novembre 2011

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Honoré dO, grisailles, drawing system

grisaille
nf (gri-zâ-ll’, ll mouillées, et non grizâ-ye)
Peinture qui se fait avec du blanc et du noir, et qui représente des objets supposés blancs. Les grisailles sont une imitation du bas relief. Faire de la grisaille. Travailler en grisaille. Peindre en grisaille. Terme de peinture sur verre. Grisailles, verres peints en tons légers.Esquisses préparatoires où les couleurs locales ne sont point indiquées. Peinture ne comprenant que des tons gris.

 


Photos : Alain Alquien. Le Parvis CAC, Tarbes.

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Collaboration entre les services de la Lecture Publique et des des Arts plastiques de la Province de Liège, l’Homme Bulle d’Emilio Lopez-Menchero campera plusieurs mois à Liège, non loin de la Bibliothèque des Chiroux, à l’angle de l’avenue Maurice Destenay et de la rue des Croisiers. Le lieu choisi, au pied de la principale bibliothèque publique liégeoise est bien sûr emblématique : l’Homme-bulle absorbe, révèle et fixe l’intensité sociale, sa concentration en un point où le mouvement est le moteur d’une narrative sans fin, constituée d’une multitude d’anecdotes anonymes, signées. Emilio Lopez Manchero en investissant l’espace urbain de cette façon questionne la sculpture publique traditionnelle en offrant aussi la possibilité à tout un chacun d’intervenir et donc de laisser une trace, une empreinte ou autre message.

L’inauguration de cette installation se déroulera le jeudi 1er décembre à 18h, en l’espace Rencontre de la Bibliothèque des Chiroux. En présence de l’artiste.

A propos de l’Homme Bulle, dans le cadre de Aux Arts Etc, alors que la sculpture campait à Waremme, non loin de l’Hôtel de Ville :

« Rien qu’un homme à la rue qui attend comme la cloche que quelqu’un d’autre lui dise pourquoi  il est là ». « Cultures-tu ? ». « Porte-parole ouvert à tous ». « Veux-tu m’épouser ? ». « Super le Centre culturel de Waremme, l’équipe est géniale, les spectacles de qualité. Dommage que ces gens soient mal payés ! ». « On t’aime Papa ! ». « Sacré Jacky ! ». « Surtout ne pas se dégonfler ». « Tout le monde s’appelle Roger ».

Les Waremmiens, on le voit, s’en sont donné à cœur joie. Ils ont tagué à volonté la bulle de l’« Homme Bulle » d’Emilio López Menchero. Ils l’ont même tatoué d’une grande marguerite, d’un monumental point d’interrogation, ont débordé sur son costume trois pièces, l’ont affublé de moustaches et ont redessiné ses yeux. « Bulle à savon, bulle à idées, attention ça glisse ».  Bref, ils se l’ont approprié.  Après avoir été installé à Bruxelles et avant de rallier Liège, l’ « Homme Bulle » était à Waremme, campant dos à l’hôtel de police et face à l’Hôtel de Ville.

Architecte de formation, Emilio López Menchero ne pratique pas, mais considère l’espace public et urbain comme un espace critique et y intervient régulièrement. Performances, installations, commandes publiques jalonnent son parcours. On le soupçonne de vouloir tatouer la Spanner Haus d’Adolf Loos. Très sévère par rapport à toutes les dérives que le « Crime et ornement »de l’architecte viennois a généré, il cite volontiers Hans Hollein et son Manifeste de 1968 : « Alles ist Architektur ». Tout est architecture, y compris la construction de soi. Ainsi, il habite la ville de Gand du cri de Tarzan, exporte, en guise de bancs publics, des frites géantes en Norvège, dessine une bâche de camion dont il mesure la capacité maximum à échelle humaine, constatant que deux cents individus, serrés en rangs d’oignons, pourraient y prendre place. À Ixelles, il reconfigure la friche de la place Flagey en « projet Potemkine », dressant, en quelques heures, une rue de toiles à la manière des faux villages prospères érigés par le favori de Catherine II en Ukraine. À Ath, il introduit un géant, Monsieur M, monsieur Moderne, au cœur de la procession des géants séculaires de la cité. On lui doit, bien sûr, « Pasionaria », ce porte-voix monumental installé à proximité de la gare du Midi à Bruxelles. Orientée vers la gare, ce lieu de confluence, référence à un épisode de la Guerre d’Espagne, « Pasionaria » matérialise la parole manifeste. Cette commande publique est dédiée à tous les migrants dans un lieu où se déroulent de régulières manifestations sociales et politiques.[i]

Monsieur Moderne, le géant d’Ath, ressemble à ces silhouettes anonymes esquissées par l’architecte théoricien Ernst Neufert, auteur des célèbres « Eléments des projets de construction », cette base méthodologique de la mesure de toute chose, de la norme et des prescriptions, publiée pour la première fois en 1936 à Berlin. Les silhouettes qui parsèment les croquis domestiques et vernaculaires de Neufert, traversent depuis longtemps déjà, les œuvres d’Emilio López Menchero. L’ « Homme Bulle » leur ressemble aussi. Citadin en complet veston, il est, au même titre que le porte-voix bruxellois de la « Pasionaria », un espace relationnel. De sa bouche s’échappe un monumental phylactère. Bulle ronde, vide, immaculée, c’est une muette invitation. La sculpture n’est pas un objet à regarder, mais une situation à composer. L’œuvre est en quelque sorte inachevée et son achèvement plastique suppose que le spectateur y mette la dernière touche. Au stylo feutre, bien entendu, à la bombe aérosol. Rien n’est imposé, au contraire, c’est une situation ouverte, à l’état de passage, où l’intersubjectivité se révélera mécanisme de création, la nature processuelle de la réalisation faisant de l’œuvre un événement[ii]. Le graffiti, le tag, l’empreinte directe, sont autant de signes de la culture urbaine contemporaine ; ici, ils permettront de créer de l’« être ensemble ». Être ensemble, artiste et regardeur, être ensemble, grapheurs d’un jour, tagueurs d’occasion, rassemblés sur la bulle. Campé sur le trottoir, l’« Homme Bulle » est le porte-parole de la population. Il sollicite le passant, lui propose de s’évader de ce tout ce qui est conforme, prescrit, recommandé, correct ou anonyme pour un moment de libre expression.


[i] A propos d’une série de projets réalisés: « Emilio López-Menchero, « Alles ist Architektur », Jeunes Architectures/Young Architecture », CIVA / A16, Bruxelles,  2007.

[ii] Voir à ce sujet : Paul Ardenne, « Un art contextuel », Paris, Flammarion, 2002, pages 179 et suivantes.

Juste avant l’inauguration de L’Homme Bulle à Liège, Emilio Lopez Menchero participe au « Bone 14, Festival für Aktionskunst in Bern », festival de performances qui se déroule du  29 novembre au 3 décembre dans la capitale helvétique. Emilio Lopez Menchero réactivera sa performance « Claquettes », créé pour le festival Monumentum à Bruxelles en 2010. « Claquettes » est une performance qui a eu lieu le 4 juin de 22h30’ à 22h 37’, en l’ancienne brasserie Bellevue à Bruxelles.

 

Emilio Lopez Menchero : Ici à Bern, le principe est identique , mais le déroulement in-situ reste totalement imprévu. Souvent lorsqu’on me demande « que sais-tu faire de tes dix doigts ? », je réponds en claquant des doigts le plus rapidement possible, rare chose que j’arrive à faire parfois avec une certaine virtuosité… Assis, torse nu sur un tabouret, je suis isolé auditivement du public. Je porte un casque audio très isolant acoustiquement, relié à un ipod situé dans ma poche. Un projecteur de lumière ne se concentre que sur mon torse. A Momentum, le hasard porta le choix sur la chanson « Carmela » de Camarón de la Isla, mais ici cela peut-être une tout autre. Je réagis spontanément au rythme de la musique en claquant mes doigts et en tapant le sol avec mes bottes à talon (prestation que je fais avec le plus de dextérité possible). Le public n’entend évidemment rien de ce que j’écoute, et moi-même je n’entends ni les réactions du public, ni même le son que je produis.

