisible, qu’est ce qui ne l’est pas ? Le scotch art de Gil Wolman, artiste français qui a fait partie de l’internationale lettriste m’inspire aussi. En transférant des mots sur du collant adhésif transparent, il manipule titres et images des journaux afin de subvertir le langage des mass media. Nous étions contre le pouvoir des mots, contre le pouvoir, disait-il.
JPC : Cela claque comme un slogan de manifestation… Tes propres textes pourraient également surgir sur des calicots, `non ?
SM : Durant le confinement, j’ai créé un calicot, un slogan assez commun à ce moment : Du fric pour l’hôpital public. Mais j’ai aussi écrit en beaucoup plus petit : L’inégalité tue. J’ai été très fière de mettre ces mots à ma fenêtre, dans l’espace public.
JPC : Il y a de l’ironie dans tes dessins., de l’humour, des jeux de mots.
SM : Un humour presqu’accidentel, par pure sincérité. Mettre certains mots à côté d’autres n’est pas sans effet. Ecrire, par exemple, je veux trop te voir à côté des mots typographiés sans dépendance, sans accoutumance, cela crée une contradiction qui provoque le rire.
JPC. C’est le principe de l’inadéquation.
SM : Voilà, je fais de l’humour par inadéquation.
Jean-Philippe Convert vit et travaille à Bruxelles. Il est écrivain, plasticien et performeur. Son travail est notamment orienté autour des questions liées au rapport entre texte et image, ainsi que sur la création de langues inventées, cryptiques ou considérées comme marginales.
Podcast à écouter sur: https://soundcloud.com/wiels_brussels/regenerate-conversation-entre-sandrine-morgante-jean-philippe-convert-fr