Les artistes invités au Bone 14 : Bean (GB) -Fredie Beckmans (NL) – Marina Belobrovaja (CH) – Domenico Billari (CH) – Frieder Butzmann (DE) – Esther Ferrer (ES) – Terry Fox (US)- GX Jupitter-Larsen & Jessica King (US) – Haus am Gern (CH) – Mischa Kuball (DE) – Emilio López-Menchero (BE) – Ka Moser (CH) – Boris Nieslony (DE)- Yoshinori Niwa (JP) – Dorothea Schürch (CH) – Lara Stanic (CH) et Filippos Tsitsopoulos (ES)

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(si le langage remplace le titre)

Ces objets, sculptures et volumes semblent pouvoir évoluer à leur gré et, se déployant ou se repliant sur eux-mêmes, envahissent de manière quasi organique l’ensemble de l’espace.  Honoré d’O compose ici une exposition comme il peindrait un « all-over » dans l’espace et se sert sans exclusive des murs, sols, plafonds et des objets les plus insolites  : rouleaux de papier toilette, tubes PVC, pinces à linge et pelles à tarte,  pour composer des oeuvres tentaculaires, ubuesques mais toujours poétiques.

Or, c’est dans ce labyrinthe – élaboré de façon empirique puisqu’il est toujours constitué des mêmes éléments arrangés, ré-arrangés et présentés en de nouvelles combinaisons – que le visiteur devra faire un choix d’un itinéraire s’il veut s’échapper de ce méandre contaminant. Pour cela, il est possible qu’il soit invité à participer ou qu’il ait à manipuler un sculpture, bouger un tube…
Car,  comme de coutume, l’exposition est conçue de manière vivante  et ludique, dans une interaction directe avec la déambulation/respiration du spectateur dans l’espace.

Magali Gentet

 

Photos : Alain Alquien. Le Parvis CAC, Tarbes.

 

 

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Jacques Lizène était l’invité ce jeundi 24 novembre de Pascal Paradou pour l’émission « Culture Vive », le rendez-vous culturel quotidien de RFI qui prend le pouls de l’actualité artistique dans les capitales du monde et raconter la culture telle qu’elle se vit en France. Podcast avec petite chanson médiocre.

Et quelques images, encore, de l’exposition « Désastre Jubilatoire » qui se termine ce week-end au Passage de Retz

 

Séquence avec enregistrement sonore. Pieds 1971. Première petite chanson médiocre. Pieds, 4 photographies NB, 45 x 58 cm. 1 cassette préenregistrée. 1971

Mais qu’y a-t-il sur mes souliers ?
Deux lacets lacés ou délacés
Mais qu’-a-t-il sous mes souliers ?
Deux semelles caoutchoutées
Et qu’y a-t-il dans mes souliers ?
Deux chaussettes et deux pieds
Et qu’y a-t-il au bout de ces deux pieds ?
Dix doigts agités, agités
Hop ! La la la
Hop ! La la la

Exemple de Petite Chanson médiocre, 1971, 1980, remixée en 2000. Affligeant.
Jacques Lizène en a créé plusieurs dizaines, toutes plus minables les unes que les autres, qu’il chante d’une voix nasillarde, sur fond de forte rythmique et autres bruitages agaçants. Lizène a gravé un vinyle, ensuite, en 2000, un remake d’une vingtaine de titres, parmi lesquels Vasectomie Youppie !,  L’Amour, la Mort, Courte Catastrophe, Le Slip, La Somnolence, l’Ennui, La banane n’est pas l’ananas ou Le Lendemain de la veille. À écouter, en effet, un jour de gueule de bois.

But what’s that on my shoes?
Two laces tied or untied
But what’s that under my shoes?
Two rubberised souls
And what’s that in my shoes?
Two socks and two feet
And what’s that at the end of those two feet?
Two busy, busy toes
Hup! La la la
Hup! La la la

Example of a Mediocre Little Song, 1971, 1980, remixed in 2000. Pathetic. Jacques Lizène has created several dozen, each more pathetic than the next, which he sings in a nasal voice with annoying sound effects and a strong background beat. Lizène then cut an album in 2000, a remake of about twenty tracks, including Vasectomy Yippee!, Love, Death; Short Catastrophe; Underpants; Somnolence; Boredom; Bananas are not Pineapples; The Morning After the Night Before. To indeed be listened to when you have a hangover

totem vidéo avec neige.

En haut :
Minable music-hall en vidéo art.

1982 (projet 1981), couleurs, son, U-matic transféré sur DVD, 27’59. Production RTBF Liège. (Avec la collaboration, entre autres, de Paul Paquay, du groupe La Vatory, d’un chien et d’une chienne anonymes, etc.…)
Mauvaise fantaisie académique et art de banlieue, le minable music-hall en vidéo art est une suite de scénettes ou capsules particulièrement médiocres du Chanteur-en-dessous-de-tout à la fontaine de cheveux. Deux chiens copulent tandis que Lizène chante «elles naaaissent,  elles baaaisent », La banane n’est pas l’ananas interprété avec une chorale d’enfants, « La Démocratie » chantée avec une ballerine, « La Somnolence », « Le Lendemain de la Veille », le totem de moniteurs, la danse nulle et autres minables chefs d’œuvres. Avec la complicité, bien sûr, du groupe La Vatory et un certain nombre d’images superflues. « Ce sont des clowneries faussement naïves, écrira Emmanuel d’Autreppe, mais qui prennent déjà à rebours, ou de biais, l’emprise de la grande machine à hypnose ou des principaux dispositifs de vision, le diktat omniscient du Big Brother consumériste à balayage électronique ».
Part 1. Deux chiens copulent tandis que le petit maître à la fontaine de cheveux chante : «  elles naissent, elles survivent, elles baisent, elles pondent et puis elles meurent ». Jacques Lizène se met une prise de courant dans le nez en chantant l’ennui et chorégraphie sa danse nulle, Sylvana Belletti se balance face à une corde de pendu.
Part 2. Le chanteur en dessous de tout, La Somnolence, le totem de moniteurs vidéos.
Part 3. « La banane n’est pas l’ananas ». Un chef d’œuvre médiocrissime accompagné d’une chorale de fillettes et jeunes femmes aux grimaces dignes des pitreries du petit maître. C’est le haut de l’affiche du plus minable des music-halls.
Part 4.  Le Chanteur-en-dessous-de-tout et la ballerine câbliste.
Part 5.  Le lendemain de la veille, le guitariste et la cuvette de doubles vécés.
Part 6. Les images superflues.

En bas:
Quelques séquences d’art sans talent 1979.

1979, Couleurs, son, U-matic transféré sur DVD, 9’11, production RTBF. Vidéographie.
« Jacques Lizène (artiste de la médiocrité et de la sans importance) présente : l’art banlieue ou banlieue de l’art, Quelques séquences d’art sans talent (1979). Revendication : considère que l’artiste de la médiocrité a le droit à la célébrité et à l’argent plus que l’artiste talentueux qui, lui, peut se contenter de son art. Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! ». Les séquences d’Art sans talent se composent d’une suite de clips et de pitreries à refaire en pire ! Pas assez raté !
Part 1. Sur fond de messages les disqualifiant (mauvais, très mauvais, à refaire, trop mal fait pas assez raté, sans intérêt, texte insipide, idée faible), une suite de petites pitreries parfaitement affligeantes. Jacques Lizène suit une tache du doigt sur l’écran (mauvais), repousse la mire d’une pichenette, chante mais on ne l’entend pas (personnage insignifiant), contraint son corps à rester dans le cadre de l’image, forme un étron en pressant un tube de couleur (infantilisme navrant).
Part 2. Deux petites femmes nues se dandinent avec une plume entre les fesses en bord d’écran, tandis que la silhouette du petit maître se désagrège et finit par brandir un drapeau blanc. Inepte, inexpressif, injustifiable, insuffisant, sans intérêt.
Part 3. Sur fond de petite femme agitant ses seins nus, le petit maître en minable cuisinier burlesque s’enfarine le visage, se maquille de concentré de tomate et débite à grands coups de couperet son concombre, son aubergine, sa carotte, mais non, pas son sexe, enfin c’est tout comme. Même pas misérable, un chef d’œuvre d’art nul.
Part 4. Peinture minable. Le petit maître crache sur une vitre, réalisant ainsi une peinture minable façon action-painting.

 

Sculpture nulle, bétonnière rythmique, bétonnière, billes, micro et amplificateur de son, rehaussée de dessins médiocres façon 1964, 120 x 130 x 70 cm, 2007

A propos des Petites chansons médiocres et du Chanteur en dessous de tout, cet avis d’André Stas, complice de la première heure :

Chanson Médiocre (petite). À l’entrée « Minable Music-hall par le Chanteur-en-dessous-de-tout », vous saurez tout de la genèse de l’invraisemblable succès des petites chansons médiocres. Depuis « Il faut adorer l’école, adorrer, adorrrer l’école… même si l’on préfère la croupe de la blonde petite Nicole… car elle vous apprendra la manière d’être rôdé aux rôles, rrôdé aux rrôles, rrrôdé aux rrrôles, rrrrôdé aux rrrrôles… » jusqu’à « NADA, c’est le mot qu’écrivit Goya au bas d’une toile couleur caca… Nada… pas Basta !… » en passant par « Oyez, oyez, c’est Noël ! Fiente de tourterelle… Ventre de pucelle… Vieux caleçon couleur Isabelle… », il nous en aura pondu plus d’une bonne centaine, l’ami Jacques ! Toutes philosophiquement extravagantes, lamentablement géniales (si vous nous permettez cet oxymoron bienvenu). Tantôt il plaignait la pauvre petite Poupette, petite chienne croisée griffon : « Elle, c’est son maître qui la maintient loin de la saillie ; lui, c’est les maîtresses qu’il n’a pas qui le laissent et le délaissent là ! » Tantôt, il affirmait qu’il ne serait pas papa, « non pas papa, non pas ! » ou que la banane n’est pas l’ananas, car « la banane n’a pas ce que l’ananas a… ». Lizène, accompagné par un rasoir électrique, un moulin à café, une boîte à musique, un réveille-matin ou encore par des musiciens d’occasion maltraitant leur instrument ou imitant le cri de la mouette, rieuse ou non, asséna aux auditeurs sidérés sa vision si personnelle de notre triste monde, tout empreinte d’une poésie brute, « dont le besoin se faisait généralement sentir », comme aurait dit le Père Ubu. Après les fêtes de fin d’année, il pondait Le Lllendemain de la vvveille, où il se présentait comme chantant la tête impérieusement engloutie par la cuvette des W.C. pour complaire à son estomac révulsé. Pâques devenait pour lui la « fête des petits pets » (vu qu’on avait forcé sur les œufs durs). Les vacances arrivaient-elles : « Partir… Vous pouvez partir… Sans moi !… car il vous faudra de toute façon revenir… Ha ! ha ! ha ! » La Grande Ménagerie traitait-elle de « la drogue », le chanteur en-dessous de tout confessait que, pour sa part, il s’adonnait à la Somnolence. Chaque semaine, nous pouvions être assurés qu’il allait nous confronter au « jamais entendu », que sa verve ébouriffante s’apprêtait à littéralement nous asseoir, tant c’était astap, comme on disait jadis (traduire : à s’ taper l’ derrière par terre à la cadence du pas ordinaire). La médiocrité musicale revendiquée haut et clair finissait pas ne plus du tout s’avérer ennuyeuse : l’esthétique de l’échec aboutissait ! On en venait quasi tous à trouver ça vraiment Beau ! Plus intéressant, en tout cas, que les étronneries du hit-parade. « Exister, c’est insister », comme l’a si intelligemment énoncé Johnny Hallyday, et Lizène, à force de taper et retaper encore sur les mêmes tympans, parvint à commettre de petits chefs-d’œuvre, que la génération des kids actuels encense d’ailleurs éperdument ! En son pays, le prophète est nul… Dont acte ! (A.S.)

Chanteur-en-dessous-de-tout. À l’aube des années 80, Jacques Delcuvellerie, caressant l’idée de faire renaître une radio de création, prit contact avec ses potes de l’équipe du Cirque Divers, 
jamais en panne d’idées déjantées. Naquit ainsi le concept de « Radio Titanic », sorte d’Hara-Kiri sonore, qui, pendant deux saisons (un vrai miracle !), chaque samedi matin, défraya la chronique, tant pour son cynisme permanent que pour sa propension au mauvais goût. Le statement en était : « Jadis, la situation était grave mais pas désespérée ; aujourd’hui, la situation est désespérée mais ce n’est pas grave. » La dernière heure (entre 11 h. et midi), intitulée la Grande Ménagerie, permit à la joyeuse bande de littéralement « se lâcher » en assénant son point de vue éminemment (im)pertinent sur la société contemporaine. Après avoir donné largement la parole à des personnages inclassables, inventeurs de cosmogonies, Messies autoproclamés, fous littéraires de tout poil, collectionneurs hors normes, chanteurs de rues, voire un athlète forain simple d’esprit (dans la séquence intitulée S’il te plaît, dessine-moi un mutant), un thème hebdomadaire était choisi, volontairement provocateur ou simplement absurde, les outrances passant sur antenne indignant régulièrement tant la direction des programmes ébranlée qu’une solide 
cohorte de « chers auditeurs » choqués. Par exemple, si l’on abordait les vacances, c’était en ne parlant que des innombrables touristes qui se tueraient sur les routes ou, s’il était question des amourettes de l’été, celles-ci n’étaient envisagées que sous l’angle des maladies vénériennes. Ce thème était choisi le lundi, au cours d’une soirée plus que copieusement arrosée. Le mardi et le mercredi, chacun concoctait ses contributions dans son coin (fausses pubs débilissimes, Petites Annonces de la Petite Annick, billets d’humeur, sketches assassins, gags pénibles, canulars téléphoniques décapants, interviews lamentables, …), matériel enregistré le mercredi et le jeudi puis monté le vendredi. Comme Jacques Lizène assistait – en indéfectible ami, venant écluser à l’œil – aux agapes du lundi, Jacques Delcuvellerie, se souvenant de l’émission Dérive (3eme programme, avril 1979) où il avait invité le Petit Maître à interpréter ses Petites Chansons médiocres pour cassettophone à placer dans les musées et les galeries d’art (1971), lui suggéra de composer chaque semaine une chanson de trois minutes sur le thème hebdomadaire de la Grande Ménagerie : le Chanteur-en-dessous-de-tout était né et le Minable Music-hall allait désormais « scier » sur les ondes de la RTBF 1er programme, en toute fin d’émission, c’est-à-dire juste avant le grand journal de midi.
Assez vite, Jacquounet se piqua au jeu, conviant bon nombre de ses amis à l’accompagner, le plus « médiocrement » possible (of course). Toujours est-il que la mayonnaise prit, au point qu’il dut bientôt, impérieusement (car à la demande générale), se produire en public ! Ainsi, une série de six concerts délirants fut organisée au Cirque Divers, chaque dernier vendredi du mois, le groupe la Vatory (Silvana Belletti, André Stas et Charles Van de Velde) assurant la plus grande part du chaos sonore censé soutenir la voix nasillarde de la Méga- Star. Un « Festival de la chanson minable » fut organisé par Radio Titanic face au Casino de Spa, avec le Chanteur-en-dessous-de-tout en vedette. Lizène adopta pour ses prestations, plus inimaginables les unes que les autres, un look « à la Klaus Nomi » et, outre les guitares (parfois liées par le manche), drums assortis d’une poubelle en métal, synthés aux sons odieusement trafiqués et autres instruments à vent ou à pets, il encombrait l’espace scénique d’objets aussi bruyants qu’abracadabrants (une bétonneuse dans laquelle brinquebalaient impitoyablement quelques dizaines de billes, un vélo renversé dont une gamine faisait tourner la roue arrière, les rayons rencontrant une carte à jouer fixée par une pince à linge, une mobylette voire un grosse cylindrée mettant les gaz à intervalles irréguliers, pour n’en citer que quelques-uns). Ces « prestations » incongrues (insupportablement grandioses) possédaient leurs fans inconditionnels et l’aventure musicale du Petit Maître perdura, même bien après que la Radio de la Méduse (surgeon de Radio Titanic) eut cessé d’exister. Ne reste qu’à rappeler, pour mémoire, le commentaire qui ponctuait la fin de chaque petite chanson diffusée au grand dam des mélomanes indignés : djingel suivi de : « C’était… le Minable Music-hall par le Chanteur-en-dessous-de-tout. » Puis (voix de Delcuvellerie) « Vraiment, tout le monde peut le faire ! » (voix de Lizène) : « Oui, mais la place est déjà prise. » (A.S.)

 

Dessin minable de trois sculptures nulles (reconstitution/installation) : 6000 biles au sol, 1970, guitare électrique à pioche, 1979 et bétonnière rythmique avec micro sur pied, 1979, acrylique sur toile, libre 210 x 210, 1985.

Mediocre (Little) Song. At the entrance, “Pathetic Music-Hall by the Lowest-of-the-Low Singer,” you will know everything about the genesis of the incredible success of the mediocre little songs. From “Il faut adorer l’école, adorrer, adorrrer l’école… même si l’on préfère la croupe de la blonde petite Nicole… car elle vous apprendra la manière d’être rôdé aux rôles, rrôdé aux rrôles, rrrôdé aux rrrôles, rrrrôdé aux rrrrôles…” to “NADA, c’est le mot qu’écrivit Goya au bas d’une toile couleur caca… Nada… pas Basta!” and “Oyez, oyez, c’est Noël! Fiente de tourterelle… Ventre de pucelle… Vieux caleçon couleur Isabelle,”[1] he has turned out a good hundred ditties, our friend Jacques! All philosophically extravagant, lamentably brilliant (if you will allow that welcome oxymoron). One moment he was commiserating with poor little Poupette, a little dog, a griffon half-breed: “Her master is keeping her far from the mount; with him, it’s the mistresses he doesn’t have that leave him and abandon him there!” Another, he was stating that he would never be a father: “Dad no! oh no no Dad!” or that “the banana don’t got what the pineapple got.” Lizène, accompanied by an electric razor, a coffee grinder, a music box or an alarm clock, or by stand-in musicians maltreating their instruments or imitating the cry of a seagull, sometimes laughing and sometimes not, laid down his very personal vision of our sad world to his stunned listeners, infused with a rough and ready poetry, “whose call was generally heard,” Père Ubu would have said. After the New Year’s celebrations, he turned out Le Lllendemain de la vvveille, in which he presented himself singing with his head imperiously engulfed by the toilet bowl in order to oblige his upset stomach. Easter became the “feast of little farts” for him (‘cos they overdid it with the hard-boiled eggs). When the holidays came round, “Go… You can go… Without me!… ‘cos you’ll to have to come back, anyway… Ha! ha! ha!” And if the Grande Ménagerie talked about “drugs,” then The Lowest-of-the-Low Singer confessed that he gave in to Sleepiness. Every week, we could be sure that he was going to present us with the “never heard,” that his invigorating verve was going to knock us flat on our seats, because it was so astap, as they used to say in those days (translation: enough to make you bang – “à se taper” – our buttocks on the ground to the rhythm of an ordinary step). The loudly asserted musical mediocrity turned out to be not at all boring: the aesthetic of failure was getting somewhere! In the end we all thought it was really Beautiful! More interesting, at any rate, than the shite in the hit parade. “To exist is to insist,” as Johnny Hallyday so intelligently averred, and Lizène, by dint of banging and banging again on the same eardrums, managed to put out some small masterpieces, that the current generation of kids is now praising to the skies! In his own land, the prophet is worthless. Message received loud and clear. (A.S.)

Lowest-of-the Low Singer. At the dawn of the 1980s, Jacques Delcuvellerie, who had a pet idea of reviving creative radio, got in touch with his friends from the Cirque Divers team, who are never short of wacky ideas; This gave rise to the concept of a “Radio Titanic,” a kind of aural hara-kiri, which, for two seasons (a real miracle!) every Saturday night, hit the headlines, both for its permanent cynicism and its propensity for bad taste. The statement was: “In the past, the situation was serious but not desperate; today, the situation is desperate but not serious.” The last hour (between 11 a.m. and midday), entitled La Grande Ménagerie, gave the merry band a chance to literally “let go” and hammer home its eminently (im)pertinent views on contemporary society. Having given plenty of speaking time to a number of uncategorisable people, – inventors of cosmogonies, self-proclaimed messiahs, literary madmen of every stripe, oddball collectors, street singers and even a simple-minded fairground athlete (in the sequence entitled Please Draw Me a Mutant) –, a weekly theme was chosen, either deliberately provocative or simply absurd, with the outré talk on the air regularly outraging both the seriously shaken programme managers and the solid cohort of “shocked” dear listeners. For example, if the subject was holidays, then they talked about the countless tourists who would be killed on the road, or if summer romance was the theme, then these were considered solely in terms of VD. This theme was chosen on a Monday, in the course of a very liquid soirée. On Tuesday and Wednesday, they all got on with cooking up their own contributions (moronic false advertisements, Little Annick’s Classified Ads, comment pieces, super-snide sketches, lame jokes, ha-ha phone hoaxes, pathetic interviews, etc.), which material was recorded on Wednesday and Thursday and then edited on Friday. Since Jacques Lizène – a faithful friend, always here for the (free) beer – was present at the Monday feast, Jacques Delcuvellerie, recalling the programme Dérive (third programme, April 1979) on which he invited the Minor Master to perform his Mediocre Little Songs for Cassettophone to Be Placed in Museums and Art Galleries (1971), suggested that every week he compose a three-minute song on the weekly theme of La Grande Ménagerie And so the Lowest-of-the-Low Singer was born and the Pathetic Music-Hall would now “scrape away” on the airwaves with RTBF’s first programme, right at the end of the show, that is, just before the big midday new broadcast.
Jacquounet soon acquired a taste for the exercise and invited a good number of his friends to back him, as “mediocrely” as possible (bien sûr). Anyway, it all went very well and pretty soon, he was obliged (by popular demand) to perform in public. Hence the series of six crazy concerts organised at the Cirque Divers on the last Friday of each month, with the group Vatory (Silvana Belletti, André Stas and Charles Van de Velde) providing most of the aural chaos supposed to support the Megastar’s nasal twang. “A Pathetic Song Festival” was organised by Radio Titanic opposite Spa Casino, starring the Lowest-of-the-Low Singer. Lizène chose a “Klaus Nomi” look for his increasingly incredible performances and, in addition to the guitars (sometimes with their necks tied together), drums with a metal dustbin, synths with horrendously adulterated sounds and various wind or fart instruments, he cluttered the stage with objects as noisy as they were preposterous (a cement mixer pitilessly churning a few dozen marbles, an overturned bicycle with a young girl turning its back wheel so that its spokes came up against a playing card held by a clothes peg, a moped and even a big motorbike regularly roaring into action, to mention but some of them). These incongruous (unbearably grandiose) “performances” had their diehard fans and so the Minor Master’s musical adventure continued, even well after the Radio de la Méduse (surgeon of Radio Titanic) no longer existed. All that remains is to recall the commentary that followed each of these little songs broadcast to the great displeasure of indignant music lovers, a jingle followed by: “That was…. the Pathetic Music-Hall by the Lowest-of-the-Low Singer.” Then (Delcuvellerie’s voice), “Really, anyone could do that!” (Lizène’s voice): “Yes, but someone already is.” (A.S.).


[1] “You’ve got to love school, lurve school, lurrvvee school… even if you prefer little blond Nicole’s rump… ‘cos she’ll teach you how to get into your role, into errr ole, intterr err ole, intterrr er ole…”; “NADA is the word written by Goya at the bottom of a poo coloured canvas… Nada… not Basta”; “Oyez, oyez, Christmas is a comin’! Guano of pigeon… Belly of virgin… Old pants the colour of Karen.”

 

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Marie Zolamian, Les bustes anonymes, 2011

Vernissage du Prix Jeune Création 2011, prix organisé par la Ville de Liège, le vendredi 25 novembre. Les Drapiers, rue Hors Château, 4000 Liège.

Neuf artistes ont été retenus par le jury : Cathy Alvarez Valle, Manuel Alves Pereira , Nicolas Bomal, Thierry Hanse, Laurent Impéduglia , Mathieu Labaye, Aurélie William Levaux, Pica Pica et Marie Zolamian. Exposition accessible jusqu’au 24 décembre.

 

 

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Presentation by Olivier Foulon, Thursday 24 November 2011, 7 pm.

Steffen Jageburg - Olivier Foulon's location of investigation: Mauritsplaats, Rotterdam

For MelanchotopiaOlivier Foulon dives into Rotterdam’s history of public art commissions. His contribution to the exhibition involves an interpretation of the history of Ring, a work by German artist Isa Genzken commissioned by Commissie Beelden in de stad [Commission Sculptures in the city] in 1988. Genzken intended to install a monumental ring sculpture, made of steel, in the city center of Rotterdam. The ring would have been installed at an angle, leaning on two buildings seperated by a street (the Mauritsplaats). Although production had started, the sculpture was never completed, allegedly because some inhabitants of the concerned buildings believed that the sound of the wind blowing through the empty ring would be too disturbing. Genzken’s sculpture was thus abandoned and discarded in parts.

Location: Witte de With, Melanchotopia epicentrum (3rd Floor).
Entrance: € 2,50 incl. Melanchotopia exhibition guide, free with Rotterdampas / MJK
Reservation not necessary.

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Jacques Lizène était ce lundi 21 novembre l’invité de Laurent Goumarre sur France Culture dans « Le Rendez-vous »

Ecouter les 30 premières minutes d’émission :

 

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(si le langage remplace le titre)

Atelier de Réparation, jumelles, téléscopes et baromètres. Grisailles, drawing system.

Rappelons que le Parvis, centre d’art contemporain de Tarbes, se situe dans un centre commercial, nommé le Méridien. Une situation qui a lisiblement inspiré Honoré d’O.

 

Photos : Alain Alquien. Le Parvis CAC, Tarbes.

 

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Art syncrétique 1964, instrument de musique modifié, remake 2011, trompette de cavalerie croisée clarinette croisée saxophone, mettre n’importe quel objet sur roulette

Sculpture nulle 1980, instruments de musique modifiés en guise d’interrogation génétique, art syncrétique, croiser un violon et une raquette de tennis, en remake 2011

instruments de musique modifiés

instruments de musique modifiés

la danse de derrière le décor, en remake 2011

Art syncrétique 1964, contraindre le corps dans le cadre, 1971, mettre n’importe quoi sur la tête 1994

 

Musique à l’envers. Le 11 février 1997, la Sabam marque son accord pour les pièces musicales « à l’envers » de Jacques Lizène. D’après une idée de 1979, il s’agit de créer « n’importe quelle composition en lisant à l’envers toutes les œuvres, comme Art d’attitude d’Art médiocre » (sic). Le concept de réécriture est accepté comme procédé compositionnel original, du fait qu’il n’est pas possible de reconnaître les thèmes utilisés. C’est ainsi que l’unique « compositeur non composant » réécrit Mozart au travers de Etanos Trazom, Taifansie (1979-1996) et son remake Taifansie Trazom (1996). Malgré la grande liberté proposée dans l’énoncé, le Menuet pour guitare à Loukiainée(1979-1997), issu de l’œuvre originale de Luigi Boccherini, n’a pas été accepté en raison du « manque d’apport créatif ». Le but assigné au concept de réécriture compositionnelle n’a pas la prétention de créer de nouvelles sonorités mais bien de « lutter contre l’idée de jugement ». Cette démarche est aussi à mettre en relation avec le procédé de translation employé pour le « Fun Fichier / Sculpture génétique » (1971-1993). (C.B.)

Musique doublement à l’envers. Remake du précédent, mais plus complexe et gymnique puisqu’il s’agit de proposer à un musicien d’interpréter une partition de musique en jouant de son instrument à l’envers. Ainsi un pianiste jouera, accroupi sur la table du piano (donc clavier à l’envers), une partition existante, mais ré-écrite à l’envers. Un contrebassiste tiendra son instrument à l’envers, la touche vers le bas, la table vers le haut.
Notons que l’idée de la musique à l’envers (en effet de miroir) date de 1979 et qu’elle pourrait provenir, aux dires du Petit Maître, du souvenir du récit qu’on lui fit de l’exposition de René Magritte à Verviers, à l’invitation de temps mêlés. Magritte, son frère, André Souris (et d’autres ?) y auraient chanté la Brabançonne à l’envers. Ce n’est pas pour autant

Backwards Music. On 11 February 1997, the Sabam gave its approval for the “backwards” musical pieces by Jacques Lizène. Based on an idea from 1979, the idea here was to create “any kind of composition by reading all the works backwards, as Mediocre Art Attitude Art” (sic). The concept of rewriting was accepted as an original compositional procedure, given that it was not possible to recognise the themes that were used. Thus the unique “non-composing composer” rewrote Mozart with his Etanos Trazom, Taifansie (1979–96) and its remake Taifansie Trazom (1996). In spite of the great freedom proposed in the description, the Menuet for Guitar in Loukiainée (1979–97), based on the original work by Luigi Boccherini, was not accepted because of the “lack of a creative element.” The goal assigned to the concept of compositional rewriting was not to create new sounds but to “fight the idea of judgement.” This method should also be seen in relation to the translation procedure used for the Fun File/Genetic Sculpture (1971–93).

Doubly Backwards Music. A remake of the Backwards Music, but more complex and gymnastic in that the idea was to ask a musician to play a score with his instrument the wrong way round. Thus, for example, a pianist would crouch on the sound board of the piano (therefore with the keyboard backwards) and play an existing score, but rewritten backwards. A double bass player would hold his instrument upside down, the fingerboard at the bottom and the soundboard at the top.
Note that the idea of backwards music (Mirror Effect) dates from 1979 and that, according to the Minor Master, it may have originated in memories of the description he heard of a René Magritte exhibition in Verviers, at the invitation of the Cave des Temps Mêlés. Magritte, his brother, André Souris (and others?) are said to have sung Brabançonne backwards. But this is not a good enough reason to describe Lizène’s backwards music as Surrealist.

Violoncelle solo, musique doublement à l’envers 1979-1996, remake 1997. Musique non séductive, partition, sculpture génétique 1971 Mahler croisé Bartok, remake 2011

« Etanos Trazom, suite ». Musique à l’envers, pièce musicale d’art médiocre, 1979, retranscrit en 1996. Partition et dépôt à la Sabam. Studio 3J30 RRBF. Lizène compositeur du renversé (protocole de performance) Sculpture génétique 1971, Petit maître croisé avec les yeux de Mozart à l’envers, 1996.

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Raphaël Van Lerberghe participe à « Bird’s eye view of… Regards sur une ville et une collection », exposition conçue par Benoît Dusart et organisée au musée des Beaux Arts de Charleroi. Cette exposition rassemble les oeuvres de quinze artistes contemporains belges et internationaux, en dialogue avec des oeuvres d’artistes de la collection du musée.

« Charleroi pourrait évoquer tout, écrit Benoît Dusart Un désordre fait de rouille et de cendres, rayonnant de mystères et d’ombres. Charleroi est un fantôme, une comptine cruelle, une insaisissable adolescente. Charleroi est un paradoxe qui tient bon. On a trop dit sur les collines, la sueur et les gens. On a dit et rien dit, on a fait des images. Elles s’agglutinent en un collage infini… Charleroi absorbe, assimile, se métamorphose. On vit à Charleroi comme on marche en forêt. En déséquilibre. Il faut être un peu savant, poète au quotidien, légèrement à distance. La ville est toujours ailleurs. De l’autre côté du miroir, elle tient pour elle le secret de la mélancolie.
La première oeuvre qui accueille le spectateur n’en est pas vraiment une. Il s’agit d’une carte postale représentant un paysage industriel. Elle doit dater de la première moitié du XXième siècle. On y devine la Sambre et les terrils. On y voit des usines. La légende est : Bird’s eye view of Charleroi.
Tous les éléments sont là. Pourtant, les pièces du puzzle résistent. Si toutes les usines se ressemblent, je sais n’avoir jamais vu celles-là. Même à Marchienne. Même à Roux. Je suis des yeux le parcours du chemin de fer. Je ne l’ai jamais connu lorsqu’il traversait Jumet et Gosselies. Ma mère vivait à Heigne et voyait en continu les trains débordant de charbon embrumer le paysage. En rentrant de l’école, elle s’effrayait de la mine patibulaire des « gueules noires ». Y pensait-elle parfois lorsque, sous ses pieds, ils creusaient des kilomètres de galeries ? Ma mère a regardé longtemps l’image. Elle ne se rappelle pas avoir vu la Sambre si bleue. »

Et Benoît Dusart précise à propos de la participation de Raphaël Van Lerberghe :

 « Marcel Leborgne réalisa dans l’entre-deux-guerres des villas cubistes, des immeubles à appartements, une maternité de couleur rose qui synthétisait toutes les préoccupations esthétiques et sociales qui animaient l’époque. Beaucoup de ces bâtiments ont été détruits. L’immeuble de Heug, son chef d’oeuvre, tombe en ruine, des pavillons de la Cité de l’enfance sont aujourd’hui à l’abandon ou dénaturés par l’adjonction degarages ou de châssis en PVC. Parfois demeure la quincaillerie signée Gropius, des placages en bois précieux, quelques vitres bombées épousant les courbes généreuses de bâtiments conçus comme des paquebots. Charleroi, ville moderne, vu naître Bourgeois, Leborgne, Depelsenaire… Les rares archives accumulées sur Leborgne se partagent l’espace d’exposition avec des tableaux d’Emile Tainmont, Karel Maes, Fernand, Verhaegen, René Magritte. Six collages de Raphaël Van Lerbeghe font contre point à cet ensemble d’oeuvres. L’artiste a mis aussi en scène quelques images sur Leborgne. Le travail de Raphaël Van Lerberghe travail, d’une subtilité rare, occulte autant qu’il ne révèle. Lui demander de présenter ces documents se justifie en raison de la trace de plus en plus ténue laissée par l’architecte. »

Marcel Leborgne, les Etablissements De Heuq

Raphaël Van Lerbeghe 4 way fun, 2010 Papier découpé et dessin sur papier et carte postale 29,7 x 21 cm

Raphaël Van Lerbeghe Half pipe, 2010 Papier découpé et dessin sur papier et carte postale 29,7 x 21 cm

Musée des Beaux Arts de Charleroi, jusqu’au 25 février 2012
Artistes représentés : Jacques Alsteen, Alain Bornain, Samuel Buckman, Andréas Bunte, Paul Casaer, Marie-Noelle Dailly, Félix de Boeck, Paul Delvaux, Audrey Finet, Agnès Geoffray, Jean De Lacoste, Marcel Leborgne, Karel Maes, René Magritte, Xavier Noiret-Thomé, Juan Paparella, Pierre Paulus, Mira Sanders, Emile Tainmont, Adrien Tirtiaux, Emmanuel Van Der Auwera, Hannelore Van Dijk, Raphaël Van Lerberghe, Fernand Verhaegen. Organisée par l’espace d’exposition Incise en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Charleroi, dans le cadre de Charleroi 1911-2011.

 

 

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instrument de musique modifié, masque africain a cimier, saxophone, 60 x 40 x 90 cm

instruments de musique modifiés

instruments de musique modifiés

Art syncrétique 1964, instrument de musique modifié, remake 2011, didgeridoo croisé tuba

Sculpture nulle 1980, instruments de musique modifiés en guise d’interrogation génétique, art syncrétique, croisement cor - clarinette, en remake 2011

instrument de musique modifié, art syncrétique 1964, trombonne croisé flute à bec, en remake 2011

instrument de musique modifié, art syncrétique 1964, ciste croisé baryton, croisé viole de gambe, remake 2001

 

instrument de musique modifié, art syncrétique 1964, trombonne à sept pavillons croisé guitare à cinq choeurs, remake 2001

 

Musique génétique. Écriture musicale basée sur la formule de base de l’ADN et ses quatre acides aminés : l’Adénine, la Cytosine, la Thymine et la Guanine (A.C.T.G.). Lizène imagine en 1987 qu’en redoublant ces quatre éléments, on obtient l’équivalent des huit notes : A, C, T, G, A2, C2, T2, G2 pour Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, Do. Le premier A est donc un Do, le second A est un Sol. Ceci permettrait de composer de la musique sur le modèle de la structure de l’ADN et donc de créer de véritables portraits musicaux en se basant sur l’empreinte génétique de la personne à portraiturer. Dans un article récent, Emmanuel d’Autreppe, évoquant « ce pas d’autant plus essentiel qu’il est non décisif vers le son perpétuel en même temps que vers le nirvana d’une possible “cacaphonie” absolue », rapprochait le principe de la musique génétique et la machine à fabriquer des poèmes de Raymond Queneau, cet ouvrage combinatoire, hypertexte avant la lettre, permettant de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers, bien entendu. Cette combinatoire génétique des partitions lizéniennes serait-elle à la musique, dans une universelle cacophonie, ce que l’œuvre de Queneau est à l’Ouvroir de littérature potentielle ? Il y a en tout cas dans cette manipulation pour le moins incongrue de la génétique quelque chose de pataphysique. Comme la musique à l’envers, la musique génétique est un procédé compositionnel, ce qui permet à chacun d’en faire. Mais comme aime à le répéter le Petit Maître : « Attention, la place est prise ! »

Genetic Music. Musical writing based on the basic formula of DNA and its four amino acids: adenine, cytosine, thymine and guanine (A.C.T.G.). In 1987 it occurred to Lizène that by doubling these four elements, one obtains the equivalent of the eight notes: A, C, T, G, A2, C2, T2, G2 for Do, Re, Mi, Fa, Sol, La, Si, Do. The first A is thus a Do, the second A is a Sol. This would make it possible to compose music using the model of the structure of DNA and therefore to create genuine musical portraits based on the genetic fingerprint of the person to be portrayed. In a recent article in which he evokes “this essential because non-decisive step towards perpetual sound and at the same time towards the nirvana of a possible ‘absolute cacaphony,’ Emmanuel d’Autreppe compares this principle of genetic music to Raymond Queneau’s machine for making poems, that combinatory work, or hypertext avant la lettre, which allows the user to compose at will any of a hundred thousand billion sonnets, all of them, of course, perfectly regular. Might this genetic combinatorial of Lizénian scores be to music, in its universal cacophony, what Queneau’s work is to potential literature? In any case, there is something pataphysical about this manipulation of genetics, which is incongruous to say the least. Like the backwards music, genetic music is a compositional process, which means that anyone can make it. But as the Minor Master likes to point out, “Hey, someone already is!”

 

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Dans H.ART sous la plume de Colette Dubois:

Dans L’Express, sous la plume de Annick Colonna-Césari

Dans Télérama sous la plume de Laurent Boudier :


Dans Flux News sous la plume de Lino Polgato :

Toujours dans Flux News sous la plume de Lino Polgato :

Le Rendez Vous :  Jacques Lizène sera l’invité de Laurent Goumarre, sur france Culture, le lundi 21 mars à 19H

 

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Cet ouvrage rétrospectif retrace les cinq ans du projet « Aux Tuileries » mené par la FIAC. Plus de quarante oeuvres exposées en extérieur sont présentées dans ces pages. Les sculptures de Richard Long, Car Andre, Ugo Rondinone, Subodh Gupta de Tony Cragg ou de Franz West, les installations de Claude Lévêque, Kimsooja, Mona Hatoum, Michelangelo Pistoletto, Yayoi Kusama ou de Mark Dion se sont succédées dans les allées du jardin. Chaque oeuvre est accompagnée d’une notice explicative. Outre un texte de Jennifer Flay, directrice de la FIAC, cet ouvrage contient des contributions de Pierre Bonnaure, jardinier en chef du Jardin des Tuileries, de Marie-Laure Bernadac, chargée de l’art contemporain au musée du Louvre, et d’Henri Loyrette, président directeur du musée du Louvre.

En 2007, la galerie présentait MIST de Leo Copers dans la Cour Carrée du Louvre.
Livre relié en édition limitée, 144 pages, 18 x 27 cm. Une coédition Dilecta / FIAC

« Mist », de Leo Copers, est une œuvre qui fait appel au mystère, à la féerie, aux rites séculaires liés aux rythmes de la nature.
Installation éphémère, elle fut réalisée une première fois le 21 juin 1977 dans une maison particulière, sans public, sans témoins. Phénomène étrange du solstice d’été, de 14h14 à 15h14 précisément, une vague de brouillard, une vapeur d’abord, une brume de plus en plus abondante ensuite, déferle le long des escaliers qui donnent accès à la maison. La porte est entr’ouverte, le brouillard sort de la maison. C’est comme si celle-ci rejetait les dernières froidures de l’hiver, un dernier petit coup de froid à l’heure des feux de la Saint Jean. L’œuvre agit comme un phénomène paranormal, surnaturel. Elle rappelle les contes et légendes, suscite un imaginaire empreint de rites, de traditions, de phénomènes inexpliqués, de mythes ancestraux relatifs à la mécanique céleste, aux solstices et équinoxes. Le solstice d’été est jour de la magie, c’était le jour le plus important de l’année dans les sociétés anciennes pratiquant les cultes solaires. « Mist » participe pleinement de ces mystères, tandis que l’artiste, absent comme à l’accoutumé, prend la figure du druide.
Cette œuvre n’a été répétée que deux fois depuis sa création. Une première fois lors de la réalisation d’un film relatif à l’artiste, réalisé par Danny Deprez. Une seconde fois dans le cadre d’une exposition temporaire toute récente organisée au musée en plein air du Middelheim à Anvers. En ce cas, l’artiste a investi un ancien pavillon isolé, à l’architecture désuète, sis au fond du parc. Autre rituel, pas si éloigné de l’original, le brouillard s’est échappé du pavillon tous les jours, à l’heure où le soleil est au zénith, comme un souffle durant quelques minutes.

  

 

 

 

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Sondage de l’extérieur, quand un artiste fait la démarche d’un sondage… c’est un pas en arrière, hop ! (la pièce est inspirée par un sondage de Daniel Meyer, réalisé dans le ministère où il travaillait à l’époque, un sondage de l’Intérieur donc). Jacques Lizène présente : Sondage… Allo ! Par le Petit maître liégeois, artiste de série Z, pitre en art et membre élu de l’Institut d’art stupide, également dit « art de la stupidité » Lieu : une sortie d’usine à Ougrée (banlieue industrielle liégeoise). Question posée : Êtes-vous pour le sacrifice et la contrainte contre la jouissance ? Suite de textes et photographies, 1976. 18 pages 21 x 27 cm, textes imprimés et photographies NB, tirage argentique.

  

  

 

 Travail (évité, aïe, aïe).

‘Le travail doit être maudit, comme l’enseignent les légendes sur le paradis, tandis que la paresse doit être le but essentiel de l’homme. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. C’est cette inversion que je voudrais tirer au clair.’ Kazimir Malevitch.
Une civilisation dont le but n’est pas la supression du travail (contrainte) et le dépassement du modèle de la « compétition spermatozoïque », doit être sapée.’ Jacques Lizène.

Beaucoup de choses ont été dites déjà, écrites aussi, sur le sort que l’art d’attitude de Jacques Lizène a réservé au sexe et à la génétique (l’avant-garde de ce dernier comme il dit) depuis ses premiers dessins minables (aux personnages parfois ithyphalliques) réalisés dans les années 1960 et les multiples performances ou déclarations d’intention qui s’en suivirent (Extinction de l’œuf, Sexe Marionnette, Vasectomie, etc.). Par contre, il est un autre sujet que le Petit Maître a tout autant abordé durant sa carrière, également essentiel pour comprendre ce qui le fait courir aujourd’hui encore, mais auquel on porta une attention moindre car il implique le corps  de façon moins sensible et affective; je veux parler du travail (industriel et prolétaire) auquel fait référence, à la manière du Monument an X (1967) de Marcel Broodthaers, une sculpture de 1969 associant un pinceau et une truelle (Sculpture). Le motif du mur de briques, récurrent déjà  chez son aîné (voir l’ensemble, sur ce thème, des pièces montrées à l’exposition L’Angélus de Daumier, Paris 1975), intervient aussi à de multiples reprises dans l’œuvre du « Petit maître » comme une métonymie (d’ailleurs il s’agit presque toujours de  fragments) du travail considéré comme contrainte, à moins d’y voir la métaphore de son évolution carcérale : le camp de travail (genre fascisme ordinaire). C’est en effet un mur (l’enceinte de l’usine sidérurgique de Cockerill en face de la clinique d’Ougrée) qui aurait été, selon son auto-biographie fictive, le premier élément visuel marquant, à la limite traumatisant, qu’aurait perçu inconsciemment en 1946, l’année de sa naissance, le futur artiste, et qui l’aurait poussé à devenir ce peintre de paysages industriels qu’il est aujourd’hui. Le mur donc, qui apparaît régulièrement à partir du début des années 1970 comme fond de plusieurs oeuvres (Travelling de gauche à droite sur un mur (1971), Contraire le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo (1971), etc.), est devenu assez logiquement un des leitmotivs sur lequel Jacques Lizène ne cessera de revenir, notamment par sa pratique du remake, comme sur une image obsédante, mieux aliénante du travail, au sens où celui-ci est perçu comme un déni de l’individu libre, comme le révélateur aussi de sa condition d’homme frustré : ‘Derrière n’importe lequel des détails du paysage urbain, il y a la présence de la fatigue d’un ou de plusieurs individus. Et pour certains d’entre eux (peut-être) une certaine misère sexuelle à vivre… aieaieaieaie !’ (Regard au bas des murs (1971) réutilisé comme perçu et non-perçu). Ce n’est peut-être pas un hasard non plus s’il choisit pour sa présentation d’un document sur la vie comme « camp de travail » (dans le contexte de l’exposition Mémoire d’un pays noir (1975) au Palais des Beaux-Arts à Charleroi, avec le groupe CAP notamment) de s’attacher à un ouvrier littéralement aliéné : ‘Lizène entreprit de raconter, écrivait Jacques Lennep dans le catalogue, L’histoire de la misère de Marc W., apprenti d’usine à Ougrée (plus précisément le cas d’un déséquilibré) en présentant, à la cimaise, des photos et texte sur ce personnage mais aussi un drap de lit maculé de sperme. Un enregistrement diffusait les cris de l’aliéné.’ La description de cette pièce caractéristique de l’art relationnel de CAP témoigne de ce que la problématique sexuelle, en l’occurence misérablement onaniste, n’est en réalité pas séparé (comme le suggéraient déjà les actes manqués commis, tels des lapsus révélateurs, par une main-d’oeuvre forcée) de la problématique du travail, ici dramatiquement oppressante, pour ne pas dire violemment obscène. C’est que la libération des travailleurs aliénés (au sens marxiste) passerait, si on veut, par une révolution où l’acte sexuel ne serait plus subordonné à la procréation mais dédié seulement au plaisir érotique. Dans ce même catalogue toujours, la décision de l’artiste de se faire stériliser (Non procréation, 1970) se trouve d’ailleurs justifiée par son refus, finalement plus politique qu’on ne l’imagine a priori, de ne pas produire de « viandes à travail » (dixit). Ce lien entre misère sexuelle et misère sociale se retrouve à nouveau sous-entendu, sinon établi, dans la formulation tendancieuse de la question que Lizène tentera en vain (art de l’échec) de poser, sous la forme (parodique) du sondage (Sondage… Allo !, 1976), à des ouvriers sortant de l’usine : ‘Etes-vous pour le sacrifice et la contrainte, contre la jouissance ?’ Enfin, on ne peut manquer d’évoquer aussi le Mur à la matière fécale ou Mur des défécations (1977) où le scatologique, comme on l’a dit aussi du sexuel, n’est nullement séparé de la critique du travail, puisqu’il s’agit d’accéder à l’autonomie de peintre-travailleur en étant son propre tube de couleur, c’est-à-dire survivre en vendant sa merde ; toucher l’argent ; se payer à boire et à manger ; déféquer ; repeindre avec sa matière fécale ; vendre à nouveau et… ainsi de suite. En conclusion, j’imagine volontiers les différentes postures de circuit fermé (onanisme, vasectomie, scatologie) empruntées ou citées par Jacques Lizène, comme relevant du plus pur dandysme en ce qu’il s’agit finalement d’opposer à la tyrannie du travail obligatoire, sinon son oisiveté, du moins ses facéties d’homme libre. En ce sens n’est-il pas symptomatique que Jacques Lizène se soit toujours posté aux sorties d’usine, et jamais à l’intérieur, optant pour ce moment de la vie moderne où la masse prolétaire est libérée chaque jour de la contrainte du travail et se disperse à travers la ville pour s’employer individuellement, comme le montre Harun Farocki dans La Sortie des usines (1995) (documentaire sur le film des Lumière), à son temps libre, à ses loisirs,….   (Denis Gielen, dans Jacques Lizène, Tome III)

Work (avoided, aïe, aïe).

“Work must be cursed, as the legends about paradise teach us, while indolence must be man’s essential goal. But the opposite happened. It is this opposite that I would like to sort out.” Kazimir Malevich.
“A civilisation whose goal is not the abolition of (forced) work and the transcendence of ‘spermatozoan competition’ must be undermined.” Jacques Lizène.

Much has already been said and written about the fate reserved for sex and genetics (the avant-garde of genetics, as he says) in Jacques Lizène’s Attitude Art, from his first Pathetic Drawings (with their sometimes ithyphallic figures) executed in the 1960s and the multiple ensuing performances and declarations of intent (Killing the Egg, Penis Puppet, Vasectomy, etc.). There is, however, another subject that the Minor Master tackled just as frequently throughout his career and which also plays an essential part in understanding what makes him tick today, but we pay less attention to it because it involves the body in a less sensitive and affective way: I am talking about work (industrial and proletarian), to which a sculpture from 1969 combining a paintbrush and a trowel (Sculpture) refers, in the manner of Marcel Broodthaers’s Monument to X (1967). The brick wall motif – already recurrent in the work of his elder (on this theme, see the set of pieces shown at the exhibition L’Angélus de Daumier, Paris, 1975) – also intervenes on several occasions in the “Minor Master’s” work as a metonym (indeed, the walls are nearly always fragments) of work seen as a constraint, unless it is a metaphor for its incarcerating evolution – the labour camp (ordinary fascism). According to his fictional autobiography, it was a wall (the one around the Cockerill steel factory opposite the clinic in Ougrée) that supposedly formed the first striking, almost traumatic visual element the artist-to-be unconsciously perceived when he was born in 1946 and drove him to become the industrial landscape artist he is today. The wall that regularly crops up as the background to several works from the 1970s onwards (Tracking from Left to Right on a Wall, 1971, Forcing the Body to Fit Itself into the Frame of the Photograph, 1971, etc.) has quite logically become one of the leitmotivs to which Jacques Lizène keeps returning (notably through his remakes), like an obsessive or even alienating image of labour, i.e., where it is perceived as a denial of the free individual and revelatory of his condition as a frustrated man: “Behind any detail of the urban landscape is the presence of the tiredness of one or more individuals. And for some of them a certain sexual deprivation to be experienced (perhaps)… aieaieaieaie!” (View along the Bottom of the Walls (1971) Re-used as Perceived and Not-Perceived). It is perhaps also no coincidence that, when presenting a document on life as a “labour camp” (in the context of the exhibition Mémoire d’un pays noir (1975) at the Palais des Beaux-Arts in Charleroi, notably with the CAP group), he chose to focus on a worker literally stricken by alienation: “Lizène set about telling the story, wrote Jacques Lennep in the catalogue, L’histoire de la misère de Marc W., apprenti d’usine à Ougrée (more specifically a mentally disturbed case) by presenting photos and text on this character, but also a bed sheet stained with sperm. A recording played the insane man’s cries.” The description of this characteristic piece of CAP’s relational art shows that the sexual problematic, here pitifully onanist, is not (as the subconscious gestures or revelatory Freudian slips of a forced workforce suggested) actually separate from the problematic of labour – here dramatically oppressive, if not to say violently obscene. It is as though he were saying that the liberation of alienated workers (in the Marxist sense) would come through a revolution where the sexual act would no longer be shackled to procreation but dedicated solely to erotic pleasure. In this same catalogue, the artist’s decision to have a vasectomy (Non-Procreation, 1970) is justified by his refusal – actually more political than one could have thought – to produce “meat for work” (as he put it). This link between sexual deprivation and social deprivation is again implied, if not established, in the tendentious formulation of the question that Lizène tried, to no avail (the art of failure), to put to workers coming out of a factory in the form of a (parodic) survey (Survey… Hello!, 1976): “Are you for sacrifice and constraint and against pleasure?” Lastly, we cannot fail to also evoke the Faecal Matter Wall or Defecation Wall (1977), where the scatological, like the sexual, is not separated from the criticism of work, for the idea is to become an autonomous painter-worker by becoming your own tube of colour, i.e., survive by selling your shit; get paid for it, pay for your food and drink; defecate, paint again with your faecal matter, sell again and… so on.
In conclusion, I can easily imagine the different closed circuit postures (onanism, vasectomy, scatology) borrowed or cited by Jacques Lizène as being pure dandyism, for they are all about confronting the tyranny of obligatory labour, if not with idleness, at least with the facetiousness of the free man. In this sense, is it not symptomatic that Jacques Lizène always stood outside factories, never inside, choosing the moment in modern life when the proletarian masses are freed from the constraint of work and head into the town to individually live their free time and leisure, as Harun Farocki showed in Workers Leaving the Factory (1995, a documentary on the film by the Lumière brothers)…?

 

 

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